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Full text of "Bulletin de la Société française d'histoire de la médecine"

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N“ I 


1910. 


BULLETIN 

SOCIÉTÉ PIIANÇAISE 

D’HISTOIRE 

LA MÉDECINE 


Publié par M. le Dr Albert PRIEUR 

Secrétaire général 

et M. le Dr Victor NIÇAISE 

Secrétaire annuel 



PARIS 

Honoré CHAMPION, Editeur 

5 , QUAI MALAQÜAIS, 5 






BULLETIN 


SOCIÉTÉ FRANÇAISE 


Statuts. 

[Rédaction en date du 8 février igo5) 


Article premier 

La Société française d’Histoire de la Médecine 
a pour objet d’étudier l’histoire de la médecine et des 
sciences qui s’y rattachent, considérée au multiple point 
de vue de l’évolution des doctrines et des institutions, 
de la biographie, de la bibliographie et des recherches 
documentaires. 

Elle se propose, dans ce but, d’organiser des réunions 
mensuelles régulières de ses membres, de provoquer 
des visites collectives aux différents établissements ayant 
un caractère historique, et de faire tous ses efforts, en 
intei venant soit auprès des pouvoirs publics, soit au¬ 
près des particuliers, pour qu’il ne soit porté la moindre 
atteinte possible aux objets et aux documents intéres¬ 
sant l’histoire médicale de notre pays. 




Article 2. 

La Société publie un Bulletin périodique, contenant 
les actes officiels de la Société, le texte des procès- 
verbaux, les reoseiguemeuts bibliographiques qu'elle 
a réunis et soit l’intégralité, soit le résumé des tra¬ 
vaux qui lui sont communiqués. 

La Société pourra sedi viser en plusieurs commissions 
ayant chacune un Président et un Secrétaire, que ces 
personnes soient ou non Membres du Bureau ou du 
Conseil. L’opportunité de cette division en commissions 
et la répartition de ces dernières sont laissées à la 
diligence du Conseil. 

Article 3 

’foute discussion portautsur des questions politiques, 
religieuses ou étrangères à l'objet de la Société, est 
rigoureusement interdite. 

Gomijositiou. 

Article 

La Société comprend des Membres honoraires, des 
Membres perpétuels, des Membres donateurs et des 
Membres actifs, sans distinctions de sexe ni de natio¬ 
nalité. 

Article 5. 

LesMembres honoraires sont affranchis de toute coti¬ 
sation ; ils reçoivent gratuitement un exemplaire de 
toutes les publications de la Société, sans que cette 
mesure puisse avoir d’effet rétroactif. Leur nombre ne 
peut être supérieur à douze. 

Article 6. 

Toute candidature au litre de Membre honoraire doit 
être formulée dans une lettre adressée au Président et 
signée au moins par dix Membres de la Société. H est 
donné lecture de cette lettre en séance ordinaire. L’un 
des Membres présents est désigné par le Président pour 
faire, à la prochaine séance, un rapport sur cette can¬ 
didature. Il est ensuite procédé à un vote par bulletins 
secrets. L’élection se fuit à la majorité des deux tiers 
des suffrages exprimés. 



_ 7 — 


Article 7. 

Peuvent être Membres actifs toutes les personnes qui 
satisferont aux conditions suivantes : 

1“ Etre présenté par deux Membres ; le vote d’admis¬ 
sion a lieu à la séance suivante. L’élection se fait à la 
majorité absolue des suffrages; 

a» Payer une cotisation annuelle dont le taux est 
indiqué au Règlement et en échange de laquelle on re¬ 
çoit les publications de la Société. 

Article 8. 

Le titre de Membre perpétuel appartient à toute per¬ 
sonne qui, soit à son entrée dans la Société, soit à une 
date ultérieure, a versé une somme d'au moins deux 
cents francs. 

Les droits des Membres perpétuels sont les mêmes 
que ceux des Membres actifs. 

Article 9. 

Le titre de Membre donateur appartient à toute per¬ 
sonne qui, soit à son entrée dans la Société, soit à une 
date ultérieure, a versé une somme d'au moins quatre 
cents francs, soit en une fois, soit en deux versements 
annuels. 

Les Membres donateurs font de droit partie du Con¬ 
seil. Après décès, leurs noms seront inscrits à perpé¬ 
tuité en tête de la liste des Membres de la Société. 

Ressources. 

Article 10. 

Les ressources de la Société se composent : 

1“ Des cotisations annuelles ; 

2“ Du produit de la vente du Bulletin et des autres 
publications de la Société (abonnements, vente au nu¬ 
méro, etc.), conformément aux clauses du traité passé 
avec l’éditeur ou le libraire dépositaire ; 

3» Du produit des réunions, conférences, fêtes, ex¬ 
positions, etc., organisées au profit de la Société ; 

4“ Des subventions qui pourraient lui être accor¬ 
dées ; 

50 Des dons manuels qui pourraient lui être faits ; 

6° Du revenu des capitaux placés. 



A UÏIGLE I I. 

Les sommes versées tant par les Membres perpétuels 
que par les Membres donateurs seront capitalisées et 
placées en rentes françaises ou garanties par l’Etat 
français, en obligations de chemins de fer ou en va¬ 
leurs à lots du Crédit foncier, de la Ville de Paris. Les 
arrérages des titres de rente sont incorporés au bud¬ 
get annuel, sans être soumis à remploi. 


Administration. 

Article 12. 

La Société est administrée par son Bureau et par son 
Conseil. 


Article i 3. 

Le Bureau comprend : un Président, deux Vice-Pré¬ 
sidents, un Secrétaire général, deux Secrétaires, un 
Trésorier et un Archiviste-bibliothécaire. 

Le Président veille à la stricte observation des statuts 
et du règlement. Il conduit les travaux, dirige les déli¬ 
bérations et représente la Société en toutes circonstan- 

En cas d’absence ou d’empêchements, il est remplacé 
par l’un des Vice-Présidents. 

Le Secrétaire général est chargé de la correspondance 
et de là publication du Bulletin, dont il corrige les 
épreuves et qu’il signe comme gérant. 

Les Secrétaires sont chargés de la rédaction des pro¬ 
cès-verbaux ; ils aident le Secrétaire général dans ses 
différentes attributions. 

L’Archiviste-bibliothécaire est chargé de la récep¬ 
tion, de l’enregistrement, du catalogue et de la garde 
des objets, documents et livres reçus par la Société ou 
acquis par elle. 

Le Trésorier opère toutes les recettes et acquitte tou¬ 
tes les dépenses autorisées par le Conseil. 

Article i 4. 

Le Président et le Secrélairè général sont élus pour 
deux ans. Les autres membres du Bureau pour une 
année seulement. Ils sont tous rééligibles, à l’exception 
du Président, qui ne peut être réélu avant deux ans. 



Article i 5. 

Le Conseil comprend ; 

i“ Tous les membres du Bureau ; 

2» Les membres donateurs ; 

3“ Les anciens Présidents pendant trois ans ; 

4“ Neuf membres élus, renouvelables par tiers tous 
les ans, d’après un ordrè établi par voie de tirage au 
sort. 

Les membres sortants sont immédiatement rééligi- 
bles. Une place peut être réservée, dans chaque série 
annuelle, à un membre non résidant ou étranger, 
sans que le nombre des membres de cette catégorie 
puisse être jamais supérieur au tiers du nombre des 
membres élus. 


Article i< 3. 

Toutes les fonctions du Bureau et du Conseil son 
gratuites. 

Article 17. 

L’élection des membres du Bureau et du Conseil a 
lieu dans la dernière séance de l’année. Le vote par 
correspondance est admis. 

Article 18. 

Le Bureau et le Conseil sont chargés des intérêts de 
la Société. Au Bureau incombe l’administration cou¬ 
rante. Le Conseil connaît de toute question relativeaux 
élections, engageant les finances de la Société et con¬ 
cernant son action matérielle ou morale. D’une façon 
générale,il s’occupe de toute affaire sur laquelle il y ait 
à délibérer. 

Article 19. 

Le Président convoque le Bureau et le Conseil toutes 
les fois qu’il le juge nécessaire. 

En outre, le Bureau et le Conseil se réunissent de 

E leiu droit et délibèrent valablement toutes les fois que 
) Président ou l’un des Vice-Présidents ont été saisis 
d’une demande de convocation, signée soit par trois 
membres du Bureau, pour la convocation de celui-ci, 
soit par six membres du Conseil, dans le cas de convo¬ 
cation du Conseil, soit par douze membres de la Société. 




— 10 — 


Dans l’un et l’autre cas, la demande de convocation du 
Bureau ou du Conseil doit exposer le motif de la réu¬ 
nion et indiquer les questions qu’il semble utile de 
mettre en discussion. 

AllTlCLE 20. 

Les délibérations du Conseil sont transcrite.s par l’un 
des Secrétaires sur un reg-istre spécial; le procès-ver¬ 
bal de chaque séance est signé par le Président et le 
Secrétaire général. 

Article 21. 

L’exercice financier de la Société est annuel. Dans 
la séance de janvier, le Trésorier dépose ses comptes, 
qui doivent être examinés par une Commission de deux 
Membres, nommée par la Société sur la proposition du 
Bureau. Cette commission dépose,à la séance suivante, 
c’est-à-dire à l’Assemblée générale, un rapport écrit 
dont les conclusions sont mises en discussion. 

â.ssemblée générale. 

Article 22. 

La Société se réunit chaque année en Assemblée gé¬ 
nérale dans le courant de février. Cette Assemblée 
générale peut se tenir sous la présidence effective d’un 
Président d’honneur choisi par le Conseil. Üne convo¬ 
cation spéciale, faisant connaître le programme de la 
réunion, est envoyée à tous les Membres de la Société. 

Modification des Statuts,diBsolution de la Société. 

Article 28. 

Toute modification des Statuts ne peut être volée 
qu’en Assemblée générale extraordinaire, dûment con¬ 
voquée à cet effet. Le vote n’est valable qu’autant qu’il 
réunit les deux tiers des voix des Membres présents. 

Article 24. 

De même, la dissolution de la Société ne peut être 
votée qu’en Assemblée générale extraordinaire,dûment 
convoquée à cet effet; trois mois au moins avant sa 
réunion, il aura été distribué à chaque membre un 
rapport exposant les motifs de celte dissolution. L’As- 



— 11 - 


semblée a’est valablement constituée que si au moins 
la moitié plus un des membres inscrits y sont présents 
ou représentés par un confrère auquel ils auront à cet 
effet délégfué leurs pleins pouvoirs. Un même Membre 
présent ne pourra représenter plus de quatre Membres 
absents. Les résolutions sont prises à la majorité des 
deux tiers des Membres présents ou représentés. 

Toutefois, si après une première convocation le quo¬ 
rum ci-dessus spécifié n'est pas atteint, il sera convo¬ 
qué une seconde Assemblée dans les mêmes formes, 
qui délibérera valablement quel que soit le nombre des 
membres présents ou représentés. 

Article 25. 

En cas de dissolution, l’Assemblée générale décide 
de l’usage qui sera fait des biens de là Société et de 
son avoir. 


Article 26. 

Tout Membre qui est resté trois ans sans payer sa 
cotisation peut être rayé de droit. 

Article 27. 

L’élection des neuf premiers Membres du Conseil 
aura lieu à l’Assemblée générale de iqo6, d'après une 
liste préparée par le Bureau, à la majorité absolue et 
quel que soit le nombre des votants. Au cas où, parmi 
les neuf membres élus,ilse trouveraitdes Membres non 
résidants ou étrangers, au nombre de trois au maxi¬ 
mum, il serait procédé entre eux à un tirage au sort, 
afin de les répartir entre chacuu des tiers du Conseil. 
Usera procédé ensuite à une opération toute semblable, 
en vue de répartir les Membres résidants entre les trois 
séries de Membres du Conseil. De ce fait, le Conseil 
se trouvera constitué et son roulement sera établi. 

Article 28. 

La Société tient ses séances à la Faculté do Médecine. 
Sa Bibliothèque et ses Archives se trouvent au Labo¬ 
ratoire de Parasitologie. 

1æ siège de la Société, de sa Bibliothèque et de ses 
Archives pourra être transporté en tout autre endroit, 
suivant les circonstances, si le Conseil en décide ainsi. 



— 12 — 


De même, les jours et les heures des séances pourront 
être modifiés suivant les besoins. 


Règlement intérieur. 

Article premier. 

Lesièg-e social est au domicile du Secrétaire général. 

Article 2. 

La Société tient ses séances le deuxième mercredi de 
chaque mois, à cinq heures de l’après-midi, sauf pen¬ 
dant les mois d’août et de septembre. 

Quand la date de la séance coïncide avec un jour 
férié, la réunion est avancée ou reculée d’une semaine, 
suivant les circonstances, par simple décision du Bu¬ 
reau. 


Article 3. 

Tout membre ayant une communication à faire doit, 
pour être inscrit à l’ordre du jour, en prévenir le Se¬ 
crétaire général au moins dix jours avant la date de la 
séance. 

Article 4- i 

La cotisation est fixée à douze francs par an. L’année 
compte toujours du i®rjanvier. Chaque membre paiera 
un droit d’entrée de 10 francs. 

Article 5. 

Le Bulletin est publié par volumesannuels; il paraît 
par fascicules mensuels. 

Le Bulletin sera publié aux frais de la Société et 
à l’avenir il ne dépendra d’aucun journal: 

La liste des m.embres et le règlemerit paraîtront 
dans le premier fascicule de l’année ; 

Deux secrétaires seront, à tour de rôle, chargés de 
prendre chaque mois le compte rendu de la séance et 
derecevoir les travaux des auteurs, mais ce sera tou¬ 
jours le môme-secrétaire qui correspondra avec l’im¬ 
primeur ; 

Au cas où ne peuvent prendre place que des extraits 
ou des résumés des travaux communiqués en séance, 



— 13 — 


l’auteur s’entend avec le Secrétaire g^énéral pour la 
désignation des passages à publier. 

Article 6. 

Les opinions émises par les auteurs n'engagent 
qu’eux : la Société n’en assume pas la responsabilité. 

Article 7. 

La Société offre auxauteurs 25 exemplairesàa leurs 
travaux, mais sans réimposition et sans changement 
de pagination et sans couverture. Celle-ci, avec ou 
sans titre, la réimposition, avec pagination nouvelle, 
seront à la charge de l’auteur qui s’entendra directe¬ 
ment avec l’imprimeur. Tout membre désirant des 
tirages à part est tenu d’en aviser le secrétaire général 
dans la semaine qui suit sa communication. 

Article 8. 

Tout tiré à part doit porter à la fin du texte la for¬ 
mule suivante : Extrait du Bulletin de la Société 

française d'Histoire de la Médecine, tome ., 

page ., année .En aucun cas, les tirés ù part ne 

peuvent être mis en vente. 

Article 9. 

Le Conseil se réunit de plein droit dans la première 
quinzaine de novembre, en vue d’arrêter la liste des 
candidats au Bureau et aux places laissées vacantes 
dans le Conseil. 


Article 10. 

Dans le cas où un ou plusieurs Membres du Conseil 
seraient appelés par les élections à faire partie du 
Bureau, le Conseil serait complété immédiatement par 
un vole des Membres présents à la séance. Il en sera 
de même en cas de ballottage. 

Les nouveaux élus prennent, dans chacun des tiers 
du Conseil, la place laissée vacante par les personnes 
qu’ils sont appelés à remplacer. 

Article ii. 

La Bibliothèque, les archives et la Réserve des publi- 






cations de la Société sont conKées à lagarde de l’archi- 
viste-Bibliothécaire. La Société n’ayant pas de local 
lui appartenant, tous ces documents sont déposés à la 
Faculté de Médecine, dans une salle spéciale ou dans 
les annexes du Laboratoire de Parasitologie. Ce dépôt 
est révocable par simple décision du Conseil. 

Article 12. 

L’Archiviste-Bibliothécaire est chargé de la récep¬ 
tion, de l’inscription et du catalogue des volumes, 
brochures et documents. Il est comptable des publica¬ 
tions en réserve vis-à-vis de la Société. Il fait chaque 
année, danslaséancede janvier, un rapportécrit surson 
administration. Ce rapport cstsoumis à l’examen d’une 
commission de deux Membres, qui véiilie l’état de la 
Bibliothèque, des Archives et des Réserves et en rend 
compte à l’Assemblée générale. 



LISTE DES MEMBRES 


Arrêtée au 31 décembre 1909 


Arone (M™®), 82, route des Chcsneaux, Montmorency. 

Agiiard (D' I, Professeur an'régé à la Faculté, Médecin des 
hôpitaux, rue du Faubourg-Sainl-Honoré, 164 (1). 

Alezais (D'), Médecin des hôpitaux,/-ne d'Arcole,d, Mar¬ 
seille . 

Aubert (D'), Chirurgien en chef de l’Antiquaille,/vte Vic¬ 
tor-Hugo, 33 , Lyon. 

Ballet (D'' Gilbert), Professeur à la Faculté, Médecin des 
hôpitaux, rue du Général-Foy, 3 g. 

Baldenweck (D'), ancien Interne des hôpitaux de Paris, 
8j, rue de Monceau. 

Barbillon (D“'), ancien Interne des hôpitaux de Paris, 
avenue de l'Observatoire, 24. 

Beaudot, pharmacien, place üarcy, à Dijon. 

Bauuoin (D"' Frédéric), rue du Château, Alençon (Orne). 

Baudouin (D‘' Marcel), Secrétaire général de la Société 
préhistorique de France,ancien Interne des hôpitaux, 
ancien Chef de laboratoire de la Faculté de Médecine, 
rue Linné, 21. 

Beauvois (D”), rue d'Orléans, 21, Neuilly-sur-Seine. 

Beluze (D''), rue des Francs-Bourgeois, 54 . 

Bérillon(D'’), Directeur de la Revue de l'Hypnotisme, 
rue Castellane, 4 - 

Bénard (Df), Château-Gontier (Mayenne). 


( I ) Là où le 


delà ville n’est pas indiqué, il s’agit de Paris. 





— 10 — 


Bergounioux (D*), ancien Médecin en chef de l’Hôpilal 
militaire de Poitiers, à Belfort [Lot). 

Blanchard (D*' Raphaël), Prolèsseur à la Faculté, Mem¬ 
bre de l’Académie de Médecine, bouleoard Saint-Ger¬ 
main, 226. 

Bonaparte (prince Roland), Membre de l’Institut, aoc/we 
d’Iéna, 10. 

Borne (D"' G.), rue de Louvois, 8. 

Bos (Dr Alphonse), cours Lieutaad, 52, Marseille. 

Bouttneau, Membre de la Société archéologique, rue de 
l'Alma, y3, à Tours. 

Brcemer (Dr), Professeur à l’Ecole de pharmacie de Tou¬ 
louse. 

Bugiel(D“), boulevard Saint-Marcel, 53. 


Gapitan (Dr), ancien Président de la Société d’Anthropolo¬ 
gie, rue des Ursnlines, 5. 

Garbonnelli (P‘), Directeur de la Maternité, Saint-Mas- 
simo, 33, Tarin. 

Cartaz (Dr), ancien Interne des hôpitaux de Paris, boule¬ 
vard Haussmann, 3g. 

Gawadias, Interne des hôpitaux, Hôtel-Dieu, Paris. 

Gayla ' D’’), avenue de Neuilly, 3i, Neuilly-sur-Seine. 

Ghaput (Dr H. ), Chirurgien des hôpitaux, avenue d’Eylau, 

Gharcot (Dr Jean), ancien Chef de clinique, avenue de 
l’Alma, 36. 

Ghassevant (D’), Professeur agrégé à la Faculté., rue du 
Mont-Thabor, 21. 

Chauffard (D'), Professeur à la Faculté, Médecin des 
hôpitaux, rue Saint-Simon, 2. 

Chaumont (Dr), rue de Vaugirard, 63. 

Chauveau (Dr), boulevard Saint-Germain, 226. 

Ghevlud (Em.), Pharmacien, k la Roche-Chalais (Dor¬ 
dogne). 



— 17 — 


CoRDiER (D''), aux Etablissements- français de Pondichéry 
{Inde). 

CoRNiLLOT (Dr), Sous-Biblioihécaire à la Faculté de Méde¬ 
cine, rae Gazan, 3g. 

Cornu (Df), à Neavy {Yonne). , 

CoüRTADB (Dr A.), ancien Interne des hôpitaux de Paris, 
rue Castellane, 

CüMSTON (EH' Charles), Beacon Street,Syi, Boston, Mas¬ 
sachusetts, Etats-Unis. 


Dbjerine (D'), Professeur à la Faculté, Médecin des hôpi¬ 
taux, Membre de l’Académie de Médecine, boulevard 
Saint-Germain, lyg. 

Delaunay (Dr)', ancien Interne des hôpitaux de Paris, 
i4, rue de la Préfecture, Le Mans. 

Dblbet (Dr Paul), ancien Chef de clinique de la Faculté, 
i4, rue Roqaepim. 

Delorme (D*), Membre de l’Académie de Médecine, Direc¬ 
teur de VHÔpital du Vàl-de-Grâce, 

Desnos (D'), rue de la Boétie, 5g. 

Deroidb, Interne des hôpitaux, i6, rue delà Pi fié. 

Dignat (Dr)', avenue Carnot, i4’ 

Dorveaux (D'), Bibliothécaire de l’Ecole de Pharmacie, 
avenue d? Orléans, ôS. 

Druelle (D’), rue de Clichij, 55. 

DtJCHÉ (D"), Saini-BarthMemg-de-Bélleffàrde {Dordogne). 

Düpré (D*), Professeur agrégé à la Faculté, Médecin des 
hôpitàijx, rtre Saint-Georges, 47- 

Fabre (D'), Membre correspondant de l’Académie de Mé¬ 
decine, Commentrg {Allier).. 

Farsz (Dr), boulevard ffmssmann, i54. 

Fay (Dr ftlareel),, ancien Interne des asiles,/r rue 
de Thamii 

F*v (lVfadriffie)(.Ghirai^en-iiientÎBte', 17, ri^ dk la' Viîle- 
VBaêfue. 

2 



~ 18 — 


Fiessinger (D'’), Rédacteur en chef du Journal des Pra¬ 
ticiens, Membre correspondant de l’Académie de Mé¬ 
decine, 4, rue de la Renaissance. 

Flandrin (Df), Médecin accoucheur en chef de i’Hôpital, 
place Grenette, ii, Grenoble, 

Florence (D’), Professeur à la Faculté, rue Culatte, 3, 
Lyon. 

FoNAHM(Adolphe),Professeurà l'Université de Christiania. 

Fournier (D'’ Alfred), Professeur honoraire à la Faculté, 
Médecin honoraire des hôpitaux, Membre de l’Acadé¬ 
mie de Médecine, rue de Miromesnil, 77. 

Fournier (D'' Edmond), 77, rue de Miromesnil. 

Fournier (D'Henri), rue rfe Z-isôorane, ii. 

Francillon (M‘"® la D®®*® Marthe), 18, avenue de Fried¬ 
land. 

Gariel (D''), Professeur à la Faculté, membre de l’Acadé¬ 
mie de Médecine, rue Edouard-Detaille, 6. 

Geay .(D''), de Paris. 

Genévrier (D»' J.), ancien Interne des hôpitaux, rue du 
Pré-auæ-Clercs, 8. 

Gilbert (D’’), Professeur à la Faculté, Médecin des hôpi¬ 
taux, rue de Rome, 57. 

Grasset (D’’),Professeur à la Faculié, rue J.-J.-Rousseau, 
Montpellier. 

Guelliot (D*' Octave), Chirurgien de l'Hôtel-Dieu,rue du 
Marc, Reims. 

Guépin (D'), ancien Interne des hôpitaux, boulevard Ma- 
lesherbes, si bis. 

Guiart (ü''), Professeur à la Faculté de Médecine de 
Lyon. 

Guillon (D' Paul), boulevard Malesherbes, 6g. 

Güyon ( 0 “'), Professeur honoraire à la Faculté, Chirurgien 
honoraire des hôpitaux. Membre de l’Institut et de l’A¬ 
cadémie de Médecine, rue de la Baume, i . 

Gyory (Df de), Privat-docent d’histoire de la médecine à 
l’Université de Budapest, IV, Zoldfa, a, ai. 



- 19 - 


Hahn (D’’), Sous-Bibliolhécaire à la Faculté de Médecine, 
me Gaij-Lussac, 28. 

Hamonic (D’’), ancien Interne des hôpitaux, me Claiizel, 
7 ter. 

Houssay (D‘' Fr.), à Ponllevoy {Loir-et-Cher). 

Institot de l’histoire de la médecine de VUniversité 
de Leipzig. 

Jablonski (D''), Médecin des hôpitaux, l’ae rfes Arènes, jg, 
Poitiers. 

Jeanselme (D’’), Professeur agrégé à la Faculté, Médecin 
des hôpitaux, 5, quai Malaquais. 

JenniNgs (D’’), Au Vésinet (S.-et-O.). 

Joly (Df), Médecin consultant à Bagnoles-de-I'Orne, villa 
les Lotus, L’hiver à Paris, 3 g, boulevard Raspail. 


Klein (D"' Gustav), à Munich (Bavière). 

Labadie-Lagrave 2(D‘'), Médecin des hôpitaux, avenue 
Montaigne, 8. 

Lagassagne (D’’), Professeur à la Faculté, Directeur de 
Archives d’anthropologie criminelle, place Raspail, 
1, Lyon . 

Landouzy (P*'), Doyen de la Faculté de Médecine, Médecin 
des hôpitaux, Membre de l’Âcadémie de médecine, rue 
de l’Université, i 5 . 

Langlois (DO, à Mauheuge (Nord). 

Lapbrsonne (D'’ de). Professeur à la Faculté, boulevard 
Malesherbes, go. 

Leolair (Edmond), Pharmacien des hôpitaux, rue de 
Puebla, 35 , à Lille, 

Ledoux-Lelard (DO) ancien Internedeshôpitauxde Paris, 

sa, rue Clément-Marot.. 

Legrand (Noé), Sous-Bibliothécaire à la Faculté de Méde¬ 
cine, me des Feuillantines, 10, 



Le Pujeur (D*')> Médecin de Saint-Lazare, rm de, PAïf' 
cade, j5. 

Lemwre (D’’), ancien Interne dea hôpitaux, rne de Ri- 
gny, 5. 

Lejars (D''), Professeur agrégé à la Faculté^ Cljiruirgien 
des hôpitaux, rue de la Victoire, g6. 

Lepé (D' Fernand), Membre du Comité des travaux histô- 
riques et scientifiques, quai aux Fleujcs, ig, 

Leri (André), ancien Interne des hôpitaux, avenue ffo- 
ç/je„ 38, 

Leudet (D’’), rue de Miromesnil, 66. 

Lipinska (M””® la Ds®®), Fa.xeml-les~Bai.ne,. 

Lucas-Ghampionnibre (D*'), Chirurgien honoraire des 
hôpitaux, Membre de l’Académie^ de Médecmeji, amme 
Montaigne, 3 . 

Lutaüd (D-),, Médecin de Saint-Lazare, rue pievrerChar- 
ron, 3 r . 


Mac-Auliffe (Df), avenue Friedland, 26. 

Magnan (Df), Médecin de Sainte-Anpe, Membre de l’Aca¬ 
démie de Médecine, rue Cabanis, /. 

Marie (Df A.), Médecin en chef de l’Asile de Villejuif 
(Seine). 

Meige (Dr Henri), rue de Seine, 10. 

Ménétrier (Dr), Professeur agrégé à la Faculté de Méde? 

cine. Médecin des hôpitaux, boulevard Saint-Michel, 5 g. 
Mï:RCiER-(Dr Raoul), boulevard Heurieloup, 4 i,.à Tours. 
Meunier (D'), Médecin des hôpitaux, rue TAiers,./.d,,Pon¬ 
toise. 

Moüeé, à Vîtry-le-François. 

Nass (Dr), villa David, Vincennes. 

NeeiîBW-AjaERnEoji (DO, Privat-doqent 4 l’Univejpstté; dé 
Genève. 

r^BWER (DO, Professeur agrégé 4 la Faculté,Méda®* des 

htpii&wx, boulevinird Saiat--Ger/mia, isg>. 



— 21 — 


Neveo(D''R aymond), rite rfe Paris,! 4 i,à Clamant Seine). 

N1CA.ISE (D' Victor), ancien Interne des hôpitaux de Paris, 
rue Mollien, 3 . 

Nigay (D*'), Médecin consultant à Vkhy (Allier). L’hiver 
à Paris, rue Greuze, 24 bis. 

Nicolas (D’’), Médecin consultant au Mont-Dore{Pay-de- 
Dâmé). L’hiver à Nice, avenue de la Gare, 3 i. 

Œfele (D'' von), Bad Neaenarh(Rheinpreussen). 

Pagkl (D'), Professeur d’Hisloire de la médecine à l’Uni¬ 
versité, Chausseestrasse, Berlin. 

Pansier (D*'), Avignon. 

Pergens (Df), à Maeseijck {Belgique). 

PlansoN (D’’), ancien Interne des hôpitaux de Paris, 3 ^ 
rue Darti. 

Prévost, Rédacteur au Secrétariat de la Faculté de Méde¬ 
cine de Paris, i 5 , rue de l'Ecole-de-Médecine, 

Prieur (D*' Albert), Rédacteur en chef de la France médi¬ 
cale, place des Vosges, i.' 

Prieur (Léon), Avocat à la Cour d’appel, rue de Bour¬ 
gogne, 23 . 

Raillet (Dr), Professeur à l’Ecole d’Alfort, Membre de 
l’Académie de Médecine, à Al fort {Seine). 

Rambaud, Pharmacien en chef de rilôpital, Poitiers. 

Reber, Pharmacien, d (îetiène, 3 , Cour Saint-Pierre. 

Régnault (D*' Félix), Directeur de VAvenir médicalellhé- 
rapéatigue illustré, place de l'École dé Médecine, 22. 

Revue médicale de Normandie, quai du Havre, ij, à 
Rouen. 

Ribier (Dr de), Médecin consultant à Châtel-Guyon. 

Righer (Dr), Membre de l’Académie de Médecine, Membre 
' de l’Institut, Professeur à l’Ecole des Beaux-Arts, rue 
■ du Luxembourg, 3 o. 

I\OGHÉ (D' Henri), 27, boulevard Sébastopol, 



— 22 — 


Roubinowitch (D’’), Médecin de la Salpêtrière, rue du 
Faubourg-Poissonnière, ii 5 . 

Roücaybol (D'), rue du Rocher, 49 . 

Rouveyre (Edouard), Editeur, rue de la Tour, io 4 . 

Rouxeau (D'^), Professeur à l’Ecole de Médecine,;rae Hé- 
ronnière, 4 , Nantes. 

Ruelle, ancien Administrateur de là Bibliothèque Sainte- 
Geneviève, rue Soufjloi, 5 , Paris. 

Saintignon (D' Henri), place de Laborde, lo. 

ScHEiL (Abbé), rue de la Chaise, 7. 

ScHÔNE (D"'), Hersohe-Strasse, 12, (III) à Kônigsberg 
(Prusse). 

Schwartz (D"'), Professeur agrégé à la Faculté, Chirurr- 
gien des hôpitaux, boulevard Saint-Germain, i 83 . 

Sbmelaigne (D’’ René), ancien Interne des hôpitaux de 
Paris, avenue de Madrid, 10, Neuilly-sur-Seine. 

Storer (D'), à Newport (Etats-Unis). 

SuDHOFF (?■■), Directeur de l’Institut de l’Histoire de la Mé- 
décine, à VUniversité de Leipzig (Allemagne), 


Toraüdb, Pharmacien, Grande rue, 23 , à Asnières. 

Tohkomian (D''), rue Taxim, 23 , Péra, Constantinople. 

Truc (D’’), Professeur à la ¥a.c\i\{h,Carré-du-Roi, 3 ,Mont¬ 
pellier. 

TÙffier (D'), Professeur agrégé à là Faculté, Chirurgien 
des hôpitaux, aaenae Gabriel, 42. 

Vadam (Philippe), Chimiste-Expert, rue de Mogador, ag. 

Vieillard (Camille), 0 Handan (Puy-de-Dôme). 

ViELBARD (Paul), Avocat à la Cour d'appel, go, rue de 
Miromesnil. 

Vidal (Df Ch.), aj, rue du Temple, à Castres. 

Wallich (D'), Accoucheur des hôpitaux, rue de Bourgo¬ 
gne, 17. 

WiCiÇBRSHBiMER (D' Emest), avenue de la Muette, gS. 



— 23 — 


Composition du bureau 
pou;* l’année 1910. 


Préi^idknt : M. le D** Gilbert Ballet, Professeur à 
la Faculté de Médecine, Médecin des hôpitaux. 

Vice-Présidents : M. Paul Dorveaux, Bibliothé¬ 
caire de l’Ecole de Pharmacie ; M. le D>' Le Pileur, Méde¬ 
cin de Saint-Lazare. 

Secrétaire général : M. le Dr Albert Prieur. 

Secrétaires ; MM. les Drs Victor Nicaise et Gené¬ 
vrier. 

Trésorier : M. le Dr Neveu. 

Archiviste-Bibliothécaire : M. le Dr Beluze. 

CONSEIL 

Membres résidants : 

MM. le Dr Blanchard, Professeur à la Faculté de Méde¬ 
cine, Membre de l’Académie de Médecine. 

Le Dr Déjerine, Professeur à la Faculté de Médecine. 

Le Dr Edouard Jeanselme, Professeur agTéfré 
à la Faculté de Médecine, Médecin des hôpitaux. 

Moulé, chef de section honoraire au service vétéri¬ 
naire de Paris. 

Ruelle, ancien administrateur de la Bibliothèque 
Sainte-Genfeviève. 

Membres non résidants : 

MM. le Dr Paul Delaùnay, ancien interne des Hôpitaux, 
au Mans. 

M. Pierre Rambaud, pharmacien des. hôpitaux de 
Poitiers. 

Le Dr Grasset, de Montpellier. 

Ancien Président : 

M. le Dr Paul Richer, Membre de l’Institut et de l’Aca¬ 
démie de Médecine, Professeur à l’Ecole des Beaux. 
Arts. 



Séance du 12 janvier 1910. 

Présidence de M. Gilbert Ballet. 


Après la réunion du Conseil de la Société en comité 
secret, la séance est ouverte par la lecture du procès- 
verbal de la séance précédente qui est adopté. 

A propos du procès-verbal M. Marcel Baudouin 
complète sa communication précédente par quelques 
notes nouvelles sur la Joubarbe totem et la Joubarbe 
en médecine populaire. 

* * 

M. Wickersheimer pTksenie l’ex-libris du médecin 
Du Douet, de Caen, qui orne un volume du Xvi® siècle, 
conservé aujourd’hui à la Bibliothèque de l’Université 
de Paris (Réserve 714) • 

Du Douet, personnage très obscur, vivait sans doute 
au xvm® siècle, si on en juge par le style général de 
son ex-libris. Cet ex-libris présente réunis plusieurs 
des emblèmes qu’on attribue généralement aux méde¬ 
cins ; au centre Hygie, tenant de la main droite une 
coupe, de la main gauche le bâton d’Esculape ; à gau¬ 
che la Cigogne qui figure aussi dans les armes de la 
Faculté ; à droite le Coq, consacré à Esculape. En haut 
un ruban avec l’inscription : ex-libris. pet. ph. du 



M. Noé Legrand lit uae note intitulée : L’image 
inédite de deux portraits de doyens de l'ancienne 
Faculté, François Duport et Michel Marescot, mé¬ 
decins d'Henri IV, portraits aujourd'hui perdus 
ou détruits. 

François Duport était né en Valois en i548. Il fut 
doyen de la Faculté en iCo4. H mourut à Paris en 
1624. — Michel Marescot était né à Vimoutiers, près 
Lisieux, lé 12 aodt ihSg. Il fut premier médecin de 
Henri IV et doyen de la Faculté de i588 à ihSg. 

Le portrait de Duport et celui de Marescot avaient 
été offerts à la Faculté par Claude Quartier, ancien 
doyen, le 3o août i 6 g 2 . 

Ces toiles ont disparu depuis longtemps. Les pho¬ 
tographies ont été faites d’après] des copies exécutées 
par la sœur de Ghéreau. 

*** 

M. Marcel Baudouin lit un travail ayant pour titre : 
Origine et signification thérapeutique des clés de 
Saints dans le traitement de la rage. Le fer totem. 

Revenant à ce propos sur les communications de 
M. Wickersheimer sur le traitement de la rage par 
les bains de mer, il croit qu’il est impossible de nier 
l’arigine traditionaliste et religieuse de ce mode de 
traitement, malgré ses allures scientifiques. 

M. Wickersheimer n’est pas de l’avis de M. Bau¬ 
douin. A son avis, on a cherché à guérir les accès de 
rage, comme aussi les accès de délire furieux par des 
immersions dans l’eau de mer, dans la Méditerranée 
qui n’a pas de marées et aussi dans l’eau douce, parce 
que, par la demi-asphyxie qu’on infligeait ainsi au 
patient, on obtenait ainsi une disparition passagère 
dés accidents les plus aigus et les plus effrayants de 
^ maladie. Il faut ajouter à cela que l’hydrophobiq 



étant considérée par beaucoup non pas comme un sim¬ 
ple symptôme, mais comme la cause même de la mala¬ 
die, on crut guérir le patient « en lui faisant boire un 
coup ». 

M, Wickersheimer signale aussi l’existence au Musée 
ethnographique du Trocadéro, de trois clés de plomb 
(no ai951) provenant du pèlerinage de Saint-Tugan, 
à Primelin (Finistère). 

M. Marcel Baudouin répète qu’il a cité un fait posi¬ 
tif de folklore, indiquant l’origine traditionaliste du 
traitement de la rage par les bains de mer. Il n’est pas 
possible de n’en pas tenir compte. 

D’autre part, l’hypothèse contraire — celle d’une ori¬ 
gine scientifique, — ne s’appuie sur aucun texte. 

Il ajoute qu’il est peu probable -qu’aux époques 
proto-historiques on ait eu une idée aussi complexe.— 
Quant à l’application de la méthode aux délires, aux 
folies, etc., elle découle évidemment de la sympto¬ 
matologie de la rage. Le peuple a confondu les délires 
des hydrophobiques avec ceux des folies proprement 
dites, et eut l’idée d’appliquer le même traitement : 
ceci d’ailleurs,à une époque relativement très récente. 


Le Secrétaire général présente au nom de M. Re¬ 
ber,ie Genève, un travail ayant pour titre : Une lettre 
inédite de Pierre Bayen, suivie de quelques obser¬ 
vations. 


La séance est levée. 



Image inédite de deux portraits de 
Doyens de l’ancienne Faculté, 
François Duport et Michel Mares- 
cot, médecin d’Henri IV, portraits 
aujourd’hui perdus ou détruits. 


M. Noé Legrand. 


François Duport était né en Valois en i548. Il fut 
médecin et doyen de la Faculté en i6o4. Il mourut à 
Paris en 1624. Duport était si bien l’esclave de la poé¬ 
sie, qu’il ne pouvait écrire quoique ce fut, sans que ce 
fut en vers. C’est en vers qu’il a exposé en quatre livres, 
la séméiotique, les dia^’nostics du père de la Médecine, 
le diag^nostic des affections épidémiques. 

Michel Marescot était né à Vimoutiers, près Lisieux, 
le 12 août iSSg. Il fut premier médecin de Henri IV, et 
Doyen de la Faculté de i588 à 1689. Lors du grand 
procès des médecins contre les chirurgiens, Marescot 
se signala par sa violence à défendre sa corporation. 
Après le discours de Lefort en faveur des chirurgiens, 
dans la grande assemblée de l’Université « Rousselet 
Doyen, avec le sieur Marescot, comme l’appelle Ques- 
nay, s’élevèrent contre les chirurgiens et se battirent à 
coups de poings avec le scribe de l’Université » pour 
empêcher ce dernier d’écrire la sentence favorable aux 



chirurgiens (Zr/sioiVe de l’origine de la chirurgie en 
France, p. 189, note a.) 

Le portrait de Duport et celui de Marescot avafent 
été offerts à la Faculté, par Claude Quartier, ancien 
doyen, le 3o août 1692. « Claudius Quartier ad deca- 
num his diebus misit très tabellas dapictas itnaginibus 
triüm virorum in schola nostra quondam nominatissi- 
morum scilicçt MM, Ellain, Marescot, Du Port, quas 
in scholis nostris collocari curavit decanus. » Com¬ 
mentaires de la Faculté). (J’est le n» 9 de la liste du 
Calendarium Medicum. \ 

Quant au portrait de Marescot, on vient de voir qu’il 
avait été donné à la. Faculté dans la même circons¬ 
tance : « Voilà une toile, disait Chéreau qui l’avait vu 
aux greniers de la Faculté en 1869 (n® 5i), que je re¬ 
commande tout particulièrement à M. le Doyen. L’œu¬ 
vre est belle, en bon état de conservation. On lit cette 
inscription : Micha.kl Marescotus Gallus. Henrici IV. 
Franc, et Navarr. Régis Christianiss. Consh-iarius 
ET Archiatrus. » (n® 8 du Calendarium Medicum.) 
Si depuis longtemps on ne retrouve plus ces deux por¬ 
traits qui sont perdus pu détruits, nous pourrons 
cependant en faire connaître les images. C’est une cir¬ 
constance bien curieuse que celle qui nous permet de 
vous les présenter. La voici (i). 

Chéreau avait préparé, on le sait, une Histoire de 
rAncienne Faculté,et en vue de sa publication, il avait 
fait exécuter un certain nombre de figures dont quel¬ 
ques épreuves nous échurent par un heureux hasard. 
Sur l’une d’elles était écrit d’un crayon rapide et de 
sa main — que nous reconnûmes— ; épreuve don¬ 
née par M. Emonds. Ce mot nous restait dans la 
ménioire. Un an après, comme nous compulsions des 

(i) L’auteur soumettait en même temps à la Société les images 
çB question (a. D. L. R.) 



— â9 — 

documents photographiques d’archéologie, au musée 
Garnàvalet, nous remarquâmes que l’un d’eux por¬ 
tait un cachet blanc en relief de Emonds, avec 
l’adresse. Ce fut une révélation : les documents en 
question dataient de quelque trente ou quarante ans. 
Nous recueillîmes l’adresse, et à tout hasard, peu 
après, nous nous y présentions. Il n’y avait naturelle¬ 
ment plus d’Emonds ; l’ancien photographe était parti 
depuis longtemps. En outre, il n’avait vendu à per¬ 
sonne son fonds, et l’on devait renoncer à trouver son 
successeur. Certains indices nous faisaient penser, en 
effet, que le vieux praticien pouvait apporter à l’his- 
toire de l’œuvre de Chéreau, une contribution impor¬ 
tante, et force nous était de le rechercher en personne. 
Nous découvrîmes son lieu de résidence, aux environs 
de Paris, et un beau matin,nous prenions le train dans 
cette direction.;! arrivé à la petite localité tout près dé 
la forêt,nous nous présentâmes à la modeste demeure, 
où un vieillard de ■78 ans nous fît le meilleur accueil. 

M. Emonds avait été l’ami et le collaborateur de 
Chéreau, et voici ce qu’il nous raconta : 

Quelque temps avant la Commune, Charles Read 
s’occupait activement d’établir à Paris un grand dépôt 
de conservation des documents archéologiques, histo¬ 
riques, etc. « concernant la. capitale. Il faisait construire, 
quai de Béthune, de vastes, ateliers de photographie 
qfc lithographie. En môme temps on organisait, près de 
L’Arsenal, les grands magasins de IMorland où étaient 
déposés les objets provenant des fouilles, des déinQLi> 
lions; d’édifices historiques, etc. 

Dès i868, M. Edmoads exécutait pour M; Ch. Read 
des travaux photographiques à la Conmergerie, aux 
fouillas St-Maroel, etc. Il était entré aux ateliers en 
question qui fouctiounèreut jusqu’en 1871. La Com¬ 
mune las: incendia ainsi que rHôtel de Villa et le 



— 30 — 


manuscrit de Cliéreau n'échappa aux flammes que par 
miracle. 

C’est à cette époque, en effet, que Chéreau poursui¬ 
vait ses recherches sur l’Ancienne Faculté de médecine. 
Il étudiait avec un soin jaloux les écoles de la rue de 
la Bûcherie, dressait les plans de ces bâtiments et 
sig-nalait à l’attention des archéolog’ues, ces restes 
célèbres. Le bureau des travaux historiques de la ville 
.de Paris était ainsi amené à prendre de nos anciennes 
écoles diverses photographies. Comme conséquence, 
un architecte, M. Lafforg-ue, était chargé d’en dres¬ 
ser les plans de restauration en respectant le disposi¬ 
tif primitif, dont les Commentaires de la Faculté 
fournissaient, par le canal de Chéreau, toutes les indi¬ 
cations. Ces plans, coupes et élévations étaient alors 
photographiés par M. Emonds et c’est ainsi que Ghé- 
rèau entrait en relation avec ce dernier. 

L’étude des bâtiments conduisait naturellement 
Chéreau à celle des portraits de l’Ancienno faculté et 
il profitait de ces circonstances pour les faire repro¬ 
duire par M. Edmonds. L’empressement qu’il apportait 
à ce travail était remarquable. Chéreau — nous disait 
son vieux collaborateur — se précipitait chez moi à la 
première heure. Il m’entraînait à l’Ecole de médecine 
et dans la cour me faisait photographier ces portraits 
dont plusieurs étaient dans un état lamentable. — 
« Mais, disait notre opérateur, on ne voit presque rien 
sur ces toiles, leurs inscriptions sont quasiment effa¬ 
cées! » — « Cela ne fait rien, prenez toujours », ré¬ 
pondait Chéreau avec feu. 

Or, certaines de ces toiles étaient en si mauvais état 
qu’on ne pouvait décemment les présenter à l’objectif : 
Dans un zèle touchant Chéreau avait fait copier les 
portraits fatigués, et l’on photographiait ensuite ces 
copies. Et c’est sa propre sœur qu’il employa à ces tra¬ 
vaux : celle-ci qui maniait habilement le pinceau, exé- 



cuta donc une série de lavis d'après les portraits des 
Marescot, des Du Port, des De Gorris, des Guy Patin, 
des Raymond Finot, des H. Th. Baron, etc. 

Ces révélations nous remplissaient d’aise. Nous de¬ 
mandâmes à M. Edmonds si, de ces anciens travaux, 
il avait conservé quelques traces. Le brave vieillard se 
leva doucement de sa chaise et nous pria d’ouvrir une 
petite caisse placée sous la table de la chambre : 
« Voyez là, nous dit-il ». Elle contenait différents rou¬ 
leaux enveloppés de feuilles de journal ; on les déplia 
et bientôt, 4 côté de vues de tout genre (documents 
d’archéologie et d’art) nous découvrions et les photo¬ 
graphies de la rue de la Bucherie avant la guerre et 
celles de leur restauration par Lafforgue, celles enfin 
des portraits de l’ancienne faculté, soit d’après les toiles 
elles-mêmes, soit d’après les lavis de la sœur de Ché- 
reau ; M. Edmonds nous offrit môme un portrait de 
son ami exécuté par lui à cette époque. 

Nous le répétons, en ce qui concerne les portraits de 
Duport et de Marescot, les toiles ont disparu depuis 
longtemps. Est-il besoin d’insister sur l’intérêt de ces 
documents inédits (i) : de ces anciens doyens de la 
Faculté, nulle image, ni peinte, ni gravée ne subsiste, 
et ces pièces photographiques ainsi retrouvées ont 
acquis par là l’intérêt des pièces originalés (2). 


(i) On peut se rendre compte de la fidélité avec laquelle la sœur 
de Chéreau a su copier ces portraits. On n’a qu’à comparer les 
photographies de ses lavis avec les toiles elles-mêmes, actuelle¬ 
ment à la Faculté. La copie en est dés plus exactes. 

(a) Voyez aussi : N. Lbghahd. Dn portrait inédit de Tarqaét 
de Mayerne, médecin de Jacques I" roi d’Angleterre, de la reine 
Anne de Danemark et des rois Charles /«f et Charles II paru 
dans le Bulletin de la Soc. d’Hist. de la Médecine, igop, p. 17Ô. 



Origine et signification thérapeuti¬ 
que des Clés de Saints dans le trai¬ 
tement de la rage ; Le Fer totem. 


M. le Dr Marcel Baudouin. 


Depuis la publication du beau livre de H. Gaidoz 
sur la Rage et saint Hubert (i), tout le monde con¬ 
naît l’emploi des Clés de Saints dans la prophylaxie 
de la Rage ! 

Mais, dans cet ouvrage, il est, d’une part, beaucoup 
de faits de folklore qui n’ont pas été consignés et qui 
se rapportent souvent à cet intéressant sujet ; et, d’au¬ 
tre part, les théories de l’auteur ne sont pas toujours 
en rapport avec les données et les hypothèses de la 
science moderne sur les origines de ces Coutumes reli¬ 
gieuses et le Folklore. 

C’est ainsi qu’à ce dernier point do vue, H. Gaidoz 
fait remonter, par exemple, l’usage de ces Clés à l’em¬ 
ploi médical de la Cautérisation pour le traitement de 
la rage. Or, tout nous porte à croire qu’il n’en est 
rien, et qu’il faut remonter beaucoup plus haut, dans 
la série des temps, que l’invention de la cautérisation, 
pour en découvrir la signification véritable ! 

Qu’on nous permette donc d’insister sur ce point 
particulier, après avoir rappelé d’abord certains arti- 


(l) Gaidoz,ia Rage et Sarnt ^tuéecM'aris,1887. [Voirpage 177]. 



— 33 — 


des récents sur quelques-unes des observations déjà 
consignées par H. Gaidoz, et après avoir cité quelques 
faits, tout dernièrement connus. 

I. — Faits récents ou peu connus. — Chacun 
sait que, dans différentes régions de France, il est 
encore d’usage, pour se protéger des morsures de 
chiens enragés, de se servir de clés, qui portent diffé¬ 
rents noms de saints. 

1“ Les Clés de Saint Tügen. -- Sans revenir sur ce 
qui a iv&iik Saint Hubert, etesl très connu de tous les 
folkloristes, disons un mot de Saint Tagen, sur lequel 
d’ailleurs H. Gaidoz lui-même n’a pas assez insisté, 
tout en signalant bien que ce saint n’avait rien à faire 
avec Saint Hubert. 

Les Clés de saint Tugen (2) sont, aujourd’hui, de 
petites amulettes, en plomb, moulées, représentant de 
petites clés, modernes, qù’on achète dans les Pardons. 
Il y a des marchands spéciaux. On en vend de grandes 
quantités. Elles ont quelques centimètres de long. 

Pour se protéger de la rage, il suffit d’en jeter une 
à la « face » du chien, quand on suppose qu’il est en¬ 
ragé... S’il la reçoit sur le museau, il s’enfuit. Et l’ani¬ 
mal, lorsqu’il a, devant lui, une telle clé, ne mord pas ! 

a) Historique. — Saint Tugen est un saint spécial 
à la Bretagne, qu’on a, bien à tort, transformé parfois 
en Saint Ugène (L. Tiercelin) (3). D'ailleurs, j’ai déjà 
publié sur cette coutume une petite note (4) d’où j’ex¬ 
trais le passage suivant ; ' 

« Ces clés sont des cîoaùar’es de la clé, qui fait par¬ 
tie du trésor de réglise,qui sert aussi elle-même contre 
les chiens enragés. » 


(a) C’est Saint Tagean oa Sanctus Tulianus. 

(3) Intermédiaire Nantais, n.oS, ai janvier, p. i4. 

(4) Intermédiaire Nantais, 1907, p. i8b. 




— 34 


Ôn avait d’ailleurs déjà publié quelques articles sur 
cette tradition. En voici un tout récent ; « Près d’Au- 
dierne, est le bourg Saint-Tugen, dont le patron est 
invoqué contre les chiens enragés. On conserve, dans le 
trésor de l’église, une c/e/,terminée par une pointe en 
fer, qui passe pour avoir appartenu à Saint Tugen. 
Le jour du Pardon, on pique avec cette clé des petits 
pains, « qui ne moisissent jamais », et dont un seul 
morceau jeté à un chien enragé le met en fuite... 
Albert Legrand, le chroniqueur des gestes des Thau¬ 
maturges chrétiens, ne fait aucune mention de Saint 
Tugen (5) ; la tradition seule nous a fait savoir ce qui 
se rapporte à ce saint ». C’est ce qu’avait déjà écrit 
L. Sauvé (6). 

« hdi statue le représente tenant une clé à la main; 
et une clé de fer, terminée en pointe, qui passe pour 
lui avoir appartenu, est conservée à l’église... Les ha¬ 
bitants de Primelin sont désignés sous le nom doa pao- 
tret an c’ia .houez » ou « garçons de la clé », parce 
qu’en mémoire de saint Tugen ils portent une petite 
clé, brodée sur leurs habits! » 

D’autre part,L.Tiercelin (7) a,de son côté,fait mention 
de ce saint spécial en les termes suivants dans l’un de 
sesouvrages: « EntreChâteaulin etCast.ily a la Chapelle 
Saint-Gildas. Saint-Gildas est spécialement invoqué 
contre da morsure des chiens enragés. La chapelle pos¬ 
sède la statue en pierre de A'aî/i<-2’ayen. » Il ajoute 
plus loin : « Le saint est bien Saint-Tujean, patron de 
la belle chapelle de ce nom, en Primelin, et de la pa- 


(B) Tagen, de Tugenos, mot breton, dit-oa. [7'tt, maison ; genos, 
descendant : le /Us de la Maison]. — Etymologie beaucoup trop 
savante 1 A Saint-Tugen, on conserve les dents de Saint Tugen 
dans une mâchoire d’argent; elles servent contre les névralgies 
dentaires. 

(6) neuuece/hÿue, t. lll, pp. 300-aot. 

{7) h. Ticrci’lin. La Bretagne gui croit (Pardons et Pèlerina¬ 
ges]. Paris, Lcmei-rc, i8ÿ4, pp. 4(i et 48. 



— 35 


roisse de Brasparts. On l’invoque contre les chiens en- 
cagés. Cette statue provient d’une chapelle ruinée de 
la paroisse de Cast. » 

Dans cette chapelle de saint Gildas et de saint Tu- 
gen, Edmond Beaufilsavaitvu,d’ailleurs, une « Chasse 
de Saint-Hubert ». Saint-Hubert, en chevalier,est age¬ 
nouillé devant un cerf, portant une croix entre ses 
cornes. De l’autre côté, un vieil évêque, mltréet crossé, 
lève la main droite; puis un 3“ personnage, dont le 
chien est dévoré par un loup. 

Cela nous explique les rapports de Saint-Tagen et 
de Saint-Hubert, car, on le sait, c’est Saint-Habert, 
qui est surtout invoqué contre les chiens enragés 
dans le Sud et l’Est de la France [Voir H. Gaidoz]. 

Différents auteurs ont, au demeurant, déjà étudié 
cette question spéciale, sur laquelle il est inutile d’in¬ 
sister. Bornons-nous à rappeler que M. Joseph Le Car- 
guet, ancien percepteur à Audierne, a publié une pla¬ 
quette sur Saint Tugen et les petites clés de p.lomb (8) 

Rappelons enfin ce qui a été publié, à propos de la 
rage, dans l'Intermédiaire des Chercheurs et des 
Carieux (g). • 

b) Pour mon compte, je possède, dans ma collection, 
quelques-unes des clés, qui m’ont jadis été données 
par mon regretté ami, Lionel Bonnemère, habitant les 
Côtes-du-Nord, dans les environs de Corlay. 

c) Explication. — Comment expliquer ces. Clés de 
plomb? 

Ce que nous avons dit tout à l’heure, les faits cités 
plus loin font soupçonner l’explication logique. Jadis, 
en Bretagne, comme ailleurs, les propriétés curatives 
pour la rage furent attribués à des C/es de saints, oa 

(8) Je n’ai pas pu me procurer çctic 

(9) 1903, 10 juin,.p. 46. 


brochure. 



plutôt aux clés de leurs chapelles [paroisse de Saint- 
Tujen, etc.]. Mais on trouva sans doute, en nrolag'ne, 
•que les clés véritables, et même les pains piqués, avec 
elles, n’étaient pas assez nombreuses ; et que, pour que 
tout le monde puisse bénéficier de ces remèdes faciles 
contre la rage, il fallait les multiplier et les mettre à 
la portée de tous. — Gomme l’idée d’origine — clé de 
FER — s’était perdue peu à peu, on crut suffisant d’en 
faire en plomb (ce qui est plus commode), et d’un mo¬ 
dèle plus petit. 

Il suffit ensuite de les faire bénir à la chapelle de 
Saint-Tugen pour qu’elles aient toutes les qualités 
requises! — C’est cela qui les a transformées en véri¬ 
tables amulettes. 

2“ AUTRES FAITS PEU CONNUS, — a) Clé de saint 
André. —En Provence, une clé de l’église paroissiale 
de Saint-André, — c’était donc la Clé de Saint 
André! — était vénérée en i 5 ii d’une façon spéciale, 
car elle avait la vertu, miraculeuse, de guérir l’hydro- 
phobie, même quand celle-ci était déclarée (lo). 

i)jEn ItaVie, Saint-Bellin serait employé. 

c) En Provence, on parle encore dé Saint-Domnin. 

d) Clé de saint Pierre. —Dans le Var, en 1867, on 
se servait encore de Clés de Saint-Pierre, pour gué¬ 
rir Phydrophobie. Ces deux clés, — déjà de véritables 
amulettes —, étalent découpées dans une lame de 
fer; elles étaient envoyées de Rome, bénites eiauthen¬ 
tiquées! La chapelle N.-D. des Amoureux, prés Tou¬ 
lon, possédait jadis de telles clés, qu’on utilisait pour 
guérir les hommes et les animaux de la rage (lo bis). 

II. — Remàrqnes. — Ces divers exemples ■— des¬ 
quels on pourra bien rapprocher d’autres faits — suf- 


(10) Ados des 10 janvier i5(0. 

(10 bis) Provence médicale, igog déc., p. i33. 



fisent à nous faire comprendre toute l’histoire de la 
coutume, et même son origine, d’ailleurs très bien 
expliquée par H. Gaidoz, dès 1887, pour la plus 
grande partie des cas. 

I" Origine de la coutume. — Il est évident que le 
saint d’origine est Saint Pierre et ses fameuses Clés. 
Saint Pierre est, en effet, le saint à la clé par excel¬ 
lence ; et tout le monde connaît les clés originaires de 
Rome. 

a) Saints. — On retrouve d’ailleurs des clés de 
Saint Pierre guérissant de la rage à Saint-Pé (pour 
Saint Pierre), dans les Hautes-Pyrénées [Clé en fer 
forgé apportée de Rome; grand tableau du xvi» siècle 
dans l’église] chez les Béarnais; dans le Tarn-et-Ga- 
ronne,près Montauban,â la Chapelle, à Esparsac,Ji La 
Cour Saint-Pierre; en Picardie,àSaint-Pierre-de-Roye; 
en Italie, au Vieux-Lodi; à Maéstrîcbt (Saint-Ser- 
vais) ; en Vendée rnêtiiè, etc., etc. 

Saint Grégoire de Tours, pour une chapelle des envi¬ 
rons de Bordeaux,parle des clés Ae Saint Marlin{iï). 
— M. Gaidoz a raconté Thistoire des clés de saint 
Habert, si copieuse ! Nous avoiTs rappelé plus haut les 
clés de saint André, dé saint Gildas, etc. 

b) Clés. — Comme on le voit,/e nom du Saint varie 
presque avec chaque pays ; par suite, ce nom nous 
importe peu!— Ce qu’il est plus intéressant de recher¬ 
cher, c’est, non pas l’intervention en l’espèce d’un Saint 
quelconque, car cela est tout naturel depuis l’importa¬ 
tion du christianisme en Gaule, mais l’origine de l’em¬ 
ploi des clés (i a), ayant appartenu à un personnage 
sacre quelconque [prêtre ou sorcier remplacé depuis la 


(II) Il est nécessaire de dire que M. Gaidoz explique cela par 
la Légende Dorée. 

(12} La piqûre de la clé dans du pain (Saint Tugcn) est un phé- 
mène purement local et surajouté. 



région chrétienne par tel ou tel Saint, <lepuis saint 
Pierre, suivant les circonstances locales]. 

c) Théorie du Fer. — Or, pour mon compte, je crois 
que l’emploi des cfes tient seulement à ce fait que jadis 
— comme aujourd’hui d’ailleurs! — elles étaient en 
c’est-à-dire en métal, et qu’autrefois, à l’aurore 
des civilisations, tout métal était une chose très pré¬ 
cieuse. L’utilisation de l’objet Clé ne serait donc, en 
l’espèce, que la conséquence de ce fait que c’e.st l’objet 
en fer que l’on porte d’ordinaire le plus habituellement 
avec soi. 

Ce qui tendait à le prouver, ce sont les nombreuses 
Traditions populaires qd le Fer joue le rôle de 
Protecteur. 

La plus célèbre est celle relative aux prêtres chré¬ 
tiens, pour tous ceux qui sont antirelig'ieux ou d’une 
religion différente. N’est-il pas recommandé à tout 
esprit fort de toucher du fer — d’habitude on touche 
la clé que l’on a dans sa poche ! — quand on rencontre 
un curé, dans les pays très catholiques tout au moins. 

Ne guérit-on pas Y épistaxis, en plaçant une clé de 
fer sur la peau du dq^ du sujet du malade? 

Pour protéger les nids et les œufs coane's (i3) des 
poules contre la foudre, n’y place-t-on pas un morceau 
de fer? 

Autre exemple ; pour se guérir des maladies delà 
peau, on jette dans un puits, près Montoire (Mayenne), 
de vieux clous en yer. 

Voici une coutume de Vendée où le rôle du fer 
comme agent thérapeutique est curieux. 

Il est encore des Gonjureurs pour maux de dents 
en Vendée. Gr, ils s’y prennent de la façon suivante. 
5 pointes, àxiès dû Paris, sont placées par eux en rosace, 


(i3) L'expUcation fuTement scientijiq\ie qu’on a voulu donner 
de cette coutume ne vaut rien.. 



— 39 — 


après avoir bouilli avec certaines herbes dans un pot 
de terre. Quand elles sont refroidies, le traiteur, pre¬ 
nant l’une d’elles, explore en tous les sens les cavités 
de la dent malade, la fait saigner abondamment et se 
relire un instant, devant la porte close do sa demeure. 
Il revient bientôt vers le patient et la réponse est tou¬ 
jours invariablement la môme : « Elle est (c’est la 
dent) rudement enflammée. » Il tire son diagnostic de 
l’examen seul de la pointe. Parfois les herbes, dans le 
pot, sont remplacées par un crapaad. Le sorcier récite 
dans ce cas l’invocation suivante : 

O Pointe, si tu veux pas manger du pain 
Alange de la m. » 

Puis les pointes sont piquées aux poutres de la mai¬ 
son du traiteur. 

Il est d’ailleurs avéré qu’à un moment donné le Fer 
a joué le rôle de protecteur, d’abord général contre 
toutes sortes d’accidents, puis qu’il est devenu plus 
spécialement efficace contre tel ou tel malheur. Ce qui 
revient à dire que le Fer a été un<o/em(i4)àunepériode 
préhistorique donnée, et que les traditions relatives à 
ce totem ont persisté jusqu’à nos jours, en se défor¬ 
mant dé plus en plus. Quel que soit le totem, les choses 
se passent d'ailleurs toujours ainsi ! 

1“ Théorie de la. cautérisation. — M. Gaidoz a 
écrit: « La cautérisation, comme remède de la rage, 
apparaît, mélangée à la religion dans l’emploi de fers 
sacrés, le plus souvent des clés, dont on attribuait 
la vertu à un Saint ou à une autre intervention natu¬ 
relle... Enfin, on se contenta de toucher avec le fer 
sacré, non chauffé! » 

Au début du xvH® siècle, un médecin allemand, G. 

(i4) Voir les travaux de S.Reinach sur le tontniisma. surtout de 
l'ouvrage de Frazer. [Le lolémisme), au chapitre des Totems mi¬ 
néraux. 




— 40 — 


Horst (i5), avait déjà dit : « C’est une superstition 
de croire que la g-uérison vient de la vertu de la clé ; 
elle vient de la cautérisation. » 

Mais il est probable que ces auteurs sont dans l’er¬ 
reur; et, en tout cas, ils n’ont pas vu le Fer dans la clé! 

2® Théorie du métal.— Pour moi, c’est \tFer qui a 
commencé, et non pas le Feu! ht feu n’a été utilisé 
que dans la période scientifique de la thérapeutique 
de la rage, puisqu’il faut arriver à Gelse pour en trou¬ 
ver une mention, et qu’Hippocrate ne dit rien à ce 
sujet. 

Certes saint Pierre et ses clés sont postérieurs à 
Celse ; mais il est évident que la tradition chrétienne 
a dû être précédée d’une autre plus ancienne ! 

L’histoire, de saint Hubert lui-même est d’ailleurs là 
pour appuyer cette théorie. En eflutf'pour saint Hubert, 
ce sont tantôt des bagues l^métalliqaes, hien entendu) ; 
tantôt des cornets ou cors (sortes de réduction de cors 
de chasse {en cuiore, get conséquent); tantôt des si/i. 
Jlets; des croix de T’en (Utrecht ; Rozièré, Jura), etc. 
— Comme on le voit, c’est toujours \e Métal qa\ e^t en 
jeu, si la forrne des objets varie ! , 

Il faut en conclure que c’est le fer qui domine la 
scène, et non pas \e feu ou les clés! 

Fer totem. — L’origine du fer totem est facile à 
comprendre ; et son rôle a été indiqué, il y a longtemps 
déjà, par les préhistoriens, comme celui du bronze 
d’ailleurs, et des autres métaux précieux {or et 
argent). 

D’après Chabas, cité par John Evans (iC), les Egyp¬ 
tiens prescrivirent l’oxyde de fer comme médicament 
(au moment où ils commencèrent à s’en servir) et ne 


(j6) g. Horstii, Cent, probl. medicaruni. Witlaberire, i6io, 
p. 3o6. 

( i6) John Kvans, ilpe c/u fironre, voir p. 6. 



— 41 


s’en servirent tout d’abord que pour des usages reli¬ 
gieux! — John Evans ajoute que ce fut sans doute 
parce que le premier fer connu était d’origine météo¬ 
rique (17). 

D’autre part, au moment où la métallurgie du Fer 
fut inventée, pendant de longues années, ce métal, 
noaoeaM pour certaines populations voisines de celles 
des inventeurs, fut considérée par elles comme très 
précieux et comme vraiment extraordinaire. — D’où 
l’attribution au Fer de propriétés merveilleuses! 

Dans la civilisation actuelle, chaque médicament 
nouveau, découvert par la science, n’eat-il pas encore, 
à un moment donné, considéré dans le grand public 
comme une panacée universelle ? Ce n’est que plus 
tard qùe le peuple — sinon les savants — le localise 
nettement pour le traitement de telle ou telle maladie! 

C’est là un phénomène essentiellement humain; et 
il ne faut pas s’étonner de le retrouver à l’aurore des 
civilisations protohistoriques et préhistoriques,, comme 
de nos jours, car on peut dire qu’il est tout à fait logique 
pour tous les hommes n’ayant pas reçu une éducation 
technique convenable, c’est-à-dire pour les non-initiés. 

Appendice. — Un de nos collègues à récemment, ici 
même, abordé la question du traitement de la rage 
par la Thalassothérapie. Je demande la permission 
de revènir, en quelques mots, sur ce sujet, d’ailleurs 
déjà abordé par M. Gàidoz, où j’ai pris les documents 
qui m’ont suggéré les réflexions suivantes (/oc. cit., 

P- . . . 

A mon avis, celte thérapeutique est d’origine popu¬ 
laire et remonte très loin; elle n'arien de scientifique. 
Je vais e.ssayer de le prouver. — Les chiens, quand ils 
sont enragés, ont la réputation, dans le peuple, d’avoir 


(.7) [vn* av. J.-C.j. 



— 42 — 


toujours de la bave, c’est-à-dire une écume blanche, 
autour du museau. Le populaire, dans son esprit sim¬ 
pliste, on a conclu qu’ils allaient, lorsqu’ils tombaient 
malades, se frotter le museau dans la mer, à Vécume 
des vagues, et y boire, puisqu’ils ne boivent plus à 
terre (autre idée populaire) de l'eau douce. 

En voici la preuve, rapportée par M. Gaidoz : « Sur 
les côtes de la Manche, dit-il, on croit encore que les 
chiens boivent l’écume, dont la mer se couvre au 
moment du flux, et qu’ils prennent la rage avec cette 
écume ! » 

Dès lors, en vertu du principe fort ancien, qui est 
à la base de toutes les thérapeutiques religieuses pri¬ 
mitives, et même d’une certaine médecine moderne 
empirique, Similia similibus curantur, on comprend 
qu’on ait songé à utiliser les bains de mer et l’eau 
salée contre la Rage! M. Gaidoz avait indiqué, dès 
1887,un grand nombre de faits venant corroborer cette 
idée (Guillaume Bouchet (i585) ; M™" de Sévigné, etc., 
etc.), sans d’ailleurs avoir saisi l’origine que nous 
venons de mettre en relief. M. E. Wickersheimer en a 
cité de nouveaux plus intéressants encore. 

Il est, je crois, impossible de nier l’origine traditio¬ 
naliste et religieuse de ce mode de traitement, mal¬ 
gré ses allures scientifiques [action de l’eau, du sel, 
etc., etc., sur les rfe/j>esdivers]. 

Il y a d’ailleurs des faits qui plaident très nettement 
en ce sens : 

1® La Légende d'Earipide,i^i \ndi([nenne 'tradi- 
(foh très ancienne, antérieure à l’époque romaine, et 
d’origine religieuse {Prêtres)-, 

‘a'" Se plonger P fois dans l’eau. Or, 9 = 3 X 3; 
c’est le nombre fatidique Z (18), multiplié par lui- 


(iS) Une preuve que le chiffre g est bien fatidique,c'est, que sur 



— 43 — 


même; procédé recommandé par Henri de Mondeville 
lui-même (19); 

3“ La darée de la période d incubation de 9 jours, 
[Or 9 = 3 X 3, comme ci-dessus], admise par M» Fou- 
quet (20) ; 

4“ La non-influence du reflux, puisque la Méditer¬ 
ranée — et non l’Océan — a été l’origine de la cou¬ 
tume et a jadis été utilisée [M“ Fouquet]; 

5“ Le fait que la thalassothérapie ne guérit pas les 
morsures d'animaux ne présentant pas de bave 
(serpents, scorpions, etc.); 

6" Le fait que, dés l’époque de Gelse (ère romaine), 
on avait oublié le point de départ même de la coutume, 
puisqu’on utilisait les piscines, les rivières, c’est-à-dire 
Veau douce, qai, d’ordinaire, ne produit pas d'écume.. 

En faisant des recherches analogues pour une foule 
de rerrièdés, il serait, croyons-nous, facile de retrou¬ 
ver des faits de même ordre, dont, pour moi du moins, 
l’explication raisonnée est certainement du ressort de 
l’Histoire de la Médecine. 


les côtes de l’Océan vendéen, on considère que « c’est la neuvième 
yâÿue qui est la plus forte». — Rien d’étonnant, dès lors, qu’il 
faille l'allendre pour que l’enragé soit plus fortement secoué, tt 
par conséquent mieux « traité »! 

(ig) La preuve, c’est le fait de i6ai (Artois). Le religieux dit: 
« se plonger trois fois dans la mer ». — de Sévigné répète : 
« se faire jeter trojs/ois... U 

, (ao) Le chiffre sept (donné par Guillauqie Bouchet) est aussi un 
chiffre fatidique. — Mais Jacques du Fouilloux, c’est-à-dire un 
mattre, dit bien : g fois ; et Desault lui-paéme.répète : g fois 1 




JLa Joubarbe totem et la Joubarbe 
en Médecine populaire 


M. le Marcel Baudouin. 


J’ai avancé, précédera ment ( i ),q ne la Joubarbe ( Sein- 
pervirens iectorurn) devait avoir été jadis une plante 
totem, avant d’avoir été spécialement appliquée à la 
prophylaxie de la foudre. 

Celte affirmation ayant paru surprendre quelques- 
uns de mes confrères, je demande la permission de 
revenir sur cette idée, et d’indiquer les faits sur lesquels 
je me suis appuyé pour mettre en avant cette hypo¬ 
thèse , 

On lit, dans le Dict. Larousse, à l’article Joubarbe, 
une des meilleures monog'raphies qui ait été écrite sur 
cette plante, ce qui suit : 

« Dans certains pays arriérés, cette plante est encore 
l’objet d’une sorte de Superstition! Les habitants des 
campag-nes lui attribuent, en effet, la propriété de pré¬ 
venir l’effet des enchantements ou des maléfices des 
sorciers! » 

Or, qui dit maléfices, mauvais sorts, dit tous les 
malheurs, tous les accidents, et toutes les maladies, 
bien entendu. 


(i) Marcel Baudouin, la Protection de la santé publique à 
l’époque préhistorique, etc. — Bull. Soc.fr, Hist. Méd., loog, 
n» X, p. 35o et p. 384. 



— 45 — 


La Joubarbe avait donc bien jadis la propriété d’être 
une plante totem, de premier ordre, pour I’espèce 

HUMAINE. 

V. de Bomare dit que le suc de là Joubarbe mêlé 
avec un bouillon d’écrevisses ou de tortues (2) est 
employé contre les fièvres ectiques. Or, la fièvre ecti- 
que est une maladie de tout l’organisme, une mala- 
die générale, attaquant et viciant le sang. Nous som¬ 
mes là donc en face d’.un totem relatif au sang, c’est- 
à-dire à la vie elle-même. 

D’après l’arl. du Dict. encyç. de Sc. Méd., « dans 
les campagnes, on croit encore que la Joubarbe est 
souveraine contre les fièvres d’accès (fièvres intermit¬ 
tentes, et autres) ». On l’a préconisée aussi contre les- 
délires et des douleurs de tête (des fièvres sans doute), 
contre la goutte, etc. Or nous sommes toujours là en 
présence de maladies générales. En Bretagne [Cambry, 
1794, t. I, p. 49] ) euAfrique, le suc de la plante gué¬ 
rit la dysenterie, considérée comme maladie de tout 
l’organisme. 

Les feuilles, macérées dans l’eau,sont employées.dans 
les; fièvres ardentes et les inflammations, qui mena¬ 
cent de gangrène. — Il est difficile vraiment d’avoir 
affaire à des maladies plus caractéristiques,car, qui dit 
, inflammations et gangrènes dit « vice du sang » au 
premier chef. 

Il est facile de montrer en outre que jadis la Joubarbe 
fut une plante p/’oleclrice également pour les Animaux. 

Tournefort assure que « rien n’est meilleur, pour les 
chevaux /oarZms, que de leur faire boire une chopine 
de suc de Joubarbe! » Or qui dit fourbu dit malade, 
et très malade môme ! 


(î) M. Baudouin, la Tortae, totem chez les Gaulois. — Bull. 
Soo. Préh. de France, Paris, igog, n«"g et 10, pp. 44» cl;5o3. 



— 46 — 


J’ai expliqué ailleurs (3) comment et pourquoi la Jou¬ 
barbe, après avoir joué le rôle d’un totem bien caractér- 
risé, avait été surtout utilisée contre les brûlures et les 
hémorrhagies! Il semble qu’il y ait là un phénomène 
nouveau, en relation ou avec une spécialisation du 
totem ; ou bien, au contraire, une avec spécialisation de. 
la valeur thérapeutique de la plante. 

Dans la première hypothèse, la Joubarbe, protégeant 
déjà de Iz. foudre, devait protéger contre les accidents 
qu’elle peut causer chez l’homme (ZîrM/um). Puis de 
l’idée « Brûlure » (plaie qui saigne) on passa à celle 
à!hémorrhagie. — On sait que cette idée explique,; 
dans une certaine mesure tout au moins, l’histoire de 
■ Sainte Barbe, sainte invoquée en Vendée contre le 
tonnerre et patronne des pompiers, artilleurs, etc. 

Dans la seconde, ce serait l’idée thérapeutique 
(valeur réelle contre les irM/nres), qui aurait donné 
lieu à la spécialisation pour la « Foudre », en faisant le 
raisonnement inverse et en allant de Foudre à Brûlure. 
— Inutile de dire que je me rallie à la première hypo¬ 
thèse,la seule conformeaux données du Folklore etayec 
les débuts de la thérapeutique religieuse. (Similia 
similibus curantar.) 

Qu’on me permette, pour terminer et pour un ins¬ 
tant, de sortir un peu de notre domaine.,Ün lit, dans 
Larousse, au môme eviicle Joubarbe : « Celte plante 
croît sur les rochers et les vieux murs ; et on la pro¬ 
page souvent sur les toits de chaume, dans un but, 
non pas seulement d’agrément, mais d’attV/îd. En effet, 
par ses racines et ses stolons, elle maintient la terré 
que l'on place sur le sommet de ces toits pour les con- 


(3) M. B..., Intermédiaire des Cherchears cl Curieux, lato, 
XLl, n" 1244, 30 janvier, pp. 98-97. . 



— 47 — 


solider et l’empèche d’ôtre entraîaée par les eaux plu¬ 
viales. » 

Or, ce n’est là qu’une vue de l'esprit et qu’une idée 
de naturaliste en chambre ! Jamais la Joubarbe n’a 
joué ce l'ôle technique dans nos campag-nes ! On ne l’y 
place que comme totem ; cela est certain ! 

« Cette Joubarbe, dit le même auteur, se multiplie 
très facilement par ses racines et ses feuilles; il suffit de 
les planter dans la terre un peu humide. Elle se pro¬ 
page d’elle-mêroe. » — Or, sur les mafso/i.? en chaume, 
on ne voit rien de tel ; ce qui prouve bien que le rôle 
consolidateur de la plante est tout à fait nul. Là, 
la Joubarbe ne se propage que difficilement; et il est 
très rare de voir des faîtes, — d’ailleurs rarement 
humides! — de chaumière, entièrement couverts de 
Joubarbe. Celle-ci reste, d’ordinaire, très localisée, 
assez près de la cheminée, parce que c’est là même 
qu’a eu lieu la plantation ! 

Fraser, dans son livre sur le totémisme, a d’ailleurs 
insisté sur les influences qu’a eues cette frfe'e religieuse 
sur la culture des plantes. 

Un mot encore à propps de celte plante si intéres¬ 
sante. Ou lit, toujours dans le Dict. Larousse, à l’art 
Joubarbe : .« Ou tire généralement ce mot du latin 
Jouis barba, barbe de. Jupiter. Cependant, il est pos¬ 
sible que le nom de cette plante se rapporte à un mot 
de la langue gauloise, loumbàrçum, qui désignait le 
leimonion dans Dioscoride. D’ailleurs, ainsi que le 
remarque M. Littré, il n’y a guère de rapport entre la 
Barbe de Jupiter et la Joubarbe 1 » 

En réalité, si l’auteur de l’article ci-dessus avait 
connu le patoisvendéen uBarbajoaey), subst. masc., 
qui signifie Jouiarèe, il n’aurait pas émis l’hypothèse 
ci-dessus, car il semble impossible de faire venir 
a Barbajoue » de loumbaroumlLes premiers Français 



- 48 — 


n'inversaient pas les mots g-aulois, pour le « sim¬ 
ple plaisir «.Le patois «Barbajou» prouve irréfutable¬ 
ment ( 4 ), à mon avis, que « Joubarbe » ( 5 ) vient bien de 
Jouis Barba (6) ! 

Mais « Barbajoue » est du patois ancien. Le terme 
du patois vendéen (7) et angevin (8) le plus moderne 
paraît être « Bourbon », très employé encore, et qui 
me semble n’être qu’une déformation, Bourbjon 
{BourbeBarba), du termje désigné, avec dispari¬ 
tion de la finale. — Je ne crois pas en effet au radical 
celtique 5 or 4 e, qui ale sens de « barre », quoiqu’il 
ait donné Bourbon-l’Archambault, Bourbonne-les- 
Bains, etc. 

Dans d’autres pays on dit d’ailleurs Herbe à ton¬ 
nerre (Poitou); Herbe à la tonne (Morvan), etc. ; mais 
ces dénominations récentes ne sont en somme que des 
synonymes ou des qualificatifs, et ne nous apprennent 


(4) Les dictionnaires grecs donnent AsL.icvtoc, adjectif de prai. 
rie; ctTm'fEiOTv, Joubarbe. — 11 nous est impossible de discuter 
ces mots, faute des données originales. 

ïoubin a erré complètement pour le radical Jou. Ce n’est pas 
une raison, parce que en allemand on dit flauslaab, Haus- 
wursz, et en anglais house leek — mots qui tous traduisent la cou¬ 
tume signalée par les radicaux ffaus et House (maison), pour qu’il 
y ail un radical « maison », dans le mot français 1 — Ces termes 
indiquent seulement que la TKAniTiON est ANriinrEUEE à la forma¬ 
tion, moderne relativement, des langues anglaise et allèmande. 

En breton. Joubarbe se dit Egleo ou llegléo ; on voit que, pour 
cette langue ancienne, le radical « maison » n'inlcrvient pas du 
tout. Favre a écrit : « En Bretagne, Jiarbaou est la bête imagi¬ 
naire dont on menace les enfants, le Croquemitaine » — Il n’y a 
donc pas à rapprocher le Barbayou poitevin, cl le Darbaou breton, 
dérives de radicaux très différents. 

(5) Voir aussi : Inlermédiaire Nantais, igoJ, p. 1G6. — 1906,: 
!•' avril. — Piet., Noirmoutier, p, 120. 

(0) Marcel Baudouin. — Intermédiaire Nantais, 1907, 27 mai, 
p. 73 ; — 7 mars 1907, etc. — On dit quelquefois Barbayou [y 
pour 7 eti). [D'après le fftossaire de Favre, p. 879]. 

(7) Becucilli dans le bocage vendéen par moi-même. 

(8) jOicI. d’Onillon et Verrier (G/ossaire) [subst. maso. — 
On remarquera le genre masculin de Bourbon et Barbajou (il y 
a donc un rapport entre ces deux mots), tandis que Joubarbe est 
féminin. 



— 49 - 


rien sur le Folklore de la plante (9), seul point qui ici 
doive retenir notre attention. 


(9) Répétons encore que la Joubarbe est une Cranulacée, qui 
naturellement vit sur les roches siliceuses, comme la plupart 
des autres plantes des toits de chaumes riches en silice [Bromas 
teclorum, si voisin de iS. s<erî7(s]. 1 




Une lettre inédite de Pierre 
Bayen, suivie de quelques 
observations. 

Par M. B. Reber (<ie Genèite). 


L’histoire d’une science s’aug'mente et se développe 
surtout par là publication de nouveaux documents. Je 
suivrai donc la méthode que j’ai adoptée, d’en faire 
connaître autant qu’il me sera po.ssible et de coordon¬ 
ner les nouveaux faits avec le reste déjà connu sur le 
sujet. Aujourd’hui il s’agit d’une lettre inédite d’un 
homme insuffisamment connu en proportions de ses 
mérites pour le développement des sciences, particu¬ 
lièrement la chimie. C’est le pharmacien Pierre Bayen 
que j’entends, un savant aussi dévoué à ses recherches 
en sciences naturelles que pour son poste de pharma¬ 
cien en chef de l’armée française. 

Je trouve ce document très intéressantet très instruc¬ 
tif à plus d’un point de vue. Avant tout il jette un jour 
complet sur le caractère de l’auteur; le chimiste Bayen 
est très consciencieux, très soucieux du service de san¬ 
té dans l’armée de la République, il est même méticu¬ 
leux, pointilleux et quelque peu pédant. J’en ai la 
meilleure impression, car dans l’armée il faut delà dis¬ 
cipline et du dévouement, dans, la pharmacie il faut de 
l’ordre. 



— 51 — 


L’importance du tablier semble exagérée. Elle ne 
l’est pas. G’e.st bien le signe caractéristique des hôpi¬ 
taux, professeurs et internes le portent aujourd’hui 
encore avec fierté. Je l’ai porté moi-même pendant près 
de sept ans comme pharmacien en chef de l’Hôpital 
cantonal de Genève. Cependant, il semblerait bien que 
l’autorité de Bayen avait un peu souffert et qu’il se 
servait du tablier comme prétexte pour faire bien re- 
marquerquec’estlui qui commande à cesw Monsieurs». 
Je n’insiste pas. Je suppose seulement que cette lettre 
n’est pas le seul écrit de Bayen à ce sujet. Il serait 
bien curieux de connaître les autres qui peuvent exis¬ 
ter encore. 

La lettre de Bayen contient la description de singu¬ 
lières situations, des constatations de nombreux faits 
qui se prêteraient facilement à des explications et 
remarques historiques et morales; Mais je me contente 
de mettre ce document sous les yeux des chercheurs. 
Qu’ils s’en occupent et qu’ils en tirent encore d’autres 
conclusions que moi si le [cœur leur en dit. Voilà à 
présent d’abord cette lettre. 

Àdresfse : Le G. Guéret ap"'” maj. de l’armée de la 
Mqzellé. 

Paris le 8 février, 2' année de la République. 

Citoyen 

Quel e)3t donc cet ap’’® sur lequel vous avez jeté les 
yeux pour le mettre à la tête de la pharmacie de Metz, 
pourquoi ne le nommez-vous pas dans votre lettre au 
conseil de santé en date du 28 janvier dernier. Mon 
ami, il faut nommer à haute voix les bons citoyens, 
mais il ne faut taire les noms des paresseux, des in¬ 
souciants et surtout des ignorants. Depuis un an j’ai 
examiné plus de i5o ap'®’ tous pris à Paris, oh ! de 
combien le nombre des igporants, des paresseux, des 



— 52 — 


insouciants surpasse celui des travailleurs, des zélés et 
des doctes I En tous pays les gens instruits sont rares. 
Citoyen, si on laissait croître les ânes et les chardons 
la terre serait couverte des uns et des autres et on ne 
verrait ni blé ni cheveaux. Le grand art est desavoir se 
servir des hommes comme on les trouve et avec de la 
patience et du discernement, on met un homme à sa 
place quelque peu instruit qu’il soit, prévue, toute fois, 
qu’il soit docile et peu ou point vicieux, notre service 
se fait très bien par des routiniers, j’en tend pour les 
sous-ordres. A l’égard des chefs,la routine est presque 
toujours en déffaut, surtout dans les armées où il faut 
à chaque moment changer de route. 

J’ai sous la main un homme instruit, dans toute les 
parties de notre art, jeune encore, 27 ans et chargé en 
chef du service de Bicêtre depuis 4 ou 5 ans au moins. 
Déyeux en fait le'plus grand cas,il l’a vu de près,tandis 
qu’il était administrateur de cet hôpital. Il ne me se¬ 
rais pas difficile, du moins je le présume, de le déter¬ 
miner à accepter la place d’apothicaire en chef de l’hô¬ 
pital de Metz, le point sera de lui conserver celle de 
Bicêtre à son retour de l’armée. C’est un bon phar- 
marcien,un bon chimiste et bien au-dessüs instruit que 
le G. Desprez. — que vous regrettez tant et, que vous 
aurez de la peine à obtenir h moins que Malapert ne 
vous prête la main, ce qui n’est pas impossible, vu que 
selon les apparences le G. Desprez pouvait avoir été à 
la tête de la caballe qui s’est élevée contre lui. 

Il se trouve en ce moment une vingtaine de bas phar¬ 
maciens de tous grades, ou du moins propres à -y par¬ 
venir. Quand vous avez fait votre demande au minis¬ 
tre, en suivant la marche prescrite, le conseil de santé 
fera en sorte de vous envoyer les meilleurs, car il faut 
remonter le service des pharmaciens de la Mozelle, qui 
me parait être dans la pénurie d'apothicaires d’une 
certaine force. 



- 83 — 


Aidez-nous, mon camarade, il n’y a pas un moment 
à perdre.N’oubliez pas que vous devez au comité, l’état 
de ce que vous avez, l’état de vos besoins. Notez quelles 
sont les quantités de manne, de quinquina et que vous 
pourriez tirer de Strasbourg’, car, je vous le répète, il 
faut consommer les mannes de l’année passée et s’il 
faut en acheter, il faut s’attacher à celles de la dernière 
récolte, évitez les mannes blondes de Sicile, elles rie 
peuves g-uere se g-arder au-delà d’un an ou i8 mois, 
surtout si les tems sont humide, tels que nous les 
voyons depuis près d’un an. Expliquez en détail toutes 
les ressources que vous offre Metz, que vous offrira 
Nancy, que vous offrira Strasbourg' et toujours en bonne 
qualité. Je ne vois pas que le Quinquina, la Manne 
ayant été consommé en des quantités bien remarqua¬ 
bles, à moins qu’il n’y ait eu du gaspillage ce que je ne 
saurais croire, mais que je crains pourtant, car soyez 
sûr que si nous sommes trompés dans’nos choix en fait 
de talents, nous pouvons également nous être trompés 
en fait du moral. Hélas, mon camarade, nous avons 
tout pris paille et blé, et si, sommes-nous bien éloi¬ 
gnés d’avoir complété notre nombre, ce n’est pas qu’il 
ne se présente un grand nombre de maîtres qui tous de¬ 
mandent à se rendre utiles à la patrie, mais qui tous 
demandent des places de Major. Quel service que le 
service de ces honnêtes citoyens qui.ennuiés des menus 
détails du service de leurs officines, les abkndonnent le 
plus souvent à la garde d’un élève, que dis-je d’un 
apprentif. 

Nous en faisons la triste expérience, ils veulent, di- 
sentdls, être capitaines ou colonels et ils vous disent 
froidement qu’üne pareille opération est de la compé¬ 
tence des élèves. On va bien plus loin, les sous-aidès 
majors, ne vous disent-ils pas que cela est en dehors 
de leur grade, enfin penseriez-vous que j’ai eu toutes 
les peines du monde à faire entendre à ces Monsiean, 



que c’élait justement ce qui leur était dévolu, que sui¬ 
vre la visite était le poste honorable, revenons, mon 
camarade, au tablier, que les aides-majors de nos 
armées ont repoussé, que les sous-aides repousseront 
encore, et que les élèves roug’issent de porter. Employez, 
citoyen, un moyen qui m’a réussi à St-Deniset àMeaux. 
J’ai engagé le C. Pia apr» aide-Maj. et chef de l’Hô¬ 
pital des fiévreux et blessés à porter le tablier et à sui¬ 
vre la visite. Cet honnête citoyen n’a fait réelle difficulté, 
et tous ses subordonnés l’ont imité. Faite.s-en autant, 
et le bon ordre renaîtra. Que Sechehaye suive cette 
bonne habitude, querapr® en chef de l’hôpital de Metz 
soit à 6 heures au plus tard dans sa pharmacie petite 
ou grande, ceint d’un tablier, que ses collaborateurs 
en ayent ou n’en ayent pas le i®'' jour, croyez que dès 
le lendemain tous en seront décorés, oui, décorés, Et 
n’était-ce pas et n’est-ce pas encore une distinction de 
porter le tablier dans le laboratoire du Jardin des Plan¬ 
tes ? Je l’ai porté, moi, pendant trois années de suite, 
c’était sous cette Ecole que nous avaUions à longs traits 
les leçons de Rouelle, c’était sous cet acputrement qpe 
toutes les opérations de chimie étaient faites par nous, 
c’élait ceint d’un tablier que nous avions le droit d’en¬ 
trer à toute heure dans les serres, dans le cabinet d’his¬ 
toire naturelle. 

Rgmenez, je vous en prie, cet usage qui me semble 
être de bien petite importance, mais dont vous et moi 
connaissons toute la valeur. Quoy donc un officier de 
santé de grade supérieur paraître en tablier ? Et, 
bien, qu’il fasse donc le seigneur, mais qu’il l'aille faire 
s’il ose, dans tout autre endroit que dans les Hôpitaux 
do la République, ce sont des ouvriers et des ouvriers 
praticiens qu’il nous faut. Je ne connais pas de plus 
grand mal que celui d’bumilier nos jeunes gens, il 
faut que le supérieur, que le chef ne se montre jamais ; 
il faut qu’ils ne voyent dans leur chefs que des cama- 



— 55 — 


rades, ou plus âg'és, plus expérimentés, ou plus savants 
qu'eux, devais, mou camarade, si ma tête mele permet, 
si le tems me le permet, travailler à faire une instruc¬ 
tion, ou plustôt à tracer les devpirs des apotli. raaj. et 
des élèves. Il e.st temps de ramener l’ordre, et si nous 
n’y parvenons pas, j’en mourerai de chagrin. 

Sechehaye m’a envoyé l’état des médicaments qui 
restent dans son magasin et certe cet état est dana un 
dénuement absolu. Voilà, citoyen, un nouveau travail. 
Croiriez-vous bien qu’au milieu de cette pauvreté j’ai 
remarqué 44 articles absolument inutiles ? J’en vais 
faire passer la note à notre camarade Sechehaye, qui 
déjà les avait notés aussi bien que moi, comment ce 
pauvre thirion pouvait-il être assez peu versé dans le 
service des hôpitaux pour traîner à la suite d’une armée 
44 articles inutiles. Il faudra laisser tout cela dans le 
magasin sédentaire. 

Concertez-vous, citoyen, avec Sechehaye et formés 
vos états d’approvisionnement de campagne. Je vous ai 
déjà donné à ce que je crois mes idées sur vos di visions 
faites-les petites, une caisse à compartiments, propor¬ 
tionnée au petitnombre de nos médicaments officinaux 
que nous employons. Déjà on n’employe plus de thé¬ 
riaque ou du moins bien peu. Ainsi donc une boîte de 
fer blanc d’une livre etmôme d’une demi-livre, le dias- 
cordium perd de sa vogue, ainsi une livre. Les autres 
substances saches sont en très petit nombre. Diminuez 
les quantités au quart de ce qu’elles étaient dans les 
grandes divisions de l’année dernière, sabrez tout ce 
dont vous savez vous et Sechehaye, que l’on n’a pas 
employé. Prévoyez également à quel nombre on doit 
porter ces divisions. Point d’encombrement de choses 
inutiles. Mais n’oublions pas qu’il faudra que le ma- 
gasi U général de Metz, s’est fourni de manière à secou¬ 
rir les ambulances. 

Bon courage Citoyen camarade, je compte trouver 



— 56 - 


une lettre de vous ce soir au comité. Car c’est le soii; 
qu’il s’assemble et c’est ce qui m’a tué. Je m’y rend à 
5 heures, j’en sors à 11. A mon âg'e le travail du soir 
est pesant. Notez qu’il m’est impossible de m’y rendre 
et encore moins d’en revenir à pié. Notez bien que je 
suis tout seul de ma Robe et qu’il m’est impossible de 
soutenir la correspondance. Il est tantôt temps que je 
finisse ma laborieuse tâche. Adieu. Bayen. 

Ajoutons à présent quelques mots biog-raphiques sur 
Bayen. Déjà, en 1820, je trouve une notice forte élo- 
gieuse sur lui (i). J’en détache la partie suivante ; 

« Pierre Bayen, pharmâcien et chimiste distingué, 
était de, GhâlonS‘Sur-Marne, où il naquit en 1725. Pas¬ 
sionné dès sa plus tendre jeunesse pour les travaux 
des arts, il vint, en 1749, à Paris, résolu de se con¬ 
sacrer à l’art pharmaceutique, et il y fut successive¬ 
ment l’élève de Gliarras et de Rouelle. Chamousset, 
dans le laboratoire de qui il travailla pendant quelque 
temps, l’aida de sou crédit pour percer dans le monde, 
et lui fit obtenir, en 1765, la place de pharmacien en 
chef dans l’armée destinée à réduire Mahon, puis dans 
celle qui fit la guerre de Sept ans en Allemagne. A la 
paix, il reprit ses travaux scientifiques, que la mort 
seule put interrompre, en 1798. Il avait été nommé 
membre de l’Institut lors de la création de cette com¬ 
pagnie savante. 

En outre, on lit ici que la chimie doit beaucoup à 
Bayen. Mais il était tellement modeste qu’il attribuait 
ses propres mérites à d’autres. Pour son temps les ana¬ 
lyses et les découvertes qu’il fit sur l’oxydation du 
mercure (prouvant l’oxygène dans l’air); sur la pré¬ 
sence de la magnésie dans les chisles et son application 
pour fabriquer de l’eau de Sedlilz; la composition des 
roches, la présence d'arsenic dans les étains, sur l’alun 
et nombreuses autres substances prouvent ses profon- 



des connaissances de toute l’étendue de la chimie et 
son esprit génial dans l’observation. Il a grandement 
contribué à développer cette science, à préparer les 
grandes découvertes qui se trouvent à la base de la chi¬ 
mie moderne, en un mot, Bayen en était un des prin- 
cipau.Y précurseurs. 

Le savant moderne qui s’est le plus occupé de Bayen 
est son collègue, M. J.-A.-F. Balland, pharmacien 
principal de l’armée. Cet aimable collègue a bien voulu 
m’adresser la liste de ses travaux (3). Je me contente 
de citer les titres (4) en y rendant attentifs ceux qui 
voudraient s’occuper de ce sujet d’une façon plus 
approfondie. M. Balland continue, du reste, ses re¬ 
cherches. Encore dernièrement il a publié de nouveaux 
mémoires (5). De ces nombreux travaux, dont je n’ai 
lu que les principaux je tiens à retenir quelques passa- 
ges. 

En 1774, Bayen vint, dit M. Balland {Revue scien¬ 
tifique du 2 décembre 1882), à l’Académie avec un 
mémoire sur les oxydes métalliques. Lavoisier, qui 
était à la séance retourne de suite dans son laboratoire 
répète les travaux de Bayen, les trouve justes et en 
tirait les vraies conclusions. C’est donc déjà à cette 
époque que Bayen exécutait des essais d’une très 
haute importance. 

Dans un autre mémoire {Revuè scientifique du 
26 février 1898, p. 256), M. Balland parle de Bayen 
comme précurseur de Lavoisier et cite ses travaux 
importants. Il présente également quelques diplômes 
de nominations et fait ressortir les grands mérites de 
Bayen. C'était réellement un savant profond, mais 
d’une modestie sans pareille. 

Les noms cités dans cette lettre (Guéret, pharmacien 
major de l'armée de là Moselle ; Desprez, Malapèrt, 
Rouelle, Sechehaye) me sembleraient mériter quelques 
recherches pour compléter l’image de la pharmacie 



militaire de cette époque agitée. Il ne m’était pas pos¬ 
sible de me procurer les documents nécessaires à ce 
sujet. 

Je trouve un Nicolas Deyeux, qui était professeur 
de pharmacie à la faculté de médecine de Paris. Il a 
publié, en 1800, un livre sur le lait. Le dictionnaire 
encyclopédisque (6) parle de lui comme pharmacien 
et chimiste et le déclare un des plus grands savants 
dont les deux sciences s’honorent. Né en 1745, il res¬ 
tai toute sa vie un chercheur infatigable et mourut le, 
le 25 avril 1887. 

Sur Philippe-Nicolas Pia le même dictionnaire (7) 

: indique qu’il était né à Paris le i5 septembre 1721 et 
mort le 4 mai 1799. Pharmacien en chef de l’Hôpital 
de Strasbourg, plus tard administrateur des hôpitaux 
de Paris, introduisit de nombreuses améliorations dans 
l’hygiène publique, organisa des postes sanitaires sur 
les bords de la Seine et inventa des instrunients pour 
faire pénétrer l’air dans les poumons. La République 
de Hollande fit frapper une médaille en sou honneur. 
C’était un homme très distingué et très dévoué à la 
cause publique. 

Revenons un instant sur les substances indiquées 
par Bayen. Il est très naturel que le quinquina soit cité 
comme un des médicaments les plus importants. A 
l’époque, en question c’était probablement le seul remède 
efficace contre les fièvres, 

Il est à remarquer que Bayen déclare déjà que la 
Thériaque n’était plus.ou peu ;employèe, bien entendu, 
officiellement. Car, à bien des endroits, elle reste lé 
remède le plus, populaire. Gomme apprenti j je l’ai fa¬ 
briquée plusieurs fois en grande quantité. Siaujour- 
d’hüi elle a disparu des pharmacopées, elle ne restera 
pas moins la plus célèbre panacée, inoubliable dans.; 
l’histoire de la médecine (8), 

« La diascordium perd,sa vogue.;», dit Bayen dans 



sa lettre. Il estétonnant qu’un électuaire comme celui- 
ci ait pu jouir, du temps de Bayen encore, d’une répu¬ 
tation plus accentuée que celle de la thériaque, dont 
on chantait merveille pendant deux mille ans. En effet, 
lediascordium, aujourd’hui complètement oublié, était 
un électuaire aromatique dont l’herbe de Scordiura 
(Teucrium Scordium L.) formait la base. Sa forte odeur 
d’aille lui a conservé la confiance comme remède popu- 
laire. 

Les mannes blondes de Sicile jouaient, paraît-il, un 
grand rôle dans la médecine militaire. Celle de Sicile 
est aujourd’hui la préférée. C’est le produit le plus pro¬ 
pre et le mieux soigné. On cultive l’arbre (Fraxinus 
Oi-nus L.) dans le nord de la Sicile, surtout autour de 
Palerme, jusqu’à une grande distance, et on vend la 
récolte sous le nom de Manna cannellata (9). 

Comme pendant de la sobre réduction par Bayen de 
la pharmacie militaire, je me permets de reproduire une 
pjèçe réellement curieuse. Il s’agit de la prescription 
du médecin militaire D''Jean de Murait, de Zurich, au ‘ 
point devuedu contenu delà « Pharmacie de guerre». 
Le PLJean de Murait est né le 18 février i645, s’est 
distingué coinine médecin, chirurgien et professeur et 
esl mort dans sa 88® année le 11 janvier 1733 (2). Cette 
date le rapproche de Bayen jusqu’à un demi-siècle de 
près. Il est d’autant plus instructif de comparer les 
tendances des deux. D’après le de Murait la « Pha,r- 
macie » (Caisse de campagpne) de chaque compagnie 
doit contenir : 

Diapalma 12 livres; emplâtre adhésif, bien étendu 
12 1. ; emplâtre de ceruse i4 L ,* cire il\ 1. ; pommade 
de basilicum 8 1. ; mundifîcatum ex nicutiana 8 1. î 
apostolorum 2 1. ; aegyptiacum 2 1. ; onguent digestif, 
fabriqué avec d’huiles d’olives, jaunes d’œufs, mjrrhe, 
aloés et d’eau-de-vie du’marc; onguent de céruse G 1. ; 
pommades de roses 4 !■ i balsamum D. Arcens 4L; 



- 60 — 


térébenthine i8 1 . ; Bôlus arménien 2 1 . ; sang- Draco- 
nis I 1 , ; ver de gris 1/2 I. ; myrrhe il.; alumen us- 
tum i{2 1. ; aloës i 1. ; alun ordinaire 2 1. ; précipité 
blanc I 1 , ; vitriol de Chypre 1 1 . ; bovist 2 1 . ; poil de 
lièvre 2 1. ; colkotar 2 1. ; quatre têtes d’eau de vie ; 
quatre têtes d’eau de chaux avec Mercur. sublimato et 
mélangé avec un peu d’eau de vie, ce qui produit une 
précieuse solution contre les plaies inflammatoires et 
favorisant également la guérison des plaies occasion¬ 
nées par les projectiles; huile de St-Jean (Hypericum) 
6 1. ; huile de roses 10 1. ; huiles d’olives 20 1.; dias- 
prunum et diaphœuicum 3 1. ; miel 20 1. ; catholicum; 
41.; miel rosat 8 1 .; thériaque 3 1 .; électuaire de 
genièvre i 5 1. ; électuaire de sureau 12 1. ; feuilles de 
séné 6 1. ; rhubarbe 1/2 1. ; jalappn 2 1. ; pilules d’aloë 
10 onces; pilules sine quibus 6 onces ; pilules pour là 
tête 6 onces; scordium, vermouthe, agrimoine, roses, 
saniculum, alchemille,gentiane, aristolochia/centàurée 
(sans indication de la quantité). Des espèces pour pré¬ 
parer la c( tisane merveilleuse de Hallwyl, » de toutes 
les sortes de farines, de chaque quelques poignées. 
Suit ensuite une longue liste d’instruments, objets de 
pansements et autres choses indispensables dans les 
lazerets de guerre. 

Il me semble utile d’ajouter une très brève explica¬ 
tion des remèdes presque inconnus et oubliés aujour¬ 
d’hui . Prenons d’abord les électuaires qui formaient 
un groupe de médicaments très préféré. Diapfunum 
était un électuaire dont les prunes de Damas consti¬ 
tuaient la base (10). Le diaphœnicum contenait beau¬ 
coup de dattes pour cacher le mauvais goût des sub¬ 
stances médicamenteuses. Le catholicum, electuarium 
éatholicumduplicata rhabar))aro (i i)i est un électuaire 
à base dé Rhubarbe, 

Les groupes dés pommadés et emplâtres étaient éga¬ 
lement immenses. Diapalma, cérat de diapalme ou dia- 



— 64 — 


palme dissous (emplastrum palmeum, seu diapalma 
valg-are)(i4) contenait dans la masse d’emplâtre simple 
une décoction concentrée de branches de palmiers, ou 
faute de mieux, ce qui, probablement, a souvent été le 
cas, simplemeut de chênes. 

Mundificatum ex nicotiana,onguentmondifîcatifcon- 
tenant, d’après une vieille pharmacopée à côté des 
résines et des g-ommes, d’huile de scorpions et de cra¬ 
pauds. L’apostolicum est un emplâtre composé d’un 
grand nombre de résine et de gommes mélangées avec 
du vert de gris (sous-acétate de cuivre, aerugo) (i3). 

Je me demande dans quel but il fallait une relative¬ 
ment grande quantité de colcothar (caput mortuum, 
ferrioxjde). Il en est de même avec le poil de lièvre et 
surtout dans une caisse militaire qui ne doit contenir 
que les substances les plus indispensables. Mais quand 
on songe qu’eh 1741 les médecins de Lucerne, ayant 
tous leurs pharmacies privées (contre lesquelles les 
pharmaciens^protestaient conlinuellement depuis deux 
siècles et demi) demandaient au gouvernement qu’on 
impose aux pharmaciens (i5) de tenir constamment 
dans un état frais et uniquement en vue de la prescrip¬ 
tion médicale, 1260 préparations et substances,on com¬ 
prend mieux dans quel état singulier se trouvait encore 
la médecine à une époque cependant déjà si rapprochée 
des temps modernes. Parmi ces préparations se trou¬ 
vaient 88 sirops, 27 miels, oxymels et hydromels, 29 
électuaires, 44 sortes de pilules, 33 espèces (tisanes), 
5o sortes de pastilles, 17 conserves, 3o pommades, 
53 emplâtres, 49 huilles distillées et ainsi de suite. 
Lucerne était une très petite ville avec 3 ou 4 pharma¬ 
cies publiques et dont tous les médecins tenaient en¬ 
core leurs pharmacies et préparaient les remèdes eux- 
mêmes. J'ai, dans plusieurs mémoires, mais surtout 
dans un (17), décrit cet état scandaleux. Ce qui frappe 
c’est un nombre incroyable de substances aujourd’hui 



— 62 — 


ridicules, parmi lesquelles non seulement le poil de liè¬ 
vre, mais des pastilles de vipère, des scorpions, des 
crânes humains, des vers de terre, etc. Croirait-on que 
parmi les médecins qui exigeaient cette liste fantasti¬ 
que de médicaments se trouvait un D'' Maurice-Antoine 
Cappeler (i)? Eh bien, oui, et cela prouve l’étroitesse 
dans laquelle était encore serrée la science médicale 
dans la seconde moitié du xvm° siècle. 

Je savais qu’un descendant de la célèbre famille des 
de Hallwyl s’occqpait de la médecine et qu’il avait 
laissé un manuscrit de prescriptions médicales. Il s’ap¬ 
pelait Burkhard de Hallwyl, mort en 1608. L’original 
de son « Rezeptbuch », ainsi que deux copies,se trou¬ 
vent dans la bibliothèque bourgeoise de Lucerne. Ce 
livre a acquis une grande réputation populaire, mais le 
D'' de Murait allait plus loin et rendait la « tisane mer¬ 
veilleuse de Hallwyl » officielle et la prescrivait pour 
les boîtes de pharmacie de guerre. Il faut donc admet¬ 
tre que ce livre était connu jusque dans les sphères 
universitaires et approuvé. 


Bibliographie 


1. Dictionnaire des sciences médicales. Biographie mé¬ 
dicale, Paris, 1820. (Bayen, t. II, p. 72.) 

2. Johannes vonMarall. Cliir. et Med. Doct., Acad. Nat. 

Gur. Neujahrshlatt der Geselischaft auf der Çhorherrens- 
tube Zurich,i 833 . ' 

3. y.-d .-/'’.iSa/fancI', pharmacien principal de l’armée. 
Note sur ses titres et travaux , Paris (1906). 

4. J.-A.-F. Balland. Dans : la Reoiie scientifique de 
la France et de l'Etranger. 1882 (du 2 décembre> p. 727 
Bayen et la découverte de l’oxygène. 1880. Parmentier. 
1887. Bayen et la pharmacie militaire au xviii° siècle. 1890. 
Bayen Lavoisier et de la découverte de l’oxygène,28 juin 



— 63 — 


1890). Les travaux de Bayen sur l’étain (18 octobre 1890) 
1898. Le centenaire de la mort de Bayen (26 février 1898), 

5. J.-A.-F. Balland. Dans Journal de pharmacie et de 
chimie. 1905. Les pharmaciens en chef d’armée. 1907. La 
pharmacie centrale de l’armée. 1907. Pharmaciens militai¬ 
res tués aux armées, 1909.Les Hôpitaux militaires d’autre¬ 
fois. 

6. Dechambre, A.-L. Lereboulet. Dictionnaire ency¬ 
clopédique des Sciences médicales. Paris (i" série, t. 28, 
p. 5û8). 

7. Même Dictionnaire (2e série, i;24, p. 844). 

8. B.Reber. Considérations sur ma collection d’antiquités 
au point de vue de l’histoire de la Médecine, la Pharmacie 
-et les Sciences naturelles. Genève, igoS. 

9. D'' ^ Ewald Geissler und Z)i' Joseph Mœller. Real- 
Encyclopadie der gesammten Pharmacie. Wien und Lei¬ 
pzig- 1887. 

10. Paul Dorvéaax. Les pots de pharmacie, leurs in¬ 
scriptions présentées sous forme de dictionnaire (avec i4 
planches). Paris, 1908. 

i\. Moyse Charas, apothicaire artiste du Roy en son 
Jardin Royal des Plantes. Pharmacopée royale galénique et 
chimique. Paris 1676. 

12. Johannis Schrœderi, Doct. medici, etc. Pharmaco- 
peia médico-chymica. Lugduni,i656. 

13. François Verny. La pharmacopée de Bauderon, re¬ 
vue et exactement corrigée. Lyon.1672. 

14. Nicolas Lemcry. Pharmacopée universelle contenant 
toutes les compositions de pharmacie. Paris, 1698. 

ib, B. Reber. Beitrâge zur Geschichte der Parmacie. 
Wien, 1898. 

•16. B. Beber. Beitrilge zur Geschichte der Medicin der 
Pharmacie. Seconde série. Genève, 1901. 

17. B.Reber. Schweizèrisçhe Beitrâge zur Geschichte 
der Pharmacie. Zurich, 1898. 



Note sur un couteau à circoncision 
du centre de l’Afrique 


M. le D' L. Le Pileur. 


Malgré de nombreuses controverses qui ont eu lieu 
à ce sujet il paraît bien avéré aujourd’hui [Abbé 
Vigouroux : Dictionnaire de la Bible] que la circon¬ 
cision a été pratiquée d’abord en Egypte. On la trouve 
reproduite dans un bas-relief de Karnak et surtout dans 
des peintures qui remontent à la iv'* dynastie, c’est-à- 
dire à 2^00 ans avant l’ère chrétienne. 

Quel était son but? Etait-elle destinée à caractéri¬ 
ser une caste ? ou bien n’avait-elle qu’un motif hygié¬ 
nique ? c’est ce qu’on ne peut affirmer, puisque cer¬ 
taines momies de princes et môme de rois sont privées 
de ce stigmate.- 

Abraham, qui, vers l’âge de 70 ans, avait fait un sé¬ 
jour en Egypte, connaissait cette coutume mais ne l’a¬ 
vait pas adoptée, puisque ce n’est que beaucoup plus 
tard (il avait 99 ans) que Dieu, d’après la Bible, lui 
commanda de se circoncire, lui et tous les siens. Tom¬ 
bée un peu en désuétude, c’est Moïse qui, après la sor¬ 
tie d’Egypte, imposa aux Israélites, comme loi religieuse 
fondamentale, cette mesure hygiénique et, peut-être 

(i) Note lue à la séance d’oclobre. 



— 65 — 

aussi, politique. Mahomet, avec bien d’autres choses, 
copia dans la loi de Moïse cette prescription, qui n’est 



Couteau à circoncision .• 
fia ce Sa/ohOubanght (Ecjuaieiitj 

plus observée dans l’ancien monde que par les Juifs et 
les Malrométans. 

Quoi qu’il en soit, et quelle qu’ait été la cause de 
cette opération, il est certain qu’elle a pris naissance 
dans la vallée du Nil et que de là elle s’est répandue 
dans tout le continent africain, non seulement chez les 



— 66 — 


Masulmans, mais chez les Cophtes et les chrétiens 
d’Abyssinie. On la trouve môme, et c’est l’objet de cette 
petite note, chez les tribus fétichistes du continent 
noir, tribus que ne semblent pas avoir touchées les 
sectateurs de Mahomet, car, autrement, ces puissants 
convertisseurs les auraient amenées à l’Islamisme. 

Ces peuplades, qui ont à leur portée des minerais de 
fer, travaillent merveilleusement ce métal dont ils font 
des arrnes et divers instruments. Aussi ont-elles aban¬ 
donné depuis longtemps, si tant est qu’elles l’aient jamais 
connu, le couteau de Sile.x des Pharaons et de Josué 
pour un instrument assez élégant que je présente à la 
Société et dont voici l’e.vacte reproduction. Il m’a été 
rapporté par un jeune explorateur, M. R. Hottot, qui 
l’a pris chez les Nègres de race Balohi, habitants des 
bords de l’Oubanghi, dans la partie du cours de celte 
immense rivière qui est exactement située sous l’Equa¬ 
teur. 

C’est, comme vous le voyez, une feuille de métal très 
mince, très rigide et non trempée., La partie convexe, 
tranchante, coupe à la façon de l’ancienne doloire ou du 
couteau à pied qu’emploient les selliers, probablement 
en appuyant sur le prépuce tiré en avant et placé sur 
une résistance. L’autre extrémité, en forme de langue 
de serpent, est introduite sous la muqueuse—et,retour¬ 
née par l’opérateur, le sectionne d’un seul coup. 


Victor-Hugo. 





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rcù/oi^^ ciu^ idicn^yiCPU^lc ë-couù ^6'^éL 
pypifpi^pLcJldiü lid^ycpO 

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Çu Pû^ ji 'pp o/h^p ^ / '/li? hiJilvxSi J iu,p:r^p/ih 
i-Plvc h/puu^-^ » li/i !■ •*■ lu\^ Cc- ^^(Hu iù 

/upjùypj) 

pj&Uu' ict^Cpi^io/uC^ 0^ P/é-!^^^ 

^fu/h,> 9 iTk/tr ÛL/Mlr lu^pp O^S' Cé^ y 

bCd^i l^ppiyii^aAj>>cU4^, _ 

cl-^ ‘/ // 



Fac-similé d’une lettre de Tronchin 

(Communiqué par M. le P’ Rap/i. Blanchard) 


Bull. Soc. franç. d'Jiht. de la Méd. 1910, fatc.l. 



Séance du 9 février 

Présidence de M. Gilbekt'jBallet 


La séance a été précédée : 

j" D’une réunion du Conseil où il fut décidé par 
5 voix contre 2 et 1 abstention que les secrétaires 
seraient à tour de rôle cliarg-és de recueillir les manus¬ 
crits des communications et que le Secrétaire général 
resterait chargé de la publication du Bulletin. 

2“ D’une assemblée générale statutaire au cours de 
laquelle fut étudiée la question de la publication des 
communications dans une revue historique. Une com¬ 
mission est nommée chargée de faire un rapport, com¬ 
mission composée de MM. R. Blanchard, A. Prieur, 
Le Pileur, Nicaiseet Neveu. 


Le procès-verbalde ladernière séance est lu et adopté. 

A propos du procès-verbal, M. Marcel Baudouin 
rappelle, au sujet du Fer totem, que la Chronique 
Médicale (i) a cité le cas d’un guérisseur moderne qui 
se bornaità planter un couteau neuf dans de la terre, 
pour guérir chacun de ses malades. 

Or qui dit couteau neuf dit Fer neuf, c’est-à-dire 
Fer vierge n’ayant jamais servi ; ou acier {ce qui 
est la môme chose). 

Dans ce cas, le Fer joue le rôle manifeste de totem, 
c'est-à-dire de substance minérale protégeant contre les 
maladies les plus diverses. 

Il serait difficile de trouver un exemple plus probant 
de persistance de traditions séculaires dans les cam¬ 
pagnes françaises. 


(i) Voir n« 3, i'"’ février 1910, p. 8t . 



— 66 — 


Je puis ajouter encore lesTaits suivants, assez curieux. 

a) En Vendée, quand on trouve sur la route un fer 
à cheval usé, et si on le suspend dans sa maison, on 
possède un porte-bonheur. Il v en a un bien en vue dans 
mon laboratoire de Vendée, qui y fut placé par l’un de 
mes parents ! 

En l’espèce, c’est le métal fer, et non pas l’objet fer 
à cheval, qui était important, au début de la cou¬ 
tume. Donc, il s’agit bien encore de fer totem. 

b) Le passage suivant des Souvenirs de l’Enfance 
de Renan (p. 86) explique le rôle de l’objet fer à 
cheval : « Voici comment mon frère, dit-il, fut guéri 
de W fièvre. Le matin, avant le jour, on le conduisit 
à la chapelle du saint qui en guérissait. Un forgeron 
vint avec sa forge, ses clous, ses tenailles. Il alluma 
son fourneau, rougit ses tenailles, et mettant le fer 
rouge devant la figure du saint : Si tu ne tires pas la 
fièvre à cet enfant, je vais te ferrer comme Un che¬ 
val (i) ! Le saint obéit. » 

Jadis, en effet,quand les dieux faisaient les « malins », 
on ne se gênait pas, —pour les forcer à « travailler », 
— de les menacer des pires supplices. 

*** 

A propos de la thalassothérapie, M. Marcel Bau¬ 
douin ajoute ce fait que, d’après la légende, les filles 
de Proitos, roi de Tirynthe, Elgé et Kéléna, furent 
atteintes d’aliénation mentale. Elles furent guéries par 
Melampous.qui pour cela les «fit se baigner dans une 
source ».Or, Proitos, roi mythique, vivait vers i4oo ans 
avant Jésus-Christ. (Strabon ; Ovide ; Pausanias.) 

Donc la coutume existait depuis longtemps déjà, 

(i) Coutume devant remonter aux premiers temps de la fer- 
rare des chevaux, c’est-à-dire aux Gaulois. Les Romains ne 
ferraient pas, en effet, leurs chevaux, avant leurs relations avec 
les Barbares. La « ferrure » était encore un supplice pour les 
animaux. 



— 67 — 


bien avant les débuts de la Médecine scientifique, 
c’est-à-dire Hippocrate. Cette légende vient confirmer 
ce que j’ai dit dans mon dernier article sur la Rage et 
la Thalassothérapkie. 

*** 

M. Ernest Wickersheimer présente trois articles 
qu’il a publiés récemment, et ofli-e un exemplaire de 
chacun des deux premiers à la Société. 

I® Une obseroalion inédite de grossesse sextuple. 
Communication faite à la Société d’Obstétrique de 
Paris, en la séance du i8 novembre 1909. 3 pp. in-8®. 

Cette observation fut adi'essée le 19 thermidor an VI 
(6 août 1798), par la. Société d'Agriculture et des 
Arts de Boulogne-sur-Mer, à la Société philomathi¬ 
que de Paris, qui en mentionna la réception dans le 
procès-verbal manuscrit de la séance du 3 fructidor 
(20 août), mais jugea inutile d’y faire allusion dans 
son Bulletin imprimé. 

2» Zeitgenossen über den Schioarzen Tod. Archiv 
fur Geschichte der Medizin. Tome III (1909), pp. 348- 
349, in-8°. 

Témoignages de deux contemporains sur la peste.de 
i348, extraits de deux manuscrits de la Bibliothèque 
Nationale, suivis d’une prière en vers latins demandant 
à Dieu d’épargner les habitants de Padoue, le fléau 
ne devant frapper que les Vénitiens et les Sarrasins. 

3® Lamarck et le Jardin botanique de Rouen.. 
La Normandie médicale, 1910, pp. 33-36. 

En 1798 on parla de vendre le Jardin botanique de 
Rouen comme bien national. 

Plusieurs sociétés savantes protestèrent contre ce 
projet,entre autres la Société philomathique de Paris, 
qui chargea Lamarck de rédiger à ce sujet un rapport. 

A 

M. Raphaël Blanchard présente une collection 



d'Ex libris médicaux (V. p. i48) et offre à la Société 
le premier fascicule du Corpus inscriptionum medi- 
cinam biologiamque spectantium (V. p. i5o). 

Il offre de plus, au nom de M. le D' Frédéric Bau¬ 
douin d’Alençon. 

1“ Desgenettel, in-8o, dg p. Paris, 1908. 

2“ Michel Servet, in-8“, 12 p., Alençon, 1907. 

3o Damoiseau (i8i5-i885), 10-8®, 20 p. Caen, 1908. 

M. Moulé, offre à la Société : La parasitologie dans 
la littérature antique I. L’OTaTpoçdes Grecs,in-8“,i4p., 
Paris, 1908 (Extrait des Archives de Parasitologie). 

M. Noé Legrand lit un travail sur un faux por¬ 
trait de Fagon, médecin de Louis XIV, par J. Jou- 
venet, au Musée du Louvre. Son identification 
(V. p. 69) 

M. Félix Régnault présente une collection d'ins¬ 
truments grecs (V. p. 83) 

M. Marcel Baudouin lit une étude intitulée: Quelle 
était la grande dent de Geoffroy la Grand'Dent ? 
(V. p. 90) 

M. Moulé présente un travail ayant pour titre : 
Saint Eloi guérisseur et la légende du pied coupé 
(V. p. io3) 


M. R. Blanchard fait observer que le fac-similé hors 
texte d'une lettre de Tronchin faisant partie de sa col¬ 
lection doit être reporté au dernier fascicule du 
tome VllI, comme annexe au travail de M. B. Reber 
(pp. 356-365). Au lieu de « 1910, fasc. i », la dernière 
ligne doit donc porter l’indication : 1909, fasc. 10. 

La séance est levée. 



Un faux portrait de Fagon, médecin 
de Louis XIV, par J. Jouvenet, 
au Musée du Louvre- 
Son identification 


M. Noé Legrand. 


La Faculté de médecine de jParis possède le portrait 
d’un médecin de l’ancienne faculté que nous présente¬ 
rons immédiatement sous le nom de Raymond Finot. 

Raymond Finot était de Béziers, en Languedoc, où 
il naquit en i636, fut docteur de Montpellier et devint 
docteur de Paris en 1667. Praticien de grande réputa¬ 
tion, il resta médecin de la Pitié pendant vingt-cinq 
ans et fut particulièrement attaché au Prince deCondé. 
11 mourut le 28 septembre 1709. 

Portrait en buste peint d’après Jean Jouvenet. 

Toile, H. 72 cm. L. 58 cm. 

Figure de face sur fond noir, avec une abondante 
perruque fauve en crinière, rabat blanc et manteau 
noir. 

L’original par Jouvenet figure au musée du Louvre 
salle Mollien (n® du haut : 44i ; n” du bas : 3o6). 
Une autre copie de ce portrait, et meilleure, existe au 



70 — 


Muséum d’Histoire naturelle, (Cabinet des Professeurs 
de la g-alerie de Zoolog-ie.) 

Gravé au bur. H. 117 mm. L. : 96 mm. Au bas, 
à g'auche signé ; Sandoz del. A droite : Sichling sc. 
Entre les deux ; Tableaa da temps. Au-de.ssous : 
Fagon(Guy Crescent). Médecin de LouisXIV-\- ijiS 
Et le no : 2^82 bis. 

Comme l’indiquent et la gravure de Sichling des Ga¬ 
leries historiques de Versailles et les différents cata¬ 
logues du Musée du Louvre, le portrait en question est 
donné pour celui de l’illustre Fagon. On a émis cepen¬ 
dant des doutes sur l’exactitude de cette attribution, 
non pas de l’œuvre au peintre, mais de l’œuvre au nio- 
dèle. En d’autres termes le portrait qui figure au Musée 
du Louvre sous le nom de Fagon ne serait pas l’image 
du médecin du grand roi. Mais on était dans l’incerti- 
titude lorsqu’il s’agissait de mettre sous ce portrait le 
véritable nom : c’est pourquoi celui de Fagon y est 
demeuré. 

Chéreau, qui passe pour avoir regardé de près 
tous les tableaux de la Faculté — et qui va nous en 
donner une preuve — décrit au nombre de ces portraits 
existant vers 1868 (i) celui de « Finot (Raymond)père 
« —Médecin du Prince de Condè.Mort le 28 septembre 
« 1709 et enterré à Saint-Germain-l'Auxerrois. Très 
« beau portrait. Derrière le cadre on découvre ceci écrit 
« à la plume : M. Andry croit que c'est le portrait 
« de M. Raymond Finot peint par Philippe de 
a Champagne y>. 

L’observation était intéressante. Malheureusement, 
au cours de nos manipulations des portraits de la 
Faculté nous n’avions remarqué nulle part la mention 
signalée et l’observation restait stérile. Mais, il y a quel- 


( i) Histoire de l'ancienne Facallé de médecinede Paris, Manas- 
crit de la Bibliothèque de la Ville de Paris, I, p. iBo. 



que temps, nous découvrions un document précieux à 
cet égard, l’image du portrait en question, accompagnée 
de la mention, écrite de la main du Ghéreau : « Ray¬ 
mond Finot. » Cette image (i) était la photographie 
d’un lavis reproduisant l’œuvre de Jouvenet ou sa copie. 
On voit les conclusions qui se dégagent : le portrait 
qu’on cite communément sous le nom de Fagon est 
celui deRaymond Finot. Nous verrons tout à l’heure les 
raisons qu’avait Andryde faire cette attribution. Quant 
à l’inscription tracée par la plume de Chéreau sous l’é¬ 
preuve photographique, on se persuadera dès à présent 
qu’elle n’était pas portée à la légère : le lavis qu’elle 
reproduit a été exécuté par la propre sœur du D"' Ché¬ 
reau peu avant la guerre de 1870 et sous sa direction 
personnelle (2). Or un argument s’impose immédiate¬ 
ment : Jouvenet a précisément exécuté un portrait de 
Raymond Finot, le médecin, exposé d’ailleurs au Salon 
de 1704 (3). 

Quelle est donc l’origine de la désignation de l’œu¬ 
vre de Jouvenet au Louvre. Remontons danscette recher¬ 
che aussi haut que nous le permettent les documents 
existant. 

Le dernier catalogue du Musée du Louvre par Geor¬ 
ges Lafenestre et Richtenberger donne, du portrait 
de Fagon, l’indication de provenance ; « Collection 
Louis-Philippe; acheté 5oo francs en i838, avec un 
tableau attribué à Mignard (4). » 


(i) Elle est en notre possession. — (L’auteur de la présente com¬ 
munication soumettait en même temps aux membres de la Société 
d’Histoire de la Médecine, le document en question. — N. D. L. U.) 

(*; Chéreau en agissait de même pour quelques autres pièces 
analogues très abîmées et dont il désirait conserver l’image. Ces 
documents nous sont parvenus. Nous en avons d’ailleurs raconté 
l'histoire dans le dernier numéro du Bulletin de la Société sous le 
litre : L’image inédite de deux portraits de doyens de 1‘Ancienne 
Eacullé,.François Duport et Michel Mareseot,niédecind’Henri IV, 
portraits aujourd’hui détruits ou disparus. 

(3) Cf. Les Livrets des Salons. 



— 72 — 


La Collection Louis-Philippe est celle du Musée de 
Versailles dont Charles Gavard a publié l’histoire et la 
description sous le titre Galeries historiques de Ver¬ 
sailles^ en i3 vol. g'rand in-P avec i.55o planches 
(iSS^-1844)- Dans le tome ii, sous le n" 2482 bis, 
fig-ure le portrait en question accompagné de la men¬ 
tion indiquée : Tableau du temps. Constatons dès à 
présent que si l’on désigne formellement le modèle de 
ce portrait on en ignore encore l’auteur. 

Le texte comporte une notice biographique du célè¬ 
bre médecin tiré de Saint-Simon. Mais c’est en vain 
qu’on y chercherait une indication d’origine quelcon¬ 
que (i). 

Force nous est donc de nous reporter à un ouvrage 
publié ultérieurement, ouvrage qui fait d’ailleurs au¬ 
torité, la Notice de E. Soulié (2). Dans ce Catalogue, 
le portrait de Fagon ne figure pas. Rien d’étonnant à 
cela, puisque la Notice de Soulié est publiée de 1869 
à 1861 et que,|à cette époque, le portrait de Fagon, qui 
était à Versailles, a été apporté au Louvre : on va le 
voir figurer au Catalogue de L. Villot. 

Dans sa préface cependant Soulié mentionne (t. D*’, 
p. ix), comme catalogue ayant précédé le sien une No¬ 
tice des peintures et sculptures du Palais de Ver¬ 
sailles. Paris, Crapelet, i 83 j, « simple nomenclature, 
dit l’auteur, qui ne donnait au public d’autre rensei¬ 
gnement que celui inscrit au-dessous de l’objet même 
et ne renfermait pas tous les monuments dont se com- 


(i) On n’en est pas surpris lorsqu’on lit la déclaration qui figure 
sur le prospectus inséré en tête du tome !"■ : elle nous édifie sur 
les conditions dans lesquelles a été exécutée celte œuvre monu¬ 
mentale. Voici l’avis final, qui, pour être flatteur, ne laisse pas que 
de nous inspirer quelque inquiétude : o Ce livre a été conçu et 
exécuté eu moins de six ans, et par un plan si vaste, par le roi 
Louis-Philippe lui-même. » On se prend à penser que le travail fut 
peut être — qu’on nous passe l’expression — mené rondement. 

(a) Eun. Soulié. Notice da Musée impérial de Versailles, a» 
éd. 1861. 3 vol. pet. in-8». 



— 73 — 


posait, à cette époque, le musée. » On devine que ce n’est 
pas dans ce travail que nous pourrons trouver les ren¬ 
seignements d’origine (i).«Une autre Notice histori¬ 
que des peintures et sculptures du Palais de Ver¬ 
sailles, publiée en 4 parties, de 1887 à 1889, ajoute 
E. Soulié, n’offre, malgré son étendue, qu’un ensemble 
très incomplet (2). Une autre publication officielle. Ga¬ 
leries historiques du Musée de \ersailles, 1889, in¬ 
terrompue en 1848 (9 vol.), ne termine pas la peinture 
qui s’arrête aux portraits du règne de Louis XIII. » 

Ces recueils, qui ne mentionnent que des tableaux 
de batailles ou des portraits s’arrêtant à l’époque de 
Louis XIII, sont muets sur le cas du portrait deFagon. 

Il faut arriver à la Notice de Frédéric Villot sur le 
Musé du Louvi’e pour trouver une mention détaillée de 
cette pièce (8). Alors apparaît la désignation du pein¬ 
tre. A l’œuvre de Jean Jouvenet est cité, page 190, sous 
le n» 806, le« Portrait de Fagon, né en 1688, mort en 
1718, premier médecin du roi Louis XIV. H. 0.74, 
L. 0.60. Buste de grand, nat. Il est représenté de face, 
tête nue, les cheveux en désordre et portant la robe de 
médecin. Collection Louis-Philippe. Acquis en 1888 
avec un portrait du surintendant Tubeuf attribué à 
Mignard pour 5oo fr. « Et c’est tout. Nous avons tenu 
à donner la Notice in extenso. F. Villot qui, pour les 


(i) Quand on parcourt cette liste profuse, on semble un voya- 
KCur cherchant sa route dans un labyrinthe, à la tombée de la nuit. 
Les portraits sont rangés par espèces et par salles, ou à peu près : 
liais, Amirauœ, Guerriers, etc. On trouve mentionnés, p. 4p4,les 
portraits de Racine, Boileau, etc., et l’on se flatte de trouver l’image 
de Fagon dans le voisinage : elle n’apparatt nulle part. Le dernier 
numéro des peintures est 2745. 

(a) « Les trois premières parties comprennent la Peinture {su¬ 
jets, résidences royales, portraits.) Le nombre des tableaux indi¬ 
qués dans ces trois parties s’élève à 2787 ; la série des portraits 
n'est pas terminée et ne dépasse pas le règne de Louis XVI. 

(3) pBKUÉnic Villot. Notice des tableaux exposés dans les Gale¬ 
ries du Musée impérial du Louvre. 3» éd. 1861. 3» partie. Ecole 
franç. 



— 74 — 


autres tableaux, donne une notice assez étendue est ici 
relativement bref. 

Presque dans le même temps où s’élaboraient ces 
différents catalogues, deux importants travaux, — les 
plus importants sans doute — étaient publiés sur Jean 
Jouvenet, l’un de Houel, l’autre de F.-N. Leroy. Le tra¬ 
vail du premier est intitulé : Jean Jouvenet et sa mai¬ 
son natale. Rouen, i 8 S 6 , travail qui apparaît comme 
très consciencieux mais resté manuscrit (i). Cependant 
F.-N. Leroy déclare à plusieurs reprises qu’il s’est beau¬ 
coup servi du travail de Houel. Examinons donc l’ou¬ 
vrage de F, Leroy, /étude la plus complète et la plus 


(i) L’exemplaire qui existe à la Bibliothèque nationale comporte 
une notice préliminaire imprimée spécialement, qui indique la 
nature de ce travail : « En i83/|, l’Académie de Itoucu proposa 
pour sujet de prix à décerner en i83(5 une Notice historique et 
critique très détaillée sur Jean Jouvenet et ses ouvrages... Deux 
mémoires seulement furent envoyés au concours et n’ont pas 
été ju^és dignes du prix, mais leurs auteurs méritent des éloges... 
L’auteur du principal mémoire [J. Houel] a surtout fait preuve 
d’un zèle rare et qu’il est difficile de bien apprécier à moins de 
s’être occupé de travaux du même ^enre. Un éloquent Rapport 
fait à l’Aeadémie donne une idée generale de cet ouvrage...» 
Cette notice préliminaire est signée : A. G. B. Rouen, décembre 
i836. Suivent, en imprimé, les Mémoires de l'Académie de 
Rouen, Classe des Belles Lettres, 1887, pages 169 à 17g. Le 
«Rapport sur les mémoires envoyés aux concours... » est de 
Hellis. « Ce qui concerne la biographie, dit le rapporteur, était le 
plus facile et a été traité avec le plus de succès, mais quant à 
ce qui regarde la partie historique et critique des tableaux, ques¬ 
tion majeure et qui dominait le sujet, l’auteur est resté trop loin 
du but. Autant il a mis de soin, de recherche, de scrupule en 
parlant de la maison, de la filiation, de l’existence du peintre, 
autant il est réservé lorsqu’il s’agit d’émettre une opinion. 11 cite 
il est vrai un grand nombre de tableaux. H en fait connaître 
soixante-dix-huit; mais le plus souvent, c'est par une, aride 
nomenclature sans donner aucun détail sur la composition ; s'il 
formule un jugement, il ne dépasse guère celui qui est consigné 
dans les livrets ou dans les auteurs anciens qui lui ont servi de 
guide. . 

Cette explication était nécessaire pour juger l’œuvre de 
F. -N. Leroy où nous trouverons longuement mentionné ce por¬ 
trait de Fagon. Comme il le déclare en maints endroits, F.-N.Leroy 
s’est amplement servi du travail de Houel, qui lui a été commu¬ 
niqué par la veuve de ce dernier,et, à ce point de vue,il était d’au¬ 
tant plus indispensable de connaître l’appréciation des juges que 
l’étude de Houel n’a pas été publiée. 




détaillée — retenons-le — qui ait été faite du célèbre 
peintre (i). 

Notre portrait est cité à cinq passages différents. Au 
catalogue de l’œuvre de Jouvenet (p. 137) « nous arri¬ 
vons, dit l’auteur, à la description particulière de cha¬ 
cun des tableaux... Nous avons donné, autant qae 
nous avons pu, les dimensions, ainsi que Thistoire du 
sujet et du tableau. » Le portrait de Fagon figure (p. 
137) au nombre des toiles de date incertaine. Sous la 
rubrique : lieux où se trouvent les tableaux, Paris, 
Musée du Louvre, il apparaît le dernier de la liste, 
(p. i48). Enfin, au chapitre iv, l’auteur aborde l’étude 
détaillée des portraits : «Le nombre des portraits peints 
par Jouvenet est considérable. Nous en connaissons 
une vingtaine... » Le portrait de Fagon est cité le 
sixième sur un total de di.x-sept. Chose étrange, Leroy 
ne cite pas le portrait de Raymond Finot. Or, la cons¬ 
tatation est troublante, Jouvenet a peint et exposé le 
portrait de ce médecin, nous le répétons, au salon de 

1704. 

F. N. Leroy ne connaissait-il pas ces livrets ? C’est 
peu probable (2). S’il ne les a pas vus, on comprend 
qu’il ait pu faire erreur sur ce cas spécial. S’illes avus 
on relèvera son silence et on l’expliquera par ce fait 
qu’il ignorait forcément tout dece portraitde Raymond 
Finot, le nom de Fagon, médecin de Louis XIV, 
une fois mis par tous les historiens, ses devanciers, au 
bas de l’œuvre en question (3). 


(1) J.-N. Leroy, Histoire de Joavenet. Paris, Didrou, i85o, 

(2) Cependant F.-N. Leroy a dressé nn Etat des Etablissements 
des personnes gui Jirenl des Commandes à Jouvenet et il compte 
« 16 tableaux » ayant Hguré au « Salon de 1704 » (p. 48.3). 11 en cite 
quatre et pas celui de R. Finot! 

(3) Ajoutons d’ailleurs que au nombre de 91 ouvrages que l’au¬ 
teur a compulsés et dépouilles comme l’indique sa bibliographie 
— abstraction faite des documents, lettres, etc., qui s'élèvent à 
plus de 5o — les fameux livrets du salon ne sont pas cités. 



— 76 — 


F.-N. Leroy mentionne donc le portrait de Fag’on 
(p. 190) et ce qui est remarquable, il le fait de la même 
manière que Villot dont il se borne à rapporter la no¬ 
tice. Pour beaucoup d’autres pièces, F. N. Leroy rap¬ 
porte la mention qu’il en a trouvée dans Houel. Ici, 
rien de tel. On en conclut que ce dernier ne s’est pas 
cru autorisé à attribuer un portrait de Fa^on à Jouve- 
net. Cela s’explique : ce n’est que quatre ans plus tard 
que le portrait discuté sera acheté par le musée de 
Versailles et lorsque ce Musée l’aura acquis en lui don¬ 
nant le nom de Fagon, il faudra attendre de longues 
années pour qu’on se décide à l’attribuer à Jouvenet. 
Ces hésitations venaient sans doute de l’embarras où 
l’on était de mettre un portrait de Fagon à l’actif de 
ce peintre, tandis qu’on lui retirait celui de Raymond 
Finot (i). 

Quand on se reporte à la liste des Ouvrages consul¬ 
tés (p. IX en tête du volume), si l’on est émerveillé du 
nombre de travaux que l’auteur a compulsés, on n’en 
reste que plus inquiet sur lé cas du portrait de Fagon. 
A tous ces points de vue le silence de F.-N. Leroy sur 
le portrait de R. Finot par Jouvenet n’est-il pas signi¬ 
ficatif? Ce qui ne l’est.pas moins c’est le n" g4 de cette 
liste. L’auteur qui, pour se renseigner, a dû écrire à tous 


(i) Enfin à la p. 476 on trouve l’Estimation des tableaux de 
Jouvenet dans plusieurs expertises officielles et sous le n» 16 le 
portrait de Fagon figure avec le renseignement de l’acquisition 
pour 5oo fr. qu’on a déjà vue. Au bas on lit : Renseignements 
dus à l'obligeance de M. Th. Lejeune, artiste peintre à Paris. 

Sous le titre Cataloffue, l’auteur étudie (pp. 483 à oo4) une 
suite de 23 pièces, tableaux douteux ou disparus. C’était pour lui 
l’occasion de parler du portrait de Finot, s'il le connaissait au 
moins pour avoir été exécuté par Jouvenet. Il n'en fait rien. 

A la page 487, il nous fait faire connaissance avec le peintre 
Lejeune et qui était restaurateur expert du Ministère d’Etat à la 
maison de l'Kmpereur.et des Musées impériaux. Ce peintre se dé¬ 
clare très connaisseur de la peinture de Jouvenet mais, en don¬ 
nant à F.-N. Leroy les renseignements qui figurent au tableau 
d’estimation et de provenance, il n’a rien ajouté, à l’égard du 
pseudo-Fagon, à ce qu’en disait Villot. 





les conservateurs des musées de France, des Biblio¬ 
thèques, Académie des Beaux-Arts, etc. etc., rapporte, 
sous ce n“,une « lettre de M. Ed. Soulié, Conservateur 
du Musée de Versailles ». Gomme on le voit parles dates 
de publication de leurs catalogues, Villot, au Louvre, 
avait tenu de Soulié, à Versailles, les renseignements 
qu’il donne sur le portrait de Fagon, venant du Musée 
de Versailles, et Leroy, dans le même temps, se rensei¬ 
gne auprès de Soulié : la source apparaît enfin, mais 
reste trouble. L’on s’explique alors les incertitudes des 
différents auteurs. Récapitulons : 

i» Dans les Galeries historiques de Versailles,cesi 
le silence de Gavard qui n’a pas le temps de faire des 
recherches dans l’édification rapide d’un pareil monu¬ 
ment. 

2° Le défaut d’attribution de la gravure de Sichling 
qui reconnaît un bon portrait, mais ne saurait le met¬ 
tre au nom de Jouvenet dont on ne parle pas. 

3“ L’élimination pure et simple de ce portrait dans 
les différentes notices des peintures du palais ou gale¬ 
ries de Versailles de 1887 à 1848, soit par l’effet d’un 
choix, soit que ces notices n’aient pu être achevées. 

4° Le silence de l’étude de Houel et la révélation (?) 
de la notice de Villot [d’après Soulié]. 

50 .l’Histoire de Jouvenet par L. Leroy qui 

ramasse tout sans avoir pu rien tirer de Houel sur un 
portrait de Fagon, mais qui imitedece dernier le silence 
sur le portrait de R. Finot. 

Après soixante-dix ans passés, l’erreur saute aux 
yeux ! Les livrets du salon signalant le portrait de ce 
Finot par Jouvenet exposé en 1704 ; la notice de Andry 
rapportée dans le manuscrit de la Bibliothèque de la 
ville de Paris ; cette notice rapprochée du document 
photographique Ghéreau accompagné de sa mention 



- 78 — 


manuscrite, tout cela nous permet de conclure (i). 
Constatons d’ailleurs que le Calendarium medicum 
ad usum.salaberrimœ/acuKatis(année 1781),dans le 
catalog'ue qu’il dresse des portraits de l’Ancienne Faculté 
mentionne bien sous le n" i3 le portrait de Raymond 
Finot(2). Il mentionne d’autre part le portrait de Fagon 
parHyacinte Rigaudetiln’en mentionne qu’un (n“27); 
Finotet Fagon font deux. 

Et maintenant veut-on connaître la valeur de l’avis 
de Andry inscrit derrière le portrait en question? Il 
suffit de parcourir la biographie de ce médecin pour 
reconnaître sa compétence en pareille matière : Cbarles- 
Louis-François Andry était docteur régent delà Faculté 
de Médecine de Paris, membre de la Société royale de 
Médecine et médecin consultant de Napoléon .Amateur 
éclairé des arts, il avait un goût très vifpourles livres, 
les médailles, les gravures. Très versé dans l’élude de 
la numismatique, possédant lui-même une grande 


(1) Ajoutons quelques observations. La biographie de R. Finot 
nous montre ce médecin intimement lié avec Hecquet, qui a d’ailleurs 
fait son éloge. (Eloge de feu M. Finot, tiré d’une lettre de M. Hec¬ 
quet au P. lourneiniue, .lésuite.Dans: Mémoires de Trévoux. 1710. 
T. II, p. 1075). Philippe Hecquet, ancien doyen, a eu son portrait 
exécuté à la Faculté de médecine où il existe encore, portrait qui 
a été gravé par Daullé.Or Daullé,venu de bonne heure à Paris, était 
entré dans l’atelier de son compatriote Robert Hecquet ; celui-ci lui 
fil graver, nous dit Mariette, d’assez grandes planches de Thèses 
d’après les dift’érenls maîtres de l’époque. Plusieurs de ces thèses 
à images portent l’adresse de Hecquet, d’autres reproduisent des 
tableaux de Jouvenet, celle d'Honoré Gabon, par exemple, qu’on 
peut voir à la Faculté et qui représente Jésus guérissant les ma¬ 
lades. Cet ensemble de circonstances, on le devine, a rapproché 
Raymond Finot de Jouvenet pour donner naissance an portrait 
que nous connaissons. 

(2) « iF» i3. Raimundus Finot, Biterrensis. Doct. Med. Pari- 
siensis, ann.iCog vir injpraxi medica commendaiissimus /arna¬ 
que non vulgari percelebris.In basilica sancti Gerniani altissio- 
dorensis sepallus, die ag mensis ■ septembris 170g. » 

Hazon de son côté achève sa biographie par ces mots : « Il 
mourut le a8 septembre 170g... laissa un fils... qui fut aussi grand 
praticien ; Nous avons le tableau du père dans notre salle d’As¬ 
semblée. » (Notice des hommes les plus célèbres de la Faculté de 
Médecine de Paris. Paris, 1778, p. lég.) 



— 79 — 


collection de gravures et de plusieurs centaines de 
portraits de médecins, il a témoig’né toute sa vie de 
son goût pour l’iconographie (i). Non seulement nous 


(i| Sa bibliothèque, excessivement riche, contenait un nombre 
considérable de toutes espèces de beaux livres, comme en fait foi 
le catalogue qui en a été dressé pour la vente du i" mars i83o, 
Galalogue des livres de la Bibliolhèque de feu M.-C.-L.-F. An- 
dry dont la vente se fera le lundi i»' mars i83i. Paris, De Bure, 
i83o, in-8o, IV-3a3 p. 

Dans le domaine de l’histoire métallique, on y voit figurer toute 
une série d’ouvrages et collection de médailles des plus remarqua¬ 
bles, monnaies, sceaux,pierres gravées, etc., qui témoignent d’un 
goût prononcé pour l’étude des effigies. Au chapitre de l’Hisloirc 
se trouve un très grand nombre de Recueils de portraits (pp. 292 
à 3oi, n»’ 3980 à 3070). planches, vignettes, etc., qui montrent 
bien notre auteur versé dans la connaissance des images. Mais 
où notre sentiment devient une conviction, c’est à la lecture du 
n» 3oo5 : Recueil de portraits gravés de médecins de tous les 
pays. L’importance de celte collection n’a pas échappé à l’auteur 
du Catalogue qui la signale élogieusement au public : « Jusqu’ici, 
dil-il p. II, aucun catalogue n’a présenté une aussi nombreuse et 
aussi belle collection. 11 a fallu beaucoup de temps, de soin et de 
dépenses pour la rassembler. » La notice en donne le nombre : Dix- 
huiteenttreize portraits renfermés dans sept portefeuilles grand in- 
folio avecune trentaine d’estampes relativesàla médecine. « Parmi 
ces, portraits, il s’en trouve de gravés par Nanteuil, Edelinck et 
autres célèbres graveurs. Plusieurs sont avant la lettre. 11 serait 
fort difficile de rassembler une collection plus nombreuse et de la 
trouver dans un aussi bel état de conservation... Jusqu’ici on n’a 
vu dans aucune bibliothèque de médecins une collection semblable 
à celle-ci. » — L’homme qui a su réunir cette collection n’a-t-il 
donc aucune compétence en matière d’iconographie médicale ! 

Mais il y a mieux. On connaît l’Encyclopédie méthodique pu¬ 
bliée parPanckoukeen près de 200 volumes in-4», texte et planches. ’ 
Dans la série : Médecine comprenant i4 volumes, la partie biogra¬ 
phique a été en grande partie écrite par Andry. Or, il esta 
remarquer que cet auteur a soin de donner très souvent, dans les 
biographies des médecins de l’Ancienne Faculté dont le portrait a 
été peint et existe à l’Ecole, une mention spéciale à ce sujet. 
(Notices biographiques de : Akakia, Astrac, Baron, Fagon, 
Geoffroy, Hamon, etc., etc.) 

Un détail montrera comment Andry connaissait les portraits, 
les livres, les gravures de la Bibliothèque de la Faculté. Dans la 
biographie qu’il fait de Hecquet, il cite la Médecine des pauvres 
et il ajoute ; « La vie de l’auteur se trouve à la tête de cet ou¬ 
vrage ainsi que son portrait gravé par Daullé d’après Le Belle. On 
lit ces vers, au bas de cette gravure... [Andry cite le quatrain 
connu terminé par ce vers : 

...il fut grand médecin, mais plus homme de 6i«»]. 
Bertrand, le père, voulait que l'on mît simplement : 

Ooctrina magnus, pietate major. » 

(Encyclopédie méthod.. Vol. VII, p.86.) 

Or Andry n’a donné cette information que parce qu’il avait 





pouvons répondre que C. L. Fr. Andry était compétent 
pour parler des portraits de l’ancienne Faculté, mais 
encore qu’il était sans doute à cet ég-ard leplus compé¬ 
tent et le plus autorisé des hommes de son temps (i). 

De tout ce qui précède, il apparaît que le portrait 
qui ligure au Louvre salle Mollien sous le nom de Fa- 
gon, médecin de Louis XIV, est le portrait de Ray¬ 
mond Finot, peint par Jouvenet, exposé au Salon de 
1704, cinq ans avant la mort du modèle (2). R. Finot 
est mort à 72 ans. 11 avait donc 67 à 68 ans lorsque le 
maître fixa sur la toile son intéressante image. 11 ne 
faut pas le regarder longtemps pour y retrouver le ca¬ 
ractère de douceur, de simplicité et de finesse qui était 
le propre de sa nature. L’éloge qu’en fait Hecquet, et 
les notes qu’on trouve à son sujet dans la biographie 
de ce dernier se trouvent confirmés dans chaque trait 
de ce visage au regard plein de mélancolie, dans cette 
inclinaison de tête modeste autant que bienveillante; 


vu le volume des thèses de la Bibliothèque réunies par Ï'h.-B. 
Bertrand en tête duquel ce dernier, ayant fait coller le portrait 
cravc de Hecqùel, y a apposé, de sa plume, la devise latine (B. 
F. M. ms. n’ 453). 

(i) Ou objectera peut-être que Andry attribuait ce portrait de 
Finot à Philippe de Champagne. Faut-il beaucoup s’en étonner : 
ce n’est pas la première fois qu’on a pris dés travaux de ' ce maî¬ 
tre pour ceux dé l’autre. Pareille attribution fut faite aussi pour le 
portrait de Louis Bourdaloue par le même Jouvenet. On lil dans 
Leroy, au sujet du dessin de ce portrait : « Le portrait peint exé¬ 
cuté d’après cette belle étude faisait partie de la Collection de 
M. Gehoude et fut vendu à sa mort sous l’attribution de Philippe 
de Champagne... (Ph. de Chennevières-Pointel.) • 

(F.-N. Leroy,'O/), cît.', p. agi.) 

(ajCorlieuaécrit : « 11 existe plusieurs portraits et gravures re¬ 
présentant Fagon. Le Musée du Louvre en possède un, peint par 
Jouvenet (Salle XIV, n» 44t). Façon paraît avoir une soixantaine 
d’années ; cette peinturea étégravée par Forestier. » (France médi¬ 
cale, 1901, p. 190. ) L’erreur qu’on désire dissiper dans cette asser¬ 
tion est celle qui attribue à Forestier la gravure de ce portrait. 
Forestier a bien gravé un portrait de Fagon mais c’est celui de 
Hyacinthe Rigaud —(d’ailleursil ne l'a pas gravé d’après l’origi¬ 
nal mais d'après le burin d’Fdelink ou mieux celui deFicquet. — 
Sa gravure, en pointillé, illustre la Biographie MédicMe Pan- 
ckouke, qui est de i8ai, et à cette date le portrait de Fagon par 
Rigaud était sans doute perdu ou détruit.) 




Basmond Finot (1636-1709) 

Müdecia do la Pitid 
et Mddecm du Prince de Condé 


Bull. Soc. 


— 81 — 

ils disent «; les mœurs douces et polies », l’esprit déli¬ 
cat et la santé fragile de celui qui resta 25 ans médecin 
de la Pitié ; ils rappellent « ces grandes qualités qui 
étaient accompagnées d’une exacte probité, d’une piété 
sincère et d’une charité très tendre et très étendue pour 
les pauvres (i) », 

Que l’on compare cette physionomie, avec celle de 
Fagon peinte par Hyacinthe Rigaud, gravée par Ede- 
linck. Sur ce portrait, exécuté en 1694, Fagon a 
56 ans. Sur le portrait par Jouvenet, R. Finot en a 68, 
soit dix ans de distance. Cette remarque faite, on distin. 
gue nettement les différences suivantes : 


Portrait de Fagon par 
Hyacinthe Rigaud. 

lo Les yeux sont bridés, la 
paupière supérieure alourdie. 
Le sourcil relevé dans un 
mouvement accusé. 

2° Le nez aquilin et ar¬ 
rondi prend beaucoup d’im¬ 
portance dans le visage. 

3“ La bouche est un élé¬ 
ment d’appréciation impor¬ 
tant ; les lèvres sont ramas¬ 
sées, la supérieure très 
épaissedans un sensible mou¬ 
vement de moue accusé par 
un large rictus qui fait gon¬ 
fler la joue. 

4® Le menton forme un 
petit mamelon fuyant. 


5» Perruque abondante, 
très bouclée relevée en deux 
parties au-dessus de la tête 
e> garnissant le front assez 


Portrait de R. Finot par 
Jean Jouvenet'. 

L'œil, pour ne pas être très 
ouvert, n’a pas la paupière su¬ 
périeure si large. Le sourcil 
n’est pas releve. 

Le nez est plus droit, à 
arêtes nettes et léger. 

Les lèvres sont minces, sans 
contraction, les coins légère¬ 
ment relevés avec un carac¬ 
tère très différent, sans ap¬ 
parence de moue. Le rictus 
est bas, les pommettes creu- 


Le menton est taillé carré¬ 
ment : la distance du nez à 
la base du menton est por- 
portionnellement bien plus 
grande que sur l’autre por- 

Perruque abondante, mais 
toute différente, en masse 
sans boucles, le front déga¬ 
gé (2). 


(i) M. DE Saikt-Marc. Vie de M. Hecgaet. Paris, 1749. p. n. 
(a) A l’égard de ce dernier élément, prévenons les objections : 

6 



Un mot maintenant de !la mention elle-même de 
Andry signalée par Chéreau au dos du cadre. On 
devine avec quel empressement — resté vain d’ail- 


Fagon, dira-t-on, avait vieilli, sa perruque pouvait témoigner 
d’un certain relâchement dans, sa tenue. On en convient. Mais on 
fait remarquer que Fagon resta en faveur à la cour et en grande 
faveur, jusqu’à la mort de Louis XIV, qui n’arriva qu’en 1716. 
Le portrait par Jouvenet ayant été peint en 1704 — si on le 
regarde comme celui de Fagon — cela ferait une différence de 
dix ans, pendant lesquels le médecin du Roi n’avait pas de rai¬ 
sons de se relâcher dans sa bonne tenue. On sait d’ailleurs que ce 
n’est qu’à la mort du Roi que Fagon se retira au Jardin des Plan¬ 
tes pour ne conserver que cette surintendance. Mais ni le Catalo¬ 
gue de Villot, ni les autres ne .fixent de date à ce portrait par 
Jouvenet. F.-N. Leroy le range délibérément dans la série de date 
incertaine (et pour cause), et dire qu’il a figuré au Salon de 
1704, c’est dire implicitement que c’est te portrait de R. Finot. 

Enfin si dans la comparaison ci-dessus on constate de nombreux 
rapports, faut-il s’en étonner ? C’est précisément cette ressem¬ 
blance physique relative qui a déterminé l’attribution ici discutée. 
Et d’autre part — fait curieux — le caractère moral (qui agit 
aussi sur le physique) est presque identique chez nos deux méde¬ 
cins. De Saint-Marc disait de Finot : « C’était uii homme du pre¬ 
mier mérite... bon physicien et très habile médecin. A ces scien¬ 
ces nécessaires, il avait joint des connaissances plus agréables que 
relevait un fond d’éloquence naturelle qu’il avait pris soin de cul¬ 
tiver » et qui l’avaient fait estimer et respecter. On s vu ce que 
l’auteur dit de « sa modestie, de la douceur de ses mœUrs, de son 
érudition, de son habileté, de sa sagesse » rapportés également 
par Hecquet qui vante son talent, produit de l’expérience et « d’une 
méditation profonde ». 11 achève par ces mots : « Il est mort à 
Paris d’une pleurésie, âgé de 72 ans, mais sa mort à cet âge 
achève son éloge. En effet, né comme il était habituellement phti¬ 
sique et dans une consomption toujours prochaine, il ne fallait 
pas moins qu’une habileté semblable à la sienne pour prolonger ses 
jours beaucoup au delà du terme que les plus habiles médecins 
lui avaient donné, t 

Il est curieux de rencontrer exactement les mêmes traits dans la 
vie de Fagon. A ses mérites de travailleur, « il joignait une faci¬ 
lité d’élocution, un ordre, une méthode et une éloquenee naturelle 
qui charmaient tous ses auditeurs. Il était doué d’une pénétration 
rare... Fagon réunissait toutes les qualités nécessaires... esprit, 
grande facilite de s'exprimer, connaissance approfondie de toutes 
les parties de la Médecine ; il y joignait un amour naturel pour 
le bien public et cette innocence, cette intégrité de moeurs et cette 
piété vraie qui, plus que tous les talents, gagnent tous les esprits... 
sa modestie égalait son mérite. » Et Fontenelle achève sou éloge 
en disant — comme Hecquet de Finot — : « Ce premier médecin 
était aussi un grand médfecin. Il avait besoin de l’être pour lui- 
même. Il était né d’une très faible constitution... Sa santé ou plu¬ 
tôt sa vie ne se soutenait eue par une extrême sobriété... et il 
pouvait donner pour preuve ae son habileté, qu’il vivait. » 

Quelque secondaire que soit cette dernière remarque, rappro- 




— 83 — 


leurs — nous avons cherché à la retrouver, aussi bien 
que sur l’brig'inal du Louvre. On se rappellera donc 
qu’à la Faculté ces portraits ont été remaniés et ren¬ 
toilés il y a près de quarante ans. Le cadre a été rem¬ 
placé sans ég’ard pour une mention qui a dû paraître 
sans intérêt ou a môme complètement échappé dans 
ces circonstances aux manipulateurs (i). 


Une collection d’instruments 
grecs 


M. le Docteur Félix Régnault. 

ancien interne des hôpitaux de Paris. 


Ces instruments, au nombre de gb, presquetous com¬ 
plets — 7 seulement ne sont que des débris — viennent 


chons les deux noms eux-mêmes, Finot Fagon : formés du même 
nombre de lettres, commençant par la même, ils ne sont pas sans 
analogie de consonnaoce ; on peut même admettre que le nom de 
Finot écrit à la plume, sur le dos d’une toile ou sur le bois et en 
partie efface par les transports, le temps et l’abandon, puisse être 
lu pour celui de Fagon. Ce n'est qu’une hypothèse, mais comment 
expliquer liattribulion présentée pour la première fois dans le 
catalogue de Villot ? 

(i) Au moment de clore nos recherches nous avons jeté nncoup 
d’œil sur le Dictionnaire encyclopédique des Sciences Médicales. 
Nous nous étions rapporté en dernier lieu à cet ouvrage, ayant 
nous-même puisé aux sources originales. Ob, à l’article: Finot, 
on lit cette note confirmative de A. Chéreau : « Les amateurs qui 
parcourent la galerie française à notre Musée du Louvre ne man¬ 
quent pas de distinguer un portrait d’homme vu presque dè face, 
à la fi^re fine, intelligente et expressive, aux longs cheveux quel¬ 
que peu en désordre, qui lui tombent sur les épaules. On veut 
savoir le nom du personnage ainsi portraiture. On consulte le 
catalogue et on lit ceci : Guy Crescent Fagon, premier médecin 
de Louis XIV, Eh, bien, pas du tout ; ce portrait est celui de 
notre Raymond Finot, la Faculté de Médecine possède ce même 
portrait, l’original, pensons-nous. » A. G. 

Comme on le voit, cette affirmation, qui date de 1878 et dont 
le caractère parait gratuit, ne pouvait prendbe corps qu’apres les 
explications que nous avons fournies. 



— 84 — 


de Smjrne et dateraient du premier ou deuxième siècle 
avant notre ère ; ils appartiennent à M. Paul Gaudin qui 
a eu l’amabilité de me les prêter pour les étudier et 
les montrer à la Société. Ils sont en bronze, quelques- 
uns en cuivre pur, ou en arg’ent. 

Je me suis aidé, pour déterminer ces instruments, de 
l’ouvrage de Milne iSurgical instruments in Greek 
and Roman Times, Oxford, igoy, le plus complet et 
le meilleur qu’on ait écrit sur ce sujet. Gomme lui je 
noteçai que la plupart de ces instruments ont dû ser¬ 
vir à des usages vulgaires plutôt que médicaux. 

Ces instruments comprennent : 

Vingt-deux cuillères,de7,5à 20centimètres de long. 
Les formes sont très variables, rondes^ ovales, allongées, 
effilées. La plupart sont circulaires, très petites,de 4 à 
8 mm. de diamètre, les unes très creuses, les autres 
peu profondes. Ces dernières ou « ligulæ » auraient 
été destinées à prendre des onguents, des fards, des 
poudres. Toutes ont pu servir à doser des' substances 
pharmaceutiques. Le manche se termine par un stylet 
mousse avec lequel on pouvait écraser les substances 
ou par une pointe avec laquelle on pouvait les mélan¬ 
ger. 

Neuf spatules— spathomèles — de i3 à 17,8 centi¬ 
mètres de long ; sept ont la forme de rame, deux au¬ 
tres celle de nos spatules médicales. 

Une spatule en forme de feuille de saule, dont le 
centre présente une rainure. Celle-ci s'est accidentelle¬ 
ment divisée, et l’instrument rappelle celui trouvé à 
Pompéi et décrit à tort par Vulpes(i) comme servant à 
couper le frein de la langue. Gomme le signale Milne, 
celte division est purement accidentelle. Il s'agit d’une 


(i) Vulpes illustrazone di tuli gei instrumenti scavati ia Ërco- 
lano et in Pompai. Napoli, 1847, PP- 74 4 80, table VU, fig. i à 6. 




— 85 — 


spathomèle, instrument qui servait à prendre des subs¬ 
tances, à les mélanger, etc. Deux autres spathomèles 
sont fortement incurvées à angle droit. 

Un instrument en forme de fer de lance à extrémité 
pointue pouvait servir de lancette. 

Une sonde semblable à celles avec lesquelles les chi¬ 
rurgiens fouillent les plaies. 

Treize stylets à tige épaisse, quelques-uns ornés. 
Pour Milne ils auraient servi à écrire sur les tablettes 
de cire. L’extrémité opposée à la pointe est plate et 
tranchante ; elle aurait pu servir de grattoir. 

Dix poinçons de 5 c. 5 à i3 centimètres, dont la tête 
a une forme des plus variables. 

Quatre manches en bronze enferme de spatule tien¬ 
nent encore des débris de la lame de fer. Leur lon¬ 
gueur est 7 à g, 5 centimètres. Ils ressemblent aux 
bistouris trouvés à Pompéi. 

Un petit rasoir. 

Une fourchette à deux dents, de i5, 5 centimètres. 

Un minuscule marteau, manche 8 c., tête i c. long 
et 6 mm. diamètre. L’une des extrémités de la tête est 
plate, l’autre munie de petites lignes rayonnant d’un 
centre. 11 rappelle les marteaux d’orfèvre. 

Trois pinces, une à épiler, une à mors plats comme 
la pince à disséquer, une troisième, la plus grande, — 
11,6 centimètres de long — à branches courbes et à 
mors plat. Cette dernière est très bien exécutée, le res¬ 
sort en est encore bon, et les mors se juxtaposent très 
exactement, sur toute leur longueur. 

Une tige de bronze longue de i a centimètres 5. Les 
extrémités sont enflées en massue. L’une est légère¬ 
ment incurvée, l’autre est droite ; chaque extrémité est 
percée d’un trou circulaire, dirigé suivant l’axe de la 
tige et creusé à une profondeur de a centimètres. Cet 



instrument rappelle l’extracteur de comédons décrit 
par M. Hamonic (i 

Trois aig-uilles : deux petites ressemblent à des 
aiguilles ordinaires, la troisième plus grande a la tige 
tordiie et son extrémité en forme de crochet. 

Un instrument, de g centimètres de long, rappelle 
un passe-lacet par son extrémité mousse, sa tête large 
et aplatie, percée de deux chas superposés, quadrangu- 
laires; Un autre,de i5,5 centimètres de long, a une tête 
effilée et percée de deux larges chas superposés, qua- 
drangulaires, égaux. 

Un crochet dont le manche est aplati en forme de 
spatule triangulaire, une tige de 8 centimètres de long 
dont chaque extrémité présente deux pointes qui, d’un 
côté sont assez écartées, et de l’autre presque en con¬ 
tact. Cet instrument est à rapprocher de celui décrit 
par M. Hamonic dans la trousse d’Ephèse comme un 
porte-mèche. 

Un instrument analogue, mais de i6 centimètres de 
long, dont les deux pointes sont mousses et forment 
une fourche, rappelle les navettes pour tisser ou faire 
du filet, attribution déjà indiquée par Milne. 

Un manche terminé d’un côté par une boule olivaire, 
de l’autre par un pas de vis. Il rappelle le n“ 7 de la 
planche XVI de l'ouvrage de Milne. Cet auteur admet 
que le pas de vis était surmonté d’une aiguille cassée 
et qu’il était destiné à visser un étui qui la protégeait. 

Un manche terminé par deux pointes cassées formant 
porte-mèche. 

Nous terminons par trois instruments dont nous 
n'avons vu les analogues dans aucun ouvrage ni aucune 
collection. 

Un instrument complexe de 14,5 centimètres de 


(i) D' ?. Hamonic, ia Chirurgie et la Médecine d’autre/ois. 
Paris, igoo, p. 3g. 



— 87 — 


long : sur la moitié de la longueur existe une lame 
tranchante dont le dos fait lime ; l’autre est creusée 
en tours de spire pouvant servir de lime. L’extrémité 
du côté de la lame a la forme d’un pied de biche et peut 
servir depolissoir; l’autre extrémité forme poinçon. 

Un instrument robuste de 6 centimètres de long, 
composé de deux parties semblables, chaque partie 
comprend deux demi-cercles aplatis et juxtaposés ne 
faisant qu’un avec leur manche. Elles .sont fixées l’une 
à l’autre par une vis autour de laquelle elles peuvent 
tourner. Du côté du manche elles s’emboîtent l’une 
dans l’autre. 

Un instrument robuste de i4 centimètres de long, 
au manche courbé, à la lame plate et épaisse. Au centre 
se détache du corps de l’instrument une large courbe 
qui permet d’appuyer et retenir le pouce. Cet instru¬ 
ment est bien en main ; il semble avoir été destiné à 
servir de polissoir. 

Discussion 

M. Marcel Baudouin. — Je me permets de signaler 
que l’étude technologique des remarquables instru¬ 
ments présentés par M. le Df F. Régnault et de ceux 
déjà conn us depuis les publications de To ulouse, Deneffe, 
Hamonie, Milne, etc., m’a conduit à des conclusions 
fort intéressantes, qui paraîtront sous peu dans un 
article des Archives provinciales de Chirurgie. — 
J’ai pris pour base de ce travail les instruments de 
métal des époques proto-historiques (âge du bronze) 
trouvés jusqu’à ce jour dans les fouilles, présentant 
une art/cH/afion quelconque (i). 

Quant aux lunettes si remarquables trouvées par 


(i) Marcel Baudouin.,— Du mode d'articalalion dans les Ins¬ 
truments de chirurgie anciens jusqu'à l’époque gallo-romaine. 
- Arch.prou. de chirurgie, Paris, 1910, n» de mars. 



— 88 — 

M. Gaudin, je ne puis les faire remonter à une époque 
très ancienne. En effet, leur mode de construction n’est 
pas comparable à celui des instruments grecs que 
l’on connaît. Mais il est évident qu’on ne peut rien 
affirmerà ce sujet, d’autant plus que nous ne savons 
pas dans quelle couche archéologique l’appareil a été 
découvert. 

D’une étude que je vais publier sous peu et intitulée 
la Préhistoire de la Circoncision (i), je crois 
qu’on peut conclure que le si curieux instrument, en 
forme de coape-œaf à guillotine, de la collection 
Gaudin,est un appareil destiné à la sectiondu prépuce, 
si l’on admet que le rasoir du D’’ Croquet (2) est bien 
un rasoir à circoncision.— Mais, évidemment, ce n’est 
là qu’une hypothèse basée sur un argument d’ordre 
hypothétique lui-même. 

M. R. Blanchard. — La collection d’instruments 
anciens que M. F. Régnault met sous nos yeux est 
d’un haut intérêt. J’y remarque notamment une paire 
de forces; semblables, sauf leur taille beaucoup plus 
petite, à celles dont les bergers se servent encore de 
nos jours pour tondre les moutons. C’est la forme la 
plus ancienne des ciseaux, ceux à articulation centrale 
étant beaucoup moins répandus dans l'antiquité. 

M. M. Baudouin. — Les trousses grecques et gallo- 
romaines,cataloguées jusqu’à présent,n’ont pas fourni 
encore, à ce que je sache, de ciseaux à double bran¬ 
che, avec articulation à Jienon ! Cet appareil est bien 
plus récent que les forces, qui remontent au début 
presque de l’âge du Fer (époque de la Tène), et sont 
encore utilisées de nos jours dans les campagnes. 

M. R. Blanchard. — Il est hors de doute que les 

(i) Archives provinciales de Chirurgie, Paris, 1910, n» 3, 

(a) Pol Baudet.— Bull. Soc.préh. de France, 1909, décembre, 
p. 5ao, J tlg. 



forces, qui constituent des leviers du troisième genre, 
étaient d’un usage courant chez les Latins et que, par 
eux, elles sont venues jusqu’à nous ; de nombreuses 
collections archéologiques en renferment des exemplai¬ 
res, provenant des camps romains, des villas gallo- 
romaines, des sépultures gallo-romaines, mérovin¬ 
giennes, médio-èvales, etc. Ce sont là des faits bien 
connus, sur lesquels je suis en parfait accord avec 
M. Baudouin. Mais que notre collègue me permette 
de lui signaler l’existence, dans certaines collections 
archéologiques que j’ai visitées, de ciseaux à articula¬ 
tion centrale, constituant des leviers du premier genre 
et tout à fait semblables, sauf l’élégance des formes, à 
ceux qui sont actuellement en usage. 

Le Musée de Metz possède une série d’objets prove¬ 
nant d’une villa gallo-romaine située près de Saarolt- 
(iorf (i). On y remarque une paire de forces de grande 
taille, longues de 25 cm. environ, et une paire de 
ciseaux articulés, longs de i8 à 20 cm. Ces ciseaux 
sont pourvus de deux anneaux elliptiques entièrement 
fermés et d’une longue cheville saillante, comme ceux 
de nos tailleurs actuels. 

Le même Musée renferme encore une autre paire de 
ciseaux articulés, très semblable à la précédente, mais 
un peu plus courte, à rivet non saillant et à anneaux 
incomplètement fermés, résultant d’une inflexion anté¬ 
rieure de l’extrémité des tiges ; l’une de celles-ci est 
brisée, l’autre est intacte. Ces ciseaux proviennent de 
l’ancien village gallo-romain de Decempagi, situé à 
Tarquinpol, près Dieuze, sur la voie romaine de Metz 
à Strasbourg. 

De même, le Musée provincial de Trêves, si riche 
en antiquités romaines, possède un grand nombre de 


(1) Sarrallroff, ancien départemenl de la Meiïrthe. 




forces de toute taille, au milieu desquelles on remarque 
une paire unique de ciseaux articulés, longs de 17 cm. 
environ. Le rivet est sans saillie. Les deux tiges sont 
inégales ; l’une d’elles se relève en dehors et en avant 
pour former une ellipse presque complète, qui permet 
aisément l’introduction du pouce ; l’autre s’infléchit 
en dehors, mais sans se relever en avant, peut-être 
par suite d’une cassure ; toutefois, en la saisissant 
entre l’annulaire et l’auriculaire, il devait être facile 
de l’actionner et d’utiliser comme lame coupante la 
lame qui lui fait suite. Cette pièce intéressante porte 
le n" 19.94.8, L’étiquette ne donne aucune indication 
de provenance, mais on peut affirmer l’origine romaine 
ou gallo-romaine de ce précieux objet. 


Quelle était la Grande Dent 
de GeofFroy-la-Grand’Dent? 

M. le Marcel Baudouin 


Tout le monde connaît Qp.Jfroy-la-Grand’-Dent^ ou 
Geoffroi II, de la maison de Lusignan, ainsi nommé 
« parce qu’il apporta sur terre ane dent qui lui yssaii 
hors de la bouche plus d’an pouce » (i). —Tous les 
Vendéens ont Iules belles études du savant Ch. Far- 
cinet sur ce puissant seigneur du xii® siècle, qui fit tant 
parler de lui en Poitou (2). 


(i) Roman de Mélasine. — Œuvre de Jean d'Arras, composée en 
1387, par l’ordre de Charles Y, son frère, pour l'amusement de 
la sœur du roi ; imprimée podr la première fois en i6ooi — Voir 
édition Brunet. i854. 

(3) Charles Farcinet. — Une curieuse médaillede Geoffroy la 




— 91 - 


Mais il est un point que ce cherckeur ne paraît pas 
avoir élucidé ; celui de savoir de quel côté se trouvait, 
à la mâchoire inférieure,\a. fameuse dent en question, 
si tant est qu’elle ait existé / 


I. Nature. — Indiscutablement, c’était une cani¬ 
ne (i), et une canine inférieure notablement hyper¬ 
trophiée (comme d’ailleurs cela se voit parfois), si l’on 
en juge d’après les représentations figurées que l’on 
possède, et qui ont été publiées déjà par Gk. Farci- 
net (2). 

a) Canine inférieure. — 1“ Sur la première, qui cor¬ 
respond à une méo(ai7(e, donnant à l’avers le portrait de 
Godefridas de Lusinem, on voit, en effet, « une grande 
dent, qui sort de la bouche » (Ck. Farcinet). D’après 
cette figure, elle ne peut correspondre qu’à la canine 
du maxillaire inférieur, puisqu’elle sort à un cen¬ 
timètre à peine de la commissure labiale, au niveau de 
la lèvre inférieure,et remonte vers le sillon naso-^énien 
d’environ un centimètre. 

Comme le portrait de Geoffroy est tourné vers la 
droite, on voit la face de ce côté; et partant, sur cette 
médaille, la dent est nettement du côté droit. 


Grand'dent et Vancierme famille de Lusignan. Revue du Bas- 
Poitou, Fontenay-le-Comte,\iQl\,fç. i5-24, a fig.Tire ùpart, 1894 
Vannes, i4 pages, a figures {Voir, pp.iS, si et 24). — Beux 
anciens portraits de Geoffroy la Grand'Dent. Revue du Ras Poi¬ 
tou, i8g4, pp.408-410, 2 fig.; et tiré à part, - Les anciens Sires 
de Lusignan: Geoffroy la Grand’Bent... Fonteuay-Ie-Comte et 
Niort, 1897, 4o ppRes. — Les rois de Jérusalem et de Chypre de 
ta maison .de Lusignan. Vannes, 1900, 

(i) D’après le Roman de Mélusine, cette .dent est comparée A 
une « défense de sanglier ». Il s’agit donc bien d’une canine ; 
le doute n’est pas possiblesur ce point . — La défense de sapglîer, 
facile à reconnaftre, et ayant servi d’amulette depuis les époques 
les plus auciennes jusqu'.à la fin de la période gallo-romaine en 
Vendée, devait être connue dé tons au xii' siècle 1 
(a) Voir les figures des mémoires de cet auteur. 



— 92 — 


2“ Ch. Arnauld, dans son Histoire de Maille¬ 
rais (i), a donné le dessin, en lithographie, d’une tête 
en pierre sculptée, provenant de cette Abbaye, qui ne 
représente pas sûrement Geoffroi II. Mais, sur ce des¬ 
sin (2), Arnauld a cependant fait figurer sa grande 
dent, quoique la sculpture n’en présente pas (Ch. Far- 
cinet) (3). Et le dessinateur de Arnauld a placé celte 
canine à droite, quoique pourtant il ne semble pas 
avoir eu connaissance de la médaille citée ci-dessus (4) ! 

Il semble donc que la grande-dent était à droite. 

30 Or, sur la gravure dutableau de Claude Vignon, 
peintre français du xvn» siècle, tableau très connu de 
Geoffroi II, gravui’e publiée par Ch. Farcinet, c’est à 
gauche qu’est placée la dent. Pour qu’elle fût visible, 
il semble d’ailleurs qu’on ait tenu à orienter le portrait 
à gauche! La canine ici est bien reconnaissable. 

b) Côté de la mâchoire. — Pourquoi cette inter¬ 
version ? — Est-elle voulue ? 

Avec la gravure du portrait de Geoffroi II par 
J.-J. Haid, peintre allemand du xviii® siècle, qui sem¬ 
ble avoir copié carrément l’œuvre de Cl. Vignon, nous 
retrouvons la dent à droite; et non plus à gauche! 

Charles Farcinet a dit au sujet de ces portraits : «On 
pourrait croire que ces artistes ont un peu exagéré la 
longueur de la dent du personnage ; mais les ancien¬ 
nes chroniques disent bien qu’elle lui yssait plus d’un 
pouce hors la bouche 1 » 

Ainsi donc, il paraît s’agir d’une hypertrophie 


( 1 ) Ch. Arnauld. — Histoire de Maillesais. — Niort, Robin etC‘« ; 
Paris, Dumoulin, 1840, in-8", i planche hors texte, p. 184. 

(a) Le dessinateur s'appelait Baugier. 

(3) Pourtant il n’y aurait rien d’impossible à ce qu’Arnauld l’ail 
connue, puisqu’elle a été publiée dès 1811, et qu’il ait donné à 
Baugier les indications voulues pour cette addition. 

(4) Ch. Farcinet a vu cette sculpture, qui est actuellement au 
Musée lapidaire de Niort (n« i36). 



— 93 — 


énorme (plus d’un pouce bas la bouche) de la canine 
droite. 

c) Explications. — Mais pourquoi, sur la gravure 
du portrait de Cl. Vignon, la dent est-elle placée à gau¬ 
che, au lieu de l’être à droite, comme sur la médaille ? 

J’incline à croire que cela n'est pas voulu. A mon 
sens, l’arliste peintre devait avoir sous les yeux un 
modèle, quand il a fait son tableau si intéressant: 
modèle constitué, soit par la mecfaf/le ancienne citée plus 
haut ; soit plutôt par un autre portrait, inconnu, ancien, 
exécuté d’après cette médaille, et tourné à droite, avec 
dent à droite. Il a dû placer, lui aussi, la dent à 
droite ! 

Mais quand un graveur a reproduit ce tableau sur 
sa matrice, il a dû néglig'er de se servir de la glace, 
comme on le fait d’ordinaire, et par suite a gravé sans 
intervertir le portrait. — Bien entendu, au tirage, la 
gravure est venue inversée : la figure a viré de droite 
à gauche; et la dent a suivi le mouvement : elle est 
passée du côté droit au côté gauche ! 

La même explication peut s’appliquer au portrait de 
Haid, mais en sens inverse, si l’on suppose que Haid 
n’a pas copié le portrait même de Cl. Vignon (cela 
est très probable, d’ailleurs, puisqu’il vint un siècle- 
plus tard et travaillait en Allemagne, et non plus en 
France), mais simplement une gravure inversée de ce 
portrait, c’est-à-dire à gauche. 

Si, à son tour, le graveur du portraitde Haid oublia 
d'inverser son modèle, par suite celle-ci vira encore 
de côté et de gauche revint ainsi à droite. 

Par contre, si ce graveur a bien copié directement 
Vignon, cela prouve péremptoirement que, sur le por¬ 
trait d’origine, la dent était bien à droite. 

Ce qui m’a mis sur la voie de cette explication, c’est 



— 94 — 


une remarque que j’ai faite souvent, à savoir que nom¬ 
bre de gravures, de portraits anciens représentant des- 
hommes, ayant une plume à écrire à la main, sont 
disposés de telle façon qu’on croirait ces hommes 
gauchers, puisqu’ils ont la plume d’oie dans la main 
gauche... 

C’est ain.si que j’ai sous lesyeuxunZ)a(/«e7’reo/y/)e, 
exécuté en 1855, d’un pastel représentant mon aïeul Jean' 
Ingoult, ancien maire de Croix-de-Vie (Vendée), sous 
la Révolution, tenant sa plume à écrire de la main gau¬ 
che. Or j’ai retrouvé de l’écriture de mon aïeul ; et j’ai 
pu établir qu’il ne pouvait être que droitier suis 

obligé de conclure que, sur le pastel original, datant 
du début du xix^'siècle, il devait être droitier, et que 
rinversion du daguerréotype ne doit être qu’une consé¬ 
quence de ce mode de photographie, qui se faisait 
exposition directe {oa obtenait de suite le/ josj- 
tif, sans passer par le négatif), et par suite mettait 
à gauche ce qui était primitivement à droite, comme 
quand on se regarde dans' une glace ! 

D’autre part, je trouve également, dans un livre 
récent (2), le portrait d’un médecin célèbre, très connu 
au xviii® siècle. Or, je ne sache pas que ce confrère, 
François Chicoyneau, fut, comme moi-même, gaucher. 
Et pourtant il tientsaplumeà écrire de la main gauche! 
Dans ce cas, le graveur J.-G. Will a dû sans doute 
travailler d'après ce modèle deP. Lesueur,sa!ns inter¬ 
vertir à la glace, comme- cela, se fait d’ordinaire, et 
sans s’apercevoir qu’il commettait ainsi une erreur et 
que le tirage serait par suite inversé. 

(i) Ce poÎDt m’intriguait particulièrement, parce que je suis 
gaucher congénital, et que je voulais savoir si mon aïeul pater- 
nell’avait.réellement été, lui aussi I 

(3) Pierre Pic.—Ces Heures libres, etc. Paris. G. Steinheil, 1908, 
in-ia», p. aa8.. (Nombreuses gravures hors texte). — Dans ce 
même ouvrage, on trouve plusieurs gravures qui nous semblent 
également inversées, de par la disposition du bras, qui doit être 
le droit (geste pour parler, ou tenir une l'épée, etc.). 



95 — 


D’après le Dr Billard {Int. des Ch. et Car., 1908, 
10 février 1908, p. 202), répondant à une question 
posée par moi dans cette revue (/oc. c//.,[9o8, p. ni), 
« les estampes à l’envers sont uniquement dues à la 
paresse des graveurs, (\và simplifièrent ainsi leur tra¬ 
vail, en supprimant le miroir inversant le dessin ou 
la peinture ». 

A cette occasion, la portée et la valeur de notre expli¬ 
cation ont été données par M. le D^ Billard lui-même 
(/oc. cit. ) par l’exemple suivant : « La preuve en est 
dans la gravure, très rare, de Audebert, la Fontaine 
d'Amour, tirée en couleurs, faite non pas d’après la 
peinture de Fragonard,mais en contre-partie, d’après 
les gravures nombreuses de l’œuvre du peintre éroti¬ 
que français ». 

En me basant sur une autre étude, que je prépare 
sur VInversion des Gravures sur Rochers préhistori¬ 
ques, je pourrais, d’autre part, multiplier ces exem¬ 
ples; mais je n’insiste pas, croyant avoir de la sorte 
résolu le problème de la dent « gauche » de Geof- 
froi 11. 


II. Etude de l’anomxlie. — Resterait à savoir si 
cette hypertrophie de la canine inférieure droite 
concorde avec ce que nous savons des anomalies den¬ 
taires à l’heure présente. Mais, sur ce point, je ne 
puis rien dire de très précis, car nos auteurs médi¬ 
caux sont très peu explicites sur les. anomalies dentai¬ 
res de cette nature,qu’on appelle Géantisme. 

Je me bornerai, après avoirrappelé que le problème 
àes grandes dents des Aommcs et des animaux (i) 
m’a intéressé à diverses reprises, à résumer ce que 


(i) Baudouin (Marcel). Les Dents de l'animal Musc. — Gat. 
Méd. de Paris, 1904, p, 343. 



— 96 — 


nous enseignent les classiques,non sans faire remarquer 
toutefois que les historiens actuels ne sont pas fixés 
encore sur la réalité de l’existence même de celte 
grande dent ! 

Existence réelle. — En effet, aucune pièce histo¬ 
rique fait mention. Elle parait avoir été « inven¬ 
tée» par Jehan d’Arras; et,de prime ahord, elle semble 
être la traduction anatomique seulement des for¬ 
faits et du caractère de Geoffroi II, horriblement ba¬ 
tailleur : ce qui le rapproche du Loup aux grandes 
dents{\) et de l’Histoire du PeAit Chaperon rouge{p.). 

D’ailleurs, mon excellent ami, M. le Dr Félix Ré¬ 
gnault, a publié un dessin japonais (3), très curieux, 
représentant une tête humaine avec quatre très gran¬ 
des dents, qui sont précisément les quatre canines. 
(PI. I.) Il est très curieux de remarquer que, sur ce 
dessin, les canines supérieures, en vraies défenses de 
sanglier, se dirigent en haut et non pas en bas, comme 
cela existe chez les aniniaux à défense (sangliers, etc.): 
ce qui prouve que l’artiste japonais n’a pas copié la 
nature (animale en l’espèce), mais a dessiné d'imagi¬ 
nation. 

Pourtant il ne faut pas que ce document nous oblige 
à rester dans le domaine de la Légende, malgré son 
vif intérêt ! Il y a trop de distance entre l’art japonais 
auquel il correspond et le Roman de Jean d’Arras, 
composé en 1887, pour qu’on puisse scientifiquement 
en faire état ! 


(i) A remarquer que le revers de la médaille, citée plus haut, 
porte précisément une tète de /oupoude grandcèien monstrueux I 
(a) Voir l'Histoire véridique du Petit Chaperon rouge, 
d'après P. Suzanne [Echo litt., art. et scient., Paris, iB fév. 1910, 
p. ioa6). 

(3) Une visite au Musée Ouimet. — L'Avenir médical et théra¬ 
peutique, Paris, 1909. mars, pp. 3&-38,11 fig. (Voir fig. ii, p. 38; 
après la signature Eifer.) 




— 97 — 


D’ailleurs, en 189g, Ch. Farcinet écrivait : « Quant 
à la grande dent^ elle a probablement été exagérée, 
sinon inventée, par les romanciers et les peintres. On 
a, cependant, prétendu que cette sing'ularité, plus ou 
moins prononcée, avait été remarquée chez plusieurs 
descendants de la famille des Lusignans ; et cela 
permettrait de penser que l’un des Geoffroy pouvait 
être porteur d’une des dents extraordinaires (i). » 

Nous avons donc à examiner : i« si cette hypertro¬ 
phie de la canine inférieure a été déjà signalée dans 
la science ; et si cette anomalie a été observée à un état 
aussi prononcé ; 2® sa nature ; 3° enhnj si l’on a ob¬ 
servé des faits A'hérédité en cette matière. 

1® Cas connus. — D’après les auteurs, toutes les 
dents quelles qu’elles soient peuvent présenter de l’hy¬ 
pertrophie, c’est-à-dire du géantisme. Il faut donc 
admettre cette maladie pour la canine inférieure, 
quoiqu’elle soit très rare. 

Une notion, bien connue des spécialistes, va nous être 
utile, pour nous permettre d’affirmer une fois de plus 
que, dans le cas de Geoffroi, il s’agissait bien de la 
canine. 

A la mâchoire inférieure, en effet, on ne connaît de 
cas de géantisme que pour les molaires et les canines. 
« On n’a pas encore vu, a affirmé Magitot, de géan¬ 
tisme au niveau des incisives inférieures. » 

Le D’’ Magitot, le célèbre spécialiste, a dit d’ailleurs 
dans son traité classique (2). 


(t) On dit que jadis il y avait, au château de Lusignan (Vienne), 
bien connu au demeurant, une tour célèbre, la tour de Mélusine 
qui fut détruite en 1622. Avec elle aurait disparu la Statue de 
Geoffroi la Grand'Dent, qui surmontait la maltresse porte. 

11 est bien regrettable qu’on ne sache pas ce qu’est devenue 
ladite statue, qni nous aurait sans doute donné la solution du pro¬ 
blème que nous discutons ici, car on n'avait pas dû oublier sans 
doute d Y mettre, en juste place, la fameuse grande dent ! 

(a) Magitot. — Traité des anomalies du système dentaire chez 

7 



« Les canines peuvent accidentellement acquérir 
an volume considérable, la dent prenant dans ce cas 
l’apparence d’une véritable défense, analog’ue à la 
canine des Singes anthropomorphes. » 

Or, si nous nous reportons aux canines de gorille, 
de chimpanzé, etc., et en particulier à l’inférieure, 
d’après un autre travail du même auteur (i), on voit 
que cette dent peut atteindre de grandes dimensions. 
On en trouvera la preuve en examinant la canine su¬ 
périeure de gorille ligurée par Magitot dans son livre 
(PI. V., (ig. 8), dont la couronne est énorme réelle¬ 
ment et fait une saillie très considérable. 

Pour mon compte, je ne connais pas de cas de géan¬ 
tisme pour la canine inférieure aussi prononcé que 
celui de Geoffroi (saillie d’un pouce) ; maisj’ai observé 
moi-même, chez certaines personnes, en Vendée et par¬ 
fois sur des su jets néolithiques, une hypertrophie nota¬ 
ble de la canine inférieure. 

Pourtant, dans le seul exemple de géantisme de la 
canine inférieure que figure le Df Magitot dans ces 
livres (PI. II, fig. g), l’hypertrophie porte beaucoup 
plus sur la racine de la dent, cachée dans l’intérieur 
de la mâchoire, que sur sa couronne, .seule visible ! 

Il fautconclure de là quelegéantisme,chez notre célè¬ 
bre Geoffroi, devait être en réalité bien moins marqué 
que ne l’ont indiqué dans leurs œuvres les artistes 
cités. 

Sans descendre jusqu’aux singes, on sait, d’autre 
part, que les canines des Nègres, des Australiens, 
des Boschimans, etc., sont très notablement plus 
fortes que celles des Européens actuels. 


l'homme et les mammifères. — Paris, Masson, 1877, in- 4 ' 
( Voir p. fia). 

{i) L'Homme et les singes anthropomorphes. — Bull. Soc. 
Anlhr. de Paris, 1860, p. ii 3 . 



Dans un article assez récent (i), notre ami, M. le 
D‘ Siffre, odontolog-iste érudit, a étudié la dent et la 
denture dans Vart. Il a eu soin d’insister sur ce point 
que, quand les artistes représentent la dentition des car¬ 
nivores, la bouche fermée, ils devaient toujours,confor¬ 
mément à l’anatomie compai je, placer la canine infé¬ 
rieure en avant de la.supérieure (2), mais qu’il y a des 
exceptions, par exemple sur Y idole humaine qu’il a 
figurée et qui fait partie des collections de la Soc. d’an- 
throp.de Paris (3). Or, dans ce cas particulier, l’erreur 
s’explique évidemment par ce fait qu’une idée symbo¬ 
lique s’est greffée sur un fait d’observation. Il en est 
de môme pour le Dauphin de la Fontaine de Neptune, 
à Nancy, qui possède des canines trop grosses, exa¬ 
gérées en dimension, simplement pour donner une 
impression de férocité. 

2° Nature. —Cause originelle. —Par suite on pour¬ 
rait croire que le géantisme de la canine est un phéno- 
mèaed'atavisme caractère nettement régressif ,c,ax, 
chez les ancêtres de l’homme, dit-on, les canines devaient 
être plus longues ! Ce serait, par suite, un signe d’in¬ 
fériorité, une tare de dégénérescence, au moins locale. 

Mais il ne faut rien exagérer, dans l’état actuel de la 
science. En effet,si les Anthropoïdes ont des canines de 
combat, c’est-à-dire des canines plus ou moins fortes; si 
les Australiens et autres peuples ont de fortes canines, il 
faut bien savoir que la mâchoire inférieure humai- 
ne la plus ancienne connue (Mâchoire de Mauer,d’Hei- 
delherg), celle de l'Homo Heidelbergensis, trouvée par 
le DvSchœtensack dans un gisement du début du qua- 


(i) Siffre (Dq. — Le Monde dentaire, 1909, janvier. 

(a) Nous n’avons aucune donnée, à oc propos, sur les représen¬ 
tations yîgurrfes de Geoffroi, parce qu'elles ont toutes une lèvre 
supérieure tombante, cachant les dents supérieures. 

( 3 ) Le Lion chaldeo-assyrien du Louvre reproduit la même 
erreur anatomique. 



— 100 — 


ternaire, présente des canines, qui ne sont guère plus 
grosses que les incisives ! 

Il ne s’agit donc pas, dans les cas de GeofFroi, d’un 
fait d’atavisme réel, mais plutôt d’une anomalie pa¬ 
thologique véritable, reproduisant, par hasard, une dis¬ 
position ancestrale, très éloignée et non très rapprochée, 
dans la série des vertébrés les plus supérieurs. 

Il ne faut pas s’étonner dès lors si GeoIFroi II fut 
un guerroyeur terrible, un homme sauvage et bourru I 
Sa dent devait le trahir et faire prévoir un caractère 
d’être anormal (i). 

3“ Hérédité. — Il est indiscutabi eque toutes les va¬ 
riations de volume des dents sont héréditaires...G'est 
un fait admis dans la science ; il n’y a donc pas lieu 
d’y insister. 

Il est par suite des plus vraisemblable que, chez des 
ancêtres de Geoffroi, on ait pu observer un phénomène 
analogue. 

Conclusions. — Que conclure ? Il me semble bien 
difficile que cette grande dent ait été inventée de tou¬ 
tes pièces, malgré tout ce qu’on a dit ! Nihil est intel- 
lectu qaod non erat in sensu, suivant la pensée qui 
est à la base même du Folklore. Nous devons donc 
admettre qu’elle a existé, d’autant plus que la science 
connaît cette anomalie, quoiqu’elle soit très rare. 

Peu importe, dès lors, que les écrivains aient oui ou 
pon forcé la note ? 

Nous croyons que cette grande dent correspondait à 
la Canine inférieure du coté droit : ce que personne 
n’avait dit jusqu’à présent.Ges documents historiques 
et l’anatomie plaident en ce sens, puisque les incisives 


(i) Il n'y a d’ailleurs jamais eu déshonneur à ressembler à 
ses ancêtres, même s'ils lurent des singes ! 



inférieures ne peuvent pas présenter cette anomalie 
au dire de Magitot,et puisque les dessins montrent qu'il 
s’agit d’un géantisme d’une dent de la mâchoire infé¬ 
rieure, les molaires devant rester forcément hors 
de cause. 


Discussion 

M. Félix Régnault. — Il me semble que la repro¬ 
duction des monstres dans l’art comprend deux groupes 
très différents : dans l’un, il faut ranger les copies de 
monstres réels ; dans l’autre, les productions imagi¬ 
naires. Celles-ci, comme le dit avec raison mon ami 
M. Baudouin, dérivent comme les premières de choses 
vues; mais l’imagination a librement travaillé sur ces 
données. Ces monstres irréels sont eu général des 
symboles. Ils sont très nombreux dans le Brahma¬ 
nisme ; tels les divinités à bras multiples, chaque 
main tenant un instrument ou faisant un geste spé¬ 
cial. 

M. Marcel Baudouin. — En effet, il faut distin¬ 
guer entre les représentations artistiques, aySinX. trait à 
la T’érato/ogfe. Les unes sont bien des copies, presque 
parfaites, de types ayant existé; les autres sont des 
représentations purement symboliques, évidemment ! 

Mais il n’en est pas moins vrai que c’est l’observation 
de la nature qui a été le point de départ et l’origine du 
symbole, et qu’il est possible souvent de le redécouvrir, 
après coup,d’autant qu’en l’espèce l’esprit humain n’a 
procédé que par additions successives d’idées analo¬ 
gues. Les bras si nombreux des Dieux antiques, par 
exemple, ont certainement pour origine les monstres 
doubles à 3 ou 4 bras. Une fois cette idée entrée dans 
son cerveau de la possibilité de trois bras chez l’homme, 
notre ancêtre en aajouté successivement,un,deux,trois, 



— 102 — 


etc. Mais le point de départ a bien été la monstruosité 
observée cliniquement ! 

Ces additions successives d’idées sont une des lois 
fondamentales du Folklore. El on retrouve souvent, 
dans les légendes, en particulier celles d’ordre géolo¬ 
gique (légendes dites explicatives), le point de départ 
eüesajoutages, d’époques parfois différentes. Le peuple 
lui-méme fait, souvent, de ces reconstitutions et de ces 
simplifications, d’une façon tout à fait spontanée et 
inconsciente. 

La légende des Villes englouties, si compliquée par 
des idées religieuses ultérieures, est un merveilleux 
exemple typique et remarquable de ce bon sens popu¬ 
laire. Quand le Dr Keller eut trouvé, par déduction, la 
théorie des Habitations lacustres, les habitants des 
bords des lacs suisses se mirent à l’œuvre pour re¬ 
trouver les/rdsors de leurs stations. Or, « pour se 
guider dans ces recherches, comme l’a dit R. Mun- 
ro (i), ils firent tout d’abord appel aux traditions 
locales, et enregistrèrent toutes les histoires de villes 
englouties, qui étaient nombreuses » ! 

Il est donc démontré, par ce simple fait, que le 
peuple a soupçonné, de lui-môme, le fait d’origine, 
c’est-à-dire le rapport réel de ces légendes avec l’exis¬ 
tence des Stations lacustres, dXovs que les savants n’y 
avaient jamais songé auparavant ; alors que, ces temps 
derniers même (2), ils n’avaient pas encore insisté sur 
ce rapport, si évident pourtant, quoiqu’il eût déjà été 
découvert par le peuple. N’est-il pas extraordinaire de 
constater que tous ceux qui ont écrit sur la « Forma¬ 
tion des Légendes » n’aient pas, tout d’abord, insisté 


(I) R. Munro. — Habit, lac. Trad. P. Rodet, Paris, igo8, in-8». 
(Voir p. iij. 

(a) Marcel Baudouin. — Légendes des villes englouties. — 
Congrès Préhisi. de Chambéry, 1908. (Voirp. 116.) 



sur des faits aussi démonstratifs, avant de se lancer 
dans des interprétations plus ou moins risquées ! 


Saint-Eloi guérisseur et la 
légende du pied coupé 

Par M. Moulé 


Depuis la rédaction, au vii“ siècle, d’une biog-raphie 
de saint Eloi, imputée à son contemporain et ami saint 
Ouen, bien des documents ont été publiés sur ce saint, 
naguères si populaire. Il peut donc sembler téméraire 
d’entreprendre une nouvelle étude biographique, sur¬ 
tout après celle si documentée de M. de Nussac. Mais, 
laissant aux hagiographes le soin de retracer la vie 
spirituelle d’Éloi, nous nous sommes borné à l’envisa¬ 
ger au point de vue médical, dans ses rapports avec 
la médecine humaine et animale. Nous nous sommes 
surtout appesanti sur la légende bien connue du pied 
coupé; section par Éloi du membre antérieur d’un 
cheval rétif pour pouvoir le ferrer plus à son aise sur 
l’enclume. 

Nous avons eu recours pourcetravail auxnombreux 
et savants documents publiés dans Mélasine par le 
très sympathique directeur de l’École des Hautes Étu¬ 
des, M. Gaidoz. 

I. — Biographie d’Eloi. 

Éloi (Eliffius) naquit, en août 588, de parents pau¬ 
vres, mais de condition libre. Son père se nommait 



, — 104 — 


Eucherius, sa mère Terrigia. D’après saint Ouen, il 
aurait vu le jour in villa caialacense, in vico qui 
diciiar cathalacum, c’est-à-dire au villag-e de Chap- 
telat, canton de Nieul, arrondissement de Limoges, 
qui, d’après L. de Nussac, est encore désigné dans le 
patois local sous le nom de Chaptalac. 

Ayant montré de bonne heure des aptitudes spéciales 
pour les arts manuels, son père le mit en apprentis¬ 
sage chez un orfèvre renommé, Abbon, maître de la 
monnaie de Limoges, où il devint un habile apprenti, 
surtout dans les travaux d’or et d’argent. Peu de temps 
après, il vint à Paris et entra au service de Bobbon, 
trésorier de Clotaire IL Par son entremise, il fut pré¬ 
senté au roi, à la recherche d’un ouvrier d’art, capa- 
pable de confectionner un siège royal eni;ichi d’or, 
d’argent et de pierres précieuses. Clotaire II, le jugeant 
digne de ce travail, lui fit remettre les matériaux néces¬ 
saires, et, grand fut son étonnement, quand, au lieu 
d’un siège, Eloi lui en présenta deux. 

Ce trait, tout à son honneur, lui attira la confiance 
de Clotaire, qui le nomma son orfèvre et son monétaire 
(trésorier). Dagobert lui conserva sa charge et en fit 
môme son confident, ne faisant rien d’important sans 
le consulter.il lui confia même d'importantes missions. 
Eu l’an 636, il l'envoya en ambassade auprès du duc 
de Bretagne, qui s’était révolté. Éloi fut si persuasif 
qu’il l’amena à faire sa soumission. 

Malgré ses multiples occupations Éloi ne négligeait 
pas l’art dans lequel il excellait. On lui doit plusieurs 
pièces d’orfèvrerie remarquables,notammentles châsses 
de Saint-Denis, de Sainte-Geneviève, de Saint-Martin 
de Tours, de Saint-Séverin, etc., etc. 

Éloi, comblé de richesses et d’honneurs, ne dédai¬ 
gnait pas les séductions mondaines, et vivait comme 
les personnes de sa condition, lorsque tout d’un coup 
il fut frappé d’une violente crise de mysticisme. Dès 




— 105 — 


lors il renonça aux joies de ce monde pour se consacrer 
tout entier aux œuvres de miséricorde et de charité. 
En 64o, il fut élu évêque de Noyon, dont le siège épis¬ 
copal comprenait Noyon, les églises de Vermand et de 
Tournay, les pays de Gand et de Gourtray, où les popu¬ 
lations étaient encore en grande partie idolâtres. 11 
consacra tous ses efforts à leur conversion; alla évan¬ 
géliser les Flandres, les Frisons et même les hordes 
sauvages des côtes de la Baltique. 

On n’a de lui que 17 homélies (i), mais le peu qui 
nous reste nous permet de voir que ses prédications 
n’étaient pas l’œuvre d’un sectaire. Elles sont imbues 
d’idées philosophiques très avancées, et, on y trouve 
de curieuses révélations sur des croyances supersti¬ 
tieuses très anciennes, encore en usage au vu» siècle. 
Nous en voyons la preuve dans un de ses sermons cité 
par saint Ouen, chapitre XV. 

« Mais avant tout, je vous en supplie, n’observez 
aucune des coutumes sacrilèges des païens ; ne con¬ 
sultez pas les graveurs de talismans, ni les devins, ni 
les sorciers, ni les enchanteurs, pour aucune cause ou 
maladie que ce soit.... ; n’observez pas également les 
augures, ni les sternutations ; ne faites pas attention au 
chant des oiseaux,...Qu’aucun chrétien n’observe quel 
jour où il sortira d’une maison et quel jour il y ren¬ 
trera.... ; que nul ne fasse attention au premier jour de 
la lune ou à ses éclipses.... ; que nul, à la fête de la 
Saint-Jean ou à certaines solennités des saints, ne 
s’exerce à observer les solstices, les danses, les caroles 
et les chants diaboliques; que nul ne pense à invoquer 
les noms des démons, comme Neptune, Pluton, Diane, 
Minerve .... ; que nul ne garde le repos au jour 
de Jupiter...; que nul chrétien ne fasse des vœux 


|i) Collin de Plancy dit que ces homélies ne sont pas de saint 
Eloi. 



— d06 — 


dans les temples, ou auprès des pierres, des fontaines, 
des arbres ou des enclos, ni d’allumer des flambeaux 
le long- des chemins et des carrefours ; que nul n’atta¬ 
che des billets au cou d’un homme ou de quelque ani¬ 
mal [ligamina dependere) {i), quoique cetle action 
soit pratiquée par des clercs, et que l’on dise que c’est 
une chose sainte, et que ces papiers contiennent des 
leçons divines, parce que cela n’est pas pour eux le 
remède du Christ, mais le venin du diable ; que per¬ 
sonne, ne pense à faire des lustrations, ni des enchante¬ 
ments sur les herbes, ni ne fasse passer ses troupeaux 
par le creux d’un arbre ou à travers un trou fait dans 
la terre ; que nulle femme ne suspende de l’ambre à 
son cou... en invoquant Minerve ou d’autres fausses 
divinités. .. ; que personne ne craig-ne qu’il lui arrive 
quelque chose à la nouvelle lune...; que personne n’ap¬ 
pelle le soleil ou la lune ses maîtres... Chaque fois que 
vous tomberez dans quelque infirmité n’allez point 
trouver les enchanteurs, les devins, les sorciers et les 
charlatans, etc., et ne faites pas des cérémonies diabo¬ 
liques aux fontaines, aux arbres et aux endroits où 
deux chemins aboutissent. » (Barthélemy, liv. II, ch. 
i5, p. 167.) 

Pour stimuler le zèle des fidèles et hâter la conver¬ 
sion des idolâtres, Éloi contribuait de ses deniers à 
l’édification d’abbayes, chapelles ou monastères. On 
lui attribue aussi de nombreux miracles, comme on 
le fit d’ailleurs pour tant d’autres, en cette période de 
crédulité naïve que fut le Moyen Age, âge d’or du 


(i) Ce genre de super.stition était très répandu à cette épo¬ 
que. Déjà saint Augustin {354-43o) avait fulminé contre cette 
croyance aux amulettes, origine des scapulaires tant en honneur 
dans le christianisme actuel. « Si vous voyez encore quelqnes 
sorciers, devins ou enchanteurs, chercher des phylactères diabo¬ 
liques, des talismans, des herbes ou des remèdes qu’ils tirent du 
suc des plantes et les snspendre à leur cou ou à celui des leurs, 
reprenez-les avec force de crfpéchési grand qu’ils commettent... » 
(Sermon aiB, cité par Barthélemy.) 




— 107 — 


christianisme, où les dog'mes les plus invraisembla¬ 
bles étaient acceptés comme actes de foi, sans être 
jamais discutés. Gomme ces miracles sont pour la plu¬ 
part d’ordre médical, nous y reviendrons dans un des 
parag'raphes suivants. 

Eloi mourut le i»'’ novembre ôbg, dans la 20® année 
de son épiscopat, à l’ège de 71 ans. Sa vie fut celle 
d’un homme de bien, il n’est pas de plus beau titre à 
sa g'ioire. 

II. — Saint Eloi patron des ouvriers en métaux 
et des chevaux. 

Comme saint, Eloi fut très populaire, et son cuite 
très répandu en Belg^ique, en France, en Italie, en 
Hollande, en Suisse. En Italie, il était vénéré sous le 
nom de San lo, Sant’Alo ; en Suisse sous ceux 
d’Ealoffius, saint Loi/, ou Loi/, Elaui en lang-ag'e 
populaire, Eulig à Schaflbuse. En France, en patois 
limousin, il était désig-né sous les vocables à’Aloi, 
Allés, Alieis, Alei, Loi .; en Provence, sous le 
nomd’/l/of; et en Bretagne sous cenxà’Aler, San 
Alar, Sant Talar, Saint Talair, se substituant ainsi 
à un saint indigène nommé Alarin. En Hollande, les 
Anversois le désignent sous le nom de Looi. 

Extrêmement nombreux sont les temples, les cha¬ 
pelles, les oratoires, les hôpitaux, les monastères, les 
congrégations placés sous son égide. Non moins nom¬ 
breuses sont les confréries qui portent son nom. Une 
des plus anciennes, la confrérie des Charitables de 
saint Éloi de Béthune, remonte à 1188. C’est l’ordre 
des Karitaules, types des Charités si nombreuses en 
Artois, en Flandre, en Normandie, en Picardie. 

Gommeorfèvre, saint Eloi devint le patron desouvriers 
en métaux précieux, puis peu à peu son culte s’étendit 



à tous les travailleurs en métaux : horlogers, batteurs 
d’or et d’argent, doreurs, fondeurs, couteliers, serru¬ 
riers, ferblantiers, chaudronniers, maréchaux, d’où, 
par extension, à tous ceux qui donnaient leurs soins 
aux chevaux : cultivateurs, marchands de chevaux, 
palefreniers, cochers, etc. 

Mais de toutes les corporations ce fut celle des maré¬ 
chaux qui l’honora avec le plus d’éclat. Sa fête, tom¬ 
bant le 25 juin, et surtout le décembre, était, il n'y 
a pas bien longtemps, célébrée en grande pompe dans 
la plupart des contrées de la France. C’était l’occasion 
de grandes réjouissances, dont on retrouve encore des 
vestiges dans quelques localités. Dans l’Yonne, la veille 
de saint Eloi, les jeunes apprentis maréchaux parcourent 
les rues du pays, torches en main, en chantant. En 
Bretagne les maréchaux mettent au-dessus de la porte 
de leur forge du laurier, entouré de rubans rouges, 
blancs et verts. A la Hunaudière, en i836, les forge¬ 
rons se réunissaient encore à la forge T^onv fleurir le 
marteau. Gela consistait pour chacun des assistants à 
enfoncer un clou dans le bouquet destiné à parer le 
marteau, et ce clou devait être solidement fixé dans le 
manche. Cette opération n’allait pas sans chants de 
toutes sortes, où dominait surtout, au xix® siècle, 
celui de saint Eloi et de son fils Oculi. Cette chanson 
populaire, d’un goût douteux, a dû bien certainement 
être composée dans une de ces agapes bruyantes, cou¬ 
ronnement obligatoire de toute fête laïque ou reli¬ 
gieuse. 

En tant que patron des ouvriers en métaux, saint Éloi 
fut en général représenté en costume d’évêque, mitre 
en tête, tenant d’une main une crosse et de l’autre un 
marteau. Mais on constate bien des variantes dans les 
reproductions iconographiques, suivant les corpora¬ 
tions qui les faisaient exécuter. Ainsi les maréchaux fer¬ 
rants le représentaient sur leurs bannières ou sur leurs 



— 109 — 


méreaux tenant d’une main un marteau et bénissant 
de l’autre. Comme signe distinctif de leur corporation 
figurait un fer à cheval ou une enclume. 

III. — Saint Ëloi et la médecine humaine 

Rien dans la vie de saint Eloi ne faisait prévoir son 
rôle médical. Ses biographes mentionnent bien quel¬ 
ques guérisons miraculeuses obtenues pendant son 
épiscopat, mais ce sont des miracles qu’on retrouve, 
au moyen âge, dans presque toutes les biographies de 
personnes ayant joui d’une certaine notoriété religieuse. 
Ces miracles sont reproduits dans la vie de saint Eloi par 
saint Ouen et dans un poème de la fin du xin® siècle, pu¬ 
blié par Peigné-Delacourt (i). 

Nous en extrayons ceux qui ont rapport à la méde- 

Chap. XIX. — Il enlevait « les mehains (soufl'ran- 
ces) et les enfermâtes aux malades ». 

Chap. XX. — Eloi aperçoit un jour, dans la basili¬ 
que de Saint-Denis, un homme,dont tous les membres 
étaient contractés (de ses niers qui estoient retraits —< 
{cunctis membris contractum). 

Eloi l'interroge et lui demande s’il attend sa guéri¬ 
son de Dieu. Sur sa réponse affirmative, il se met en 
prières, puis lui dit : « Si vous croyez fermement et 
sans aucun doute, levez-vous et tenez-vous droit sur 
vos pieds. » Le patient obéit et depuis fut radicale¬ 
ment guéri. (Cité aussi par saint Ouen, 1. I, ch. 28. — 
D’Achery, liv. I, ch. 28, t. II, p. 86.) 

Chap. XXI. —En secourant des pauvres, Éloi vit un 
infirme (mehagnié), dont les doigts de la main étaient 


(i) Ce poème manuscrit, qui appartenait autrefois à l’abbaye 
Saint-Eloi de Noyon, se trouve actuellement dans la bibliothèque 
bodiéieune d'Oxford. C’est un poème écrit en patois picard, dont 
l’auteur est resté inconnu. 



- 110 - 


contractés {conlraciam manum aridani), depuis l’en¬ 
fance et ankylosés au point de ne pouvoir les étendre. 
Tout en priant Dieu, il toucha le bras du malade, qui 
recouvra la santé ; ses doigts crochus se redressèrent 
et sa main redevint normale. Une planche (pl. 48) 
accompagne cette description. (Cité aussi par saint 
Ouen, 1. I, ch. a/). — D’Achery, 1. I, ch. 24, t. Il, 

p. 86.) 

Ghap. xxiii. — Il rend à la santé un malade qui 
n’avait pas quitté son lit depuis neuf ans, et qu’on 
avait transporté sur un chariot dans la basilique Saint- 
Germain. Une planche (pl. 5o) montre ce malade, 
dont la jambe est retournée. (Citéaussi par saint Üuen, 
1.1, ch. 26. — D’Achery, 1. 1, ch. 26, t. II, p. 86.) 

Ghap. xxiv. — Ce chapitre, accompagné d’une 
planche (pl. 53), est intitulé « d’un mehagnie' qui fut 
sainés de trop grief mehaig et avoit el ses membres 
mehag'nies » (d’un iulirme qui fut guéri d’un mal 
cruel et de ses membres estropiés). Saint Eloi dit à ce 
malade: Levez-vous et marchez, ce qu’il exécuta aussi¬ 
tôt, heureux d’avoir recouvré l’usage de ses membres. 
Ce fait miraculeux a été aussi rapporté par d’Achery 
(1. 1, ch. 27, t. II, p. 86) et par saint Ouen (1. I, 
ch. 27) qui place la scène dans l’église de Gamaches 
{(janiapio vico) (canton d’Etrepagny). De Nussac rap¬ 
porte que dans l’église actuelle, qui a remplacé l’an¬ 
cienne, un vitrail représente saint Eloi guérissant un 
boiteux. 

Chap. XXVI. — 11 fait recouvrer la vue à un aveugle 
en lui faisant le signe de la croix sur les yeux. « L’a- 
vule fu enluminés si tost comme Sains Eloys fist crois 
sur ses iex. » (Cité aussi par saint Ouen, 1.1, ch. 29, 
— D’Achery, liv. I, ch. 29, t. II, p. 87.) 

Chap. xxviii. —Il ressuscite un pendu près de Stras¬ 
bourg. (Cité aussi par saint Ouen, 1. I, ch. 3:i. — 
D’Achery, liv. I, ch. 3i, t. II, p. 87.) 



— m — 


Ghap. XLii. — Il rend à la santé un homme affecté 
de« grant fourmiere des vier (vers) qui des mains li 
sourjoient et de toutes pars le menjoient ». 

Ghap. LVii. — Ge chapitre relate la guérison d’un 
diacre. 

Uns diacres, en .1. autre tans, 

Fu de si grans maus et de tans, 

Einpechounes de toutes pars. 

Par tout son cors s’estoit epars 

Uns grans maus c’on nomme escroèle (i). 

El destre lèssour sa maissele ( 2 ) 

Li vint chil maus premièrement 
Aveuc chel mal meismement 
Se misent cranque et goûte fesque 
Sour lui a destre et a senestre 
Tous ses membres ot detroies. 

Mersvillies iert et en boès (3) 

A des de lai et de la boé (4) 

Qui pissoient de lui a gloe. 

Ghap. uvni. - Ge chapitre est intitulé : du prêtre 
qui fut frappé de mort subite et que le saint ressuscita. 

Tels sont les miracles signalés dans le manuscrit 
d’Oxford, pour la plupart déjà mentionnés dans la vie 
de saint Éloi par saint Ouen, qui en relate encore 
deux autres. 

Au chap. xxm (p. 280), il rapporte qu’Éloi guérit, 
par imposition des mains et des prières, un de ses ser¬ 
viteurs, nommé Ermesinde, atteint d’un ulcère qui le 
faisait cruellement souffrir. (D’Achery, 1. Il, ch. 28, 
t. II, p. 108.) 

Àu chap. Lx (p. 289), il mentionne qu’une femme, 
atteinte de pustule maligne(ne/ancld pustala),àoai le 


(i; Ecrouelles. 

|9) Mâchoire. 

(3) Couvert de pus. 
Defauge et d’ordures. 




— 112 — 


corps était tout enflé, allait succomber à son mal, 
lorsque saint Eloi l’oignit d’huile et lui dit : « Saint Éloi 
vous ordonne, par la vertu du nom de Jésus-Christ, 
que vous vous leviez sur l’heure, et que vous soyez 
guérie a l’instant. » Aussitôt la malade reprit ses .sens, 
l’enflure disparut avec une étonnante rapiditéetla gué¬ 
rison fut aussi vite obtenue. (D’Achery, 1. II, ch. 6o, 
t. Il, p. 198.) 

Toutes ces guérisons miraculeuses, imputées à saint 
Eloi, ont été réalisées pendant son épiscopat. Nous 
allons voir, d’après saint Ouen, que son tombeau, ses 
reliques et même les objets lui ayant appartenu joui¬ 
rent des mômes privilèges et guérirent ceux qui 
avaient la foi. 

Un lépreux (leprosus) se rendit dans l’église où 
reposait le corps de saint Eloi et le pria de le guérir; 
aussitôt « il commença à suer abondamment, et toute 
l’humeur dont son corps était couvert venantà tomber 
par écailles, sa peau devint nette et d’une blancheur 
pareille à celle de la coquille d’un œuf ». Il sortit com¬ 
plètement guéri. (Saint Ouen, ch. lxii, p. 292.) 

Un infirme (claudum), perclus depuis longtemps, ne 
pouvant marcher qu’avec beaucoup de peine (corpore 
curvo), se fit transporter au tombeau du saint, et là 
recouvra l’usage de ses membres. (Saint Ouen, ch. 
Lxm, p. 292 —D’Achéry, 1. II, ch. 63, t. II, p. 119.) 

Un moine souffrait beaucoup à la figure d’un ulcère 
malin «que l’on appelle pustule » {alcerepessimo cjaod 
pusiula vulgo diGitur).Le médecin s’apprêtait à le lui 
cautériser au fer rouge. Mais le patient, peu désireux 
de se soumettre à cette opération, se fit apporter de 
l’huile qui découlait du tombeau du saint. Il s’en 
oignit toute la figure ; aussitôt le gonflement de la tête 
et les pustules disparurent. (Saint Ouen, lxvi, p. 296. 
— D’Achéry, 1. II, ch. 66, t. Il,p. 120.) 

Dans un monastère des environs de Tours, un frère 



souffrait depuis longtemps de vives douleurs d’eiilrail- 
\es(üiscera gravissime)^àoni il désespérait de [guérir, 
11 demandaqu’on lui apportâtle manteau de saintEloi, 
conservé dans ce monastère. A peine l’eut-il touché 
qu’il guérit. (Saint Ouen, ch. lxix, p. 299. — D’Aché- 
ry, 1. Il, ch. 69, t. II, p. 120.) 

Dans un autre monastère un frère souffrant d’une 
fièvre tierce(myMSO corporetabo a tertio.) recouvra la 
santé après l’apposition d’un lingeayant autrefois servi 
àsaintÉloi. Il le mit sur sa poitrine par trois fois, 
alors « il commença à suer abondamment, la rougeur 
parut sur ses joues, et un hoquet violent ébranlant sa 
poitrine, il vomitdela bile en grande quantité ». (Saint 
Ouen, ch. lxx, p. 3oo. — D’Achéry, 1. II, ch. 70, 
t. II, p. 120.) 

Un aveugle et un boiteux sont guéris par l’attouche¬ 
ment des reliques. (Saint Ouen, ch. lxxii, p. 3o2.— 
ü’Achéry, 1. 11, ch. 72, t. II, p. 121.) 

Un diacre, ayant un ulcère dans la bouche {pulnus 
pessimum in. ore, in extreniitate scilicet dentuni), 
qui l’empêchait de manger, alla prier dans l’église où 
reposaient les reliques de saint Éloi, puis se frotta la 
bouche et la gorge avec les franges du voile qui recou¬ 
vrait le tombeau et qui étaient couvertes d’huile (i) 
Aussitôt l’abcès perça et il fut complètement guéri. 
(Saint Ouen, ch. lxxiii, p. 3o3.— D’Achéry, 1. II, ch. 
73, t. II, p. 121.) 

Un prêtre atteint depuis longtemps de goutte (po- 
dagrico in pede) ayant la jambe tellement enflée qu’il 
ne pouvait se poser dessus, vit son mal disparaître 


(i) Lévesque (liv. II, ch, i3, p. 74) dit qu’on couvrit le tombeau 
de saint Eloi d’uu voile de lin, qui. à quelque temps de là, distilla 
une liqueur fort odoriférante, qu’on recueillit avec soin (environ 
une pinte), et qu’on distribua aux malades pour les guérir. Un 
comte, nommé logomare, se préserva, ainsi que son entourage, 
de la peste qui ravageait la France, en faisant usage de celte li- 




soudainement, après l’avoir frotté avec une peau ayant 
servi à saint Éloi. (Saint Ouen, ch. lxxiv, p. 3o3. — 
D’Achéry, I. Il, ch. 74, t. II, p. 121.) 

Tous ces miracles sont loin d’être prouvés. Ils relè¬ 
vent du reste de la sug’gestiou. Ce qui est plus probant, 
ce sont les conseils médicaux que saint Éloi donnait à 
ses coreligionnaires, dans une de ses homélies, dont 
nous avons cité les principaux passages ; défense de 
consulter les devins, les sorciers, les enchanteurs, en 
cas de maladies ; interdiction du culte des fontaines, 
des arbres; défensed’attacherdes amulettes au cou des 
hommes, voire même des animaux,etc.Hélas ! si notre 
saint revenait sur cette terre de misère, il serait bien 
marri de voir que ses conseils ont été si peu suivis, et 
que ces pratiques religieuses, qu’il réprouvait avec 
tant d’énergie, fleurissent encore dans certaines con¬ 
trées où la civilisation n’a pas donné tous ses fruits. 

Quoiqu’il en soit, le panégyriste desaintEloi, en exal¬ 
tant les mérites de son ami, auquel il attribuait un pou¬ 
voir surnaturel ante et post mortem, contribua pour 
beaucoup à la diffusion de ses vertus thérapeutiques. 
Les sanctuaires, qui lui furent consacrés, ont été de 
bonne heure fréquentés par des malades, venant l’in¬ 
tercéder pour la guérison de leurs souffrances. Ce fut 
l’occasion de pèlerinages, où affluèrent de toutes parts 
les pèlerins qui, pour obtenir ses faveurs, offraient des 
chandelles de cire, et achetaient au sanctuaire des 
écharpes de pèlerinage et des amulettes destinées à les 
préserver de tout mal. En général, ces amulettes con¬ 
sistaient en des plaques de plomb, le plus souvent rec¬ 
tangulaires, percées d’un trou, ou pourvues aux deux 
angles inférieurs d’annelets,de façon à pouvoir les por¬ 
ter sur soi ou les attacher aux murs du logis. Toutes 
portaient l’inscription suivante : signu, soi, eligii, d’où 
le nom des signes, signum, qu’on leur donnait. Elles 
représentaient, sauf quelques légères variantes, tou- 



— 11 ! 


jours le même sujet, plus ou moins grossièrement 
exécuté, saint Éloi, en costume d’évêque, recevant, en 
offrande, des mains d’un personnage debout ou age¬ 
nouillé, une chandelle de cire(ij enroulée en forme de 
cordage. Sur quelques-unes, destinées sans doute aux 
pèlerins, venus pour obtenir la guérison de leurs mala¬ 
dies, on voyait le saint debout, tenant d’une main une 
crosse, et de l’autre, bénissant le postulant, sous l’ap¬ 
parence d’un infirme muni de béquilles. Quand il s’a¬ 
gissait de pèlerinages, à l’usage des chevaux, comme 
nousle verrons plus loin,saintEloi était debout ou assis 
devant une enclume, parfois forgeant un fer, et, en 
plus du personnage de second plan, on voyait un che¬ 
val, dont quelquefois, vu l’exiguïté de la plaque, on 
n’apercevait que la tête.Dans d’autrps circonstances ces 
plombs étaient à deux fins, et représentaient alors un 
cheval et un infirme faisant son offrande au saint. On 
peut voir des reproductions de ces plombs historiés 
dans A. Forgeais (2® série, pp. i5o à 171). Ce sont des 
signes, du xiii® ou du commencement du xiv° siè¬ 
cle, trouvés dans la Seine, aux environs des ponts de 
la Cité. On en trouve de semblables dans E. Hucher 
(p. 528), recueillis aux environs du sanctuaire de 
Noyon. Rigollot en publie deux autresdu même genre. 
(PI. 187, fig. 117.) 

L’image vient à l’appui pour confirmer la légende 
de saint Éloi guérisseur. Nous en trouvons la preuve 
dans un magnifique tryplique du xv" siècle (i44o en¬ 
viron), que possède l’église de Grocq (Creuse). C’est,, 
d’après A.Tardieu et A.Boyer (pp. 69 à 71),une pein¬ 
ture de Nuremberg, en sept panneaux, représentant 
les principales scènes de la vie de saint Éloi. Chaque 
tableau est accompagné d’une légende explicative, en 


(1) Ces bougies de cire enrôulce étaient très fréquemmenl cm** 
ployées comme ex-voto du vii«au xiv« siècle. 



caractères g-othiques. Le deuxième panneau représente 
la naissance du saint thaumaturge. Un médecin(myre) 
donne ses soins à l’accouchée. Dans le cinquième, Éloi 
panse des lépreux, dont le visage et le corps sont cou¬ 
verts de pustules; un d’eux tient à la main une cliquette, 
emblème de son état. Au-dessous de ce panneau on lit 
ce qui suit : 

A pryer Dieu estoit tout son estude 
Et bien souvent prenoit sollicitude 
De visiter ceulx qu’avoient maladie 
En leur donnant pour sustanter leur vie 
Or et argent afin deulx mieux nourrir 
Et cy mettoit peyne de les guérir 
Parla vertu de sa grande saincteté 
Beaucoup de gens recouvroient la santé. 

Nombreux sont les sanctuaires placés sous le vocable 
de saint Eloi;si nombreux même qu’il faut renoncer à 
les signaler. Nombreuses aussi .sont les fontaines qui 
lui ont été consacrées, surtout en Bretagne et dans le 
Limousin, où le culte des sources fut de bonne heure 
très répandu. Souvent même, à côté des chapelles ou 
monastères placés sous son vocable, il y avait des fon¬ 
taines, qui jouissaient de vertus thérapeutiques et 
étaient l’objet de pèlerinages très fréquentés. 

Dans le Limousin, de Nussac en cite plusieurs, jail- 
lies d’un coup de marteau lancé par le saint. 

La Foua Sent-Alei, à Chaptelac, près du petit ch⬠
teau de Sousrue (Haute-Vienne), d’où jaillit une source 
abondante, soigneusement entretenue, qui guérit des 
maux de tête et des fièvres. — La bouna foun Sent- 
Alies (la bonne fontaine de saint Éloi), située près de 
Solignac (Haute-Vienne), à 800 mètres environ en 
amont de la Briance. On y vient du Limousin, du Péri¬ 
gord, notamment de Jumilhac-le-Grand, de Nexon, de 
Saint-Yrieix, de Mas.seret, de Chalard, pour y puiser 



— H7 — 


de l’eau destinée à g-uérir les enfants desconvnlsioin-. - 
hsi founi Faure de Sent-Aloi ou la fount del boun 
Faure (la fontaine du bon forgeron), dans la forêt de 
Benayes, canton de Lubersac. C’était autrefois un pèle¬ 
rinage très fréquenté, où le 24 juin plus de cinq mille 
pèlerins venaient puiser de l’eau, dont les vertus cura¬ 
tives étaient efficaces pour les maladies des hommes et 
des animaux. A côté s’élevait une grande croix de bois, 
qu’on remplaçait de temps à autre, car les pèlerins ne 
manquaient pas d’en détacher des copeaux, qui, en 
infusion, préservaient des fièvres, des tumeurs et des 
morsures de chiens enragés. 

A Quinty, près d’une chapelle dédiée à saint Éloi- 
des-Champs, se trouve une fontaine miraculeuse, que 
l’on consulte le jour de la Saint-Mathieu. Près de cette 
fontaine on allume une bougie, si la flamme ne sՎ 
lève que par intervalles, c’est signe d’épidémie; si au 
contraire cette bougie se consume lentement, les pè¬ 
lerins en tirent un bon présage pour leur santé 
future (De Nussac). 

Nous aurons l’occasion d’en mentionner d’autres, 
plus spécialement réservées à la guérison des maladies 
des chevaux. 

D’après les miracles imputés à saint Éloi, pendant 
sa vie ou après sa mort, nous voyons que son interven¬ 
tion paraissait efficace, aux yeux des croyants, dans 
toutes sortes de maladies, puisqu’il guérit indistincte¬ 
ment des infirmes, des estropiés, des paralytiques, des 
malades atteints de plaies ulcéreuses, d’abcès. Mais 
c’est surtout dans la guérison de ces dernières affec¬ 
tions qu’il excellait. 

Du temps de Henri de Mondeville, un des chirur¬ 
giens de Philippe le Bel, la croyance en saint Éloi et 
au mal de saint-Éloi (c’était le nom qu’on donnait à 
ces sortes d’abcès) était très répandue. « Selonc le 
commun et selon les cyrurgiens champestres, en tote 



plaie, ulcère, apostume, fistule, des queles la cure est 
porloignie, il dient que ce est le mal sainct Eloy... Et 
de ce garist (en allant en pèlerinage) non pas tant seu¬ 
lement les hommes, mais à tout ce les oelles,les buefs, 
les chevaux et toute manière de bestes à quatre pies ». 

De nos jours, il n’est plus guère invoqué que pour 
la guérison des clous, des abcès, et encore son culte 
est-il quelque peu désuète,.les hommages des fidèles 
allant maintenant à des saints plus modernes, plus à 
la mode. 

En Bretagne, dit Liégard, sousle nom de gorado, 
on désigne non seulement les abcès, mais tout dépôt 
renfei’mant du pus ou du sang. Saint Éloi guérit ces 
sortes d’affections, mais seulement celles placées sous 
sa dépendance, car il y a les gorado de saint Éloi, les 
gorado de saint Clet, de saint (llairin, de saint Antoi¬ 
ne, de saint Cado. L’important est de savoir de quel 
saint dépend le gorado dont souffre le patient. Pour 
cela on coupe un ver de terre en trois tronçons et on 
en pose un sur la partie malade. Les assistants com¬ 
mencent alors à réciter les litanies des saints les yeux 
fixés sur le tronçon de ver. Le saint de la litanie pro¬ 
noncé au moment de sa dernière convulsion, c’est-à- 
dire quand il ne donne plus signe de vie, est celui 
auquel il faut s’adresser. Liégard cite plusieurs exem¬ 
ples de cette crédulité populaire. Un paysan de Tré- 
morgat, s’étant coupé, au doigt, son bras s’enfla tout 
d’un coup et devint presque aussi gros que sa cuisse. 
S’étant soumis à l’épreuve du ver, il vit qu’il fallait 
s’adresser à saint Éloi. Ne pouvant se rendre au sanc¬ 
tuaire le plus proche, il envoya quelqu’un intercéder 
pour lui à la fontaine saint Éloi, à Saint-Nicolas de 
Pelem, et fut guéri. 

D’après une citation de Gaidoz, dans Mélusine 
(t. VIII, pp. 122 à 127), saint Éloi est encore très popu¬ 
laire en Flandre, comme guérisseur des clous, en 



— 119 — 


flamand nagelgaten (littéralement ; trous de clous). 
Pour obtenir son intervention on dépose, devant la 
statue du saint, une chandelle et des vieux clous. 

En 1728, une confrérie de saint Éloi, les Charita¬ 
bles de Béthune, installa une nouvelle chapelle, dédiée 
à ce saint, dans l’ég-lise de Saint-Vaast où on condui¬ 
sait les enfants atteints d’un mal d’estomac et d’intes¬ 
tins, dit Tourteau. Un des serviteurs de la confré¬ 
rie, avec un marteau spécialement réservé à cet usage, 
touchait une miche de pain, qu’il plaçait ensuite sur la 
partie malade. L’enfant en mangeait aussi un morceau 
et il sortait guéri. 

IV. — Saint Éloi et la médecine vétérinaire. 

Au moyen âge la médecine des animaux était pres¬ 
que exclusivement aux mains des maréchaux. C’est 
prohablementà cette circonstance que saint Éloi, patron 
des membresde cette corporation, dut dedevenir patron 
des chevaux. Peut-être même son culte s’est-il substitué 
à celui d’Epona, déesse gauloise des chevaux! On sait 
en effet qu’au début du christianisme les nouveaux 
convertis ne s’affranchirent qu’incomplètement du 
paganisme, et conservèrent pendant longtemps des 
pratiques superstitieuses, contre lesquelles fulminait 
saint Éloi. Il n’y aurait donc rien d’étonnant à ce qu» 
les palefreniers, les cochers, adorateurs d’Epona, en 
devenant chrétiens, eussent songé à placer leurs ani¬ 
maux sous la protection d’une divinité moins païenne. 
En effet on trouve bien des analogies entre Epona et 
saint Éloi. Le rôle d’Epona consistait à protéger les 
équidés contre les maladies, les accidents de toutes 
sortes, c'est précisément. ce que les fidèles attendaient 
de saint Éloi. Son culte, d’origine celtique, eut pour 
théâtre la Gaule,et il ne fit son apparition à Rome que 
beaucoup plus tard. Or, c’est précisément dans les 



— 120 — 


provinces, qui autrefois faisaient partie de la Gaule, 
que le culte de saint Eloi prit le plus d’extension. 

Saint Éloi fut du reste beaucoup plus vénéré comme 
protecteur du bétail, notamment des chevaux, que 
comme médecin. Cependant rien dans les miracles 
qu’on lui attribue ne pouvait faire présager sa puis¬ 
sance en thérapeutique vétérinaire. Une seule des anec¬ 
dotes mentionnées par saint Ouen se rapporte au che¬ 
val. Il s’agit d’une monture qu’allèctionnait saint Éloi 
à cause de son extrême douceur. A sa mort, il la légua 
à l’abhé du monastère de Noyon. L’évêque, successeur 
d’Éloi, se l’appropria,jmais ne put parvenir à s’en ser¬ 
vir tant l’animal était devenu subitement rétif et in¬ 
domptable. En désespoir de cause il le rendit à l’abbé. 
Aussitôt le cheval recouvra sa douceur et sa docilité 
primitives. (Saint Ouen, ch. xnvi, p. 2'j4)' 

Est-ce là le point de départ de la légende de saint 
Eloi considéré comme vétérinaire, ou bien le peuple ne 
lui attribua-t-il ce pouvoir que parce qu’il était patron 
des maréchaux, guérisseurs de chevaux ? C’est une 
question que nous ne nous chargerons pas d’élucider 
Quoi qu’il en soit, cette croyance est ancienne et a été 
consacrée par l’image. Dans la 6e chapelle de l’église 
Sainte-Savine(Aube),une verrière représente un homme 
monté sur un cheval, dont saint Éloi examine avec 
soin la face plantaire du membre antérieur droit. Un 
quatrain, gravé au-dessous de la verrière,indique que 
ce cheval était dessolé et qu’il fut guéri grâce à l’inter¬ 
vention de saint Éloi (Fichot, t. I, p. 187). 

Ung seruileur qui cheual estoit 
Son cheual mit son pied en un pertuis 
Et il leissa longle et toute fait 
Le benoit saint Eloy li le remis. 

Dans un ancien missel d’Amiens se lit une prière, 
qu’on récilait le jour de la fête de la Saint-Éloi, qui 



— 121 — 


prouve que ce saint était invoqué pour préserver les 
animaux de tout mal. 

Qui non negas opem brutis 
Auge nobis spem salutis. 

(Toi qui ne refuses pas ton concours aux bêles 
Augmente en nous l’espoir du salut.) 

Thiers, dans son Traité des superstitions (édit, de 
1712, t. II, pp. 5i8; édit, de 1717, t. II, p. 454)j rap¬ 
porte qu’on demandait à saint Eloi la guérison des 
chevaux encloués. « Pour guérir les chevaux encloüés 
ou pour empescher qu’ils ne s’encloüent et qu’ils ne 
boitent, on porte en certains lieux des clous de cheval, 
on les met sur un Autel, et on en prend ensuite une 
partie sans compter, on tes offre h la Messe et on rem¬ 
porte le reste pour servir à ferrer les chevaux. Cela 
se pratique ordinairement dans les Eglises ou Chapelles 
où il y a des Images de saint Eloi ou qui sont dédiées 
à saint Eloi. » Par la suite cette pratique fut défendue 
par le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, 
en 1629 (cité par Gaidoz, Mélusine, t. VU, col. 86). 

En Bretagne, quiconque entrait dans une ferme le 
jour où une jument venait de mettre bas devait, en 
franchissant le seuil de la porte de l’écurie, prononcer 
le nom de saint Alar, sous peine de jeter malgré lui un 
sort à la jument. [Revue des Traditions populaires, 
t. V, 1890, p. 169.) Dans ces mêmes parages, quand 
un cheval tousse, on lui dit : saint Éloi vous assiste, 
comme on dit aux personnes qui éternuent; Dieu vous 
bénisse (De Nussac). 

Dans les Alpages, en Suisse, saint Loy est encore 
aujourd’hui invoqué par les pâtres pour préserver les 
animaux des chutes dans les précipices. {Neujahrs- 
blatt, note 24, p. 16.) 

Mais ce qu’il y a de plus curieux dans le culte de 
saint Eloi, comme guérisseur des chevaux, ce sont les 



— 122 — 


pèlerinages qu’on faisait faire à ces animaux, le jour 
de la fête du saint, en les conduisant en bandes aux 
sanctuaires consacrés. 

C’est surtout en Bretagne, cette terre classique de la 
légende, que cette coutume a été le plus répandue et a 
persisté le plus longtemps'. Elle est môme encore en 
vigueur dans plusieurs communes où se trouvent des 
chapelles dédiées à saint Eloi (i). La veille de sa fête, à 
la tombée de la nuit, des feu.x de joie sont allumés, 
comme à la Saint-Jean, dans nombre de villages. Le 
jour, dès l’aube, les chevaux sont conduits procession- 
nellement au sanctuaire, dont ils font trois fois le 
tour, avant d’être aspergés d’eau bénite, puisée dans la 
fontaine sacrée, qui d’ordinaire avoisine le lieu saint, 
ou baignés, s’il y a à proximité de la chapelle un 
étang ou un ruisseau. En passant devant la niche du 
saint, les conducteurs, à pied ou à cheval, contraignent 
leurs montures à faire un simulacre de salut et dépo¬ 
sent devant l’autel un paquet de crins arrachés tant à 
la crinière qu’à la queue. 

On récitait aussi en breton des prières dont voici 
un spécimen. 11 paraît que cette prière était encore plus 
efficace devant la flamme expirante des bûchers. Les 
dernières paroles devaient être prononcées en sautant 
à pieds joints par-dessus le brasier. (Gaidoz,7)fe/«sme, 
t. IX, 1899, p. 276.) 

Seigneur saint J'iloi {sont Alar) béni 
Votre assistance nous requérons 
A l’effet de préserver de tout mal (pebtra) 

Nos bétes les meilleures ; 

En premier lieu nos juments pleines 
Qui sont sujettes à la maladie. 


(1) Ces pèlerinages à saint Éloi sont réservés pour les chevaux 
seulement. Des pèlerinages analogues ont lieu pour les bovidés 
à la chapelle de saint Gornéli ou Corneille, à Carnac ; et à celle de 
saint Herbot, à Huelgoat. 



— 123 — 


L’élranguillon et la méraarchure 
(4r strakouillon hag ann ekarf) 

Les empêchent de travailler, 

Avec la courbature et la pousse, 

{gant av c’horbezenn ha poussed) 

Moitié prix on les vendra. 

S’il leur arrive d’avoir le tic |qui fait rongerj le bois 
[Ma tea d’ezho beza tik koai) 

On les trouvera trop vieilles avant l’ilge. 

C’est pourquoi, saint Eloi, nous vous prions 
De garder nos chevaux (hezeg). 

Parmi les nombreux .sanctuaires bretons consacrés 
à saint Éloi, où cette tradition est, ou était encore 
conservée il y a quelques années, nous citerons les sui¬ 
vants ; 

1° La chapelle Saint-Éloi, sur le plateau Saint-Éloi, 
route de Landerneau à Lesneven, à 4 kilomètres de 
Landerneau (Finistère). Une ancienne édition du guide 
Joanne de Bretagne en fait mention, ainsi que du 
pèlerinage animal dont elle était l’objet. (Gaidoz, Mé- 
lusine, t . VII, p. 86.) 

2» La chapelle Saint-Eloi, à un kilomètre de Plérin, 
était très fréquentée avant 1789. La fête du saint, cé¬ 
lébrée le 24 juin, attirait de plus de dix lieues à la 
ronde les cultivateurs qui y amenaient leurs chevaux. 
Ils puisaient, à la fontaine voisine, de l’eau, dont ils 
aspergeaient la matrice des juments, les testicules des 
chevaux, pour les rendre plus prolifiques. (Sébillot, 
Traditions et superstitions de la Haute Brelaqne, t. 
V, p. 6).) 

3® A Saint-Nicolas de Pelem (Finistère) une chapelle, 
dédiée à .saint lilloi, est encore un lieu de pèlerinage où 
l’on conduit les chevaux pour les préserver de tout mal 
(Gefifroy,p. 546). 

4“ Près de l’ancienne chapelle Saint-Éloi, en Plaine- 
Haute, se trouvent deux étangs, où les cultivateurs 



viennent baig’ner leurs chevaux en invoquant saint Éloi. 
(Og’ée, nouv. éd., art. Plaine-Haute. Sébillot, Trad. et 
saperst., t. V, p. 62.) 

5» A 5 kilomètres de Quimperlé, au petit villag'e de 
Baye {Finistère), il y a une fontaine dite de saint Aler. 
La statue du saint, en costume d’évêque, est placée 
dans une niche au-dessus du bas.sin de la fontaine. A 
côté se trouve un tronc destiné à recevoir les offrandes. 
Sur ce tronc est cloué un fera cheval. Sur une plaque 
de métal on lit l’inscription suivante ; 

Etal ho feunteun S"'Aler 
Ni a bed Jésus horzalver 
Ma kavo nep a gred 
Eun he dour ar iec’hed. 

(Près de votre fontaine saint Aler — nous prions 
Jésus notre sauveur — que celui qui croit, trouve — 
dans son eau la santé. (Gaidoz, Mélusine, t. VII, 
col. 87.) 

Peut-être cette fontaine était-elle aussi à Fusage des 
humains? 

6“ La fontaine de Saint-Eloi, en Landéhia, est signa¬ 
lée par Sébillot (t. V, p. 61) comme douée des mêmes 
propriétés. 

Dana l’Ile-de-France cette coutume était également 
observée. Nous en avons la preuve dans le nombre des 
plombs historiés trouvés dans la Seine, près des Ponts 
Notre-Dame, d’Arcole, Saint-Michel. Nous avons vu 
que la plupart de ces plombs ou signes portaient l’ins¬ 
cription saint Filoi, et représentaient le saint devant 
son enclume, recevant des mains d’un pèlerin un cierge 
enroulé. Sur presque tous ces plombs on voyait un 
cheval, indice que le pèlerin venait prier saint Éloi de 
conserver la santé de son animal. Il est donc probable 
qu’il existait un sanctuaire aux environs, peut-être sur 
l’emplacement de l’église Saint-Séverin. 



— 125 


Dans le Limousin cette pratique superstitieuse était 
également très répandue. Dans la forêt deBenayes, le 
24 juin, avait lieu un pèlerinage à la fontaine sacrée de 
saint Eloi, le bon forgeron « del boun faoure ». Çà et 
là dans les branches basses des hêtres et des chênes, 
des harnais, des licols, des bâts sont suspendus. Ce 
sont des ex-voto que les pèlerins ont apportés à la source 
en pieux témoignage de guérisons d’animaux, dues 
aux propriétés de cette eau miraculeuse. « Mais en quel 
état de misère et de décrépitude sont ces objets, dit 
Gaston VuillierlOn voit bien quel’usagede ces offran¬ 
des naïves va se perdant.» 

Même pèlerinage avait lieu à Chaptelac (Haute- 
Vienne). On y conduisait autrefois des chevaux et on 
laissait en souvenir des fers votifs, qu’on clouait à la 
porte de l’église. Un d’eux porte le millésime de i633 
(DeNussac). 

Auricoste de Lazarque a minutieusement décrit un 
pèlerinage de ce genre, qui avait lieu, il n’y a pas bien 
longtemps, à Flasdorf ou Flastroff, arrondissement de 
Thionville, canton de Sierck. En 1860, sur un pro¬ 
montoire, au confluent des ruisseaux de Flastroff et de 
Waldweistroff, s’élevait encore une petite chapelle, 
dédiée à saint Eloi. Dans cette chapelle se voyait une 
statue du saint auquel un ange agenouillé présentait 
un pied de cheval à bénir. Chaque année, le 26 juin, 
avait lieu solennellement un pèlerinage de chevaux. 
C’était la fête, dite Tholesfest, ainsi nommée du Tho- 
lesberg, sur lequel s’élevait l’édifice. On faisait faire à 
ces animaux le tour de la chapelle, et chaque fois qu’ils 
passaient devant la porte ouverte du sanctuaire, leurs 
conducteurs devaient faire une profonde génuflexion. 
La procession s’arrêtait ensuite derrière le choeur, nen- 
dant que le clergé procédait à la bénédiction de l’eau 
que les fidèles devaient emporter, pour mélanger au 
breuvage de leurs chevaux. 



Depuis le remplacement de la chapelle par uneég-lise 
og-ivale, en i865, cette coutume a à peu près disparu. 
Les chevaux n’y sont plus conduits, mais les pèlèrins, 
toujours aussi nombreux, y viennent prier pour la 
santé de leurs animaux, et ofFrent toujours en échange 
une poignée de crins de la queue, choisis parmi les 
plus beaux. Ces pèlerins viennent de la Lorraine alle¬ 
mande,des pays allemands limitrophes, des environs de 
Saarlouis et même de Trêves.Dans le tiré à part de l’ar¬ 
ticle d’Auricoste de Lazarque sur ce pèlerinage est 
annexée une vieille gravure sur bois représentant le 
défilé des chevaux devant l’ancienne chapelle. 

Dans les pays Picards le pèlerinage des chevaux en 
l’honneur de saint Eloi était aussi observé. De divers 
points du Santerre, dit l’abbé Corblet, on conduûsait 
les chevaux malades à l’abbaye de Noyon. Les pèlerins 
qui s’y rendaient offraient des chandelles de cire, et 
achetaient des cacliques ou caclillres, espèces de col¬ 
liers faits de bouts de plumes et de fèves enfilées en¬ 
semble, qu’ils mettaient au cou des animaux. Cette 
coutume, ajoute-t-il, remontant à des temps fort 
reculés, fut conservée jusqu’à la Révolution. Dans quel¬ 
ques paroisses on se bornait, le jpur de la saint Eloi, à 
appliquer un fer rouge sur la cuisse des chevaux pour 
les préserver de tout mal. (Levasseur, t. 1., ch. ci, 
p. 488; — Mélusine, t. Vil,col. 84.)— A Douai, écrit 
Arnol de Raisse en ifiaü, dans la chapelle de sainte 
Marie-Magdeleine, on conservait deux marteaux de fer 
(^ui passaient pour avoir appartenu à saint Eloi. Le 
jour de sa fête, c’est-à-dire le décembre et le ah 
juin, les éleveurs et cultivateurs y amenaient leurs 
chevaux, que le prieur de la paroisse aspergeait d'eau 
bénite et marquait du signe de la croix avec un de 
ces marteaux.Si le cheval était atteint de frénésie ou de 
rage, ajoute-t-il,il en était délivré aussitôt,et s’il en était 
exempt, en était préservé pour toute l’année. (Levas- 



• 127 — 


seur, I, p. 486. — Gaidoz, ü/e/as/ne, t. VIII,p. 127). 

En Provence, Sant-Aloi est aussi le patron des che¬ 
vaux, « patroan dou bestiari. A Montfort-sur-Argens, 
village situé non loin de Brignole (Var), le pèlerinage 
des chevaux le jour de la saint Eloi est encore observé. 
La fêle a lieu sous les auspices des rouliers, des charre¬ 
tiers et des muletiers. La veille, les gars du pays, pré¬ 
cédés de tambours, fifres et galoubets, vont distribuer 
de porte en porte aux habitants le toaarqao, pain 
bénit de saint Eloi. Le jour de la fête, les chevaux, les 
mulets et les ânes de race commune, enrubannés, cou¬ 
verts de riches tapis servant de selle, sont conduits, deux 
par deux, à travers les rues du village, jusqu’à la place, 
où les attendent les coursiers de luxe appartenant aux 
châtelains ou aux bourgeois de la localité. Après la 
messe tous ces animaux défilent plusieurs fois autour 
de l’église, pendant que le tambour appelle aux enchè¬ 
res les personnes glorieuses de cavalcader en tête du 
défilé avec la bannière de saint Eloi. Après chaque su¬ 
renchère on entend crier d’une voix perçante ; A vingt 
et naou francs, loa gaidoan deis chivaou; a dez et 
sept francs loa gaidoan deis uses, jusqu’à ce qu’au 
plus riche ou au plus généreux soit dévolu l’honneur 
d'ouvrir la marche. Le prêtre parait alors sur le parvis 
et asperge d’eau bénite les animaux, qui défilent devant 
lui, pendant qu’un enfant de choeur distribue à leurs 
conducteurs le gâteau consacré qu’ils doivent partager 
avec leurs montures. Ce gâteau jouit do la propriété de 
les préserver de tout accident pendant l’année. A midi 
banquet, à quatre heures courses, puis dans la soirée 
bal, terminé par unejoyeuse farandole, chantée par Mis¬ 
tral dans Calendad (chant III", loe strophe). Cette 
cérémonie devait varier suivant les localités, car, dans 
d’autres parties de la Provence, on amenait une char¬ 
rette, dite ckaretta ramada, ornée de feuillage et de 
gerbes de blé, à laquelle tous les paysans aiSés tenaient 



à honneur d’atteler un cheval ou un mulet. Aux che¬ 
vaux du défilé on mettait au collier des bandeirouns 
de Sant Aloi, espèces de petits drapeaux à l’imag'e 
du saint. (Gaidoz, Mélasine, t. Vil, p. 167. — Paul 
Mangin — de Nussac — Georges Servières.) — On 
observe aussi cette coutume à Géméno (Bouches-du- 
Rhône) où saint Eloi est patroun dou bestiari. 
(Cf. Mélusine, t. VIII, p. i3o). 

Dans les Flandres, notamment en Belgique, ce pèle¬ 
rinage est fait en grande pompe, avec accompagne¬ 
ment de petits drapeaux, d’oriflammes, d’un caractère 
spécial, désignés en flamand sous le nom de vaantje 
(de vaan, drapeau), qu’on attache au collier ou à la 
tête des chevaux. De retour à l’écurie ces oriflammes 
sont fixées soit au mur, soit sur la porte. Deux de ces 
banderolles sont reproduites dans Mélusine (t. VIII, 
pp. 122 à 127) : 

i» Celle du pèlerinage d’Hedersen, près d’Alost, 
représente un cheval, un bœuf, un porc, un mouton 
et deux pèlerins agenouillés devant saint Eloi tenant un 
marteau ; 

2“ Sur celle de Vosselaere, près de Gand, figurent 
deux chevaux bénits par saint Eloi. Un de ces chevaux 
porte sur la tête une banderolle. Au-dessous se trouve 
l’inscription suivante : Naar Vosselaere loilt u met 
urv peerden spoeden Aunroept daar StEloy, en god 
zal U verhooren. (Saint Eloi, qui est honoré de Vosse¬ 
laere, veuillez avec vos chevaux accourir à Vosselaere, 
invoquez là saint Éloi et Dieu vous exaucera.) 

On trouve les mêmes banderolles avec quelques va¬ 
riantes à Grembergen, près de Termonde ; à Thielrode, 
près de Saint-Nicolas. ne, t. VIII, pp. 128 à 126.) 

De Gock, dans une revue flamande de la Flandre 
orientale {Ronden Heerd),AQ 1878, reproduit un petit 
drapeau de saint Éloi, de forme triangulaire. Saint 
Éloi y est représenté, costumé en évêque, tenant un mar- 



— i2y — 


teau de la main gauche et bénissant de l’autre un che¬ 
val, dont la tête est surmontée d’une handerolle. Au- 
dessous on lit en flamand l’inscription suivante : « Saint 
Eloi vénéré à Everghem, prés de Gand, Saint Éloi qui 
guérissez maints hommes et chevaux de maladies, sou¬ 
venez-vous de nous ici, ceux de votre pays et ceux 
demeurant à Everghem. » (Gaidoz, Mélusine^ t. Vlll, 
pp. 122 à 127.) 

Hock signale divers pèlerinages de chevaux, qui 
parfois coïncident avec des courses de chevaux de trait ; 
au village de Mont, aux environs de Verviers, province 
de Liège ; à Verlaine ; et dans diverses localités, où se 
trouvent des sanctuaires dédiés à saint Eloi ou des 
images de ce saint. Les fermiers, montés sur leurs 
chevaux, se rendent au sanctuaire, assistent à la 
messe dite en leur honneur, puis galopent autour de 
l’église. Au pèlerinage de Verlaine on vend des dra¬ 
peaux de 3o centimètres de hauteur sur 16 de largeur, 
l'eprésentant comme fond une chapelle. A gauche des 
pèlerins isolés se dirigent vers l’église ; au centre, un 
grand saint Eloi, debout sur un piédestal, mitre en tête, 
tenant de la main gauche un livre ouvert, et de l’au¬ 
tre une crosse et un marteau, semble bénir un pèlerin 
agenouillé devant lui ; à droite, un cheval échappé à 
un cavalier tombé à terre, et, plus dans le lointain, un 
autre cheval que des cavaliers ont peine à maintenir. 
{Mélasine, t. Vlll, p. i54.) 

A Eyne, près d’Audenarde, il y a des reliques de 
saint Eloi. Le jour de sa fête, les paysans des environs 
font défiler leurs chevaux devant ces reliques qu’ils 
baisent avec dévotion afin de préserver leurs animaux 
de maladies. (Usages et coutumes en Belgique et en 
Bohême. Magasin pittoresque, 1880, p. 402. — A. 
Hock, p. 228. — Gaidoz, Mélasine, t. Vil, p. 86.) 

En Souabe, mêmes coutumes. E. Meier (p. 298) rap¬ 
porte qu’à Mülheim, sur le Danube, il y avait une cha- 
9 



— 130 — 


pelle dédiée à saint Eloi (Lui-Kapelle), détruite il y a 
environ un demi-siècle, et autour de laquelle, au mois 
de juin, on faisait galoper les chevaux. (Gaidoz, 

sme, t VIII, p. i3i.) 

V. — Légende du pied coupé. 

Cette légende, dit Gaidoz {Mélusine, t. V) appartient 
plus à la tradition orale qu’à la tradition écrite. En effet, 
elle ne se trouve, ni dans la biographie de saint Ouen, 
ni dans les Miracles, poème du xni“ siècle, ni dans 
les miniatures du rouleau de la fin du xiv^ siècle, re¬ 
trouvé à Noyon. 

Elle est bien simple et peut se résumer en quelques 
lignes, bien qu’Alexandre Dumas, dans ses Impres¬ 
sions de voyageen Suisse t. III, l’ait assez longuement 
décrite, dans un style des plus imagés, des plus bril¬ 
lants. Eloi, confiantdans sa dextérité comme maréchal, 
avait écrit sur son enseigne : maître des maîtres, 
maître sur tous. Dieu, voulant le punir de son arro¬ 
gance, lui dépêcha Jésus-Christ, qui se fit embaucher 
par Eloi comme apprenti compagnon. Sur ces entre¬ 
faites saint Georges arrive pour faire ferrer son che¬ 
val ; mais la bôte, quelque peu rétive, se défend avec 
une telle énergie qu’Eloi est obligé d’y renoncer; c’est 
alors qu’il ordonne à son apprenti de montrer son 
savoir faire. Celui-ci, sans s’émouvoir, s’approche du 
cheval qui se calme aussitôt, puis levant un membre 
antérieur, le sectionne au niveau du genou, et l’em¬ 
porte sur l’enclume pour le ferrer plus à son aise. La 
ferrure achevée, il remet le membre en place. A quel¬ 
que temps de là, son compagnon étant en courses, 
Eloi voulut l’imiter. Il arriva bien à sectionner le mem¬ 
bre du cheval, mais ne put le remettre. Il ne savait 
plus à quel saint se vouer, quand survint son apprenti. 



- 1.31 


qui, se faisant reconnaître répara le mal. Depuis 
lors Eloi perclit^toute arrogance. 

Cette légende se retrouve' sous cette forme dans 
presque tous les pays, en Bretagne, en Gascogne, en 
Belgique, en Allemagne, en Suisse, etc. ; mais il y a 
aussi des variantes. En Souabe, dans le Vorarlberg, 
saint Eloi est appelé par le roi pour ferrer son cheval, 
et lui pratique l’opération que nous venons d’indiquer. 
Ce que voj'ant, son apprenti maréchal veut l’imiter, 
mais sans succès, et saint Éloi est obligé d’intervenir. 
(E. Meier, Chants de Souabe, p. 298). — En Flandre, 
c’est saint Eloi qui se fait accepter comme apprenti 
chez un maréchal qui avait fait peindre sur son 
enseigne celte inscription : 

Bij Baas Hamersiag 

Ersle smid van’t land 

(Chez maître coup-de-marteau, le premier forgeron 
du pays.) (Gittée, Volkskaride, t. II, 1889, p. 168. 
Mélusine, t. V, p. io4.) En Catalogne, il ne s’agit pas 
de saint Eloi, mais d’un saint, bien connu dans le pays, 
Sant Vicens Ferrer (saint Vincent Ferrier). Dans le 
recueil catalan ’ de Bertran y Bros, Rondallisiica 
(n“ 10, p. 76), le conte est intitulé : S'a»/ Vicens Ferrer 
y l’aprenenl (saint Vincent Ferrier et l’apprenti). Ce 
saint, dont le nom' Ferrer veut aussi dire maréchal- 
ferrant, en'catalan, se croyait maître sur tous {niestre 
sobre tots los mestres). {Mélusine, t. V, p. io3.) — 
En Irlande, c’esCun Torgeron de la rive gauche du 
Schannon qui est dérangé pendant la nuit pour ferrer 
un cheval rétif ; sans pouvoir y parvenir, malgré toute 
son habileté.'"Alors le Fear Dhoirchc (mot à mot 
l’homme de la nuit, c’est-à-dire le Fairy-King ou dé¬ 
mon) tranquillement coupe le pied de la monture et le 
remet au maréchal, qui peut alors le ferrer. (Kennedy, 
p. 345. Gaidoz, Mélusine, t. V, p. 104.) 




— 132 — 


Nous ne possédons pas de texte ancien de la légende 
du pied coupé. Il est probable qu’il n’en existait pas 
antérieurement au xv“ siècle, car dans un manuscrit du 
commencement de ce siècle nous lisons ce qui suit, à 
propos de saint Éloy ; « Jasoit ce que li ferre et li 
peintre li mettent sus en leurs paintures, là où il li 
font coperlepiéou cheval» (fol. 156) (i). Mais les repro¬ 
ductions iconographiques sont nombreuses. Les scènes 
qu’elles représentent, sauf quelques variantes dans les 
détails, peuvent être classées en deux catégories. Dans 
la première, les plus nombreuses, saint Eloi, debout 
derrière une enclume, tient de la main gauche un pied 
de cheval qu’il vient de ferrer. Devant lui, un cheval, 
ordinairement de robe blanche, un membre antérieur 
sectionné, le plus souvent le droit, contemple d’un œil 
placide le travail du saint. Un deuxième personnage, 
un palefrenier ouïe propriétaire de l’animal, le tient 
par la bride ou lui soutient à deux mains le membre 
amputé. Quand la place manque, comme dans les ob¬ 
jets de petite dimension, tels que les méreaux, les em¬ 
blèmes, ni le cheval ni son conducteur ne figurent, sur 
la scène; on voit seulement saint Eloi tenant de la 
main gauche un pied coupé, posé sur une enclume, et 
de l’autre un marteau. 

Dans les reproductions de la deuxième catégorie la 
scène est la môme, mais saint Eloi, au lieu de tenir 
un marteau de la main droite, pince avec des tenailles 
le nez d’une femme ou d’une sorcière. Dans le chapi¬ 
tre suivant nous entrerons dans plus de détails, en 
donnant la liste des monuments figurés relatifs à la 
légende du pied coupé. 


(i) « Lc.s ci nous dil », composition d’après l’ccritnre. Manus¬ 
crit du commencement du xv» siècle. Volume in-fol. mcdiocride 
170 feuillets vélin, deux colonnes, une miniature et deux vi- 
Knclles initiales. Fontainebleau, n» 798. Ane. cat., 11“ 780. Fonds 
français ancien 702C (Paulin Paris!. 





— 1311 — 


. Quelle est l’origine de cette légende toute de tradi¬ 
tion ?De nombreuses hypothèses ont été émises. 

Pour Gaidoz, Eloi ne serait que l’hypostase ou la 
transformation d’un dieu forgeron, et aurait ainsi 
donné son nom à une légende divine qui flottait en 
Italie et dans le Nord de la France aux vu® et vin® siè¬ 
cles. (A/élasine, t. VII.) 

D’après Forgeais la véritable patrie de la légende 
serait l’Allemagne. C’est naturellement l’opinion des 
auteurs de langue allemande. J.-W. Wolf la rattache 
à la fable germanique d’Odin. Dans cette fable mythi¬ 
que il est question d’Odin (Wodau) qui descend chez 
le forgeron Vélancl pour y faire ferrer son cheval 
blanc Sleipnir. Pour lui saint Eloi serait Véland ; 
Jésus-Christ, Odin. Il va môme plus loin, le cheval 
serait la monture de Hel (le Trépas), mentionnée 
comme ayant trois jambes et étant de couleur blanche. 

Quelques-uns ont cherché à expliquer cette légende 
en lui donnant pour origine un mythe grec, indiqué 
par Elien (liv. IX, ch. ,’I3). Dans cette anecdote, em¬ 
pruntée à Ilippis de Reggio, qui' vivait au v“ siècle 
avant notre ère, il est question d’Esculape qui, pour 
prouver sa puissance surnaturelle, coupa la tête d’un 
malade pour le débarrasser d’un ténia qu’il avait dans 
le corps, et lui remit ensuite la tête en place. Cette 
anecdote est antérieure au v® siècle; elle est reproduite 
dans une inscription du iii® siècle avant Jésus-Christ, 
trouvée dans les ruines du temple d’Esculape à Epi- 
daure. Il s'agit d’une femme, Aristogora de Trézène, 
qui, atteinte d’uu helminthe, vint consulter le Dieu dans 
son sanctuaire de Trézène. Là, elle s’endormit, et rêva 
que, le maître étant absent, ses disciples lui coupèrent 
la tête, et, ne pouvant la remettre en place, envoyèrent 
en hâte chercher Esculape qui se trouvait à Epidaure. 
Celui-ci revint, remit la tète île la femme, puis lui 
ouvrit le ventre, retira le ténia et sutura la plaie qui 



— 134 — 


g^uérit rapidement. (Grusius, Méliisine, t. V, p. 2,ol^. 
Cf. Wilamowitz, dans Hermès, t. XIX, p, 449 > 
Zücher, dans Hermès, t. XXI, p.468 ; Diels, dans Nord 
e/Xarf, t. XLIV, n" i3o.) 

Quant à la femme dont saint Éloi tenaille le nez, 
elle appartient à un mythe tout différent de celui du 
pied coupé. C’est une deuxième scène, greffée sur la 
première, comme avaient coutume de le faire les pri¬ 
mitifs. On explique sa présence de diverses façons. 

1“ Les uns pensent qu’elle représente l’image de la 
tentation, le diable au moyen âge étant le plus souvent 
reproduit sous les traits d’une femme. Quelques repro¬ 
ductions iconographiques de la légende du pied coupé 
en fournissent la preuve. Dans celle dessinée par Bot- 
licelli, la femme y figure avec une corne dans les che¬ 
veux. Dans le bas-relief d’Ulm, une des mains de la 
femme est en forme de griffe. 

Une vieille légende nous appi'end qu’un moine 
d’Egypte vint se fixer aux environs de Gènes, où il 
e.xerçait le métier de maréchal. Ce moine, du nom 
d’Appelle, était occupé à forger dans son cloître, quand 
te diable lui apparut sous les traits d’une belle femme. 
Aussitôt il lui empoigne le nez avec ses tenailles brû¬ 
lantes et le diable s’enfuit en hurlant. (Guérin, t. V, 
p. 539.) Ce saint devint patron des forgerons, qui lui 
érigèrent une statue dans l’église Saint-Etienne. 

11 n’y auraitdonc rien d’étonnant àeeque la légende 
d’Appelle ,se soit soudée en Italie à celle de saint Éloi 
et se soit disséminée sous cette forme dans diverses 
contrées. Dans un manuscrit dii xvi® siècle, inscrit 
â la bibliothèque de Lille, sous le n® 16, on lit ce qui 
suit ; « Monseigneur Saint-Eloi du temps qu’il estoit 
joine faisant son maislier d’orféverie et qu’il fuiot 
toute pécie deshonneste et espécialement chelui de la 
char, fois le diable vint à luià sa fournaise, ensem- 
blance de femme, et le commence à tempter de fornica- 



tiou. Et dont Saiat-Eloy le cog-ncut divinement, et le 
prisl par le nés de ses estenelles. » [Annales archéo¬ 
logiques, t. XVllI, p. 84). 

Ou retrouve aussi cette légende dans celle de 
saint Dunstan. Forgeron comme Éloi, il fut aussi 
tenté par le diable sous les traits d’une femme, et, 
comme Eloi, il lui prit le nez dans ses pinces brûlantes. 
(Jusserand, t. I, p. 213. Gaidoz, Mélusine, t. VIII, 
p. i3i.) 

D’autres l’expliquent par le mystère du rajeunisse¬ 
ment, dont on trouve de nombreux exemples dans les 
traditions. 

Un pope besogneux fait un jour la rencontre de deux 
inconnus. C’étaient Jésus-Christ et saint Nicolas. Tous 
trois arrivèrent dans la maison d’un riche marchand, 
dont la fille était à l’agonie. Les deux inconnus pro¬ 
mettent de la rappeler à la vie et se mettent aussitôt en 
mesure d’exécuter leur promesse. Ils la coupent en 
morceaux, les lavent dans trois eaux dillorentes, puis 
les rajustent. Après ce traitement la fille du marchand 
fut radicalement guérie. Le pope, de retour chez lui, 
se mit en tête de guérir de la même façon une jeune 
fille atteinte du même mal. Mais il ne put parvenir à 
réunir les morceaux coupés. Heureusement que Jésus- 
Christ vint à sou aide. (Conte recueilli à Kasan (Rus¬ 
sie). — Mélusine, t. V, p. 98.) 

Jésus-Christ, voulant punir un forgeron de son or¬ 
gueil, vint le trouver avec .saint Pierre, tous deux dé¬ 
guisés. Arrivé à la forge, il jette saint Pierre dans la 
fournaise, le fait chauffer à blanc, puis le martèle vi¬ 
goureusement sur l’enclume jusqu’à ce qu’il soit rede¬ 
venu jeune. Ce que voyant, le forgeron voulut tenter 
l’expérience sur son père, mais fut obligé d’implorer 
le secours des deux compagnons qui ressuscitèrent le 
vieillard.(Crâne, llalianpopular Taies, pp. 186 et sq. 
— Mélusine, t. V, p. 99.) 



— 130 — 


Deux contes norvég'iens d’Asbjœrnsen et Moe trai¬ 
tent du même sujet. 11 en est de môme dans un conte 
des Abruzües, très populaire en Italie, où il est ques¬ 
tion de rajeunir un vieillard en le martelant sur l’en¬ 
clume. (A. de Nino, Usi e costami Albruzzeti, t. IV, 
p. 79. — Mélusine, t. V, p. 261.) 

Un poème anglais intitulé : The Smi/ih and his 
Dame, raconte qu’en Egypte un forgeron s’intitulait 
maître par excellence. Pour l’éprouver Jésus-Christ 
rajeunit devant lui une vieille femme d’après le pro¬ 
cédé indiqué ci-dessus. Le forgeron veut l’essayer sur 
sa femme, mais ne pouvant la rappeler à la vie implore 
Jésus«Christ qui la ressuscite. {Mélusine, t. V, p. 99.) 

Dans un conte allemand de Simroke la légende du 
pied coupé et celle du rajeunissement se trouveraient 
réunies. Jésus-Christ, en présence d’un maréchal, 
coupe le pied d’un cheval, le ferre et le remet en place. 
Le forgeron lui demandant d’autres preuves de sa puis¬ 
sance, il jette un vieillard dans la forge et le rajeunit 
à coups de marteau. (Paul Sébillot, t. III, p. 10.) 

Un jour qu’un forgeron étranger était venu visiter 
saint Ëloi à sa forge arrive une vieille femme, une 
très vieille femme, qui se plaignait amèrement de sa 
décrépitude. Saint Eloi lui demanda si elle voulait re¬ 
devenir jeune,et, sur sa réponse aflirmative, la jeta au 
feu, la mit sur l’enclume, et la martela jusqu’à ce que 
toute ride eût disparu. Le forgeron étranger voulut 
suivre cet exemple en rajeunissant sa femme. Il ne 
réussit qu’à la carboniser. Ce que voyant il eut recours 
àÉloi qui, en apercevant l’état dans lequel la femme se 
trouvait, promit d'essayer et de faire tout ce qu’il pour¬ 
rait. Elle ne revint à la vie que sous la forme d’une 
guenon. C’est ce qui explique la présence d’un singe 
qui, dans quelques monuments figurés de la légende, 
remplace la femme. 

Ce conte a été recueilli à Gits, près de Roulers, dans 



- 137 — 


la Flandre occidentale. On le trouve dans : Pol de 
Mont et A. de Cloek. Dit Zijn Vlaamsche Verielsels. 
Gand, 1898, n“ 5^, (Gaidoz, Méliisine, t. IX, pp, 189, 
ou 190, n“ VII.) 


VI. — Monuments figurés représentant la légende 
du pied coupé. 

S’il est impossible de préciser l’époque exacte de la 
vulfjarisation du culte de saint Éloi, il est de même 
difficile de déterminer la date de la première apparition 
de la lég-ende. Toutes les reproductions iconographi¬ 
ques de cette légende sont loin d’être connues, et le 
hasard des découvertes nous permettra d’en trouver 
encore d’autres dans les sanctuaires, dans les musées 
de provinces, dans les collections particulières. Une 
trentaine tout au plus ont été jusqu’à présent mention¬ 
nées, et, au moment où nous livrons ce travail à l’im¬ 
pression, M. Gaidoz nous informe qu’il doit en publier 
d’autres dans le tome XI de Mélusine, en cours de pu¬ 
blication. 

Le plus ancien monument figuré que nous connais¬ 
sions est celui du xiu® siècle de l’église Saint-Martin 
d’Ouzouer (Loiret).— Après viendrait celui du xiv® du 
MuséeCampana,à Paris. Les autres reproductions sont 
pour la plupart du xv® siècle, mais on en mentionne 
aussi du xvi®. 

On, en a signalé, dans les départements de l’Aube, des 
Basses-Pyrénées, du Cher, de la Côte-d’Or, des Deux- 
Sèvres, du Finistère, de la Meurthe, de l’Oise, de la 
Seine, de Seine-et-Oise, ainsi qu’à l’étranger, en Alle¬ 
magne, en Autriche, en Italie, en Suisse. 

On en connaît de toutes les formes, de toutes les 
dimensions, en vitraux, en sculptures sur bois et sur 
pierre, en tableaux. Mais ces diverses reproductions 



de la légende sont presque identiques et ne varient 
que dans les détails. En général la scène représente 
une forge, et a personnages, plus un cheval, généra¬ 
lement de robe blanche, dont le membre antérieur est 
sectionné au niveau du genou. Saint Eloi, tantôt ha¬ 
billé en évêque, tantôt revêtu d’habits de forgeron, 
assis ou plutôt debout devant une enclume, ferre 
le pied qu’il vient de couper. Le deuxième person¬ 
nage, propriétaire ou conducteur du cheval, ou un 
garçon maréchal, tient l’animal par la bride ou lui 
soutient le membre amputé. Parfois, quand l’objet est 
de petite dimension, la scène se trouve pour ainsi dire 
résumée, et réduite à saint Eloi ferrant sur l’enclume 
un pied de cheval, coupé. Dans d’autres, en plus des 
personnages que nous venons d’énumérer, il y a une 
i’emme, ordinairement âgée, dont saint Eloi pince le 
nez avec ses tenailles. 

Aube. — Une verrière de l’église Saint-Aventin, à 
Creney, à droite dans le chœur, représente 6 sujets, 
dont le miracle du pied coupé. Éloi, costumé en forge¬ 
ron, pourpoint rouge à collet bleu, haut-de-chausses 
violets, petit tablier de peau, béret rouge, tient de la 
main gauche un pied de cheval posé sur l’enclume et 
de la droite^ un marteau, avec lequel il s’apprête à le 
ferrer. A sa droite, un serviteur supporte le membre 
antérieur droit amputé d’un cheval à l’air rétif. A 
gauche, un apprenti maréchal tire le soufflet de la 
forge. Devant le foyer on remarque un appendice qui 
n’existe plus dans nos ateliers de maréchalerie moder¬ 
nes, c’est un châssis en laiton, servant à préserver 
l’homme du rayonnement du feu de la forge. 

La verrière de Creney peut être considérée comme 
étant du commencement du xvi® siècle, car elle est due 
aux libéralités de Nicolas Godet, curé de Creney, vers 
i 520. Elle a été reproduite dans les ouvrages suivants. 



— 139 — 


CI). Fichot, Statistique monuineutale du départe¬ 
ment de l’Aube, 11, pp. 9 et 10. 

Basses-Pyrénées. — Groupe du xv“ siècle en bois 
d’orme, anciennementcolorié, de77 centimètres de hau¬ 
teur, sur 62 de largeur, 3o d’épaisseur. Ce groupe, 
appartenant à M. Bascle de Lagrèze, a été trouvé dans 
la commune de Vigne. Il représente saint Georges de¬ 
bout, appuyé sur la selle d’un cheval, dont un aide 
soutient le membre antérieur droit sectionné. Jésus- 
Christe ferre sur l’enclume le pied du cheval qu’il 
vient de détacher. (Décrit par Clément de Ris : Revue 
des sociétés savantes, v“ série, t. VIII, p. 485. — Cf. 
Mélusine, t. V, p. loi.) 

Côte d’Or. — Dans l’église de Notre-Dame d’Ar- 
mençon, à Semur, se trouve une statue du .xiv“ ou du 
xv“ siècle. Cette statue, placée dans une niche, est posée 
sur un piédestal portant le nom de saint Eloi. Le 
saint, en habits demaréchal, tablier de cuir, petit cha¬ 
peau, tient sur l’enclume un pied de cheval coupé. Sur 
le devant de l’enclume figurent divers instruments de 
ferrure. Cette statue a été reproduite dans : Millin., 
t. I, p. 198. PI. XI, n» 3, ei Mélusine, t. V, p. 101. 

Deux-Sèvres. — Retable d’Oiron, du xvi“ siècle, re¬ 
présentant la scène du pied coupé, signalé par Barbier 
de Montault (p. 3i5). (Cf. Mélusine^ t. VIII, p. 209.) 

Finistère. — Cinq monuments figurés, retraçant la 
légende,ont été signalés dans le département du Finis¬ 
tère. 

a) Groupe en bois sculpté, peint, dans l’église de 
Plozévet, près d’Audierne. Ce groupe de i m. 10 de 
hauteur est appliqué sur le mur à 2 m. 1/2 au-dessus 
du sol. Saint Eloi, sous le nom de saint Alar, debout 
devant une enclume, tient de la main gauche un pied 
decheval ferré et de l’autre un marteau. A droite, le 
cheval dont le membre antérieur est sectionné, à gau¬ 
che, son conducteur frappé de stupeur. On trouva la 



— uo - 


reproductionde ce groupe dans Robuchon et Mélusine, 
t. Vll,p. 25. 

b) Môme scène signalée dans une chapelle dédiée à 
saintEloi, commune de Louargat, au pied de la mon¬ 
tagne de Bré.(Luzel. — Mélusine,i. V, p. 102 ; t. VU» 
p. 25.) 

c) D’après Luzel (t, 1, p. 99), il y a une dizaine d’an¬ 
nées, on voyait dans l’église de Ploëgat-Moyssan, près 
de Ponthou, .saint Eloi,cn maréchal, manches retrous¬ 
sées, tablier de cuir, tenant sur l’enclume un pied de 
cheval auquel il vient d’adapter un fer. [Mélusine, 
t. V, p. 102.) 

d) Gelïroy (p . 546) mentionne une sculpture 
grossière représentant le miracle de saint Eloi, dans 
l’église Saint-Nicolas de Pelem. 

e) Un vitrail de l’église de Spézet, datant de i55o, 
reproduit ce miracle. Saint Eloi et son apprenti maré¬ 
chal, habillésàla mode de Henri 11, se disposent à fer¬ 
rer un cheval, dont ils viennent de sectionner le mem¬ 
bre antérieur gauche. Ce vitrail a été signalé par Le 
Braz : les saints bretons d’après ta tradition populaire. 
(Cf. Mélusine,t. Vil, p. 25.) 

Loiret. — Eglise de Saint-Martin d’Ouzouer. Statue 
en pierre du xm« siècle. L’évôque debout derrière une 
enclume tient avec des tenailles un pied de cheval. (Cité 
par de Nussac.) 

Meurthe. — Dans la commune deFlasdorf ou Flas- 
troff, canton de Sierck, arrondissement de Thionville, 
on voyait encore, en 1860, dans l’ancienne chapelle, 
dédiée à saint Eloi une statue du saint auquel un ange 
agenouillé présentait un pied de cheval. (Cité par Auris- 
coste de Lazarque.— Mélusine, t. V, p. 102.) 

Oise. —Chapelle Saint-Éloi dans l’église Saint-Sam- 
son de Clermont. (Inventaire des richesses de France. 
Province I.) Statue en bois du xvi® siècle. 

Sarthe. — Dans la cathédrale du Mans, au centre 



du latéral droit de la chapellede la Vierge, on peut voir 
un fort beau vitrail du xiii« siècle, représentant saint 
Éloi,vôtuen forgeron, tenant avec des tenailles le mii- 
He d’un diable vert. (Cité dans : Hucher et Bulletin 
monumental, i853, p. 525. — De Nussac.) 

Seine. — Prieuré de Saint-Eloi de Paris. Sceau de 
l’an i4i4-Saint Éloi ferre sur l’enclume le pied d’un 
cheval qu’il vient de couper. Le cheval a l’air d’atten¬ 
dre patiemment que l’opération soit terminée. Ce sceau 
serait conservé au Musée des Archives sous le n° 9424 
{Mélusine, t. Vlll, p. i54.)— Mélasine (t. V, p. 101) 
reproduit la scène. Cité par Demay. 

20 A la Madeleine du Houle (Hôpital), aujourd’hui 
église Saint-Philippe-du-RouIe, on voyait, il n’y a pas 
longtemps, saint Eloi dans une niche, en habit dՎ 
vêque, mitre en tête, assis devant une enclume sur 
laquelle il ferre un pied de cheval. (Cité par Colin de 
Plancy, Dict. des reliques, t. 11, p. 4to- — Forgeais. 
— Mélusine, t. V, p. 102. 

30 Le Dictionnaire Larousse (art. Eloi) mentionne au 
Musée Campana n" 33 (ancien Musée Napoléon 111) un 
tableau de l’école italienne du xiv“ siècle, représentant 
saint Eloi ferrant sur l’enclume un pied coupé. Cité 
par Forgeais. 

4“ De Nussac signale, d’après le Catalogue ofliciel de 
l’exposition de 1889, p. 124, n» 78,une petite statuette 
en bois de noyer. C’est un saint Eloi tenant d’une main 
la jambe d’un cheval coupée et de l’autre un marteau. 
Cette statuette appartiendrait à A. Picard. 

Seine-et-Oise. — Verrière de l’église de Montfort- 
l’Amaury. 

Allemagne. — i" Bas-relief d’Ulm (Wurtemberg), 
Saint lüloi ferre sur l’enclume le pied d’un cheval, qui, 
tenu par un palefrenier, attend patiemment, le moi¬ 
gnon gauche en avant, que le saintlui remette le mem¬ 
bre sectionné. A gauche du saint, une femme appli- 




— 142 — 


que sur l’épaule d’Kloi sa main droite terminée en 
forme de serre. D’après Bazing ce bas-relief en bois, 
du xvio siècle, proviendrait du couvent de Marchlhal 
(arrondissement du Danube, royaume de Wurtemberg). 
Mélasine en a publié une reproduction (t. Vil, p. 77). 

2“ Un vitrail dans l’église Saint-Gunibert de Cologne 
représente un cheval dans un travail, le membre anté¬ 
rieur droit sectionné au genou. Il fait face à un saint 
Eloi, plus grand que nature, tenant de la main gauche 
le pied qu’il vient de couper et de l’autre un marteau. 
Un aide tient le cheval par la bride. Ce vitrail, du xv® 
siècle, a été reproduit ; dans les planches qui accom¬ 
pagnent les vitraux de Bourges de Martin et Cahier, 
par P. Cahier (t. 1, p. 209); et par Forgeais. 

3° Le musée de Berlin, n° 280, possède un tableau 
d’innocent d’Imola (Innocencio Francucci da Jmola 
(i5o6-i549 ). C’est un portrait de la Madone avec, 
dans le fond du tableau, saint Eloi et la légende du 
pied coupé. Cité par Detzel.(t. VIII,p. i54). 

4“ Un vitrail de la cathédrale de Fribourg-en-Bris- 
gau, du xv® siècle, représente cette légende. (Signalé 
par : Barbier de Montault (p. 3i5) ; — Mélasine, 
t. VIII, p. 209.) 

D’après Detzel, la légende du pied coupé se trouve¬ 
rait reproduite dauS nombre de chapelles del’Allemagne 
du sud. (Cf. Mélasine, t. VIII, p. i54.) 

Aalriche. — Au « K.K. naturhistorisches Hofmu- 
seum » de Vienne, se trouve un bas relief de o,83 cent, 
de largeur sur 0,44 de hauteur, représentant la scène 
du pied coupé. Éloi, aux longs cheveux lui retombant 
sur les épaules, la tête couverte d’un bonnet profon¬ 
dément enfoncé sur le front, revêtu d’une blouse de 
travail et d’un tablier de cuir lui descendant sur Icg 
genoux, ferre sur l'enclume un pied de cheval. Le pro¬ 
priétaire ou le conducteur du cheval lui soutient à deux 
mains le membre antérieur gauche sectionné. Derrière, 



un apprenti maréchal, d’un type nèg're, tire le soufflet 
de la forge, formé de deux soufflets superposés. Le 
guide de la collection Ambraser, de l’année 1887, 
p. log, n“ 877, porte que ce bas-relief, du xvi“ siècle, 
représente saint Éloi, et qu’il est d’origine hollandaise. 
Mais Friedrich Krauss, dans une lettre du 17 novem¬ 
bre 1890, publiée dans A/e/tistne (t. V, pp. 170-171), 
pense que c’est une œuvre française. 

Italie. — I® Dans la chapelle Or san Michèle de 
Florence, au rez-de-chau.ssée, côté est, se trouve une 
statue de saint Eloi, placée dans une niche, ornée de 
tenailles, marteaux. Sous cette statue il y a un bas- 
relief représentant la scène du pied coupé. Eloi ferre 
un pied de cheval sur l’enclumej devant lui se tient 
une sorcière, dont il pince le nez avec des tenailles. 
Cette composition aurait été commandée par la com¬ 
munauté des maréchaux de Florence, et serait l’œuvre 
du sculpteur Nanni d’Antonio di Banco (i383-i43o). 
(Mentionné par Vasari, t. III (p. 57) ; Bettini — Méla- 
sine, t. VII, p. 88.) 

2® A l’Académie des arts de Florence(salle des grands 
tableaux, n° 47)> on voit un tableau de Sandro Botticelll 
(i44I>-i5io) représentant le couronnement de Marie. A 
côté d’elle figurent, en posture d’adoration, saint Jean- 
Baptiste, saint Augustin, saint Jérome et saint Éloi avec 
la scène du pied coupé. Mélusine, t. VII, p, 88. 

3° Voir Allemagne. Musée de Berlin. 

4“ Une petite vignette, placée sous le titre d’un livre 
italien de maréchalerie {Libro délia nalura delli 
cavalli et del modo di relevarli medicarli et do- 
marli et cognoscerli, etc. 26 del mese del aprile i537, 
(Bibliothèque de l’École vétérinaire d’Alfort, F. 815) 
représente saint Éloi, coiffé d’un bonnet nimbé, tenant 
de la main droite un pied de cheval coupé, de l’autre, 
l’index en avant, il semble bénir le cheval, dont un 
aide soutient te membre amputé. 




— 144 — 


Suisse. 1° Tableau de la bibliothèque de la ville de 
Zurich. Dans ce tableau, saint Eloi, en costume de ma¬ 
réchal, tient de la main gauche un pied coupé posé sur 
l’enclume, tandis que de la droite, avec des tenailles, il 
pince le nez d’une vieille femme. Devant lui on voit 
un cheval blanc à trois jambes dont un palefrenier sou¬ 
tient le membre antérieur droit sectionné. De chaque 
côté de cette scène, qui a pour théâtre une forg’e, figu¬ 
rent deux autres saints avec leurs attributs: saint An¬ 
toine et son cochon ; saint Sébastien ayant en mains 
des flèches. Ce tableau, à fond d’or, appartient à l’épo¬ 
que de transition du xv' au xvi“ siècle. Il est reproduit 
dans le Neujahrsblall de la Bibliothèque de Zurich, 
année 187^, et dans Mélusine, t. VllI, p. 90. 

2" Sculpture sur bois, autel de Soleure {Neiijahrs- 
blatt). 

VIL—Index bibliographique des auteurs cités. 

AciiEnv (il’). — Spicilegiiim sive collcclio vctenun ali¬ 
gnât scriptorum gui in Galliae HUilioUiecis deliluerant. 
— Viia Sancti Biigü, t. H, pp. 76 à 128. Paiisiis, 1728, 
in-fol. 

Auhicoste de Lazauque. — Saint Eloi et le pèleri¬ 
nage des chevaux de Flaslroff. Paris, Holland, 1888. Tiré 
à pari, e.vtrait de : Revue nouvelle d’Alsace-Lorraine et du 
Rhin, 8» année, p. 204. Voir aussi : Almanach folk-lorisle 
du pays messin, i8go. 

Bauthélemy (Ch.). — Saint Ouen. Vie de saint Éloi, 
évêque de Noyon (.'>88-659), traduite par Charles Barthé¬ 
lemy. Paris, 18/17,in-8. 

Barbieh de Montaui-t. — Elude sur les orfèvres et 
joailliers à Rome. Revue de l'art chrétien, 1889. 

Beïtini. — Guide de Florence. 

Bidliopiiile Jacob (Paul Laroche.) — Les Arts au 
moyen-age Paris, Didot, 1880. 

C.AiiiER (Ch). — Caractéristigues des saints dans l'art 
populaire. Paris, Poussielgue frères, 1867, 2 vol. in-fol. 



— i4:i 


Collin dr Pi^ancy (J). — Grande vie des sainis. Paris, 
C. Vives, 1872-1874, 24 vol. in-f. 

CoixiiLET (Al)lié Jules). — Hagiographie dn diocèse d’A- 
niiens. Paris, Dumoulios, i86g-i87.‘>, .'î vol. in-8. 

Cavai.oasiîlle (G.- 15 .) et J.-A. Ckowe. — Storia délia 
pillura in Jlalia del secolo H al secoto XVI. Firenze,suc- 
cessori Le Monnier, 1875-11)02. 9 vol. in-8. 

Dkmay (G.). — te Cosiume au moyen âge d’après les 
sceaux. Paris, Dumoulin, in- 4 . 

Elien. — Aeliani dénatura animaliain libri XVIII, 
græce et laline ediclil, I. G. SchneiJcr. Lipsia;, in-S, 1784. 

Ficiiot (Ch). — Slatisliqne monumentale du départe¬ 
ment de l'Anbe. Troyes, Lacroix, 1884, io -4 . 

Foivgeais (A.). — Collection de plombs historiés trouves 
dans la Seine. 20 série. Enseignes et pèlcrinage.s. Paris, 
chez l’auteur, 18G8, in-8. 

Gaidoz ( 11 ) — Méliisine, t. V, pp. 97, 170, 2o4, 2O1 ; 
1 . VI, p. 126; t. Vil, pp. 2.5, 77, 1.57 ;t. Vlll, ; 5 o, 122, 
i 53 , 208; t. IX, p. 190. 

Geeeuoy (Gustave). — La Brelague du centre. Le Tour 
du monde. Nouvelle série, g® année, 1908, zs semestre. 

Guénebaut. — Dictionnaire iconographique des monu¬ 
ments de l’antiquité chrétienne^et du moyen âge. 

Guérin (Mgr). — Les Petits Bollandistes. Vie des saints 
de l’ancien cl du nouveau testament, tome XIV. I 5 ar-le- 
Duc. Louis Guérin, i8j5. 

Hock (A.). — Croyances et remèdes populaires en pays 
de Liège. . 3 '’ édition, Liège, 1888. 

Hucuer. — Des enseignes de pèlerinage. Bulletin monu¬ 
mental ou collection de mémoires et de renseignements 
sur la statistique monumentale de la France. i 853 , 20 sé¬ 
rie, t. IX, 19e vol. de la collection. 

Kennedy. — Legendary Fictions 0/ the Irisch-Celts. 
London, 1886. \ 

Krauss (Friedrich). — Ein Bild des heil. Eligius in 
Wienn. Wienn, i8go. 

Lastiîyrik (de). — Histoire de la peinture sur verre. 

Le IIraz (A.). — Les saints bretons d'après la tradition 
populaire. Annales de Bretagne, I. IX, p. 48 . 




— 146 —. 


Le Vasseuii. — Annales de l'église cathédrale de Nogon, 
jadis dite de Vermand. Paris, Robert Sara, i633. 

Levesque. — La Vie et les sermons de saint Eloy, éves- 
qae de Nogon. Paris, Jean-Bapliste Coignard, iGgS. 

Liégard. — Les Saints guérisseurs de la Basse-Bretagne. 
Thèse pour le doctorat en médecine. Paris, Jouve, ipoS. 

Luzel. — Légendes chrétiennes de la Basse-Bretagne. 
Maisonneuve, Paris, i88i. 

Mangin (Paul). — Revue : la Provence, novembre 1893. 

Meiish (E.). — Deutsche Sagen aas Schwaben. Stuttgarl, 

i 852 , , 

Mim.in, — Voyage dans les départements du midi de la 
France, l’nris, 1807. 

M0NUEVIU.E (Henri de). — LaChirurgic ,\ va . àac\'wn fran¬ 
çaise de Nicaise, 1898 g-r. in-8. 

Mont (Poi, de) et A. de Lock. Dit zijn Vlaamscbe Verlel- 
sels. Gaiid, 1898. 

Nussac (Louis de). — Saint Eloi, sa légende et son culte, 
Balletin de la société scientifique, historique et archéolo¬ 
gique de la Corrèze, siège à Brives, t. XVII, 1896, pp. 629 
à 6Ü2. 

Nussau (Louis de). — Saint Éloi. Ses résidences en Li¬ 
mousin. Bulletin de la Société scientifique, historique et 
archéologique de la Corrèze, I. XIX, 1897, p. 809. 

Nussac (Louis de). — Les fontaines en Limousin, culte, 
pratiques, légendes. Bulletin archéologique du Comité des 
travaux historiques et scientifiques. Année 1897, pp. i 5 o 
à 177. 

Paris (Paumn). — Les Manuscrits français delà biblio¬ 
thèque du Boi, t. IV. Paris, l'auteur, i 84 i. 

Peignè-Dei.acourt. — Les Miracles de.saint FJoi,poème 
du A 7 //e siècle, publié pour la première fois d’après le 
manuscrit de la bibliothèq uebodléienne d'Oxford et anno¬ 
té par Pci g né-IJelacourt. Beauvais, Noyon, Paris. 

pREsiAu.v. — Leven van den //. Eligius gcwoonlijk ge- 
nnanul sinl Floi bijzondere Patroon tegen nagelgaten en 
brandende ziekten oak bcschermheilige der metaalbewer- 
kers en andere ambachtslieden,doar Ad. Presiau.v. Gent. 
188O. 





Raissius (Arnold de Raisse). — Ail NatalesSnncioram 
Belgii Johannis Molani Auclaviuni. Duaci, i6a6, in-fol. 

RiGOLi.OT. — Monnaies inconnues des évêques, des inno- 
cens, des fous et de quelques autres associations singu¬ 
lières du même temps, recueillies et décrites par M. J. R. 
d’Amiens. Paris, Merlin, iSdy. 

Rohuciion. — Pai/sages et monuments du Poitou. 

Rolanu. — Faune populaire de la France. Paris. Mais- 
sonneuve, i88i, tomes 1 à Vlll. 

Saint-Ouen, — Voy. : Acliery (d’). Barlhélemy. 

SÉiiiLLOT (Paul). ■— Légendes et curiosités des métiers, 
Paris, Flammarion. 

SiimixoT (Paul). — Traditions et superstitions de la 
Naule-Bretagne. Paris, Maisonneuve. 

Seuvièkiîs (Geoikiiïs). Croquis de Provence. Au pays du 
Mistral. La Lecture, 25 juin 1892. 

Tahdieu (A.) ET Royek (A). — Histoire illustrée des 
villes d'Auzanceset de Crocij dans lepags de Combraille 
(département de la Creuse), 1888. 

Van Loü (Ali'h). — Leuensschets van den Heiligen Eli- 
gius. Gand, 1894. 

Vasari. — Là Vie des plus excellents peintres, sculp¬ 
teurs, architectes. Trad. nouv. par Charles Weiss. Paris, 
Foulard, igoS, in 8», xi-giz. 

VuiLLiEii (Gaston). — Le Culle des fontaines en Limou¬ 
sin. Le Tour du Monde. Nouvelle série, 7'année, 2'semcs 

Neujarhrshlalt herausgegehen vnn der Stadtbibliothek 
in Zurich, auf des Jahr. 1874. Die Legende des h. Eli- 
gius. Zurich Druck, vonOrell, Fussli et C». 

Bulletin Monumental ou collection des mémoires et de 
renseignements sur la statistique monumentale de la France, 
2» série, t. IX, 19" vol. de la collection, i853. 

Inventaire des richesses de France. Provinces. I. 

Revue des traditions populaires. 

Mélusine. Voy. Gaidoz. 

Magasin pittoresque. 



— -- 


Note sur une collection 
d’ex-libris médicaux 


M. le professeur R. Blanchard. 


Les ex-lil)ris de iriédeciiis et de pharmaciens jouis¬ 
sent en ce inoinent d’une véritahle vogue. Voilà deux 
ans. Heniy-André leur a consacré une importante mo¬ 
nographie, dans laquelle sont reproduits la plupart de 
ceux qu'il a lui-même dessinés, avec un talent auquel 
chacun rend hommage (i). Depuis lors, F. Raisin (2) 
et Ch.de Sartorio ( 3 ) ont publié la description de deux 
pièces françaises, l’une du xviii'* l’autre du xixe siècle. 
EuHn, le 12 janvier dernier, le D’’ Wickersheimer 
présentait à la Société l’ex-lihris du médecin Du Douet, 
de Caen ( 4 ). 

Ces diverses circonstances m’engagent à placer sous 
les yeux de la Société les deux albums qui renferment 
ma collection d’ex-lihris. A part un petit nombre do 


(i) Hknuy ANDiiii. Les Ex-libris de médecins eide pharmaciens, 
oamage complète par des listes internationales des ex-tibris et 
devises des membres de ces corporations, suivi d'une étude sur 
tes marques personnelles macabres. l’aris, grand in-8“ de i64 p. 
avec 107 lig. dana le texte, 1908. 

(3; F. Uaisin, à propos des ex-libris de médecins. L’ex-libris du 
(lu docteur Gastaldy. Archives de la Sociélé des collectionneurs 
d'rx-libris et de reliures artistiques, XVI, p. i 43 , 1909, avec une 
figure dans le texte. 

( 3 ) Gb. DE Sartorio, Ex-libris du marquis Nicolas de Duranty, 
docteur en médecine. Ibidem, XVI, pp. i 45 -i 47 > avec une figure 
dans le texte. 

( 4 ) Er. WiCKEHsnEiMEn. fiitl/efin de la Société française d’his¬ 
toire delà médecine, IX, pp. 24, 1910. 



- 149 — 


pièces variées, ma collection ne comprend que des ex- 
libris de médecins et de pharmaciens, ainsi qu’on 
pourra s’en assurer aisémenti Leur nombre s’élève 
actuellement à 385, dont un bon tiers sont anciens, 
c’est-à-dire antérieurs au xixe siècle. 

Le temps me manque pour donner la description 
des pièces les plus intéressantes de ma collection ou 
même pour en dresser un simple catalogcue. Je ne dirai 
rien des pièces modernes qu’on peut on g-énéral se pro¬ 
curer assez facilement par voie d’échan|Çfe et (j’aurais 
pu, par ce procédé, en accroître notablement le nom¬ 
bre) ; je passerai sous silence les pièces de la première 
moitié du xix” siècle, dont quelques-unes sont pour¬ 
tant d’un réel intérêt ; je me bornerai à citer les prin¬ 
cipales d’entre les pièces antérieures au xix® siècle. En 
voici l’énumération ; 

L.-Fr. Andry, J.-N. Arrachart, J.-J. Baier, M.-H. 
Th. Baron, P. Blair, J. Bœcler, Ph.-H. Boeder, Boy- 
veau-Laffecteur, M. Brisseau, L.-CI. Cadet, L. Glouet, 
P. Cochon, Cochon-Dupuyi Cojhen, collèg-e de phar¬ 
macie, C.-J.-L. Coquerel, J.-M.-A, Corréard, A. Das- 
sy, D. Delafaye, Desmery, B. Dufau, P.-J. Erhart, 
J.-B. Gastaldy (2), Gavinet, M.-Fr. Geoffroy, P. Gos- 
set de Saint-Clair, J.-Ch; Grumet, D. La FHze, de 
Lamothe, Lavater, Lavoisier, Le Cat, J.-P. Le Dru, 
L.-J. Le Thieullier, Th. Lloyd, A. Louis, Mareschal, 
Th. Molyneux, D. Morand, A.-Al. Normandeau, Fr. 
Petit, Pichault de la Martinière, J.Raussin, H.-J. 
Reg:a, J.-J. Reichard, F. Routy, C.-H. de Roy,Th.-R. 
Sauvage, G.-J.-F. Thomas, J.-B. Tissot, Ch.-J. Trew, 
J.-A. Tronchin, H. Usticke,R. Willemet, J.-F. WolfF. 

Tous ces ex-libris sont authentiques ; presque tous 
sont en très bon état de conservation. Un certain nom¬ 
bre d’entre eux sont représentés par plusieurs états 
différents. 

L’ex-libris du D’’ N. de Duranty, décrit récemment 



— ISO — 


par Ch. de Sartorio, fait partie de ma collection. Celui 
de Du Douet m’est inconnu. 


Présentation du Corpus inscriptio- 
num 


M. le Professeur R. Blanchard. 


Le 11 décembre 1907, j’ai fait part à la Société d’un 
projet de création d’un Corpus inscriptionum ad me- 
dicinam biologiamque spectanlium. Ma proposition 
fut vivement approuvée. La Société résolut d’entre¬ 
prendre sans délai la publication dont je lui soumettais 
le plan et dont, à titre de spécimen, je lui apportais 
les premières pag-es ; elle inséra même dans son Bul¬ 
letin le texte d’une circulaire faisant connaître l’en¬ 
treprise, sollicitant les concours dévoués sans lesquels 
on ne saurait donner à celle-ci toute l’extension dont 
elle est digne et présentant, comme modèles, neuf 
inscriptions diverses par la langue et la complication 
typographique. Cette circulaire fut tirée à part et assez 
largement distribuée. 

Cependant, la publication du Corpus devait excéder 
les ressources dont la Société pouvait disposer. Celle-ci 
ne tarda pas à s’en rendre compte. Ma résolution fut 
bientôt prise : il fut décidé que la Société se désinté¬ 
ressait de la publication, dont j'assumai toute la 



charg-e matérielle. Notre collègue, le docteur Ernest 
Wickersheimer, me lit l’amitié d’accepter les fonctions 
de secrétaire'de la rédaction ; je trouvai en lui un col¬ 
laborateur très précieux, au zèle et à la science duquel 
j’ai grand plaisir à rendre hommage. 

Je constate avec satisfaction que la circulaire distri¬ 
buée par la Société trouva partout le meilleur accueil : 
la Société historique d’Auteuil et de Passy (i), l'Acadé¬ 
mie royale de médecine de Belgique (2), la Société des 
lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc ( 3 ), d’autres en¬ 
core annoncèrent avec faveur la prochaine apparition 
du Corpus. L’éminent professeur d’Histoire de la 
Médecine à l’Université de Leipzig, le D'' Karl Sudhoff 
fît mieux encore : il consacra au Corpus deux ^article 
des plus élogieux ( 4 ) : « Et maintenant, écrit-il, bonne 
chance au grand ouvrage, que nos meilleurs souhaits 
accompagnent 1 » 

Salué avant sa naissance par de tels encouragements, 
le Corpus répondra-t-il aux espérances que l’on fonde 
sur lui? Du moins, je ne négligerai rien pour l’élever 
à la hauteur de ces fîatteuses, mais exigeantes prévi¬ 
sions. J’exprime ma gratitude à tous les amis de la 
première heure qui m’ont comblé de leurs vœux de 
succès ou qui m’out^ dès maintenant, fait parvenir des 
inscriptions très précieuses. 

Dans les divers ouvrages traitant de l’épigraphie 
des temps anciens, se trouvent un bon nombre d’ins¬ 
criptions rentrant dans le pr ogramme du Corpus, i’ai 
pensé que j’avais mieux à faire que de les publier de 


(i) Procès-verbal de la séauce du la mai 1908. 

(a) Procès-verbaux des scauces du 3o mai 1908, p. 42, et du. 
a5 juillet, P 67. 

(3) Bulletin mensuel. p..i.xviii, juin 1908. 

(4) Mitteilungen eur Geschichle der Medizin and der Nalur- 

wissenschaften, VII, pp. >908. — Die Pariser medtsi- 

nisohe Epigraphik. Peuillcton de la Frankfurter Zeitung, 4 uiaîi 
1908. 



•nouveau ; je porterai plus spécialement mon attention 
sur les documents modernes, en faisant remonter les 
temps modernes, à ce point de vue spécial, aussi haut 
•que possible dans la période médiévale. Toutefois, les 
documents antiques qui pourraient m'être en voyés seront 
reçus avecg-ratitude, dans la pensée que l’occasion de 
les utiliser pourra se présenter quelque jour. Ces do¬ 
cuments deviendraient alors l’objet d’une publication 
spéciale, qui aboutirait, en somme,à un dédoublement 
du Corpus en deux séries parallèles, la série antique 
et la série moderne. 

Quant à présent, c’est donc de cette dernière seule¬ 
ment qu’il va s’ag^ir. Je sollicite de la façon la plus 
pressante la collaboration de toutes les personnes de 
bonne volonté, comprenant le haut intérêt historique 
de la publication que j’entreprends : 

Les gens de tous pays, connus et inconnus, 

Tous pour y prendre part seront les bienvenus. 

Il n’est pas un homme instruit qui ne soit capable et 
n’ait éventuellement le loisir de copier les inscriptions 
relatives à la médecine et à la santé publique, ainsi 
qu’aux médecins,fpharmaciens, vétérinaires et natura¬ 
listes, inscriptions qui se rencontrent en cent endroits 
divers. 

On est instamment prié de recueillir toutes les ins¬ 
criptions rentrant dans le programme du Corpus, les 
plus récentes comme les plus anciennes. Toutefois, à 
part des cas exceptionnels, j’entends exclure provisoi¬ 
rement de toute publication les inscriptions concernant 
des personnes ayant vécu ou des événements s’étant 
déroulés au xx° siècle : jusqu’à décision contraire, la 
date du 3 i décembre igoo marque donc la limite 
extrême des documents qu’il e^t possible de publier 
dès maintenant. Pour ceux d’une date plus récente, il 
nous semble nécessaire, tout au moins d’une façon 



générale, d’allendre que le temps ait accompli sou œu¬ 
vre d’apaisement et de juste appréciation. Ces inscrip¬ 
tions récentes, celles d’hier et celles d’aujourd’hui, 
méritent au même titre que les autres d’être relevées 
scrupuleusement, nous ne saurions trop le répéter ; 
mais il convient de les laisser dormir quelque peu dans 
les cartons, avant de les livrer à la publicité. 

Le Corpus inscriptionum ne s’adresse pas aux 
seuls médecins ou biologistes ; j’ai l’espoir que les his¬ 
toriens, les Bibliothèques, les Sociétés savantes et, 
d’une façon générale, les curieux et les érudits trou¬ 
veront aussi quelque intérêt à cette publication. Elle 
paraîtra par fascicules, sans périodicité fixe. 11 dépend 
du zèle de nos collaborateurs que ces fascicules ne 
soient pas trop minces ou trop espacés. 

Le premier fascicule du 6’or/)MS est paru récemment. 
J’ai l’honneur de l’offrir à la Société. 11 comprend sept 
feuilles d’impression, avecaCa inscriptions et 4 figures 
dans le texte (i). Le second fascicule est sous presse et 
ne se fera pas trop attendre. 


(i) Le Corpus tnscriplionum est édité pari a Librairie Asselin 
i t Houzeau, place de l’Ecole-de-Médecine, Paris. 11 paraît par 
fascicule, sans périodicité fixe, .So feuilles d’impression (48o pa¬ 
ges) formant un volume grand iu-S” avec figures dans le texte 
et table analytique détaillée. Le prix de souscription au premier 
volume est de i8 francs. On trouvera plus loin un bulletin de 
souscription. 


Poitiers. — lmp. Blais et Kov, 7, rue Victor-Hugo. 



LIBRAIRIE ASSELIN ET HOUZEAU, ÉDITEURS 

PLACE r>E l’ÉCOLE-DE-MÉDECINE, PARIS, 6®. 


Je soussigné. 


déclare souscrire au Corpus insoriptionum ad medicinam biologiamque spectantium, publié par M. le Professeur 
R. Blanchard. 

La publication doit se faire par fascicules, sans périodicité fixe, 3o feuilles d’impression (48o pages) formant un volume 
grand in-8», avec figures dans le texte et table analytique détaillée. Je déclare accepter ces conditions. 

Ci joint la somme de dix-huit francs, montant de l’abonnement au premier volume. 

■ .. Signature, 

Qualités. . 

Adresse. 

Date . . 


Prière d’écrire très lisiblement, de détacher ce Bulletin de souscription et de l’adresser, avec un ma 
chèque sur Paris, à la Librairie Asselin et Houzeau, place de l’École dc-Medecine, à Paris. 


indat-poste 



Séance du 9 mars 1910. 

Présidence de M. Gilbert B.vllet, 


Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. Nœgeli-Akerblom^ de Genève, a adressé deux 
notes. 

La première a trait à la communication Taite par 
M. Marcel Baudouin sur» la Joubarbe totem et la Jou¬ 
barbe en médecine populaire ». L’auteur évoque le 
« Krauterbuch» dePetrus Matthiolus (i565),et,remon¬ 
tant jusqu’à Cliarlemagne, montre que celui-ci, dans 
son « Gapitulare de villis », ordonnait aux paysans de 
planter la barba Jovis sur les toits pour protéger les 
maisons contre la foudre. Encore aujourd'hui, eu Ga- 
licie, on reconnaît les maisons des colons allemands 
à leurs toits couverts de joubarbe, et en Styrie cela sert 
encore à protéger les habitations. 

M. Nœgeli-Akerblom admet comme étymologie des 
noms deBourbon-l’Archambault, Bourbonne-les-Bains, 
etc... le nom du dieu celtique Borno ou Borvo, dieu 
des sources thermales. 

La seconde note concerne un passage de la commu¬ 
nication de M. Marcel Baudouin concernant l’enfance 
de Renan, où il est parlé de menaces faites à un saint. 
Cette note rappelle un passage de la Revue des Pères 
bénédictins de 1901, où il est question, d’une menace 
H 



faite par un père à saint Antoine de Padoue, menace 
qui intimida le saint et lui fit retrouver à l’heure dite 
un bréviaire perdu. 

üc** 

M. Raphaël Blanchard présente une montre ren¬ 
fermée dans une tê(e de mort en métal datant du com¬ 
mencement du xvn® siècle. Il présente une autre tête 
de mort, celle-là moderne, dont on fait mouvoir le 
maxillaire inférieur et les g-lobes oculaires en tirant 
une ficelle. 

La séance est levée. La prochaine séance aura lieu 
le 3o mercredi d’avril. 



La joubarbe totem et médicament. 


M. le D"' H. Nœgeli-Akerbloin, de Genève. 


Dans son article/a Joubarbe Tolem el la Joubarbe 
en Médecine populaire, M. Marcel Baudouin parle 
de la joubarbe qui, ne poussant pas spontanément 
sur les toits de chaume, doit évidemment être plantée 
là dans une intention totémique, et non pas poür con¬ 
solider le toit, comme le veut Larousse. Je voudrais 
appuyer celte manière de voir, et cela pour plusieurs 
raisons. 

D’abord, nous trouvons dans le « Krauterbucli » de 
PetrusMalthiolusde 1565 l’indication suivante : « Haus- 
swurz nenuet man aucli Douderbar darumb dass man 
vermeinet wo diss Kraut auf einein Hause aufwaclise, 
do moge das Wetter keinen Schadon thun noch der 
.&!itz vnd Donner dareinschlagen. 

Die grosse Hauswurz heisst Welsch Sempervivo 
Maggiore, FrantzOsisch Grande Joubarbe... » «Lalein 
Sedum, Barba Jovis. » 

Mais ce qui prouvé que la Joubarbe était de vieille 
date une plante Totem, c’est que nul autre que Char¬ 
lemagne ordonnait aux paysans de planter la Barba 
Jovis sur les toits, pour protéger les maisons contre 
la foudre, et ceci dans le Capitulare de villis, qui 




— 1S8 — 


ordonne quelles plantes le paysan doit planter en rai¬ 
son de valeur curative ou nutritive (i). Nul doute que 
la forme des feuilles ait donné lieu à cette supersti¬ 
tion, comme M. Baudouin le dit (2), car la plante 
était déjà sacrée à Thonar, et encore maintenant on 
reconnaît de loin en Galicie les maisons des colons 
allemands par leurs toits couverts de joubarbe. Et en 
Styrie on plante encore aujourd’hui la joubarbe sur 
les toits en chaume pour se protéger contre la foudre. 
De même on croit encore là qu’on peut toucher un fer 
chauffé au rouge, si on se frotte la main de suc de jou¬ 
barbe, mélangé avec de la gomme, de l’arsenic rouge 
et de la mandragore. Et toujours parce que la joubarbe 
protège contre la foudre et ses conséquences, on l’em¬ 
ploie encore maintenant en infusion contre le feu inté¬ 
rieur de la fièvre, en compresses contre les furoncles, 
comme le préconisait déjà Matthiolus. 

Je crois qu’on retrouve l’idée de la chaleur dans le 
terme Bourbon, mais je crois qu’on doit admettre un 
autre radical que celui de Borbe ou barre, qu’admet 
M. M. Baudouin comme ayant donné Bourbon VAr- 
chambauH,Bourbonne-tes-Bains, etc. Garces endroits 
doivent leur nom au dieu celtique Borvo ou Bormo, le 
dieu des sources thermales. C’était le surnom donné à 
Apollon guérisseur. Ainsi on a trouvé à Bùurbon- 
Lancy une table votive : 

« G. lULlUS EPÜREDIBIGIS F(ilius) MAGNUS 
PRO lULlO GALENO FILIO BORMONI ET DAMO- 
NAE (3) «.Deux autres inscriptions sont vouées kBor- 
voni et Damonae. Le radical celtique est borv, bor = 


(i) Vergkichende Volksmeditin, Hovorka et Kronfeld. 1908, 
vol. I, p. 100. 

(a) intermédiaire des Chercheurs et Curieux, 1910, pp. 96-97. 
(3) Pauly, Realencuctopaedie der Classischen allertumswis- 
senschaft. Helder, Altceliischer sprachschatz. 




— 159 — 


bouillir, ce qui implique toujours la chaleur. Et rien 
n’empêche d’admettre qu’en certrains endroits où l’on 
vénérait jadis le dieu Borvo les prêtres n’aient mis à 
la place Sainie-Barbe, en suivant les principes de 
Grégoire-le-Grand {t^) : 

« Fana idolatrum destrui in eadem g'ente (Ang'lo- 
rum) minime debeant : sed ipsa, quæ in eis sont, idola 
destruantur. Aqua benedicta fiat, in eisdem fanis as- 
perg-atur, altaria construantur, reliquiæ ponantur : 
quia si fana eadem bene constructa sunt, necesse 
est ut a cullu daemonoram in obsequium veri dei 
debeant commodari, ut dum gens ipsa eadem fana 
sua non videt désirai, de corde errorem deponat, 
et deum veram cognoscens, ac adorans, ad loca 
quæ consuevit, familiarias concurrat. Et qui boves 
soient in sacriflcium daemonum multos occidere, 
debet his autem hac de re aliqua solennila immu- 
iari, etc. » Gharlemag-ne fut donc prudent en laissant 
leur totem à ses sujets, car il leur laissait la plante 
chère à leur ancien dieu, en prétendant qu’elle préser¬ 
vait de la foudre. 


L’intimidation des Saints. 

M. le D" H. Nœgeli-Akerbloin,ye Genève. 

Dans la séance du g février, M. Marcel Baudouin 
rappelle un passage des Souvenirs de l'enfance de 


(4) Episiolar,,, liber IX, cap. LXXI, épist. 71 ad augustinum 
epUcop. 



Renan, où il est parlé de menaces faites à un saint. 
Je me permettrai de citer à ce sujet, et pour excuser la 
croyance des parents de Renan, le récit authentique, 
qui se trouve dans la Revue des pères Bénédictins, 
« Slinimen ans Maria-Laach » de 1901. 

Un père O. S. B. vient faire visite à son ami du 
même ordre, dont le patron est saint Antoine de Pa- 
doue. A son grand étonnement il voit la statue du 
saint dans un coin, tournant le dos à la chambre. La 
raison pourtant est bien simple; depuis un mois le 
protégé de saint Antoine a perdu son bréviaire auquel 
il tient beaucoup ; impossible de le retrouver. Le pro¬ 
tégé de saint Antoine lui promet une neuvaine, lit des 
messes en son honneur, afin de retrouver son bien ; 
riennesert. Aussi de guerre lasse, le fidèle père O. S. B. 
a mis la statue de son patron en pénitence depuis huit 
jours, tout en lui déclarant que, si le bréviaire en ques¬ 
tion ne se retrouvait pasjusqu’à 5 heures de tel jour (qui 
se trouvait justement le jour de cette visite), la statue 
serait enfermée^dans un cabinet noir avec le linge sale. 

L’ami se rappela subitement avoir vu par hasard un 
livre sur une armoire de la salle du chapitre, salle 
dont on ne se servait en général qu’une fois par mois, 
et proposa d’aller voir si ce n’était pas le livre enques- 
tion. Les deux amis montèrent à la salle et quand 5 
heures sonnèrent, le bréviaire était entre les mains de 
son propriétaire. Saint Antoine n’avait pas pu résister 
à l’ultimatum ! 



Séance du 20 avril 1910. 

Présidence de M. Le Pileur, vice-président. 


Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

A propos du procès-verbal M. Ernest Wickershei- 
mer fait observer au sujet des comm unications récentes 
surla joubarbe,qu’unethèse(5ej7ragreira/' Ravensber- 
gischen Volkskande), présentée eri 1908-09 par M. 
Heinrich Hésemann à la Faculté de philosophie de 
l’Université de Greifswald, contient des faits qu’il est 
utile de rapprocher de ceux qu’ont apportés MM. Marcel 
Baudouin et Naeg'eli-Akerblom. 

M. Heinrich Hesemann nous apprend que dans le 
comté de Ravensberg (Wesfphalie), ainsi que dans 
d’autres contrées de l’Allemagne ou de la France, les 
paysans espèrent préserver leur maison de la foudre, 
en plantant sur son toit des joubarbes (Donnerkraut, 
Donnerlauch, Hauslauch, Donnerbart). Il ajoute 
qu’en médecine populaire on emploie la joubarbe con¬ 
tre les crampes. 

Quant aux pierres polies, auxquelles M. Marcel Bau¬ 
douin a fait également allusion, on- leur donne le nom 
de Donnerkeil (carreau de foudre) ; elles protègent con¬ 
tre la foudre et on leur attribue aussi des vertus théra¬ 
peutiques, notamment en cas d’inflammations, d’abcès 
ou de blessures. 



M. le Secrétaire général offre à la Société : 

10 Au nom de l’auteur, M. Hermann Schône : 
Edite Hippocrotessdiriflen, in-8, 12 p. (Extrait de 
la Deulsdien Medizinischen Wochenschrift 1910.) 

2" Au nom de l’auteur, M. Cordell, de Baltimore : 
Aretœas the Cappadocian, in-8,18 p. (Extrait de 77ie 
Johns Hopkins Hospital Bulletin 1909). 

3 “ Au nom de l’auteur, M. Nœgeli Akerblom, de 
Genève : Chinoiseries, iü-8, 6 p. (Extrait de la Revue 
suisse de Médecine.) 


M. Victor Nicaise lit au nom de M. Pierre Ram- 
baud, de Poitiers, une note intitulée: « L'ambulance 
du bataillon de Châtellerault en lygd », 

M. le Secrétaire général lit au nom de M. Nœg-eli- 
Akerblom, do Genève, une note intitulée : « Napoléon 
et Jenner ». 

M. Félix Régnault lit un travail ayant pour titre ; 
« Divinités pathologiques. » 

M. Sémelaigne présente une note manuscrite de 
Pinel ayant pour titre : « Observations sur l'hospice 
des insensés de Bicêtre par le citoyen Pinel, méde¬ 
cin des infirmeries de cette maison nationale. » 


Au cours de la séance, M. Ernest Wickersheimer 
a été élu membre du Conseil. 

La séance est levée. 



L’ambulance du Bataillon 
de Châtellerault en 1793 


M. PierreRambaud. 


Le 8 septembre 1798, un courrier parti de Poitiers 
apporte au district de Châtellerault le décret de la 
Convention ordonnant la levée en masse des citoyens 
âgés de 18 à 5o ans.Tous devront par ordre du Dépar¬ 
tement se réunir le 11 du même mois, munis des 
armes qu’ils pourront se procurer, fusils,piques, faulx, 
haches, etc., afin d’aller rejoindre l’armée en formation 
à Thouars (i). Les nouveaux enrôlés de chaque can¬ 
ton auront à leur tête pour les commander les repré¬ 
sentants envoyés par eux à la fête du 10 août. Le 
départ est fixé au 11, et le lieu de rassemblement sera 
l’arbre de la liberté planté sur la place de la ville. 

Ces décisions prises, ordre est donné de battre le 
tambour et de sonner le tocsin sans discontinuer, pen¬ 
dant que le District restera en permanence. Sur les 
10 heures du soir, se présentent les officiers de santé 
de Châtellerault pour lui demander la formation 
d’une ambulance destinée à suivre le bataillon qui va 
partir. 


(i) Arch. Vienne, L. 335. Reg. 5i. 



■104 — 


Ils se proposent de donner toutes les indications 
nécessaires et de dresser eux-mêmes la liste de ce que 
l’on devra faire entrer dans sa composition. Leur offre 
est acceptée et l’arrêté suivant est pris séance tenante : 

« Considérant Furgence de composer un# boite de 
médicaments et instruments de chirurgie, pour traiter 
les maladies et blessures qui pourroient survenir aux 
citoyens qui marchent contre les rebelles de la Vendée, 
le Conseil a arrêté quelad. Boëto sera composée et sui¬ 
vra les citoyens. Et a l’effet do la composition de lad. 
Bocte, les C'’sMartineau (i) et Panetier (2),officiers de 
santé ont été nommés. Ils sont invités à faire un mé¬ 
moire de tout ce qui entrera dans la Boëte, de mettre le 
prix à chaque article. Duquel mémoire il sera remis 
coppie à l’administration». Cette fourniture dut se 
faire rapidement, car tous ceux que visait la loi de¬ 
vaient se réunir le 9 afin de se faire inscrire pour par¬ 
tir deux jours plus tard. 

Le médecin et le chirurgien chargés de composer 
l’ambulance présentèrent la note suivante que les Apo¬ 
thicaires Beaupoil et Seuilly jeune reçurent l’ordre 
d’exécuter : 

Mémoire des médicaments, instruments et autres 
choses utiles pour le service des citoyens qui doi¬ 
vent partir pour l’armée de la Vendée et estimés 
nécessaires par les officiers de santé soussignés. 


Cliariols. 4 

Matelats. 8 

Couvertures de laine. 16 


(i) Martineau (Pierre),fils de Louis, Pierre Martineau de la Rif- 
faudiére, fut reçu docteur à Montpellier, le 6 août 1770. (Arch. 
Vienne, Greffe Ghâiellerault.) 

(a)Panncticr (Pierre-Joseph), né en 1724, probablement fils de 
Glaude, chirurgien, était marié, eni7.5i, à Marie Aubonneau,tille 
de Simon et de Marie Guillon.il commence à être désigné comme 
lieutenant du premier chirurgien du roi, à partir de t^^o{Id). 







Traversins... S 

Draps usés. 4 

Draps de bonne toile a appareil et bandes. 4 

Bistouris..'. S 

Pinces. 3 

Sondes.’. a 

3» 

D’Eau-de-vie. veltes a 

Camphre.... livre i 

Miel nouveau. — 20 

Tlierebenline de Venise. — 2 

D’onguent de la Mère. — .2 

40 

Détartré stibic..... once i 

D’Alkali fluor — six flacons de chacun 

demie once. .. cy 6 

De Thériaque fine. livre i 

D’Elixir de Garus. once 4 

D’Eau d’Arcabusade spiritueuse. bout, i 

D’Huile d’olives. livre 2 

Sucre. — 4 

De l’Electuaire d’hyera picra. — 1 

De Séné. — i 

De Sel d’Epsom. — 2 

De Syrop purgatif.. — 4 

De Vulnéraire de Suisse. once 4 

Arrêté à Châtellerault,ce 10® septembre 1798,l’an a® 
de la Rép® une et indivisible. 

Ma-Rtineau D® M. —Panetier. 


Le môme jour ce mémoire est présenté au District 
qui décide qu’il restera attaché au registre des délibé¬ 
rations et que copie en sera envoyée aux Cns Beau- 
poil (i) et Seuilly (2) jeune « Apoticaires en cette 

(i) BeaupoiUJean-Auguste) appartenait à une vieille famille d’a¬ 
pothicaires de ChàteUerauU. 

(a) Seuilly (Pierre) reçu maître en 1781. 


























— 166 — 


ville chargfés de préparer et de fournir les objets de 
« farmaphie, ce qui a été à l’instant fait ». 

Malgré nos recherches et celles de notre savant ami 
M. A. Labbé, de Ghâtellerault, il ne nous a pas été 
permis de savoir si le bataillon fut accompagné d’un 
médecin ou d’un chirurgien. En tout cas, il se mit en 
route à la date fixée par le Département. Il gagna 
Richelieu puis enfin Thouars, où il arriva fort diminué 
par de nombreuses désertions. Ses débris gagnèrent 
ensuite La Rochelle où ils furent incorporés à d’autres 
bataillons. En résumé, l’ambulance ne semble pas avoir 
été utilisée sur les champs de bataille de la Vendée. 


Napoléon et Jenner 


M. le D" H. Nægeli-Akerblom (de Genèoé). 


De nos jours, où chaque pays est plus ou moins sous 
l’influence des idées nationalistes, et que d’un autre 
côté des vieux ennemis se réconcilient, il n’est pas sans 
intérêt de rappeler les rapports qu’il y eut jadis entre 
le grand ennemi des Anglais, Napoléon, et la grand 
Anglais que fut Jenner. 

Car malgré la guerre acharnée entre la France et 
l’Angleterre, déjà en 1800 on s’occupa de la découverte 
de Jenner, grâce surtout à Lucien Bonaparte, alors 
•ministre de l’intérieur. Mais on peut juger de l’impor¬ 
tance que Napoléon attribuait à la découverte ^ Jenner 



— 167 — 


par les égards qu’il eut pour des protégés de ce der¬ 
nier. 

On sait que la haine de Napoléon contre les Anglais 
était telle que lorsque les hostilités recommencèrent en 

1 8 0 3 , il fit retenir nombre d’Anglais qui étaient venus 
pour études en France, confiants en la paix d’Amiens. 
Ainsi un D’’ Wickham, boursier de l’université d’Oxford, 
fut arrêté à Paris et dut rester prisonnier sur parole à 
Genève. De môme un jeune homme, Mr Williams, 
voyageant pour son plaisir, souffrant, fut interné à 
Nancy. 

Tous les efforts des diplomates restant sans effet, les 
parents des prisonniers s’adressèrent à Jenner ; il s’a¬ 
dressa au comité central pour la vaccination à Paris 
(sans résultats î) puis directement à Napoléon, qui lui 
avait prouvé son estime par la splendide médaille de 

1804. Voici la teneur de sa lettre ; 

Sire, 

« La Providence m’ayant permis de faire une décou¬ 
verte dont les bienfaits sont reconnus par toutes les 
nations, j’ose me baser sur cette excuse pour demander 
humblement une grâce à Votre Majesté, qui de bonne 
heure a apprécié l’importance de la vaccination et en a 
encouragé la vulgarisation ; Votre Majesté étant recon¬ 
nue universellement comme protecteur de la science. 

« Mon humble requête comporte que Votre Majesté 
Impériale veuille bien permettre à deux de mes amis, 
hommes do science et de littérature, de retourner en 
Angleterre: l’un, Mr Williams, résidaiit à Nancy; 
l’autre, Mr le D‘’ Wickham, actuellement à Genève. Si 
Votre Majesté daignait m’accorder ma prière, vous 
imprégneriez mon âme de sentiments ineffaçables de 
reconnaissance. 

« Je suis etc..... 

i 8 o 5 ; 




Napoléon était alors en Italie, mais Williams put lui 
remettre une copie de la lettre lors de son passag'e à 
Nancy. Une autre copie fut transmise à l’empereur en 
juin 1806 par Corvisart, qui put le mois suivant, infor¬ 
mer Mr Williams que l’empereur donnait suite à la 
demande de Jenner, le libérait, ainsi que le D*'Wi- 
ckham. 

De même Corvisart écrivit le 5 décembre 1909 à 
Jenner: « J’ai remis, ces jours derniers à Sa Majesté 
l’Empereur la copie de votre lettre en date du 4 octo¬ 
bre 1809. L’Empereur m’a promis de vous répondre, 
qu’il ferait remettre en liberté les deux g-entilshommes 
(MM. Garland et Gold),auxquels vous vous intéressez. 
Je suis bien flatté de pouvoir vous annoncer cette heu¬ 
reuse nouvelle ».En môme temps Corvisart demande à 
Jenner |de s’intéres.ser à un jeune Français prisonnier 
des Ang-lais, mais l’influence de Jenner fut moins 
grande en Angleterre qu’en France. On prétendit 
même ne pas connaître le nom du protégé de Corvi- 

Et pourtant Jenner put donner des certificats comme 
le suivant : 

I bereby certify, tliat Mr A. the young gentleman 
who is the bearer of this, and who is about to sail from 
the port of Bristol on board the Adventure, Captain 
Vesey, for the island of Madeira, has no other object 
in view thaii the recovery of his health. 

Edward Jenner. 

n MEMBER OF THE N. I. OF PKANCE. » 

Berkeley, Glouccstcrshirc, July i, 1810. 

II assure que tout capitaine français traiterait le por¬ 
teur de ce sauf-conduit avec tous les égards possibles, 
et que le gouvernement français le libérerait immèdia- 



tement « vu que Sa M. l’Empereur avait toujours prêté 
une oreille favorable aux prières de Jenner ». 

Il est vrai que pendant ce temps les prisonniers fran¬ 
çais périssaient à bord des « Hulks » ang-lais! 

(The tife of Ed. Jenner, By John, Baron M. D. F. R. S London 
i838. Henry Colburn.) 


Divinités pathologiques 

PAR 

M. le docteur Félix Régnault 

Ancien interne des hôpitaux de Pai-is. 


Les divinités patliolog-iques existent chez les sauva¬ 
ges, sous forme de statuettes servant defétiches et d’a¬ 
mulettes pour les malades. A un stade où l’homme ne 
sait pas encore écrire, ces bonshommes grossiers mon¬ 
trent les premiers résultats de l’observation médicale. 
Pour les sculpter, les artistes primitifs s’inspirèrent du 
principe similia similibus curantur, chaque fétiche 
guérit la maladie dont il est atteint. Il suffit de feuil¬ 
leter le livre de Max Bartels(ij pour y trouver maints 
exemples de cette attribution. Les Goldes du fleuve 
Amour ont, pour traiter la consomption et la phtisie, 
des poupées en bois longues et maigres sur lesquelles 
sont marquées les vertèbres et des côtes dont le nom- 


(i) Max Bartels. Die medicin der nalurvolker, Leipzig, 1898. 




— 170 - 


bredépasse notablement celui.normal (fîg. i). Les an¬ 
ciens Péruviens, pour se préserver des maladies de peau, 
avaient des terres cuites représentant un homme cou¬ 
vert de pustules. Un homme au ventre ouvert est sou¬ 
verain contre les dévoiements (Giliaks de la Sibérie 



Fig. I. 

Amulettes en bois des Goldes du fleuve 
Amour destinées aux phtisiques. 

Orientale). Contre les rhumatismes, les douleurs arti¬ 
culaires et les raideurs, Goldes et Giliaks possèdent des 
bonshommes dont les reins et les membres sont articu¬ 
lés, mobiles (fig. 2). 

Nous avons vu au musée Guimet une idole des 
Yakoutes, peuplade sibérienne, qui doit ét|^ souveraine 
en cas de contracture faciale, car elle est dessinée 
avec une bouche fortement oblique. Un autre fétiche. 



— 171 — 


Yakoute également, dont le cou est penché vers l’épaule 
droite, préservera du torticolis. Citons encore les figu¬ 
rines Néo-Zélandaises taillées dans de la jade, porte- 
bonheur précieux que les indigènes suspendent à leur 
cou et qu’ils se transmettent en héritage ; ces fétiches, 
de forme humaine, ont les jambes croisées suivant 
la mode du pays, et la tête inclinée sur une épaule. 



Fig. 2. 

Amulettes aux membres articulés des Gol- 
des et des Giliaks, contre le rhumatisme. 

Ce sont les images de sorciers réputés, atteints de tor¬ 
ticolis. , 

Des peuples plus civilisés ont obéi aux mômes idées. 
Un masque phylactère en terre-cuite, du vn® siècle 
avant J.-G., trouvé dans les ruines de Carthage dont 
la bouche est également déviée et qui devait aussi 
servir à quelque cérémonie en vùe de guérir les mala¬ 
des. De nos jours encore, pour guérir leurs clients, 
les prêtres cinghalais exécutent la danse du démon, 
après s’être affublés de masques représentant diverses 
maladies. Les uns montrent un bec-de-lièvre, les au- 



— 172 — 


très une gueule de loup..., la contracture faciale est 
souvent reproduite (i). 

Ces représentations figurées de maladies ne doivent 
pas intéresser le seul médecin, elles ont quelque im¬ 
portance dans l’histoire de l’art. 

Julius Lange a montré (2) que les statuettes des pri¬ 
mitifs obéissaient à la loi de « frontalité ». L’auteur 
entend par là que le plan médian vertical et antéro¬ 
postérieur de la statue la divise toujours en deux par¬ 
ties symétriques. En d’autres termes, la statue n’ofTre’ni 
torsion, ni flexion latérale du corps, ni mouvements 
différents des membres supérieurs ou inférieurs. Ces 
statuettes peuvent n’ôtre point grossières,être exécutées 
sans raideur, avec goût ; leur frontalité indiquera tou¬ 
jours qu’elles proviennent d’un art primitif. Ainsi les 
statuettes égyptiennes des premières dynasties, malgré 
leur apparente perfection qui les avait fait attribuer par 
certains auteurs à un art évolué, se conforment tou¬ 
jours à la loi de frontalité. 

L’auteur admet des exceptions à cette règle qui, pro¬ 
venant d’une idée éthique, s’inspirait d’une convention 
sociale. Les premiers Egyptiens ne la respectaient pas 
en sculptant les statuettes des animaux, celles des nè¬ 
gres qu’ils considéraient comme des bêtes, et celle des 
personnages lascifs. A ces exceptions, il convient d’en 
ajouter une autre d’une portée plus générale : les figu¬ 
rines primitives dé divinités pathologiques, amulettes 
et fétiches, n’obéissent pas à la loi de frontalité. 


La mentalité des paysans ne diffère point de celle 

(1) D’après le même principe homéopathique les fétiches ont la 
forme des organes qu’ils sont censés guérir : un cœur guérit les 
maladies de cet organe, etc. 

(a) Julien Lange. Darstellung des Menschen in der alteren 
griechischen Kunst, Strasbourg, 1899. 



— 173 — 


des sauvag'es. Ainsi les Bretons invoquent des statues 
de « saints pathologiques » qui sont censés guérir la 
maladie qu’ils ont eue. La chapelle de Notre-Dame du 
Haut, près de Moncontour, a un saint Marner dont le 
ventre ouvert laisse sortir les entrailles et qui guérit 
les affections intestinales. Elle possède encore un saint 
Livertin, inclinant sa tête à droite et la soutenant de 
ses mains, qui guérit les maux de tête. Sainte Rade- 
gonde,à la chapelle Saint-Léon près Uzel, est invoquée 
contre le mal de dents : des taches de sang marquées 
autour de sa bouche font croire au peuple qu’on lui a 
arraché quelques molaires. Autrefois tous les chrétiens 
acceptaient ces analogies. Saint Roch, patron des.pesti¬ 
férés, avait été atteint de la peste et montrait aux fidè¬ 
les sa cuisse où suppurait encore un bubon. Le D’’ Gil¬ 
les de la Tourette reconnut, sur un buste d’évêque du 
xviiio siècle qui guérissait les écrouelles, des scrofu¬ 
lides ulcérées à droite et à gauche sur les confins de la 
joue et de la région sous-maxillaire. Au-dessous exis¬ 
tait une tuméfaction ganglionnaire placée au lieu d’é¬ 
lection. 

Nous avons encore saint Eutrope qui guérit la mi¬ 
graine parce qu’il a eu la tête fendue à coups de hache ; 
sainte Agathe invoquée par les nourrices parce qu’elle 
a eu les seins arrachés ; saint Lubin et saint Etienne 
qui guérissent de la pierre, l’un parce qu’il est mort 
de cette maladie, l’autre parce qu’il a été lapidé ; les 
gens malheureux en ménage invoquent saint Géngoul 
et saint Orner dont les femmes avaient un caractère 
intraitable, etc. (i). 


(i) Dans le même ordre d’idées, eu Touraine, Varennes possède 
saint Clair qui guérit le mal aux yeux; Vaujours, saint Geriucbon 
qui fait avoir des enfants frisés ; Ballan, sainte Hose de Lima 
contre le mal de Sainte Rose, on appelle ainsi Timpctigo des 
enfants. Le principe homéopathique similia similibus curantur 
est encore suivi par. nos paysans lorsqu’il s’agit de choisir un 
remède. Ainsi la carotte est préconisée dans les maladies du foie, 




— 174 — 


L’antiquité possédait aussi des Dieux pathologiques^, 
Parrot a montré que le Dieu égyptien Phtah avait l’as¬ 
pect d’un achondroplase et j’ai reconnu que le Dieu 
Bès n’était qu’un myxœdémateux ou crétin (i). 

Récemment le docteur Rouquette décrivait ( 2 ) une 
statuette de la Grande Grèce, conservée au musée du 
Louvre et représentant un génie ailé pourvu de dif¬ 
formités multiples. La tête est déformée, les yeux exor¬ 
bités, le dos offre la gibbosité du mal de Pott, les 
membres inférieurs sont microméles, le ventre est sail¬ 
lant, l’ombilic sort, le sujet a des mamelles volumi¬ 
neuses, des hémorroïdes ; il porte la main droite à sa 
gorge, et de l’autre tient une verge d’une longueur 
démesurée. A part le dernier signe qui ne me semble 
point pathologique — je l’expliquerai par la suite, — 
je partage l’avis de l’auteur : ce génie était préposé à 
la guérison de tous les maux qu’il exhibait. 

J'ai étudié, il y a un an, plusieurs terres cuites de 
l’époque alexandrine (collection du D' Fouquet) repré¬ 
sentant des paralysies du bras avec contracture (3). 
M. Guimet, à qui je les montrai, me fit observer que 
trois d’entre elles possédaient les attributs du « Dieu 
aux bourgeons ». Deux (fig. 3 et 4) qui ont une para¬ 
lysie du bras avec atrophie et contracture consécu¬ 
tive...) ont sur la tète les deux bourgeons caractéristi¬ 
ques, une troisième (fig. 5) qui a une pai-alysie des 


parce qu'un aliment jaune doit être souverain contre la jaunisse 1 
Les pierres piquetées ou varioliles préservent les moulons de la 
clavelée, etc. 

(i) Docteur Félix Régnault, Le dieu Bès était myxœdémateux. 
Bulletin de ta Société d'anthropologie, Puris, 1897, page 434. 

(a) Chronique médicale, 16 février 1910. 

(3) M, Félix Régnault. Une collection de terres cuites patholo¬ 
giques de l'époque alexandrine. Assoc. pour l’avancement scien¬ 
ces, Clermont-Ferrand, 1908. 




Fig'. 3 

Le dieu aux bourgeons, avec paralysie 
du bras et contracture consécutive. 

{Les figures 3, 4 et 3 sont des terres cuites alexandrines 
de la collection du Fouquel). 


Bull. Soc, d'Bist, de la Mid, T. IX, n» 4. 









Fig. 5 

Paralysie des extenseurs de la main. 
Le sujet a la mèche d’Horus. 


Bull. Soc. d'JJist. delaMêd. T. /X, n* 





— 173 — 


extenseurs de la main laisse pendre derrière l’oreille 
droite la mèche d’Horus. 

M. Guimet, qui est le père de cette divinité, l’expli¬ 
que ainsi (i): Khous,Dieu guérisseur au croissant lunai¬ 
re, devint, sous la période romaine, le dieu aux bour¬ 
geons. Il passa en Italie où il se confondit avec Horus 
et prit son pschent, sa double couronne et sa mèche de 
cheveux. Dieu de l’abondance, il porte tantôt un vase, 
tantôt une amphore à vin, tantôt un panier à pain. 

Ce Dieu aux bourgeons, jusqu’à présent regardé 
comme sain et normal, serait donc parfois représenté 
malade avec un bras paralysé,contracturé, atrophié, ce 
qui lui permet de guérir les sujets atteints d’une sem¬ 
blable infirmité ! M. Guimet possède dans son musée un 
dieu aux bourgeons dans une treille dont le bras gau¬ 
che contracturé, atrophié, tenant un panier, ressem¬ 
ble tout à fait à celui des statuettes que nous avons 
décrites. 

Autre détail : les sujets de la collection du D"' Fou- 
quet avaient une verge démesurément allongée et tom¬ 
bante, dont l’extrémité sortait de la robe au niveau 
des pieds et dont le méat était très marqué. Un pareil 
phallus se retrouve sur plusieurs statuettes du dieu 
aux bourgeons étudié par M. Guimet. Les figures i6 
et 20 de son mémoire présentent notamment un mem¬ 
bre long, tombant, au méat très marqué, bien que le 
Dieu ait l’aspect d’un enfant. Il ne faut pas y voir la 
représentation de l’impuissance génitale consécutive à 
des excès : une telle verge symbolise la fécondité et le 
bonheur. Le symbole est encore plus accusé sur la 
figure 23 du mémoire de M. Guimet qui représente le 
Dieu âgé portant de la main gauche Horus, son dou¬ 
ble, et de la droite son phallus gigantesque qu’il rèplie 


(i) M. E. Guimet. Le Dieu, aux bourgeons. Extrait des comptes 
rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres. 



170 — 


derrière sa cuisse et élève eu corne d’abondance. C’est 
le geste du génie ailé pathologique du Louvre dont le 
phallus retroussé en corne d’abondance a la même si¬ 
gnification. Ces statuettes présentent toutes deux des 
membres inférieurs micromèles. 



Fig. 6. 

Tête d’Horus avec la mèche. Il a de 
l’hypertrophie des lèvres. 

Dans la collection du docteur Fouquet, j’ai encore 
reconnu une tête d’Horus avec la mèche, dont les lèvres 
sont épaissies, hypertrophiées, lésion qui existe sur plu¬ 
sieurs terres cuites pathologiques de Smyrne (fig. 6). 

Le dieu aux bourgeons aurait donc été représenté à 
plusieurs reprises comme atteint d’une maladie. Il con¬ 
vient de dire que ce dieu n’est pas admis par tous les 
archéologues. Plusieurs estiment que les bourgeons et 



— 177 — 


la mèche ne caractérisent point suffisamment cette divi¬ 
nité. Les coroplastes g-rossiers et ignorants auraient 
donné ces attributs à des figures quelconques, simples 
amulettes représentant des personnes malades. En 
présence de ces contradictions, nous ne donnons pas 
de conclusion définitive, nous contentant d’attirer l’at¬ 
tention des archéologues sur l’existence de divinités 
pathologiques. Nul doute qu’ils ne trouvent de nom¬ 
breux documents sur ce point qui jusqu’à présent est 
resté négligé. 


Observations sur Thospice 

des insensés de Bicêtre 

PAR 

le cit. Pinel, médecin des infirmeries de cette maison 
Nationale (i). 


Lors de ma nomination, il y a une année révolue, à 
la place que j’occupe, l’hospice des fous fixa particu¬ 
lièrement mon attention ; des études préliminaires que 
j’avois faites sur la manie et le désir ardent de tenter 
tous les moyens de rétablir une raison égarée, m’a voient 
fait envisager cet établissement comme une source de 
nouvelles lumières et une occasion des plus heureuses 
de concourir à l'instruction publique, mais j’ai éprouvé 


<t) Document présenté par M. le Dr Sémelaigne. 



- 178 — 

des obstacles divers jpar suite d’anciens préjugés, .et 
par des changemens successifs dansilladxninistiralion 
des hôpitaux. .Je.manque encore d^une.salle de bains et 
de douches pour .le traitement des insensés et ce nlest 
que depuis quelques jours que le plan en a été arnêté 
par la commission des.secoiurs publics.Je,me snis.donc 
borné cette année à ibien étudier les vj^ais caractères et 
les variétés de la manie, .à .solliciter pour .ceux qui en 
sont attaqués tout .ce qui peut améliorer leur sort ,et 
surtout à réduire à des principes fixes et puisés dans 
la nature, la manière de les gouverner et de les diriger, 
ce qui contribue tant à accélérer le rétablissement de la 
raison. Je vais donc exposer le résultat de mes obser¬ 
vations et de mes efforts sur cet objet durant la a® année 
de la République. 


I 

Je ne sais quel intérêt tendre inspire un grand ras¬ 
semblement d’insensés, quand on songe que. la plu¬ 
part d’entr’eux ne doivent leur état qu’à une vive.sen¬ 
sibilité et aux qualités moralesles plus dignes d’estime. 
C’est une vérité qui résulte sans cesse de mes notes 
journalières. Là c’est un père de famille que des pertes 
inattendues ont réduit au désespoir; ici c’est un fils qui 
s’est excédé de travail et de veilles pour pourvoir à la 
subslstance.de sesparens ; aille.ursclest.un jeune homme 
ardent, victime dlun.amour mialhoureux ; plus loin c’est 
un époux.tendre 4garépar les soupçons.et,les ombrages 
delà jalousie. .Un jeune guerrier avide.de gloire ôcjhoue 
dans ses vastes prxyets dlarnhition et sa raison suc¬ 
combe à cette épreuve. Un zèle religieux trqp exalté u 
aussi ses victimes, et.il .nlest pas rare dn.le voir passer 
par toutes les rêveries .et des écarts .d u fanatisme ma¬ 
niaque. Chaque contrecoup de la révolution amène à 
l’hospice des insensés, des patriotes purs gui ont été 



— 179 — 


poussés en sens contraire par le choc des partis et c’est 
ainsi qu’on y a vu arriver après le neuf Thermidor un 
des chefs de l’artillerie parisienne. 

Je ne crois pas décourager les vrais talens, maisleur 
donner un avis salutaire que de leur montrer dans l’ex¬ 
cès de sensibilité qui les caractérise une des causes puis¬ 
santes qui les disposent à l’égarement de la raison. Les 
divers ordres de savans et d’artistes, les orateurs, les 
poètes, les géomettres, les mécaniciens, les peintres et 
les sculpteurs payent presque chaque année leur tribut 
à l’hospice des fous. 11 m’est arrivé plus d’une fois de 
m’arrêter devant la loge d’Un insensé qui discouroit 
quelquefois sur les affaires du tems en termes les plus 
recherchés et avec la plus vive énergie. L’imagination 
exaltée des poètes finit aussi quelquefois par la manie 
et je suis souvent obsédé par un fabuliste qui me presse 
de lire ses productions et qui n’a besoin que de bains 
et de douches. Je viens de voir succomber dans l’hos¬ 
pice des fous un dés sculpteurs les plus distingués du 
Panthéon.Un des horlogers les plus habiles de Paris et 
<jui s’étoit infatué de la chimère du mouvement perpé¬ 
tuel vient d’y faire un long séjour et il est maintenant 
rendu à sa famille. Le Patriotisme gémit d’y voir ren¬ 
fermé un ingénieur qui a été employé au siège de la 
ville de Gondé et qui s’est épuisé de travail et de veille, 
presque jamais l’hospice des fous n’est sans renfermer 
quelque peintre célèbre et il sert encore de retraite à 
deux artistes habiles qui portent le nom de l’immortel 
Lesueur. Je donne aussi des soins assidus à un homme 
exercé aux méditations les plus profondes des mathé¬ 
matiques dont la raison a été altérée par les frayeurs 
sans cesse renaissantes que le Vandalisme inspiroit au 
vrai savoir. Que de talens perdus pour la Société et 
quels efforts ne doit-on point faire pour les lui rendre. 

La continuité de la manie durant une grande partie 
de la vie, ou des longues intermissions, sa marche 



leate, mais non interrompiie ou bien le retour soit ré¬ 
gulier soit irrégulier de ses accès, doivent faire admet-, 
tre deux sortes de folie, l’une continue ou chronique, 
et l’autre intermittente ou marquée par intervalles par 
les symptômes les plus violens. 

Dans la folie continue l’insensé préocuppé ou plutôt, 
tourmenté sans cesse par une idée exclusive ou par. 
un certain ordre d’idées, ou bien porté à des actes de . 
violence et comme Dominé par un penchant sinistre à, 
nuire et à déchirer conserve une grande partie de sa 
vie sans presque aucun changement ce désordre des,, 
facultés morales. On voit dans l’hospice des fous un 
atrabilaire au regard sinistre qui est aux chaines depuis, 
plus de 25 ans et qui cherche à se ruer avec furie con¬ 
tre quiconque ose tenter de mettre le pied dans sa, 
loge. Les femmes seules trouvent grâce à ses yeux et il., 
est pour elles d’un abord moins sauvage. Un autre 
insensé non moins porté à des actes de fureur, a été, 
toujours aux chaînes pendant 45 ans et ce n’est que 
depuis Ihyver rigoureux de 1788 quil est plus calme 
ou plutôt que par les progrès de l’âge il est dans l’im¬ 
puissance de nuire. La succession des saisons non plus, 
que les révolutions de l’âge n’ont produit aucun chan¬ 
gement marqué sur un prêtre irlandais qui est aux, 
chaines depuis quinze années et qui joint au funeste 
penchant de faire le mal la noire perfidie de faire des. 
prévenances pour être à portée d’exercer sa fureur. 
C’est la manie dévote ou celle qui provient de l’exalta-. 
tion des opinions religieuses dont la durée est lé plus,, 
souvent sans interruption jusqu’au dernier terme de, 
la vie. La Bouffissure de l’orgueil et la manie de se . 
croire Roi ou prince ne laissent pas plus d’espoir et., 
c’est une illusion séduisante qu’il est presque impos¬ 
sible de détruire. Le fou qui se croit Louis XIX et qui 
me remet souvent des dépêches pour les gouverneurs 
de ses provinces, est trop charmé de sa haute puissance,. 



— 181 


pour que son imagination puisse l’abandonner et il lui 
en couteroit trop de descendre du haut de son thrône 
imaginaire. 

On ne doit point confondre les accès d’une manie 
intermittente avec l’effervescence passagère et les agi¬ 
tations tumultueuses qui tiennent à l’état de l’atmo¬ 
sphère; c'est ainsi que par un tems très-chaud ou pen¬ 
dant les orages presque tous les fous de l’hospice par¬ 
lent avec volubilité, vocifèrent sans cesse, s’agittent 
comme s’ils étoient dans un état violent ; mais cette 
excitation du genre nerveux cesse avec la cause qui l’a 
fait naître. Une imitation purement automatique peut 
aussi mettre en jeu les organes mobiles des insensés 
et leur communiquer une sorte d’ébranlement passa¬ 
ger; qu’un fou, par exemple, soit saisi de son accès 
d’une manière inopinée dans l’intérieur de l’emploi,ou 
bien que dans son intermission il fasse éclater quelque 
mouvement d’indignation contre les gens de service ou 
ceux qui le dirigent, qu’il crie, qu’il tempête, qu’il 
menace, il est ordinaire de voir alors tous les fous 
s’attrouper autour de lui, se pénétrer des mômes affec¬ 
tions et partager pour quelques instants ce délire ma¬ 
niaque. 

L’idée de manie doit être loin de porter avec elle 
celle d’un renversement total des facultés de l’entende¬ 
ment; le désordre au contraire n’attaque le plus sou¬ 
vent qu’une faculté partielle comme la perception seule 
des idées, le jugement, le raisonnement, l’imagination, 
la mémoire ou la sensibilité morale. Un fou qui est 
mort cette année et qui se croyoit Louis XVI étoit un 
exemple vivant de la non conformité des idées avec les 
objets qui la faisoient naître, puisqu’il voyoit dans 
toutes les personnes qui entroient dans l’hospice, autant 
de Pages, ou des Gardes du corps qui venoient rece¬ 
voir ses ordres. Veut-on que j’indique des exemples des 
erreurs du jugement? Je les trouve dans un genre de 



folie qui est assez fréquente et qui consiste à associer 
sans aucun fondement l’idée du poison à celle des ali¬ 
ments, et de refuser de prendre de la nourriture. Les 
erreurs du raisonnement sont bien plus rares parmi 
les fous qu’on ne le pense, car en admettant un certain 
ordre d’idées dont ils sont préoccupés, ils en tirent 
avec justesse des inductions sûres. Le septuagénaire 
aux cheveux blancs qui vit encore dans l’hospice et qui 
se croit une jeune femme est d’accord avec lui-môme 
•sur les conséquence qu’il en lire, puisqu’il refuse avec 
obstination tout autre habit que celui d’une femme, 
qu’il met une certaine recherche dans sa parure, qu’il 
est flatté des prévenances qu’on lui fait et de l’espoir 
dont on le berce d’un mariage prochain, qu’enfin sa 
pudeur paroit s’allarmer du moindre geste contraire à 
la décence. Que d’exemples je pourrois citer des illu¬ 
sions et des écarts de l’imagination, puisque c’est une 
des facultés de l’homme qui est le plus souvent attaquée 
parla folie. Un renversement total des dons de l’enten¬ 
dement ou plutôt une association bizarre d’idées les plus 
disparates et les plus incohérentes est bien plus rare 
et je me borne à citer un insensé que j’ai fait transpor¬ 
ter depuis quelques mois à l’infirmerie et qui neparois- 
sant conserver aucune de ses idées antérieures, pré¬ 
sente une vraie image du cahos par les divagations les 
plus absurdes et les plus risibles. 

La folie est loin aussi de se marquerparuneconfor- 
mité constante des actes extérieurs de la volonté ou des 
penchants du cœur. Quelques fous, dominés par une 
misanthropie sombre ne cherchent que la solitude et 
vivent confinés dans leurs loges ; d’autres restent immo¬ 
biles et avec un air de stupidité quand on leur adresse 
la parole; il yen a d’autres qui parlent, crient, décla¬ 
ment jour et nuit et semblent être dans une agitation 
perpétuelle, mais ils ne sont nullement à craindre à 
moins qu’on ne les irrite. On gémit d’en voir d’autres 



— 18Ï — 


comme possé'd'és par lé démon de la jnalice, faire tout 
à contre-pied pour lasser la patience de ceux qui les 
dirig'ent, g’iretter Ibs S'eus de service pour leur jouer 
dés tours perfides ou les couvrir d’ordures, se faire 
en uu' mot' une joie odieuse du désordre et du trouble. 
Un* autre g'enre dé folie bien plus redoutable semble 
s’être allié' avec une rago aveug-le et une sorte d’ins¬ 
tinct destructeur qui fait mettre en lambeaux tout ce 
qui- tombe sous la main et qui rend capable des cruau¬ 
tés les plus sanguinaires, comme des malheui’eux insen¬ 
sés l’avouent après la cessation de léur accès. Combien 
de'fois ce délire de fureur est le produit des rêveries 
mystiques du fanatisme! Un de ces fous qu’on est 
obligé dé tenir étroitement renfermé est sujet à dés 
visions pendant la nuit, et durant ces ravissements 
extatiques il croit recevoir l’ordre du ciel de danser ce 
qu’il appelle le Baptême du sang et d’immoler sans 
pitié téus ceux dbnt il veut faire le bonlieur dans une 
autre'vie-. Quelle surveillance n’exige point une pareille 
manie. Ce malbeureux, dans l’égarement atroce de sa 
raison, a plongélé poignard dans lé sein de ses propres 
enfants. 

J’ai cherché à' connaître de quelle manière débutent 
eu général Tes accès de folie, et j’ai été surpris de la 
variété' des signes qui annoncent dans divers insensés 
une explosion prochaine du délire maniaque ; ce sont 
quelquefois dé vains excès d’une joie exaltée et dés 
éclatls de rire immodérés; d’autres fois c’est une taci- 
tnmité sombre ou même dés angoisses extrêmes et dés 
pléurs sans causa; plus dé penchant à la colère, un 
regard! pte animé,, des réponses brusques me font 
souvent présager l’approche de l'accès et Ik nécessité 
urgentSe de recourir à des. moyens coercitifs. Mais ce 
qurpurolt propre à déconcerter tonte prudence humaine, 
c’est que, certaines fois, l’accès se déclare avec Ik promp¬ 
titude dé l’éclkir ; les yeux devienuent ôtincellants, le 



— 184 — 


visag^e enflammé ; tous les muscles sont dans une ten¬ 
sion violente et capables des efforts les plus extrêmes, 
tandis que l’insensé semble ne chercher qu’à déchirer 
et à détruii-e. Quel contraste quand on compare ce 
délire de fureur avec les transports d’un fou par amour 
qui la veille de son accès me faisait la confidence d’un 
rêve propre à faire le bonheur de sa vie ; son amante 
lui avoit apparu en song'e avec les traits de la beauté 
la plus ravissante et il croyoit avoir reçu la promesse 
d’unir bientôt sa destinée à la sienne. Jamais je n’ai 
entendu parler d’amour avec tant de chaleur. 

On n’a pas moins à admirer la marche de la nature 
dans la terminaison des accès de folie que dans la 
solution critique des autres maladies et le rétablisse¬ 
ment g-radué de la santé. Ces accès finissent quelque¬ 
fois par une sorte de progression et les fous qui avaient 
longtemps resté dans une agitation turbulente ou 
môme qui déchiroient tout, deviennent plus calmes ; 
mais ils éprouvent encore du trouble et du désordre 
dans leurs idées et ils sentent eux-mêmes qu'ils ne se 
possèdent point assez pour répondre des actes exté¬ 
rieurs de la volonté ; chaque jour les mouvements 
tumultueux et les écarts qui les emportoient au de là 
des bornes de la raison, .se tempèrent et toutes les fa¬ 
cultés de l’entendement reprenent leurs droits ; il y en 
a enfin qui marquent l’époque précise à laquelle on 
peut leur rendre la liberté dans l’intérieur de l’hospice 
pendant que d’autres la sollicitent à contretems et qu’il 
serait très dangereux de la leur rendre. On observe à 
Bicêtre une autre terminaison des accès de folie qui 
doit exciter toute la surveillance des préposés, puisqu’elle 
demande les recours les plus actifs. Cette terminaison 
est presque subite et alors il succède une certaine ato¬ 
nie, un état d’abattement et de froid, pendant lequel 
on est obligé d’échauflfer l’insensé ou même d’étendre 
sur lui trois ou quatre couvertures de laine pour em- 



— 185 — 


pêcher qu’il ne succombe ; c’est surtout vers le déclin 
de l’automne et aux approches de l'hyver que la cessa¬ 
tion du délire maniaque est la plus fréquente et c’est 
alors que le directeur a besoin de faire souvent la ron¬ 
de dans les loges pour s’en assurer. Si ce changement 
brusque arrive pendant la nuit, il peut devenir mor¬ 
tel par le défaut de secours, comme on en voit chaque 
année des exemples quelque prévoyance qu’on employé. 

II 

L’hospice des fous de Bicêtre n’avoit guères été 
regardé sous l’ancien régime que comme un lieu de 
sûreté et de réclusion pour une classe d’hommes dan¬ 
gereux et qui dévoient être séquestrés delà Société.On 
croyoit avoir tout fait pour eux en les faisant d’abord 
soumettre au y devant Hotel-Dieu à un traitement 
■ brusque par des saignées, les bains et des douches et' 
ou les livroit ensuite dans l’hospice à leur malheureuse 
destinée. L’insousiance du gouvernement n’avoit été 
que trop bien secondée par ses agens subalternes. Les 
fous ne reçevoient qu’une nourritureinsufisante et pro- 
preJi les faire dépérir, on ne leur donnoit guères pour 
vetemens que le rebut de la maison sous prétexte quils 
ne savoient que déchirer et on les voyoit errer avec des 
habits en lambeaux, rien n’égaloit la négligence qu’on 
meltoit à les secourir dans leurs besoins et quand ils 
étoient malades on avoitla barbarie de les transférer 
dans les infirmeries de la détention où ils étoient un 
objet continuel de risée où ilsétoient souvent maltraités 
avec la dernière cruauté par lesprisonniers.Ce que j’ai 
vû par moi-même et ce que m’en a dit le Directeur actuel 
qui les traite avec la plus grande humanité, n’ajoute 
que trop de fondement aux divers rapports qu’on m’en 
a fait. On ne comptait pour rien les seuls moyens de 
rétablir solidement une raison égarée, je veux dire 



l’art détudier les g'oûts et les penchans des divers in¬ 
sensés, pour éviter de les aig’rir hors de propos, l’art 
encore plus difficile de recourir tour à tour aux voies 
de douceur, ou de déployer la fermeté la plus inébran¬ 
lable pour imprimer une direction contraire aux idées 
exclusives dont ils sont tourmentés, de n’employer, 
quand ils s’obstinent que des mesures répressives inno¬ 
centes, mais jamais des coups ni de mauvais traite- 
mens qui ne sont propres qu’à exaspérer leur folie et 
souvent à la rendre incurable. 

Il est vrai que quand on cherche à se former des 
principes fixes sur le régime Physique et moral des 
fous on ne sait guères où les puiser. Les traités de mé¬ 
decine se bornent à des vües générales et on ne trouve 
guères dans les traités particuliers que des observa¬ 
tions isolées qui ne peuvent s’appliquer à un grand 
rassemblement de maniaques ; on tire encore peu de 
lumières sur cet objet des voyages, en Allemagne les 
droits de l’homme sont trop respectés pour qu’on doive 
y aller étudier dans des établissemeus publics la ma¬ 
nière de diriger les insensés. On a fait seulement quel¬ 
que pas vers ce grand objet eu Espagne comme je l’ai 
exposé, il y a quelques années dans un ouvrage périodi¬ 
que et les fous dans un azile public qui leur est consa¬ 
cré y sont à la fois gouvernés avec la plus grande 
douceur et soumis à des travaux réguliers qui suffisent 
pour guérir le plus grand nombre. Mais c’est surtout 
à l’Angleterre qu’on doit envier l’art profond de diri¬ 
ger un grand rassemblement de maniaques et de pro¬ 
duire les cures les plus inespérées. Pourquoi ce peuple 
altier et exclusif flétrit-il un si grand bienfait pour 
l’humanité en couvrant d’un voile coupable, les prin¬ 
cipes qu’il met en pratique pour rétablir une raison 
égarée. Il montre avec orgueil au voyageur étonné les 
dehors majestueux et les dispositions intérieures des 
aziles que la Philosophie a consacrés aux malheureux 



— 187 — 


insensés, mais il fait un mystère de l’art de les diriger 
qu’il semble vouloir posséder exclusivement aux autres 
peuples. J’ai donc été borné cette première année aux 
seules ressources des études préliminaires que j’avois 
faites sur la manie et des observations que je faisois 
chaque jour dans l’hospice. J’ai examiné avec soin et 
comparé entr’elles les diverses variétés de la manie 
pour en déduire des règles^fixes sur les moyens de diri¬ 
ger ceux qui en sont attaqués. J’ai trouvé un nouveau 
courage en luttant sans cesse contre des obstacles de 
tout genre soit par les vices du local soit par une suite 
d’anciens préjugés. Je vais donc exposer sous quels rap¬ 
ports leur existence a été améliorée, en attendant de 
pouvoir mieux faire. 

J’ai fait faire sur les Registres un relevé exact du 
nombre des morts dans l’hospice des fous pendant les 
années qui ont précédé immédiatement la révolution 
et j’avoue que rien n’est plus propre à nous convaincre 
de l’oubli flétrissant dans lequel l’ancien régime lais¬ 
sait cette partie de l’humanité souffrante. Sur no fous 
qui furent reçus dans l’hospice durant le cours de l’an¬ 
née 1784, il en mourût 67, c’est-à-dire plus de la moi¬ 
tié; la proportion fût encore moins favorable en 1788 
puisqu’il en mourût gS sur i5i, résultat effrayant 
pour une classe d’hommes qui sont en général très 
vivaces. Au contraire dans le cours de l’année qui vient 
de s’écouler je n’en ai perdu que 28 sur 200 encore 
même si on ne vouloit compter que ceux qui sont 
morts de maladie il faudroit en défalquer 8 qui sont 
morts quelque jours après leur arrivée de l’hospice 
d'humanité par les suites de là violence du traitement 
et 4 qui ont succombé dans des attaques d’Epilepsie. 
Parmi les causes qui ont influé d’une manière si funeste 
sur la vie des fous de Bicêtre durant l’ancien Régime, 
on doit compter le défaut de nourriture puisque la 
ration journalière du pain étoit seuleinent d’une livre 



et demie avec quelque once d’un melz préparé sans 
soin, et cette ration leur étoit distribuée le matin ou 
plutôt elle étoit dévorée à l’instant et le reste du tems 
se passoit dans un délire famélique ; ce qui n’etoit pro¬ 
pre qu’à exalter leur folie et a en faire périr un g-rand 
nombre d’epuisement. L’administration des hôpitaux 
s’est empressée en 1792 de reparer cette espèce d’ou¬ 
trage à la nature et depuis cette époque la ration jour¬ 
nalière du pain a été portée à deux livi'es et on en fait 
la distribution à différentes heures de la journée; ce 
qui a fait cesser toutes les plaintes sur l’insuffisance 
de la nourriture. 

L’ami sincère de l’humanité doit encore se réjouir 
d’apprendre par quels soins compatissants ceux qui 
dirigent spécialement l’hospice des fous ont secondé 
les efforts des autorités constituées. On voit rarement 
réunis, autant de zèle et d’assiduité avec les ressources 
d'une sage économie. Veiller avec une exactitude scru¬ 
puleuse à empêcher l'altération des substances alimen¬ 
taires, se ménager des objets de réserve pour les jours 
difficiles et réparer ainsi les inégalités dans les four¬ 
nitures, distribuer constamment un potage succulent 
et savonpeux et j’oserois dire aussi lorsque tou- 
citoyen peut le désirer pour lui-même, réparer la pé¬ 
nurie des jours maigres, en réservant les -os de la 
viande des autres jours et en les dépouillant avec art 
de leur gelée, graduer avec intelligence la chaleur de 
l’ébullition pour la viande en la poussant d’abord 
avec vivacité et ^en la soutenant ensuite dans un état 
modéré pendant plusieurs heures, trouver matière à 
la distribution de deux repas par jour, tandis qu’on 
n’en distribue qu’un seul dans le reste de la maison, 
porter en un mot dans un grand établissement toutes 
les petites attentions et les soins assidus de l’écono¬ 
mie domestique, telle est la tâche pénible et touchante 
dont s’acquitte chaque jour dans le silence le directeur 



— 189 — 

des fous (i)avec sa respectable compagne au milieu des 
contrariétés et des obstacles de tout genre dont je pour- 
rois fournir les détails. 

On n’a pas saisi avec moins d’art à Bicêtre les vrais 
principes du régime moral des fous, je veux dire la 
manière de les diriger suivant le caractère de leur folie, 
dé prévenir sans aucun mauvais traitement les effets 
dangei'eux de leur fougue impétueuse, de les piûver à 
propos de leur liberté ou de la leur rendre dans l’in¬ 
térieur de l’hospice. 

(i) Pussin. 




Séance du ii Mai i9iO 


Présidence de M. Gilbert Ballet 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. le Df ÜRUELLE, de Paris, a envoyé sa démission de 
membre de la Société. 

Sont élus membres de la Société : 

M. le Elle Pergepied, du Mont-Doi'e, présenté par 
MM. Le Pileur et Nicaise ; 

M. le D*' Fernand Levy, de Paris, présenté, par 
MM. Le Pileur et Baldenweck ; 

M. le ])>■ André Barbé, de Paris, présenté par MM. 
Ballet et Wickersheimer. 

M. E. Wickersheimer olfre à la Société une brochure 
sur le Charadrios. On désigne sous ce nom un Oiseau 
qu’il suffit de présenter à un malade pour savoir s’il va 
guérir ou mourir. Si la maladie est mortelle, l Oiseau 
détourne la tête ; si au contraire le malade doit guérir, 
l’Oiseau le regarde en face et aspire en quelque sorte 
la maladie par les yeux. 

M. Le Pileur. — L’homme a toujours souhaité con¬ 
naître le pronostic de la maladie, et, pour le médecin, 
pouvoir annoncer à coup sur qu'un malade guérira ou 
ne guérira pas serait un don merveilleux dans les cas 
graves. 11 ne faut donc pas s’étonner si la jolie légende 
que vient de nous rapporter M. Wickersheimer se 
retrouve sous une autre forme dans d’autres pays. En 
voici une qui est courante sur les bords du Rhin. Un 
jeune médecin fort habile guérissait presque tous ses 
malades et diminuait considérablement le tribut habi¬ 
tuel de la mort. Celle-ci vint le trouver et pour ne plus 
être chassée par son talent des chambres qu’elle occu¬ 
perait déjà, lui proposa ce pacte : « Si, dit-elle, tu me 
vois aux pieds du malade, annonce hardiment sa guéri¬ 
son ; mais si je suis à la tête dp lit, reconnais ton 


Bull. Soc. fr. hist. méd., IX, 1910. 



— 1Ô2 — 


impuissance et annonce aux parents unefin prochaine.» 
Le pacte est conclu et la réputation du jeune médecin 
s’en accrut de plus belle. Mais un jour, c’est au chevet 
de sa mère disent les uns, de sa fiancée suivant les 
autres, qu’il aperçoit la sinistre figure. Il prie, il sup¬ 
plie Hécate, qui d’abord reste insensible, puis finit par 
se laisser toucher et abandonne la proie qu’elle avait 
déjà saisie, mais à la condition que le pacte serait 
rompu et qu’à partir de ce jour chacun d’eux repren¬ 
drait sa liberté. 

Bien loin du Rhin, à Ghamarande, j’ai entendu un 
vieux garde-chasse du Marquis de ïalaru raconter la 
môme légende, mais avec une variante que l'esprit 
philosophico-comique des Beauceronsy avait introduite. 
Le commencement était le même, mais à la lin, ce 
n’était ni au chevet de sa mère ni à celui de sa fiancée 
que le médecin voyait la mort, c’était bel et bien au 
sien. Appelant ses serviteurs, il faisait simplement 
tourner son lit de bout eu bout. La mort essayait inu¬ 
tilement de reprendre sa place, et le manège s’étant 
renouvelé, comme elle était pressée par sa sinistre 
besogne, elle finissait par quitter la place eu rompant 
aussi le charme. En somme, même fond de légende, 
prévision de la mort, avec, suivant les milieux, variante 
dans la terminaison, prière ou ruse. 


UNE CONSULTATION D’ESQUIROL 
par le D' René SEMELAIGNE 

J’ai l’honneur de présenter à la Société d’histoire de 
la médecine une consultation d’Esquirol, en date du 
5 avril 1833.11 s'agit d’un malade, traité dans la màison 
de santé de mon grand’père, et auquel Esquirol, pour 
achever sa convalescence, prescrit un long voyage à 
pied. Le trajet à suivre y est soigneusement indiqué, 
avec désignation des médecins pouvant être consultés 



— 193 — 


en cours de route. Je vais vous douuer lecture de cette 
pièce et me permettrai d’y joindre ensuite quelques 
réflexions : 

« Note pour M. X. 

» M. X... vient d’éprouver une afïection nerveuse 
grave. Je pense qu’un long voyage doit confirmer la 
bonne santé de ce jeune homme. Ce voyage sera fait à 
pied, autant que possible, en évitant toutefois les excès 
de fatigue. M. X... sera accompagné d’une personne 
instruite qui lui serve de mentor, qui surveille .son 
régime, l’empêche de se livrer à des actes contraires à 
sa santé, et le dirige dans la recherche des objets pro¬ 
pres à le distraire et à l’instruire. 

)) Pendant le cours du voyage, on posera à l’anus 
quatre sangsues, une fois le mois, avec le soin de ne 
point faire couler le sang après la chute des sangsues. 

» Dans les villes où les voyageurs feront séjour, on 
prendra un ou deux bains, d’une température fraîche, 
c’est-à-dire de 24 à 25 degrés, ayant le soin de mouiller 
la tête avec de l’eau fraîche avant d’entrer dans le 
bain ou pendant sa durée. Lorsque la saison le permet¬ 
tra, on prendra des bains de rivière préférablement 
aux bains domestiques. Le matin, en se levant, M. X... 
lavera sa tête avec de l’eau fraîche avant de se mettre 
en route pour sa première course. 

» Il faut éviter les aliments salés, épicés, lacliarcu- 
terie, les poissons fumés, et se nourrir préférablement 
de viandes blanches rôties, grillées ; de légumes et de 
fruits. L’on boira de l’eau légèrement rougie, oujuiieux 
de l’eau pure. Qu s’abstiendra dp thé, de café, de 
liqueurs, 

» Les courses de chaque jour doivent être arrangées 
de manière à ce qu’on ne soit pointisurla grande route 
pendant la plus grande chajeur du jour. Ainsi, se levant 
avec le soleil, faisant une course avant le premier 
déjeuner, on se reposera à midi oq à .puze heures, 
jusqu’^ trois pu quatre heures d.el’api'ès-midi, heure A 



— 194 — 


laquelle on recommencera une seconde course. Si l’on 
se trouve retardé pour atteindre un gîte convenable, 
on pourrait monter en voiture pendant le milieu du 
jour, tandis qu’on aurait marché le matin et le soir. 

» Itinéraire : 

de Paris à Nantes, où au besoin on pourra consulter 
le docteur Fouré ; 

de Nantes à Rochefort ; 

de Rochefort à Bordeaux, où l’on pourra consulter 
M. Gintrac ou bien M. Revola ; 

de Bordeaux à Toulouse, M. Délayé docteur, ou 
M. Viguerie ; 

de Toulouse à Montpellier ; voir le professeur Rech; 

de Montpellier à Marseille ; consulter le docteur 
(îuyau ; 

de Marseille à Lyon ; voir le docteur Brachet ; 

de Lyon à Genève, où l’on consultera le docteur 
Coindet, qui aura la bonté de donner les meilleurs avis 
pour le voyage dans l'intérieur de la Suisse ; on prendra, 
auprès de ce médecin, les instructions nécessaires pour 
rendre ce voyage prolitable à lasantéou à l’instruction. 

Les médecins que j’ai indiqués dans les différentes 
villes de France ne seront visités qu’autant que la 
santé de M. X... serait dérangée, tandis que le doc¬ 
teur Coindet sera nécessairement consulté. 

Paris, ce 5 avril 1833. 

Esquirol. » 

Parmi les médecins dont le nom se trouve indiqué 
dans cette consultation, Fouré, Gintrac et Brachet occu¬ 
paient, dans les régions de Nantes, de Bordeaux et de 
Lyon, une situation prépondérante ; Délayé et Rech 
avaient fondé, sur les conseils de leur maître, à Tou¬ 
louse et à Montpellier, les maisons de santé de Saint- 
Cyprieû et du Pont-Shiht-Cûme, encobe aujourd’hui en 
pleine prospérité. Quant à Coindet, cohnu par ses 
mémoires sur l’hydrencéphalie! ou céphalite interne et 



- 195 — 


sur les propriétés de l’iode pour combattre le goitre, 
je ne sais s’il eut l’occasion de donner les renseigne¬ 
ments nécessaires pour un voyage en Suisse, car il 
mourut à Nice le 11 février 1834. 

Esquirol conseillait volontiers les voyages à ses 
malades. «J’ai constamment observé, disait-il, que les 
aliénés sont soulagés après un long voyage, surtout s’ils 
ont visité des pays éloignés dont le site et l’aspect 
aient saisi leur imagination, s’ils ont éprouvé les diffi¬ 
cultés, les tracasseries, les contre-temps, les fatigues 
ordinaires aux voyageurs. Les voyages agissent encore 
en excitant toutes les fonctions assimilatrices ; ils pro¬ 
voquent le sommeil, l’appétit et les sécrétions. Les 
convalescents qui craignent de rentrer dans le monde, 
où ils redoutent d’avoir à parler de leur maladie, sont 
moins inquiets après un voyage, qui est le sujet de leurs 
conversations avec leurs amis et leurs parents. » 

Esquirol fit ainsi voyager avec des malades ses élèves 
préférés : Rostan, Falret, Calmeil, Leuret, Moreau (de 
Tours), Archambault, Balllarger, Desmaisons. En 1816, 
il proposait à Falret de conduire une aliénée au Sénégal, 
où habitait son mari. Ne voulant pas alors s’expatrier, 
Falret refusa. Le bâtiment affecté au transport était/fl 
Méduse. ïl échappa ainsi au naufrage. Mais Esquirol lui 
offrit un autre voyage qu’il accepta. Il s’agissait d’ac¬ 
compagner un aliéné à idées de suicide. On devait par¬ 
courir les montagnes de la Suisse, gagner le Havre et 
y prendre un bateau se rendant à Cette. Un tel parcours 
ne semble pas spécialement indiqué pour un individu 
enclin au suicide. Aussi Falret dut-il exercer une inces¬ 
sante surveillance sur son compagnon, qui tenta d’abord 
de se laisser glisser dans les précipices, puis de sauter 
à la mer. Pendant la traversée Survint une violente 
tempête, et le navire désemparé, faisant eau de divers 
côtés, se trouva en péril. Le malade, oubliant ses idées 
de mort, travailla plus que tout autre aux manœuvres 
de sauvetage et mania la pompe des heures entières 
avec acharnement. 




Un autre élève d'Esqiiirol, et qui fut aussi un grand 
aliéniste, eut mission de conduire un inaladeen Egypte, 
en Syrie et en Asie Mineure. Durant un long séjour 
aux pays du soleil, il recueillit de nombreux maté¬ 
riaux pour ses œuvres futures et fit en outre des études 
de mœurs aussi curieuses que variées. Au temps de sa 
vieillesse, il se plaisait encore à évoquer ces visions 
d’Orient. C’est ainsi qu'au seuil de l’antique Ethiopie, 
il avait admiré les formes pures des Nubiennes. « Je 
suis noire, mais je suis belle », lui disaient ces enfants 
du désert; et il les écouta. En parcourant la Palestine, il 
n’avait pas manqué de visiter le fçmple de Jérusalem. 
Vivement impressionné par les charmes de la fille du 
gardien, il se laissa guider vers un lieu solitaire de 
l'enceinte sacrée. Hélas! Il se souvint, peu de jours 
après, qu’une joie fugitive peut se transformer en dou¬ 
leurs cuisantes. 

La coutume de faire voyager les aliénés se maintint 
parmi les élèves d’E,squirol. En 1845, Leuret chargeait 
mon père de conduire un malade en Italie; il s’agissait 
degagnerLyon, dedescendrele Rhône, de s’embarquer 
à Marseille et, une fois à Naples, de parcourir la pénin¬ 
sule en voiturin. Le malade était un mélancolique, 
homme d’une rare instruction et vraiment artiste ; il 
montra en détail à son compagnon les musées et monu¬ 
ments de l’Italie. Mais les pérégrinations ne se termi¬ 
naient pas toujours aussi agréablement, et Gübler, au 
cours d’un voyage en Suisse, fut grièvement blessé par 
le malade qu’il accompagnait. 

Aujourd'hui, si l’on: conseille encore aux aliénés 
surtout aux convalescents, un changement d’air et de 
milieu, on n’a plus coutume de prescrire les longs et 
lointains voyages. Mais ce n’est pas une question de 
mode, un simpledésirde nous distinguer de nos pères. 
Les conditions de l'existence ont changé. L’on vit à la 
vapeur, à l’électricité, et sur toutes les routes glissent 
avec bruit des automobiles, qui soulèvent des nuages 
de poussière et menacent ces retardataires ennemis de 



- 197 - 


la vitesse, assez entêtés pour cheminer encore pédes- 
treinent ou en voiture. Qui sait pourtant si, grâce aux 
progrès de la navigation aérienne, nos successeurs ne 
rajeuniront pas les ordonnances d’Esquirol ? Certains 
d’entre nous vivront peut-être assez pour voiries jeu¬ 
nes médecins s’envoler avec leurs malades et gagner à 
travers l'espace,.pour y chercher le calme et le repos, 
des régions inexplorées. 


A PROPOS DE LA GHOPINE DE SAINT-DENIS 
par le D' Ernest WICKERSHEIMER 

J’ai publié l’an dernier, ici même, d’après un manus¬ 
crit de la Bibliothèque ducale de ■Wolfenbüttel, un 
ouvrage de médecine rédigé vers 1400 par un étudiant 
de la Faculté de Paris (1). 

A plusieurs reprises, j’avais rencontré dans ce ma¬ 
nuscrit, après le mot cheopina (ou chopina, c’est-à-dire 
chopine), une abréviation dont je ne pus pénétrer le 
sens. Le plus souvent, c’était si. dy, ou sc. dy, parfois 
s. dj. ; une seule fois j’avais cru lire sc. di. dius (p. 216). 

Le secret m’a été révélé tout récemment par un 
manuscritdela Bibliothèque royale de Munich(Cod. lai. 
20’7, fl. 182-190), où se trouvent quelques pages de théra¬ 
peutique dues à la plume de maitre Jean Lelièvre, qui 
professait la médecine à Paris à la fin du XIV® siècle et 
au début du XV®. Au lieu.de si. dy ou de sc. dy, on y lit 
deux mots écrits tout au long : Sancti Dyonisii. Chopina 
Sancti Dyonisii ; c’est la chopine de Saint-Denis. 

En quoi les mesures de Saint-Denis difïéraient-elles 
des mesures parisiennes? L’Erbcyclopédie duXVIIPsiècle 
va nous l’apprendre : « La pinte de Paris revient à peu 
près à la 6® partie du conge romain, ou, pour parler 

(1) Ernest Wickersbeimer, Les secrets et les conseils de maître 
Guillaume Boucher et de ses confrères. Contribution à l’histoire de 
la médecine à Paris vers 1400. Bull, de la Soc. fr. d’hist. de la 
méd.. Vin, 1909, p. 199 ss. 



— 198 — 


plus sûrement, elle est équivalente à 48 pouces 
cubiques ; elle est à celle de Saint-Denis comme 9 à 
14... » (t. III, p. 36()). 

D’autre part, ramenée au système métrique, la pinte 
de Paris équivaut à 0i,9313, et la cliopine, c’est-à-dire la 
demi-pinte, à ()‘,4(l;)(i3. Un c,aïeul très simple nous 
donne le volume de la chopine de Saint-Denis : 


14 X 0i,46S65 
9 


==01,724344(1). 


La capacité des mesures de Saint-Denis est restée 
longtemps proverbiale. Cliampmeslé en parle dans une 
comédie (2), et le sieur d'Ouville, le frère du plaisant 
abbé de Doisroljerl, en fait le sujet d'un de ses contes : 

<( 11 y avoit un jeune bomme dans Paris qui recher- 
choit une jeune fille en mariage, qui avoit autrefois 
bien fait parler d’elle, et pour ce sujet les parens du 
jeune homme n’y voulurent point entendre, luy repré¬ 
sentant que cette jeune fille ne s’étoit pas bien gou¬ 
vernée, et que ce seroit un reproche à toute sa race. 

» Ce jeune bomme simple, fut dire à sa maîtresse ce 
que l’on disoit d’elle, qui beaucoup plus fine que luy, 
ne manqua pas à luy représenter que le peuple de Paris 
étoit si médisant, qu'elle ne s'étonnoit point si parlant 
mal de tout le monde, ils ne l’épargnoient point dans 
leurs médisances, et que c’étoit l'ordinaire, (juand on 


(1) Cependant, on lit dans le manuscrit de Munich (f. 183 recto) : 
(I Fit syrupus potabilis ad chopinam Sancti Dyonisii que valet Ib. 
ij, sem. » Or, le poids de 0',724 344 de sirop n’est pas de deux livres 
et demie, c'est-à-dire de 1225 gr. (la livre de Paris étant de 490 gr.), 
mais de 965 gr. environ. 

(2) Dans les Grisettes : 

M.vrtine 

SI bien donc que l'amour ollusquant ta raison. 

Entre nous t’a fait boire un doigt de son poison ? 

CnispiN 

Un doigt! Le petit dieu, Martine, je te jure 
. M’en a luit boire au moins trois chopines, mesure 
De Saint-Denis . 

Cf. Intermédiaire des chercheurs et des tyurieux, IX, 421,1876. 




- 199 — 


vouloit faire un mariage, de trouver de méchantes 
langues envieuses du bien et de la prospérité d’autruy 
qui tâchoient <à mettre des divisions pour empêcher 
une bonne action, et lui disoit : « Voyez-vous, mon 
amy, si j’étois d’aussi légère croyance que vous, on me 
dit mille choses de vous que je ne veux pas croire ; 
parce que je sçay bien qu’elles sont fausses » ; de sorte 
que par son babil, elle amadoüe tellement le pauvre 
homme, que quoy qu’on lui eût pu dire, il la tenoit 
pour une Lucresse. 

» Les parens du jeune homme de crainte qu’il ne list 
cette soltise-là, où ils le voyoientsi fort porté, sçachant 
bien qu’il s'en fût.repenty toute sa vie, firent défendre 
au curé de les épouser ; ce que voyans nos amants, qui 
en dépit de qui que ce fût avoient dessein de passer 
outre, se résolurent par l’avis de la fille, de s’en aller 
sans dire mot marier à Saint-Denis en France, étant 
une ville absolument dépendante de leur abbé, sur 
laquelle l'archevêque de Paris n’avoit aucune juri¬ 
diction. 

» Ils s’y allèrent donc marier, et la nuit venue, il se 
couche avec sa femme, mais voyant qu’il ne rencon- 
troit aucuné difficulté à faire son entrée dans ce Palais 
d’amour, il demeura fort triste : ce que voyant la jeune 
épousée, luy dit : « Qu’avez-vous, mon amy, vous 
paraissez tout chagrin? — Ah ! mamie, luy dit-il, ne 
vous eu étonnez point ; je vois bien que ce que l’on 
m'avoit dit, est véritable. — Comment? dit-elle, fei¬ 
gnant de ne l’entendre point. — Que vous n’étiez pas 
pucelle ma mie. — Et en quoy le voyez-vous? lui dit- 
elle. — En quoy, répondit-il, il ne faut point être devin 
pour cela. Ne voyez-vous pas quelles facilitez j'ay à 
venir à bout de vous, et que je n’y trouve aucune résis¬ 
tance. — Gomment, luy dit elle, mon amy, êtes-vous 
fol ? Vous ne songez pas où vous êtes ? Ne sçavez-vous 
pas que la mesure de Saint-Denis est bien plus grande 
que celle de Paris ? » 

» Luy qui n’avoit point fait cette remarque, ne luy 



— 200 — 


sçût rien repartir ; mais le lendemain au malin s’étant 
fait aporler une pinte de la mesure de Saint-Denis, et 
luy ayant fait voir qu’elle est quasi une fois aussi 
grande que celle de Paris, le pauvre nigaud prit 
patience, et il fut fort aisé à cette rusée de luy faire 
croire qu’il en éloit de même de toute autre chose, et 
que partant il ne se devoit point scandaliser s’il étoit là 
logé plus au large qu’il n’[e]ût été à Paris.» —D’unnou- 
veau marié et de sa femme (1 ). 

On ne s’étonnera plus, après avoir ouï ce conte, de la 
définition de la mesure de Saint-Denis qu’Antoine 
Oudin a donnée dans ses Curiositez françaises : 

(( Mesuro de Saint-Denis, plus grande que celle de 
Paris, i. grande nature de femme, vulg. » (2). 


LA RÉORGANISATION 


FACULTÉ DE MÉDECINE D’AVIGNON EN 1603 
par le D' P. PANSIER, d’Avignon 

Ce chapitre de la vie de la Faculté de médecine 
d’Avignon aj'ant échappé aux savantes recherches de 
notre distingué confrère le Dr Laval (3), je me permets 
de le mettre en lumière. 

A la fin du XVI® siècle, la Faculté de médecine d Avi¬ 
gnon était constituée comme à son origine (qui remonte 
à 1303) par un seul professeur, donnant l’enseignement 
à des écoliers peu nombreux. Comme à l’ancienne 

(1) L'Elite des contes du sieur d’Ouville. Rouen, chez Jean Dumes- 
nil, 1680, in-12, pp. 27-30. — Ct. Intertn. des cherch. et des cur., 
VI, 246, 1870-1873. 

(2) Antoine Oudin, Curiositez françoises. Paris, chez Antoine 
de Sommaville, 1640, ln-8‘, p. 344. — Cf. Inlerm. des cherch. et des 
cur., IX, S04, 1876. 

(3) Laval, Histoire de la Faculté de médecine d’Avignon. Un vol. 
in-8* de 48.’) p., 1889. 



— 201 — 


Faculté de Montpellier, sauf exceptions, le maître était 
directement payé parles élèves. 

A côté de ce régent est le collège des agrégés, régi 
par le doyen sous l’autorité du primicier de l’Univer¬ 
sité. L’agrégation était une formalité qui pai-aît avoir 
surtout consisté à payer les droits afférents à ce titre, 
que tout docteur pouvait facilement obtenir. Elle était 
souvent conférée en môme temps que le doctorat. Le 
régent et les examinateurs étaient pris dans le Collège 
des agi'égés. Les agrégés pouvaient être appelés à faire 
des cours ou à suppléer le régent dans son enseigne¬ 
ment ; mais leur rôle consistait surtout à argumenter 
le récipiendaire dans les actes de la vie universitaire. 

Telle était, résumée brièvement, l’organisation de la 
Faculté de médecine d’Avignon à la fin du XV1« siècle. 
11 est probable que sa situation était peu prospère et 
que les étudiants n’affluaient pas aux leçons de l’unique 
professeur. 

D’autre part, le commerce avignonnais était dans le 
marasme ; ses affaires ne marchaient pas mieux que 
celles de la Faculté. Pour comble d’infortune, le fameux 
pont d’Avignon, sur lequel, grâce à la musique 
d’Adam (1), des générations ont dansé, venait de se 
rompre, interrompant les communications entre la 
France et le Comtat, ou les rendant difficiles. La pros¬ 
périté de la ville va déclinant de jour en jour, cons¬ 
tatent les autorités ; aussi, le 21 juin 1(>03, le Conseil de 


(1) Le texte de la vieille chanson du pont d'Avignon dit ; Sous 
le pont d'Avignon on danse... C’est la version que l’on trouve dans 
une gravure du XVI-XVIl' siècle, représentant Saint Bénézet avec 
sa houlette et ses moutons. Les jours de fête, fu5’ant la chaleur et 
tes senteurs des rues étroites de la vieille ville, les Avignonnais 
allaient danser dans les prairies qui s’étendaient sous les arches du 
pont. Adam, dans/e Sourd, représenté à l’Opéra-Comique le 2 févrie r 
1833, mettant cette chanson sur la scène, estropia le texte ancien 
et fit danser sur le pont d’Avignon, chose impossible, étant donn é 
l’étroilesse de son tablier. Je tire ces renseignements extra-médi¬ 
caux d’une notice intitulée : Vieilles guitares, parue dans le Petit 
Vàuclusien de 1893, n* 688, avec la signature de P. Lrfbvkk, pseu¬ 
donyme de M. Duiiambi. archiviste de Vaucluse. 





— 202 — 


ville décide, pour relever le commerce, « d'avoir des 
régents et lecteurs tant pour la loy que pour la méde¬ 
cine et des plus doctes et capables qu’on pourra trouver 
soubz les gaiges et à la meilleure commodité qu’il se 
pourra fère ». 

En ce qui concerne la Faculté de médecine, les statuts 
qui régiront ces nouveaux professeurs sont présentés 
au Conseil avant d’être soumis à l’approbation du pri- 
micier et du légat (1). 

Ce règlement est une réorganisation complète de 
l’enseignement à la Faculté de médecine d’Avignon. 
Les régents ou professeurs seront dorénavant au 
nombre de quatre ; leurs appointements seront de 
100 écus de trois livres pour les deux premières chaires 
et oO écus pour les deux autres. Les professeurs sont 

(!) 1603, 21 juin. — n Aussy a e.stC proposé par ledit sieur asses¬ 
seur et continué parles dictz sieurs consuls, (|u’ung chascun void 
clairement que durant le temps de la paix, reste ville n’a presque 
aulcung cominorce, et qu’elle va de jour à aultre déclinant, de 
fasson que sy l’on n’y regarde de trouver quelques moyens pour la 
boniffler et apporter quelque commodité et proflict aux citoyens 
et habitans, il est danger qu’elle ne s’appauvrisse du tout. A quoy 
les anciens avoient très bien prouveu ti l’establissement de l’Uni¬ 
versité et d’un lecteur par le moyen duquel l’on auroit veu lors 
que cela estoiyt, un grand nombre d’escolliers qui portolent ung 
très grand proflict à la ville ; et sy l’on ne regarde de restablir la 
dicte Université et avoir des Régenta, tant pour la loy que pour la 
médecine, personnes doctes et dignes de teles charges, on verra en 
peu de temps la perte que ta ville recepvra, voyant mesmement ce 
qu’apporte la ruyne du pont, et les grandes impositions que le Roy 
a mis et mect journellement. Et ne portera seulement ledict 
faict du bien et proflict aux artisans et autres particuliers (lui ven¬ 
dront beaucoup plus leurs denrées et mai'chandises, mais cédera 
au bénélice de tout le public, et remettra la dicte ville à sa pre¬ 
mière splendeur, nesçachant autre meilleurmoyen pour y pouvoir 
parvenir. 

« Sur quoy, après avoir caelly la voix de quelques uns,considé¬ 
rant encore que Mgr le Vicelégat est tout porté à cella, a esté 
conolud et arresté d’avoir des Régents et lecteurs, tant pour la 
loy que pour la médecine, et des plus doctes et capables personnes 
qu’on pourra trouver, soubz les gaiges et à la meilleure commo¬ 
dité qu’il se pourra fère à la charge que les dlcz gaiges ne puissent 
retarder le payement des pensions courantes et autres debtes de la 
dicte ville... et ce partoutts febves noyres six blanches exceptées. » 
— Archives de la ville d’Avignon, Délibérations du Conseil, 1600- 
1605, fol. 266 recto. 




— 203 - 


nommés au concours ; par exception, l’ancien régent 
Denis Chrétien conservera son poste et Jacques Fontaine, 

« ayant par plusieurs années enseigné publicquement 
et leu en ladite faculté avec sa grand louange et proffict 
des auditeurs )),sera également sans concours nommé 
à la seconde chaire. 

Le règlement détermine longuement les détails du 
concours, puis il s’occupe des devoirs des nouveaux 
régents, détermine les cours qu’ils auront à faire. 

L’anatomie ou dissection sera faite sur les cadavres 
des criminels par les régents à tour de rôle ; « les 
escholliers, ladite anathomie faite, seront tenus fère 
porter [le cadavre] en terre sainte et fère dire une 
messe pour son âme, à laquelle ils assisteront priant 
Dieu pour icelle »... 

Je n’enti’e pas dans une analyse plus complète de ce 
règlement, puisque je le donne en entier. Je signale 
seulement cette innovation, c’est que les professeurs 
sont soumis au contrôle des élèves. L’article XIX stipule 
que chaque année seront élus quatre étudiants chargés 
de certifier et attester aux consuls et au primicier que 
les régents ont fait leurs leçons et les ont bien faites. 

Les statuts approuvés par le primicier et le légat 
reviennent aux consuls qui, le 6 octobre, les font défi¬ 
nitivement approuver et ratifier par le Conseil (1). 

L'Université faillit faire échouer ce projet ; elle con¬ 
sentait à la création de nouvelles chaires pour la 
Faculté de médecine et la Faculté de droit, mais elle 
entendait laisser à la ville seule la charge de payer les 

(1) 1603, 6 octobre. —« El d’aultant qu’il a eslëconclud et arreslé 
par les conseils cy devant tenus, d’avoir quatre BegentE pour la 
médecine en ceste ville, et leur donner aux deux principaulx cent 
escus à chascun, et cinquante escus à chascun des aultres deux ; 
sur icelle délibération ont esté dressez articles, lesquels ont esté 
communiquéz à Mgr le Vicelé^at, résolu que ce faict sy important 
s’effectue, et tenir le moyen que les subjectz de N. S. P. n’alent 
estudier aux villes contaminées de l’hérésie, et plusieurs autres 
raisons; sy qu’il ne reste que de faire lecture des dictz articles, 
iceulx ratifiier et approuver. La lecture estant laicte et entendue 
par le conseil, ont esté iceulx articles appreuvéz, conlirméz et ralif- 



- 204 - 


nouveaux régents et ne voulait pas, à ce propos, être 
grevée de l’impôt des gabelles (1). Un accord dut inter¬ 
venir entre la Ville et l’Université, qui, le 2 janvier 1605, 
fut exemptée du payement des nouvelles gabelles (2). 
Ce point, qui avait fait l’objet du litige, étant réglé, la 
réforme fut exécutée. Mais le concours ne donna pas 
les résultats espérés et, déjà en 1617, on était revenu à 
l’ancien usage de faire désigner simplement les Régents 
par le Collège des docteurs, avec cette restriction qu'au 
lieu d’être nommés ad vitum, ils n’étaient nommés que 
pour trois ans. 

i\é/, par ledict conseil, conclud et arresté que les dictz trois cents 
Rscus se payeront ; et ce par toutes febves noyres, dix sept blanches 
exceptées. 

A quoy tous les conseillers et autres assistants ou la plus grande 
partie d’iceulx, excepté les sieurs docteurs, ont dict faire en qua¬ 
lité que Mrs du clergé et université entrent à la dicte despénse, 
sans retardation, toutesfois du payement d’icelle ; et au cas que 
lesdictz sieurs du clergé et université n’y veulent entrer, n’enten¬ 
dent ratillier les dictz articles, ny la dicte délibération avoir lieu, n 
Archives de la ville d’Avignon, Délibérations du Conseil, 1600- 
1606, fol. 297 recto. 

(1) 1603, 1" décembre. — « Le dit primicier auroit exposé [au 
Collège des Agrégés de l’Uuiversité], qu’estant il et et les Sieurs 
■députéz dudit collège appelléz au Conseil de la ville, leur auroit 
esté proposé comme Mgr le Vicolégat désirant reinetre et restablir, 
les estudes de la jurisprudence et médecine en la présente cité 
ainsi qu’y auroit esté autrefois très lleuri.ssant, auroit mandé en 
Italie pour rechercher un personnage docte aux lois pour extra¬ 
ordinaire, et pour regard de la médecine ne falloit aller chercher 
hors ladicte cité, pour y en avoir de très dignes dont il s’en esli- 
ront deux des plus vieux qui auroint ja longtemps y a faict la pro¬ 
fession de lire publiquement, et deux des jeunes si autrement ne 
se présentoit d’estranger pour soustenir thèses publicques pour 
faire l’oxpériancede leurs suffisances, pour les salaires desquels se 
prendroint troys cens escus sur les gabelles générales de ladicte 
ville, scavoir cent pour chascun des vieulx et les cent restant pour 
les deux autres. A quoy la ville pour complaire audict Seigneur 
Vicelégat qui en avoit mandement de la cour de Rome, et aussi 
pour le proffict et utilité du public, estoit délibéré satisfaire l’Uni¬ 
versité, tronvoit bon d’acter et contribuer par moyen desdiçtes 
gabelles ausdlctz troys cens escus, et sus ce ladicte ville désiroit 
entendre la volonté dudict collège. 

Sur quoy chascun desdicts sieurs docteurs opiné, la plus grand 
part d’iceulx a conclud n’entrer aucunement audictz salaires ains 
en protester contre ladicte ville. » — Archives de Vaucluse, série 
D, 29, folio 1, verso. 

(2) Ibidem, folio 4. 





- 20o - 


Articles sur l’establissement des Régents de la Faculté 
de médecine augmentée en la présente ville d’Avi¬ 
gnon suyvant le Conseil tenu à la Maison de Ville 
dudit Avignon le vingt-uniesme juin mil six cens 
trois. 

1. Premièrement que nul ne soyt admis et receu 
pour régent et professeur en la faculté en médecine 
érigée et establye'en ceste ville, qui ne soye reconneu 
pour vray et bon catholique apostolicque et romain, et 
qui toutesfois sera tenu fère profession de foys entre 
les mains de Monseigneur l’Archevesque. 

2. Que les régents soyent docteurs aggrégés en méde¬ 
cine de ceste ville ; et ne l’estant, qu’ilz se puissent 
agréger suyvant et ez conditions mentionnées aux der¬ 
niers statutz de ladicte faculté en médecine. Est ce 
affin qu’ilz soyent tenus d’assister aux examens de 
ceulx qui seront présantés à l’obtention du doctorat, 
de disputer contre eulx en leur rang comme il sera cy 
apres ordonné à porter lieu pour les recepvoir ou ren¬ 
voyer suyvant leur mérite et capacité. Esquelles di.s- 
puttes présidera Monseigneur l’Arcbevesque ; de 
l’authorité duquel le premier régent, suyvant la cous- 
tume ancienne, recepvra le pouvoir et faculté de pro¬ 
mouvoir lesdicts présantés au doctorat après avoir esté 
appreuvés sufTisancts parles Srs docteurs en médecine 
assistans. 

3. Esdictes promotions le premier régent comme 
promoteur ordinère sera assis à la dextre du présenté 
au doctorat, et les autres trois régentz à la senestre, 
chascuû sellon son l’ang; et lesqüelz trois régentz, 
s’ilz ne sont de ceulx qui prennent, scavoir des six 
premiers, auront pour leur assistance chescun d’eulx 
un teston ; mais estans du nombre des six anciens, se 
contenteront de resniolluraent ordinière. 

4. Que lesdicts régents et professeurs soyent choysis 
et receuz en ladicte profession et régence sans aulcune 
faveur, mais par la voye la plus juste et entière et telle 



- 206 - 


quejusques à présenta esté observée aulx plus célle- 
bz-es universités de l’Europe ; assavoir par la disputte 
publicqueznent sousteuue par ti’ois jours consécutifz 
et par deux lectures faictes en deux joui’s aussi consé¬ 
cutifz ; estant toutesfois Mr Denis Ghrestien ja de long 
temps l'eceu formellement en ladicte z’égence ordinaii’e, 
sa place ne se doibt disputer, oultre que sa suffisance 
et doctrine est très cogneue : et pour le l’egai'd de 
Mr Me Jacques Fontaine, estant aussi notoirement 
cogneu pour ti'ès suffisant, ayant plusieui's années 
enseigné publicquement et leu en ladicte faculté avec 
sa grande louange et pi-offict de ses auditeui-s, ne sera 
tenu d’entrer en disputte. Et por ainsi lesdicts Srs 
Ghi-estien et Fontaine sont ja nommés, choisis et esta- 
blys par rautliorité de Monseigneur Illustrissime et 
Sez’euissime Vice-légat, et avec l’appi’obation de Mon¬ 
sieur le pi’imicier de ladicte univei’sité d’Avignon et 
comme chef d’icelle, du consentement de Messieui’s les 
consulz; pour conséquent l’un, assavoir ledict seigneur 
Ghi’estien à la preiziièi’e chaire, et ledict seigneur 
Fontaine à la seconde; les deux autres sei'ont mises à 
la disputte pour esti'e baillées à ceulx qui seront 
cogneus les plus digues et cappables. Pour ce aulcun 
ne pourra en après eèti-e receu pour regent, qu’il ne 
soyt pi’emièrement pi-ouvé parlesdisputtes et lectui'es 
susdictes, et approuvé tant par monseigneur illustris¬ 
sime Vice-légat, que par ledict Sr prinzicier, estant 
apres présenté à Messieui’s les consulz pour estre 
receuz et approuvés. 

5. La disputte sei’a ouverte à tous ceulx qui voudiiput 
se présenter et préthendre à une desdictes régences ; et 
sei'ont leurs propositions prinses de cbascune partie de 
la médecine, au nombre d’une ou de deux, l’echercbées 
et baillées par les r^entz de ladicte faculté, appellé le 
doyen d’icelle, si luy mesmes estant le pi’emier agrégé 
n’est aussi le doyen; et seront proposées en forme de 
question de laquelle le soustenant prendra et desduira 
ses propositions et appendices d’icelles pour en tii^r 



- 207 - 


d’une isuytle artificielle la conclusion soyt affirmative 
soyt négative ; et ne pourront lesdictes propositions ou 
thèses estre imprimées, ou autrement distribuées et 
mises eu disputte, sans estre veues, considérées et 
admises par lesdicts premier régent et doyen, pour 
recognoistre principalement si lesdictes questions sont 
bien et deuement desduictes, tellement que la conclu¬ 
sion s’ensuyveut des prémises. 

(1. Mais aussi pour obvyer qu'aulcunabuz ne se com¬ 
mette par quelque particulière faveur ou autrement, 
seront tenus ledicte régentz et doyen, où il y auroit 
plusieurs prétheudans à ladicte régence ou régences, 
de multiplier lesdictes questions suyvant le nombre 
d'iceulx; tellement qu’estantdeux prétheudans,faudra 
proposer quatre questions sur chacune partie, qui 
seront escriptes en quatre petitz papiers du toutesgaulx, 
bien proprement roullés, et mis dans un chapeau ou 
autre, en l’un desquelz, après avoir esté bien tous bien 
remués, sera prins par le premier préteudliant, le 
second par l’autre et ainsi consécutivement. On ballot¬ 
tera les questions de chescune et diverse partie en 
diverses fois, et sera tenu le prélhendant soubstenir la 
question qui luy sera venue en main, et qu’il aura prins 
luy mesmes ; et quand aulx deux lectures, une d’icelle 
sera prinse de quelque aphorisme à livre ouvert par 
monseigneur l’Archevesque, et l’autre de quelque point 
appartenant à la praticque,ou de quelque malladie. Et 
pour éviter encores tous abuz que se pourroit fère, 
dans d’autres mesmes petitz papiers au nombre de dix 
ou douze, on escripra le nom d’autant de malladies pour 
explicquer la nature, causes, signes, démonstrations et 
prognosticz et la curation entière de celle qui eschera. 

Et d’autant que les aphorismes ne sont pas tous 
esgaux en . grandeur de doctrine, ayans aucuns un 
subjiect beau et fécond, en l'explication duquel on 
peults’estendre fort amplement, et les autres un fort 
maigre et stérille ou beaucoup moindre, affinqiie des- 
dicts prétheudans l’un n’ayt plus d’avantage que l’autre. 


Bull. Soc. fr. hist. méd., IX, 1910. 


13 



— 208 — 


èji leurs lectures ilz verseront à l’explication d’un 
mesme aplioi'isine, et inesme nialladie, en deux heures 
consécutives ; à condition toutesfois que icelluy qui 
aura esté premier à interpréter le premier poiuct, sera 
le dernier à l’autre. Lesdicts poincts seront baillés 
vingt quatre heures avant que il monte en chaire. 

7. On observera cest ordre au soubstenement des 
disputtes : que les docteurs de la ville seront préférés 
aux estrangiers pour esttre admis les premiers à 
soubstenir lesdictes disputtes,et pour lesdicts docteurs 
de la ville, celluy qui premier se présentera après le 
temps préfixé, sera aussi admis le premier, et plusieurs 
d’iceulx se présentans en mesme jour, les plus anciens 
.seront prélïérés aulx plus jeunes. 

8. Lesdictes questions et propositions seront deba- 
lues contre le soubstenant tant par les autres docteurs 
en médecine que par ceux ausquelz il plairra disputer, 
estant quallilïiés, ou autrement y ayans esté convyés. 
Les disputes achevées et les lectures faictes, lesdicts 
■Srs docteurs qui auront disputé, et non autres, après 
avoir faict serment sur les Sts évangilles entre les 
mains de Monseigneur le Vice-légat, porteront leurs 
vœux et sulïrages en la faveur de deux qu’ilz jugeront 
et cognoistront sellon dieu et leur conscience estre les 
plus capables et mieulx mérités ; et estans ainsi esleuz 
les deux encores seront ilz tenus de fère aussi par 
sulïrage lidelle ellection de celluy qui debvra estre 
prelTéré à l’autre à la Iroisiesme régence. 

9. Où il adviendra qu’une desdictes régences soyt 
vacante par le décès de l’un desdicts professeurs, son 
lieu et place sera mis en dispute comme dessus, pour 
estre donné au mieulx mérité, et lequel fera sera le 
qualriesme régent. 

10. Seront tenus lesdicts régentz faire bien et deue- 
inent leur debvoir en leur profession et lectures, en 
lesquelles seront choisies et ordonnées par l'advis 
dudicl premier régent, te plus qu’il sera possible au 
proflicl et advancement de escolliers estudians en 



— 209 — 


médecine ; etafïin qu’en mesine temps on puisse verser 
à enseigner toutes les parties d’icelle, a esté advisé que 
le premier régent s’eniployera à enseigner la praticque 
et à interpréter les livres d’Hippocrates plus servir (?) 
à la cognoissance desquelz est plus nécessaire à l’art de 
médecine mesinement pour la praticque à laquelle il 
fault tout rapporter comme à sa tin. Le second régent 
s’employera à la doctrine des médicamens tant simples 
que composés pour après venir à la métliode univer¬ 
selle, et seront par luy exhibés et montrés lesdicts 
simples médicamens autant qu'il pourra les réunir. 
Le troisiesme versera à enseigner la pathologie conte¬ 
nant les causes généraulx des dispositions contre 
nature, et le quatriesme à l’explication des choses natu¬ 
relles qui sont toutes comprinses en la première partie 
de médecine qu’est dicte phisiologie. 

11. Et d’aultant que la cognoissance tant desdictes 
clioses naturelles que des maladies et de leurs causes, 
sans laquelles lesdictes maladies ne peuvent estre 
guéryes, ne se peult avoir sans la cognoissance du corps 
humain et de ses parties, pour y remarquer principall- 
ment leur substance, température, action, usage, scy- 
tuation, figure, nombre et grandeur, il sera aussi néces- 
sère de fère anatomies ou disections de quelques corps 
humains; et pour laquelle fère, sera Monseigneur le 
Vice-légat requis et prié par lesdicts sieurs docteurs en 
médecine, assisté de Monsieur le primicier, et de Mes¬ 
sieurs les consulz, de leur actroier et leur accorder ou 
aux escholliers les corps de ceulx qui punis de mort 
auront esté mis au gibet principallement eu temps 
d’hiver et autrement froid. El lesquelz escholliers, 
ladicte anathomie taicle, seront tenus le fère porter 
après en tei’re saincte, et fère dire une messe pour son 
ame, à laquelle ilz assisteront, priant dieu pour icelle. 
Lesquelles anathomies se feront par lesdicts sieurs 
régentz succéssivement les ungs api’es les autres. 

12. Pour le regard des lectures, seront tenus lesdicts 
quatre régentz commancer le grand oydinère d’icelles 



- 210 - 


le lendemain de la feste de monsieur St Luc, et le con¬ 
tinuer sans aulcune intermission, fors les jours de tes¬ 
tes commandées et temps de vacances cy bas exprimés, 
jusques à la feste de monsieur St Jehan Baptiste ; et de 
là en avant, assavoir despuis le premier de jullet jus¬ 
ques à la fin d’aoust, deux d'iceulx soubstiendront le 
petit ordinère, poursuyvans les lectures durant tout ce 
temps, et desquels d’eux un sera des deux premiers 
régentz, et l’autre des deux derniers. Toutes lesquelles 
leçons seront pour le moings chescune d’une heure. 

13. N’estant possible que l'esprit soye tousiours 
bandé sur les livres et attaché à l’estude, auront les- 
dicls régentz quelques surséances et vacations, assa¬ 
voir despuis la feste de Monsieur St Thomas jusques au 
lendemain des Cendres, et depuis le lundy de la 
semaine saincte jusques au lendemain de quasimodo. 

Pourévicter toute confusion et dissention, ne sera 
permis à aulcun des autres regentz proposer thèses 
pour estre disputtées es escholles, sans les avoir mons- 
trées au premier régent, pour voir et juger des matiè¬ 
res qui seront proposées, et si elles sont telles q^u’elles 
doivent estre soubstenues et disputées ; ensemble advi- 
ser du temps auquel il sera plus expédient qu’elles 
soyent mises en avant pour le plus grand proflict des 
escholliers. 

13. L’estât ou gage annuel que messieurs les consulz, 
par l’advis et résolution du conseil ordinère et extraor- 
dinère tenu le vingt uniesme de juin dernier, seront 
tenus de bailler ausdicts quatre regentz en médecine, 
sera de trois cens escus de soixante sols pièce; lesquelz 
seront distribués, assavoir, cent escus à chascun des 
deux premiers régentz, etcinquante à chacun des deux 
derniers ; et ce par quartier, assavoir de trois en trois 
moys comme est de coustume par toutes les autres 
universités. Et le premier desquelz trois mois comman- 
cera ledict premier jour de monsieur St Luc ; lesquelz 
gages se payeront tant que plaira à ladicte ville, et 
moyennant iceulx gages ne pourront se faire payer de 




211 - 


leurs escholliers pour lesdictes lectures, moings pour¬ 
ront préthendre aulcune franchise envers ladicle ville. 

16. Où toutesfois ladicle ville seroit affligée de peste, 
que dieu ne vueille, à occasion de laquelle les leçons 
vinssent à cesser, ladicte ville ne payera aulcun gage 
durant tout le temps d’icelle qu’au prorata de ce qu’ilz 
auront leu et servy lesdicts régentz. 

17. Ne pourront lesdictz régentz s’absenter de ceste 
ville tous quatre ensemble, mais comme l’un d’eulx 
sera appellé pour aller aux champs, sera observé de 
garder qu’il y aura tousiours dans la ville un régent 
vieulx et un des nouveaux, en façon que les deux vieulx 
tous à la fois ne se pourront absenter, ny les deux der¬ 
niers aussi tous à la fois ne se pourront absenter. A la 
charge toutesfois que à l’absence de tels régentz, ceulx 
qui demeureront à la ville, seront tenus continuer les 
lectures des absenlz, et les leurs aussi, aux heures 
ordonnées, scavoir le régent vieulx qui sera à la ville 
prendra à fère la lecture commancée par l’autre régent 
vieux absent ; et ainsi fera le jeune régent. 

18. Et cas advenant qu’ilz soyent appellés, ne pour¬ 
ront demeurer à chascun voyage qu’ilz feront hors la 
ville que huict jours pour le plus. 

19 Seront nommés et esleus chascune année, quatre 
des principaux et mieulx qualliffiés escholliers estu- 
dians en médecine, qui seront conseillers, et rappor¬ 
teront et attesteront moyennant serment ausdicts 
seigneurs primicier et consulz, si lesdicts régentz ont 
bienetdeuement satisfaictà leurs charges et vacations. 

Tout ce que dessus est ordonné et estably soubz l’au- 
thoriléet bon plaisir de nostre sainct Père et de nossei¬ 
gneurs les légats et vicelégats (1). 

Discussion. 

iM. R. Blanchard. — Les documents concernant 
1 Université pontificale d’Avignon présentent un inté¬ 
rêt très particulier. Aussi, la communication de M. le 

(1) Archives de la ville d’Avignon, série G G. 



- 212 - 


1)‘' P. Paiisier est-elle la bienvenue. A ce propos, qu’il 
nie soit permis de rappeler que j’ai publié ici même 
(111, p. 165-176, 1904) une Notice sur quaire diplômes de 
l’Université d’Avignori, délivrés à Claude Feruus (1704), 
à Jean Feruus (1745) et à François Ferrus (1745 et 
1746), tous originaires du Briauçonnais et ancêtres 
de G. M. A. Ferrus. le célèbre aliéniste. 


OUVRAGES REÇUS 

Tous les ouvrages envoyés à la bibliothèque sont inscriU 
sous celte rubrique. 

R. Blanchard, Survivances ethnographiques au Mexique. 
Le metatl et ie niolcajetl. Introduction du metall en Europe. 
Journal de la Soc. des Américardstcs de Paris, VI, 1909; grand 
in-8° de 18 p. avec 12 lig. dans le texte. 

R. Blanchard, Sur quelques géants américains. Ibidem, 
VI, 1909; grand in-8° de 16 p. avec^une iig. dans le texte et 
2 pl. hors texte. 

P. Pansieu, L’hôpital Saint-Antoine à Avignon et le tombeau 
d’Alain Chartier. Pevue du Midi, grand in-8”de 25 p., 1910. 
Ch. Vidal, Pinel. Paris, in-18 de 27 p., 1910. 

E. WiCKERSHEiMKR, Ornithomaiicie médicale : le Charadrios. 
Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, XXIII, in-8" de 5 p. 
avec la pl. X, 1910. 



Séance du 8 Juin, 1910. 

Présidence de M. Le Pilbur, Vice-Président. 

M. R. Blanchard s’excuse par lettre de ne pouvoir 
assister à la séance. 

iM. Leclair proteste par lettre contre les changements 
apportés dans l’impression et dans la justification du 
Bulletin. 

M. Le Pileur dit les raisons qui ont déterminé le 
Conseil, dans sa séance du 17 mai, à adopter à l’unani¬ 
mité les conclusions d’un rapport de M. R. Blanchard, 
tendant aux modifications critiquées par M. Leclair. 
A la suite de ces explications, les membres présents 
approuvent la nouvelle disposition du Bulletin. 

M. le D*' Garsonnin, 24, boulevard Saint-Vincent, à 
Orléans, est présenté par MM. R. Blanchard et 
Le Pileur. _ 


UN NOUVEAU NÈGRE PIE 

par le Professeur R. BLANCHARD 

Ancien Président de la Société. 

L’observation qui suit n’a rien d’historique, dans le 
sens rétrospectif du mot. Je crois pourtant devoir la 
consigner ici, notre Bulletin ayant déjà publié deux de 
mes mémoires sur les nègres pies (1). 

(1) R. BLANCHAnn, Encore sur les nègres pies. Un cas inédit du 
début du XIX' siècle, ÿulletin de la Soc. franç. d'hist. de la niéd., 
V, p. 210-219, 1906. — Nouvelles observations sur les nègres pies. 
Geolïroy Saint-Hilaire à Lisbonne. Ibidem, VI, p. 111-135, 1907. 
— A propos des nègres pies. La Natwre, n' 1906, p. 3-8, 4 déc. 1909. 
Bien qu’il ne soit qu’un résumé des deux précédents, ce dernier 
travail mérite pourtant d’étre mentionné ici. J’y donne une grande 
gravure représentant l’un dés deux tableaux de Le Masurier, 
possédés par le-Muséum d'histoire naturelle. J’y rectifie aussi, 
relativement â la statuette du Musée anatomique de la Faculté de 
medecine de Boston, une erreur do copie dont je suis l’auteur 
involontaire: mon très distingué ami, le D' H. R. Storer, de 
Newport, R. I., m’a signalé, en ellet, que c’est à l’un de ses 
ancêtres, Ebezener Storer (et non Slever, compte je l’ai écrit), 
que la statuette en question fut remise en août 1783. 








— 216 — 


Les deux photographies qui accompagnent cette 
note m'ont été très aimablement communiquées par 
M. le Comte Maurice de Périgny : elles ont été exécu¬ 
tées par lui, dans le Honduras Britannique, au cours 
de sa récente mission archéologique dans l’Amérique 
centrale. Elles représentent le père et l’enfant : le père, 
un nègre pur, d’uu beau noi)-; le fils, un charmant 
petit nègre pie à la mine éveillée. 

Comme on peut s’en rendre compte, le père a belle 
prestance; il est d’aspect sympathique et a atteint un 
certain degré de civilisation et de bien-être. La mère 
est une Mexicaine de Teno.sique ; elle n’est sans doute 
pas de race pure, mais son sang indien est mélangé 
jusqu’à un certain degré de sang nègre. Ils ont cinq 
enfants ; quatre sont de couleur café au lait, sans 
aucune tache blanche ; seul, Lisbey est pie. 11 joue et 
gambade dans le village avec les gamins de son âge, 
sans que ceux-ci fassent attention à sa curieuse ano¬ 
malie. La famille habite El Cayo (Honduras Britan¬ 
nique). 

Lisbey est âgé de cinq ans ; il est fort et vigoureux. 
Un Yankee (1), l’ayant aperçu ou ayant été averti de 
son existence, est venu proposer au père de l’èngager 
pour des exhibitions en différentes villes. « Je veux 
bien, dit le père; mais je pars avec lui ; je ne me 
sépare pas de mon fils. » Les pourparlers n’eurent pas 
de suite. 

Un médecin de la colonie prétend que les taches 
blanches proviennent des rayons dé la lune, qui 

(1) Faute d'autre terme, j’emploie ici cé mot sans la moindre 
intention désobligeante, pour désigner un habitant des Etats-Unis. 
11 est singulier que les citoyens a des Etats », comme on dit au 
Canada, n’aient pas de nom national ; on leur donne communé¬ 
ment le nom d’Américains, dont ils aiment à se parer, mais il est 
clair que cette dénomination ne peut leur appartenir exclusi¬ 
vement. Voilà quelques années, la presse yankee s'est occupée de 
cette question; les lettres U. S. A. servant à désigner d’une façon 
abrégée les Etats-Unis d’Amérique (United States of America), 
on a proposé le nom A'Usan, qui n’a pas été adopté. La question 
est toujours pendante. 



— 217 — 


auraient filtré par des fissures du toit, tandis que la 
femme enceinte dormait dans un hamac. 

D’après une autre explication, fournie par une per¬ 
sonne de la localité, la femme aurait été très impres¬ 
sionnée par la vue d’un gi’os Poisson, communément 
appelé Vaca, voisin des Tanches, sans écailles et sans 
épine, mesurant jusqu’à six pieds de long et pesant 
25 livres. Parmi les vieux Poissons vivant dans les 
eaux dormantes, on en rencontre souvent qui ont des 
taches noires et blanches très irrégulières, tant pour la 
forme que par leurs dimensions. La femme vivait sur 
le Rio Mopan, où ce Poisson abonde ; il entre pour une 
part notable dans l’alimentation des habitants. 


GORRE ET GRAND’GORRE 
par le D' L. LE PILEUR 

Vice-Président de la Société. 

Ainsi que je l’ai signalé dans une courte note lue 
à la Société d’Histoire de la Médecine (1), les documents 
que j’ai publiés sur la prostitution à Besançon (2) con¬ 
tiennent le texte le plus ancien, connu jusqu’à ce jour, 
sur l’invasion de la syphilis dans la France géogra¬ 
phique, puisqu’il est daté d’avril 1496, alors que le 
document de Lyon serait postérieur de plusieurs mois. 

Dans ces conditions, il était intéressantde noter par 
quel ou quels vocables on avait, dès son début, désigné 
la nouvelle maladie. Or, on lit dans le plus ancien 
texte (3) « ... la maladieque l’on dit celle de Naples ». 
Même périphrase dans les documents suivants (avril- 
mai) : ou bien, « la dicte maladie » ou bien, « la maladie 
avant dite ». Mais en juin, le nom change et on lit dans 

(t) 1908, p. 133. 

(8) La Prostitution du XIU' au XVIP siècle. Paris, Champion, 
1908, in-8*. L’article que je publie aujourd’hui est cxlrull de la 2' 
partie de cet ouvrage, laquelle n’est pas encore parue, 

(3) loco cil., Doe‘ 191, 197,202. 



218 - 


une délibération prise du 6 au 20 de ce mois : « . 

les malades de la maladie que l’on dit la Gorre. » Enfin, 
dans une autre délibération (28 juillet, août), ce nom 
est adopté et ces povres gens s’appellent « malades de 
la Gorre ». Un peu plus tard, en ISOO (1), on les nomme 
tout simplement : « les gorriers ». 

A partir de ce moment et pendant presque tout le 
XVI® siècle, le mot gorre se rencontre un peu partout, 
souvent accompagné du qualificatif, grand (pour 
grande) ; ainsi Grandgor dans l’Ordonnance de Jacques 
IV, roi d’Ecosse, 22 sept. 1497 (2). 

Dans ses Chroniques (1474-1504), Jean Molinet s’ex¬ 
prime ainsi : 

« ... Lors commença à avoir son cours, en Haynaut et 
marches voisines, une manière de mesellerie fort horrible, 
et abominable maladie, nommée grosses pocques, grosses 
vérolles et la grand' gaulre. » 

Dans les Séjours de Charles VIII à Lyon publiés par 
Gonon en 1841, on lit, p. 30 : 

« ... En ce temps vindrent en France plusieurs des gens 
du roy, les quels avoienl une manière de maladie que 
aucuns appelloient la grant gorre, les autres la grosse 
vérolle et aucuns la maladie de Naples ... » 

Jean Le Maire de Belges cite cette expressipn dans le 
1®® de ses Trois Contes d’Alropos. 

« Mais le Commun quand il la rencontra 
« La nommait Gorre ou la vérole grosse. » 

L’anonyme auteur du Triomphe de Haulte et.puissante 
Dame Vérolle dit aussi : 

« La gorre de Rouen (3) je traîne 
» Soulz le grand Credo en attente. » 

(1) Doc' 216. 

(2) Gruren, Suite «/.Hj'sinns, p. 71. 

(3) A propos de la Vérole de Rouen, il est bon de remarquer que 

c'est Rabelais qui en parle un des premiers ; « La je vey ung jeune 
parazon guarir les verollez, je dy de la bien line, comme vous diriez 
de Rouen.» Livre V, ch. XXI. 

Les Contes d’Eutrapel composés par Noël du Fail peu de temps 
avant sa mort {la8o\ sont postérieurs de 30 ans au moins è l’auteur 





— 219 — 


On trouve encore ce mot dans les iems de Guil. 
Bouchet (1584) et dans les Contes et discours d’Eutrapel, 
où l'auteur s’exprime ainsi : 

« Cette grande gorre de vérole ainsi baptisée par ceux de 
Rouen sur son commencement et à l’ouverture du livre, 
était tellement punaise... » 

Ce mot était donc considéré, à cette époque, comme 
synonyme de vérole et employé communément par les 
poètes et les littérateurs pour désigner la maladie nou¬ 
velle. Cependant, Rabelais ne le prononce pas une seule 
fois. On ne le trouve pas davantage dans les écrits 
médicaux par la raison fort simple que les auteurs 
écrivant en latin, n’avaient pas à l’employer plus que, 
le mot vérole (1). Tout au plus pourrait-on penser que 
dans le plus ancien traité sur la question, Brant et 
après lui Grunpeck de Burkausen (1497) auraient 
fait de Gorre, Scorra, ce qui est très discutable (2). Mais 
aucun des auteurs, poète ou littérateur, n’explique 
pourquoi on a donné au nouveau mal ce nom de Gorre, 
qui, au Moyen âge et bien plus tard encore, signifie: 
femelle de porc, truie, et dont on a fait goret, petit 
cochon, seul usité aujourd’hui. 

L’érudit bibliographe G. Peignot (3) semble croire 

de Pantagruel, mort enlSIiS, et Sorel avait 22 ou 23 ansquand il 
publia en 1622 son roman de Francion où se trouve le fameux 
proverbe : « Vérole de Rouen et crotte de Paris ne s’en vont jamais 
qu’avec la pièce ». Ed. Delahays, 1858, p. 423. 

Uuant ù ce nom d’espèce, comme on ne peut admettre que la 
vérole eut à Rouen une gravité particulière, il faut l'expliquer soit 
parce que c'était ù Rouen qu'on appelait Gorre la vérole;soit, bien 
plutôt, comme le pense Le Duchat, « a cause qu'elle rend enroués 
ceux chez qui elle est invétérée ». Vérole de Rouen serait un jeu 
de mots analogue aux Voyages de Surie et de Bavières rappelant 
le traitement et la salivation consécutive. 

(1) Nie. Godin, dans sa Traduction de Jean de Vigo (1530), 
Thierry de Héry (1552), Amb. Paré (1575), ont écrit en français sur 
la vérole. Tandis que les deux derniers ne se servent que de ce 
vocable, le premier emploie le mot Gorre. J’y reviendrai plus loin. 

(2, Astruo, De morbis venereis, in-4'; cf. Il, p. 546 et 547. 

(3) Peignot, Etienne, Gabriel, connu aussi sous lë pseudonyme 
anagrammatique de Stéphane Baliger ou Aliberg, naquit en 1767 
ù Arc-en-Barrois et mourut en 1849 ù Dijon. De ses'nombreuses 



— 220 — 


que c'esl par analogie avec la malpropreté de l’animal 
que ce nom fut donné à la maladie. Cinquante ans 
plus tard, le E. Turner (1) adopte la même manière 
de voir, ce qui le sert pour l’étymologie et le sens obs¬ 
cène qu’il veut absolument donner au mot Syphilis. 

Cependant, je n’avais jamais pu comprendre, je 
l’avoue, le rapport qui existait, le rapprochement qu’on 
avait pu faire entre une truie et la vérole; or, on vient 
de voir que, bien avant de donner à la maladie nouvelle 
le nom de Vairolle, vérole ou grosse vérole, on l’avait 
appelée à Besançon et à Lyon Gorre, Gi'and’gorre. 

L’horreur qu’inspirait cette dégoûtante maladie 
n’était pas une raison pour la comparer au fidèle com¬ 
pagnon d’un saint fameux : les mœurs mêmes des 
malades qui auraient pu, à la rigueur, motiver cette 
comparaison, n’étaient pas encore mises en cause, 
puisque, dans les premières années qui suivirent l’ap¬ 
parition du lléau, on la crut transmissible par l’air. 
Plus tard seulement, des observations mieux prises, 
établissant d’une façon plus certaine son mode habituel 
de contage, en firent un des plus tristes et un des plus 
fréquents apanages de la débauche. 

Malgré l'autorité littéraire ou médicale des deux 
critiques que je viens de citer, il me semblait bien que 
Gorre avait dû être primitivement le nom d’une mala¬ 
die, puisque, après en avoir baptisé le nouveau mal, 
on lui avait adjoint, par comparaison sans doute, le 
qualificatif Grande. Persuadé que G. Peignot et E. 
Turner, qui le citent souvent, ne pouvaient avoir omis 
de consulter Astruc, je cherchai néanmoins, quoique 
sans grand espoir, dans l’œuvre du médecin de Montpel¬ 
lier. J’en fus récompensé, car je lus à la page 547 du T. II ; 
« Compertum est vocem gallicam Gorre, a radicecelticâ 

publications, celle qui intéresse le plus les médecins a pour titre : 
D’une pugnition dwinement envoyée aux hommes et aux femmes. 
Paris, Techner, 1836, in-8 de XlI-62 p. ; cf. p. 3 et 24. 

d) Etymologie du mol syphilis. Annales de Dermatologie et 
Syphiligraphie. Paris, Masson, 18^, p. 431 et 434. 



— 221 — 


Gor trahi, quœ valet Pus, puris . » Cette étymologie 

est confirmée par le DicU® de Furetière, Ed°“ de Tré¬ 
voux, dans lequel Astruc l’avait probablement prise. 
Ou y tronve en eltet : 

a Gorre s.f. En Normandie ce mot signifie vérole. Dans la 
langue de Galles et en Bas-Breton Goir signifie ulcère, 
pus, pustule. » 

Ainsi Gorre, synonyme de vérole dans nos provinces 
de l’Ouest eteu Flandre [Gaulre) était une modilicatiou 
du vocable gaélique Goir, et du reste, le mot existe 
encore dans la langue anglaise, où l'on trouve tant de 
mots bretons, sous la tonne Gore, qui signifie boue, 
limon et sang corrompu. 

Comme d'autre part on sait que le mot vérole a été 
presque de suite attribué à la nouvelle maladie, à 
cause des éruptions de la face (1) et du corps qui lui 
donnaient une vague ressemblance avec la variole ; 
que celle-ci ne lut appelée petite vérole que pour la 
distinguer de la Grosse (2), n’est-il pas naturel de 
supposer, ce qu’Astruc ne dit pas, que Gorre était le 
vocable désignant la variole dans certaines provinces et 
fut employé, comme son synonyme vérole, pour nom¬ 
mer le nouveau mal dès son apparition; qu'ensuite 
on lui donna le qualificatif de Grande., comme à sou 
synonyme celui de grosse, loi'squ’au bout de quelques 
mois, la confusion cessa d’exister entre ces deux 
alïections. 

Si l’on s’étonne de rencontrer ce terme, plutôt local 
et occidental, dans l’Est de la France et dès l’invasion 
du fléau, il sera facile de l’expliquer par la présence 
certaine dans les troupes fi’ançaises de mercenaires 
bretons, normands et peut-être môme anglais. Un mot 
étranger a toujours plus de succès qu'un mot connu et 

(1) On connaît l’èpigramme de J.-B. Rousseau : 

A son visage boutonné 
Je reconnais le mal immonde 
Qu’à sa femme il a donné 
Et qu’elle rend a tout le monde. 

(S) Laur. Joubbrt, Operwin latinorum, 1582. 




(iorre dut probablement à cette qualité sa faveur éphé¬ 
mère. Ephémère, en effet, car son synonyme vérole 
n’allait pas tarder à se substituer à lui d’une façon 
tellement durable qu’à l’heure actuelle il est encore 
l’expression non seulement vulgaire, mais très suffi¬ 
samment scientifique, par laquelle on désigne bien 
souvent la Syphilis. 

.J’ai dit plus haut que Nicolas (Jodin était le seul 
médecin qui, ayant écrit en français, avait employé le 
mot Gorre. Comme le sens qu'il donne à ce mot est 
tout différent de l’interprétation d’Astruc et de la 
mienne, je dois m’en occuper pour ne rien laisser dans 
l’ombre. Dans la traduction de .1. de Vigo, notre chirur¬ 
gien s’exprime ainsi : 

« -toutffois il nous a pieu ce présent traicté estre inti¬ 

tulé de la Gorre, à cause que les mignons et gorriers suy- 
vans les délices de Dame Vénus comme vrais suppos 
d’icelle l’obtiennent faclllement pour leur rémunération ; 
Quia nocel empta dolore voluptas » (1). 

Le mol Gorrier, Gorrière, se rencontre bien avant 
l’arrivée de la Syphilis et, sauf dans le document de 
Besançon cité plus haut où il a été employé pour ainsi 
dire par entraînement, il n’a jamais signifié que somp¬ 
tueux, magnifique, aimant le plaisir et, par extension, 
débauché. Ainsi dans le Villon : 

« Venez gorriers et gorrières, 

Qui laides si bien les manières. » (2) 

De même dans les sermons de Maillard : « Femmes 
gorrières, femmes à la grande gorre » (portant des 
robes à queues ou garnies de fourrures;) de même 
dans Rabelais: «....les dames avec leur palefroy 
gorrier » (3). 

Gorrier n’a pas fait Gorre, comme semble le croire 

(1) Paris, 1330, 4’. F* 131, V . 

(2) Repues Franches, Edition Janet, p. 179, 

(3) Gargantua, ch. LVil, éd. Var. 



_ 223 _ 


Nie. Godin, mais il en vient. Seulement il ne vient pas 
du mot qui signifie vérole. 

En effet, le mot Gorre est encore donné dans le 
Dictionnaire de Trévoux comme ayant trois autres 
acceptions. 

L’une, dont je ne m’occuperai pas, est un terme de 
pêche (1). 

Pour l’autre, beaucoup plus intéressant dans le cas 
actuel, on lit : 

« Gorre. S. f. somptuosité, magnificence, braverie (dans 
Godefroy). On dit populairement qu’une personne fait la 
Gorre lorsqu’elle affecte d’enfler le dessous du menton. » 

De là était venu gorrier, gorrière. 

Le dernier sens enfin est celui de Truie, femelle de 
porc, femme débauchée, dans le centre de la France 
(Godefroy), dont ou a fait Goret, petit pourceau, ainsi 
que je l’ai déjà dit. 

Mais ces trois homonymes homographes, n’étant 
nullement synonymes, ne peuvent avoir la même éty¬ 
mologie et si, pour le premier sens, on a vu que le mot 
vient de Goir, dans le second il peut venir soit de 
yaOpoç, superbus, soitplus probablement, non pas, comme 
on l’a dit, de xoipoq, pourceau, parties sexuelles de la 
femme, étymologie du troisième sens, mais bien plutôt, 
à ce que je suppose, de /ofpàç, qui a la forme, l’aspect 
d’un cochon, et dont le pluriel signifie Ecrouelles. 

En effet, n’était-ce pas par une idée de rapproche¬ 
ment entre le port de tête d’un cochon gras et celui 
qu’imposent les écrouelles qu’on disait au Moyen âge : 
Faire la goi’re, enfler le dessous du menton, par consé¬ 
quent tenir la tête haute et raide comme les engorge¬ 
ments ganglionnaires obligent à le faire, les gens qui 
en sont atteints (2), comme le faisait Saint-Just, ce qui 
lui valut le mot de Danton, que ce dernier paya si cher ? 

De même si, parlant d’Ysabeau de Bavière, le poète 

(t) Filets soutenus par des pieux h l'embouchure des fleuves. U 
signifie aussi trou, abîme. 

(â) On les appelait : Les Clients du Roi de France. 


Bull. Soc. fr. hist. méd., IX, 1910. 



— 224 — 


a pu dire : « Femme à la Grand’gorre » pour femme 
majestueuse, superbe, c’est l’aspect hautain que donne 
la raideur du cou, quand bien même la maladie ne 
serait pour rien dans la façon de porter la tête, qui a 
dû vraisemblablement être la principale origine de 
cette locution. 

J’en dirai autant de Gorrier, gorrière, dont le sens 
parait également avoir varié (1) ; qui dans Villon, dans 
Maillard ou dans Rabelais signide ami du plaisir, fier, 
somptueux, richement vêtu ou harnaché, alors qu’à 
Besançon il veut dire sjq)bilitique (2) et que dans Nie. 
(îodin il désigne leshomuiesde plaisir,lesdébauchés(3) 
sans aucune acception d’élégance. Heureux résultat de 
l’homographie. 

Je pense qu’après ces explications les médecins qui 
trouveront le mot Gorre dans les vieux livres pourront 
lui attribuer son véritable sens et que ce mot ne leur 
suggérera plus aucune idée obscène, à l’encontre d’E. 
Turner, qui le faisait venir de xolpoz, à cause de son 
second sens : parties sexuelles de la femme, tandis qu’il 
est simplement et tout uniment, dans ce cas, un terme 
vulgaire et provincial de pathologie. 

(1) André Favyn, Théâtre d’honneur, I, p. 174. 

(2) On trouve aussi Ulcères gourrières dans ChassiRnel, p. 
Lxxvii, édition 1613. 

(3) A rapprocher du sens donné par Nie. Godin et surtout par 
Villon, les quatre vers suivants, tirés du Banquet des chambrières. 
Poésies Franc, des XV'.et XVP s., 11, p. 286. 

Quattro chambrières 
Assez mignonnes et gorrières 
Prinrent complot comme il me semble 
D’aller aux Etuves ensemble. 



—^225 — 


UNE SATIRE DE FURETIÈRE CONTRE LES MÉDECINS 

publiée par le D' Paul DORVEAUX 

Bibliothécaire de i’Kcole supérieure de Pharmacie de Paris. 

Antoine FureUère, abbé de Clialivoy (né à Paris en 
1620, mort en 1688), est l’auteur d’un certain nombre 
d’ouvi’ages en prose et en vers, entre autres d’un 
Dictionnaire universel, toujours consulté par les savants 
qui s’occupent de l’IiisLoire de la langue française, et du 
Boman bourgeois, qui se réimprime encore denosjours. 
A part ces deux livres, tous les autres sont tombés dans 
un profond oubli. Aussi ne faut-il point s’étonner que 
la première de ses satires, le Médecin pédant, publiée en 
tête de ses Poésies diverses (Paris, 1665), ait été ignorée 
de la plupart des historiens de la médecine au XVll''' 
siècle : Maurice Raynaud (1), Nivelet (2), Léon-Petit (3), 
H. Folet (4), Le Maguet (5), etc. René Fauvelle est le 
seul de ces historiens qui l’ait connue; il eu a donné 
quelques extraits dans sa thèse pour le doctorat eu 
médecine : Les étudiants en médecine de Paris sous le grand 
Roi (Paris, 1899, p. 242) ; mais il n’a eu entre les mains 
que la seconde édition de cette œuvi'e, laquelle dilïère 
considérablement de la première (6): celle-ci est 

(1) Raynauu (Maurice), les Médecins au. temps de Molière, 2'édi¬ 
tion. Pari.s, 1863. 

(2) Nivklet. Molière et Gui Patin, Paris, 1880. 

(3) Leon-Pktit. Les Médecins de Molière. Conférence faite au 
Palais des Sociétés savantes le 9 avril 1890. Paris, P 90. 

(4) PoLEï (Henri). Molière et la médecine de son temps. Lille, 1896. 

(o) Le Maguet (P.-E.). Le monde médical parisien sous le grand 

Roi. Paris, 1889. (.Thèse pour le doctorat en médecine). 

(6) La première édition, de format in-i", est intitulée : « Poésies 
diverses du sieur PunETiEnis A. E. P. A Paris, chez Guillaume de 
Luynes, au Palais, sous la montée de la Cour des Aydes. M. DC.LV. 
Avec privilège du Roy ». « Le Médecin pédant » y est la « satyre 
première » (p. 3-1 i). La seconde édition, déformât in-i2,a pour titre: 
« Poésies diverses du sieur Euketiehe. Seconde édition augmentée 
et corrigée. A Paris, chez Louys Billiiine, au Palais, au second Pil- 
lier de la grand'Salle, au grand César, M. DC. LXIV. Avec privilège 
du Roy». « Le Médecin pédant » y est la « satyre quatriesine » 
(p. 28-34). 



— 226 — 


réellement une satire, tandis que celle-là est une véri¬ 
table charge. 

Coïncidence curieuse : le Médecin pédant parut pour 
la première fois à l’époque où la fameuse troupe de 
rillustre-Tliéâlre (1) jouait en province le Docteur 
pédant, une des nombreuses farces de Molière, dont le 
texte n'a pas été conservé. 

Dans r « Epistre dédicatoire à tous mes amis », qui 
précède ses Poéxies diverses, Furetière lait au sujet du 
Médecin pédant les observations suivantes : ((Vous vous 
pourrez aussi rencontrer avec quelques suppôts d’Hip¬ 
pocrate, qui diront que je n’ay pas parlé dans les 
termes ni selon les règles de l’Art en quelques endroits 
de ma Satyre des Médecins. Et vous répondrez pour 
moy à ces Messieurs, que je ne prétens pas faire une 
leçon de Médecine, ni de décrire quelque habile homme 
de la Faculté, mais de réciter les sottises d’un fat dont 
j’ay esté fort importuné, de sorte que ces prétendues 
fautes luy appartiendront plustost qu’à moy. » 

De ces lignes il résulte que Furetière. en écrivant 
son Médecin pédant, a voulu se venger d’un de ces 
(( suppôts d’Hippocrate », que Molière, après lui, a 
ridiculisés de main de maître. 

Le talent de Furetière, comme satirique, a été 
apprécié de la façon suivante par Francis Wey (2) ; 
(( Ainsi que Philippe Desportes et Regnier, Furetière 
débuta par des satires, genre assez facile au fond ; le 
fiel y tient lieu d’esprit; les idées communes et rebat¬ 
tues sont rajeunies par la rime; la trivialité du goût, 
ou du style, passe sous le masque comique ; enfin, 
par sa nature, le sujet dispense d’être poète et n’exige 

(t ) Molière, à ses débuts, fut le chef d’une troupe appelée Vlllustre 
Théâtre, laquelle joua d’abord à Paris sans beaucoup de succès, 
puis lit en province une tournée qui ne dura pas moins de douze 
années. C’est pendant ce laps de temps, de 1646 à 1658, que fut joué 
te Docteur pédant. 

(2j Wey (Francis), Antoine Furetière. Sa vie, ses œuvres, ses 
démêlés avec l’Académie Française. Revue contemporaine, 11, 
p. 600, 1852. 




- 227 - 


que peu d’inspiration. A vrai dire, Furetière ne pos¬ 
sède ni l’enjouement émerillonné de Desportes, ni la 
couleur vive de Regnier, ni l'atticisme et la précision 
inimitable de Boileau. Les cinq satires de l’abbé de 
Chalivoy sont des bambocbades à la Flamande. Le 
Médecin pédant paraît banal, surtout après Molière...» 

Malheureusement, le Médecin pédant est antérieur 
aux comédies de Molière. Lorsque cette satire parut, 
le grand comique, alors au début de sa carrière, ache¬ 
vait en province, avec l’Illustre-Théâtre, cette fameuse 
tournée, qui, commencée en 1646, devait finir en 16S8. 

Charles Asselineau (1) a renchéri sur Francis Wey : 
il a donné Furetière comme l’élève de Boileau, de 
Molière et de Chapelle. « Furetière, dit-il, est bien le 
contemporain et l’élève de Despréaux, de Molière et 
de Chapelle. Son vers net et sobre n’a jamais l’accent 
des belles scènes du Misanthrope ; son ironie est aussi 
moins soutenue que celle de Boileau ; mais c’est bien 
là la précision, la correction et le ton raisonnable par 
lesquels les poètes du siècle de Louis XIV protestaient 
avec Malherbe contre le clinquant du Tasse et le mau¬ 
vais goût de Ronsard et de Théophile. Comme l’a fort 
bien remarqué M. Francis Wey, ses vers préviennent 
favorablement l’esprit par leur propreté ; ils se sou¬ 
tiennent et font patiemment attendre au lecteur un 
beau passage, un trait de génie qui relève cette cor¬ 
rection un peu froide ; malheureusement, le beau 
pa.ssage n’arrive presque jamais. 

» Ce jugement toutefois serait injuste si nous ne 
reconnais-sions à Furetière une qualité qui lui appar¬ 
tient bien réellement et bien en propre, même à côté 
de Boileau ; la qualité du pittoresque. Observateur par 
excellence, Furetière, qui devait plus tard doter la litté¬ 
rature française du premier roman réaliste, est plus 
qu’aucun autre de scs contemporains saisi par le détail 

(1) Asselineau (Charles'. Recueil fies factums d'An toine Furetière. 
1.1, p. XtX. Paris, 18S8. 



- 228 - 


des mœurs et par les particularités locales. 11 procède 
en cela des écrivains et des poètes de l’époque précé¬ 
dente, de Guy Patin et de Saint-Amand. Sa satire n’est 
pas la satire à la Boileau, satire vague et pédante, qui 
s’inspire d'Horace et ne c.ople Regnier qu'en le châtrant 
prudemment de tout ce qui constitue son caractère et 
sa physionomie ; c’est une satire précise, datée, prise 
sur le vif, et qui par instant pousse à la caricature. 

» Ainsi la satire den Marchands, celle des Médecins, 
et surtout le fameux Jeu dé houle des Procureurs, ollrent- 
ils des peintures, des portraits, des grimaces, dont le 
relief inattendu fait sourire et qui prouvent chez l’au¬ 
teur une connaissance approfondie du vocabulaire. » 

La satire de Furetière, sans être géniale, a cependant 
le mérite de confirmer l’authenticité de certaines parti¬ 
cularités concernant les médecins au XVll® siècle, que 
l’on trouve mentionnées chez plusieurs auteurs de 
cette époque. 

Son (( médecin pédant », qui est un « vieux médecin », 
porte un « habit long lait d’un damas à Heurs », un 
long manteau fait de simple étamine, 

Une barbe en trapèse allant sur sa poitrine. 

Sur sa leste pointue un ample cl vieux castor 
Faisant une goulière en l’un et l’autre bord; 

Ses gans hors de ses mains tortillez avec force 
Faits en forme de vis ou de colonne torse. 

Caractère infaillible et maintien allecté 
A quoy l’on reconnoist ceux de la Faculté. 

De plus, il (( déambule » sur une mule de petite taille, 
« une mule pigmée ». Tout « en tournanlsa ceinture de 
soye », il aborde son malade, le salue et lui tâte le pouls. 
Ayant constaté de la fièvre, il ordonne une saignée de 
a la médiane », un clystère « avec calholicon » et un 
purgatif «de ca.sse, en bolus ou pilule ». Puis il s’assied 
et se lance dans des digressions interminables sur 
toutes sortes de sujets : médecine, hygiène, politique, 
histoires « du vieux temps », etc. (comme tous les 
vieillards il est bavard et il se complaît à rappeler 




— 229 - 


les événements de sa jeunessel. A un moment donné, 
il revient, à son malade, il lui tâte le pouls de nouveau- 
lui palpe le front et l’écliine, lui fait tirer la langue, 
examine son urine et ses fèces, et lui prescrit « pour 
oster de ses reins la trop grande cuisson » de la tisane 
de scolopendre, et pour combattre sa fièvre, « liyperi- 
con, agaric, poligone ». Ensuite, il repi’end le fil de sa 
digression, qui, cette lois, roule surtout sur l’anatomie 
humaine. 

Pour se débarrasser de ce vieil importun, Furetière 
commande à son valet de prendre unécu pour le payer. 
Alors « le médecin pédant » rédige une ordonnance 
indéchilïrable « en un latin obscur sur le grec usurpé ». 
Puis il se met en posture pour recevoir ses honoraires: 
il place derrière son dos sa main ouverte et le valet y 
met la pièce. 

Il la prend, il sourit, et serrant bien le poin : 

« Que faites-vous? dit-il. II n’étoit pas besoin. » 

Sur ces mots, il se retire prestement « sans regarder 
derrière ». 

Les paroles du Médecin pédant: « Que faites-vous ? 
11 n’étoit pas besoin », rappellent celles du médecin 
Rondibilis, qui, après avoir pris « très bien » les qua¬ 
tre nobles à la rose de Panurge, (( luy dist en elTroy 
comme indigné : « Hé, hé, hé, monsieur, il ne falloit 
rien. Grand mercy toulesfoys. De meschantes gens 
jamais je ne prens rien. Rien jamais des gens de bien 
je ne refuse. Je suys lousjours à vostre commetr 
dement(l). » 

Molière a introduit, dans .ses comédies et dans ses 
farces, tous les traits de la satire de Furetière. Il a 
mentionné : la robe des médecins dans le Malade ima¬ 
ginaire (acte 111, scène XXll) et dans le Médecin malgré 
lui (acte 1, scène VI) ; leurs grands chapeaux dans 
Monnieur de Pourceaugnac (acte 11, scène IV) ; leur 

(1) Rabgi.ais, Le tiers livre des faicls et dicts héroïques du bon 
Pantagruel, chap. XXXIV. 



barbe d«us l’Amour médecin (acte 111, scène V) et dans 
le Malade imaginaire (acte 111, scène XXll) ; leur mule 
dans l’Amour médecin (acte 11, scène 111), etc. 11 n’est 
pas jusqu’au geste singulier du praticien réclamant ses 
honoraires qui n’ait été reproduit scrupuleusement 
dans le Médecin malgré lui (acte 11, scène VIll) ; 

Sganarelle (médecin malgré lui). — Je vous donne le 
bonjour. 

Géronte (père de Lucinde, qui est .soignée par Sgana¬ 
relle). — Attendez un peu, s’il vous plaît. 

Sganarelle. — Que voulez-vous faire ? 

Géronte. — Vous donner de l’argent, monsieur. 

Sganarelle (tendant sa main par derrière, tandis que 
Géronte ouvre sa bourse). — Je n'en prendrai pas, 
monsieur. 

Giîronïe. — Monsieur.. 

Sganarelle. — Point du tout. 

Géronte. — Un petit moment. 

Sganarelle. — fin aucune façon. 

Géronte. — De grâce ! 

Sg.\narelle. — Vous vous moquez. 

Gi’îronte. — Voilà qui est lait. 

Sganarelle. — Je n’en ferai rien. 

Géronte. — fih ! 

Sganarelle. - Ce n’est pas l’argent qui me fait agir. 

Géronte. — Je le crois. 

Sganarelle (après avoir pris l’argent). - Cela est-il 
de poids ? 

Gicronte. — Oui, Monsieur. 

Sganarelle. — Je ne suis pas un médecin mercenaire. 

Géronte. — Je le sais bien. 

Sganarelle. — L’intérêt ne me gouverne point. 

Géronte. — Je n’ai pas cette pensée. 

Dans une satire contre les médecins, un peu antérieure 
à celle de Furetière et attribuée à Scarron (1), trois 

(1) Les .Médecins au XVll’siècle. Satire attribuée à Scaron et 
publiée pour la première fois d’après un manuscrit de ta Biblio- 



— 231 — 


disciples d’Esculape donnent à un malade une consul¬ 
tation grotesque, qui finit ainsi : 

Puis en faisant la révérence, 
fihacun vers mon valet s’advance. 

Dont recevant un bel escu, 

Tous trois me tournèrent le eu. 

Après Furetière, Jean Bernier a traité « de la péden- 
terie des médecins » dans ses Essais de médecine, dont 
la première édition fut publiée à Paris en 1689 (p. 355). 
A cette époque, le médecin pédant déambulait « sur un 
cheval gris à hous.se noire, la moustache épaisse, le 
castor retroussé sur le front, et une baguette en main 
haut-élevée » ; il ne pouvait « traiter un malade qu’en 
Grec, en Latin, ou avec un Nerveze (1) et un galima- 
thias affecté ». Donc il différait peu de celui de Furetière. 

Le texte, qui suit, est celui de la première édition : 
je l’ai reproduit aussi exactement que possible, sauf la 
ponctuation. J’ai donné en notes toutes les variantes 
de la seconde édition. 

P. Dokveaux. 


LE MÉDECIN PÉDANT 

À Monsieur Conrart (2), sécretaire du Roy. 

Bon, la fièvre me quitte; allons, sortons du lit; 

De deux maux à la fois le Ciel me guarentit. 

Et je me tiens heureux de ressentir son ayde, 

Ihèque Impériale (par E. de Barthélemy). Paris, Auguste Aubry, 
1889, p. 31. Cette satire a été reproduite dans le Mal qu’on a dit 
des médecins (2' série, 2' édition. Paris, 1888, p. 1331, par le 
D' WiTKOw’SKi, qui a ignoré le Médecin pédant do Furetière. 

(1) « Nervèze, écrivain enflé et obscur, dont le nom a passé au 
style qui a les mômes défauts ». (Dictionnaire de Trévoux, éditions 
de 1752 et suivantes). Ce mot, que l’on rencontre chez quelques 
auteurs du XVII' siècle, ne se trouve dans aucun dictionnaire con¬ 
temporain. 

(2) Valentin Conrart, littérateur français, né à Paris en 1603, 
mort en 1875, a passé à la postérité grâce au vers de Boileau : 

J’imite de Conrart le, silence prudent. 

Sa maison, sise rue Saint-Martin, fut le berceau dé l'Acjidémie 
française. 



- 232 — 


Moins pour estre sauvé du mal que du remède. 
Fardoiinez-moy, grand Dieu, si j’ay par fois juré. 

.Ma maladie helas ! je la prendrois en gré; 

.Mais je ne trouve pas la constance facile 

Lors qu’un vieux Médecin, pour me purger la bile, 

•Me fait encor soulïrir cent persécutions, 

Tant par ses sots discours que par ses potions. 

Moy qui depuis trois ans jouis du privilège 
De ne voir ni Latin, ni Pédants, ni Collège, 

Kl qui meltrois au rang des pires accidents 
De revoir ou Collège, ou Latin, ou Pédants, 

Conrart, eus-je pas (1) droit de me mettre en furie? 

Un parent qui sans doute aspire à mon hoyrie, 

Kt qui trop volontiers pairoit mon assassin. 

Me lit pour ce sujet venir un Médecin, 

.Médecin si Pédant qu’il semble à sa manière 
Que l’Université marche en luy tout entière. 

Son abord, il est vray, soulagea mes douleurs ; 

Voyant son habit long fait d’un damas à fleurs, 
(Hormis son long manteau fait de simple étamine). 
Une barbe en Trapèse allant sur sa poitrine (2), 

Sur sa teste pointue un ample et vieux castor 
Faisant une goutiôre en l'un et l’autre bord : 

Ses gans hors de ses mains tortillez avec force 
Faits en forme de vis, ou de colonne torse. 

Caractère infaillible, et maintien alfecté 
.-V quoy l’on reconnoist ceux de la Faculté. 

Certes tous ces objets, en dépit de mes lièvres, 

.Mirent un ris forcé sur le bord de mes lèvres, 

Kt qui vint presqu'au point de surmonter mon mal. 
Lors que je me souvins d’un certain animal 
Sur qui le long du jour ce Pédant déambule. 

U) Dans la seconde étlilion, on lit : n Conrart, n’eus-je pas ». 
i'-l) Ce passage a été modiliéde la façon .suivante dans la seconde 
édition : 

Son abord, il est vray, soulagea mes douleur.s ; 

Voyant sa mine bave et ses pasles couleurs. 

Son front maigre et crasseux, .ses paupières vermeilles. 

Ses cheveux noirs et blancs, plus courts que ses oreilles, 

Une barbe en trapèse, et moins largo au menton, 

Qu'après avoir gagné son trentième bouton. 

Son habit d’estaminc éraillé de vieillesse. 

Que la graisse rendoit plus luisant qu’en jeunesse 
Sur sa teste pointue_ 





- 233 - 


Or on devine assez que c’esloit une mule (1), 

Mais mule non tantasque, et qui devers les deux 
Ne haussoit lièrement la teste ni les yeux. 

Qui, modeste en sa marche, et de soy-mesme guide, 
Tousjours dessus son cou sentoit lAche la bride. 

Liberté dont pourtant elle n’abusoit pas. 

Malgré gaule et talon, elle alloit petit pas ; 

Mesme elle n’eust pù faire une grande ajambée, 

Oar c’étoit à vray dire une mule Pigmée; 
lit ce Pédant crotté, qui piquoit en Latin, 

Sembloit n’estre monté que dessus un patin. 

Ce ne fut pas longtemps que dura cette joye (2), 

Car bientost en tournant sa ceinture de soye, 

11 m’aborde, et me dit : a Salve, mon cher enfant. 

D’où vient qu’estes ainsi dans vostre lit jacent? 
Donnez-moy vostre bras. Que vostre poux bat ferme! 

O Dieux ! mainte pustule est sur vostre Epiderme ! 

.le vois à vostre joue ainsi haute en couleur 
Que vostre lièvre vient d’intestine chaleur. 

Qui peut avec le temps se tourner en quartane ; 

C’est pourquoy sccclur ce soir la Médiane ; 

Qu’on prépare un clistère avec Catholicon (3), 

Violiers (4), Mélilot, Mauves, 'l’araxacon (b) ; 

Et puis recipial demain au crépuscule 
De Casse dracmes hulct, en bolus (6) ou pilule. 

(1) Dans la seconde édition, Fureliere a dit : 

Mirent un ris forcé sur le bord de mes lèvres, 

Qui s’accrut de moitié par un prompt souvenir, ' 

De l’avoir veu cent fois aller et revenir. 

Aux yeux de mon esprit, il fut plus ridicule. 

Quand je me le remis dandinant sur sa mule, 

Mais mule non fantasque.... 

(2) Variante de la seconde édition : 

Je n’eus pas fort long-temps cette petite joye. 

(.t) Elecluarium catholicum des pharmacopées du XVII' siècle 
(Cf. Jean de Renou, Moïse Charas, Nicolas Lemery, etc.). 

(4) Violettes. 
lü) Pissenlit. 

(6)(( Bofits, dit Nicolas Lemery {Pharmacopée unirersellr, Paris, 
1697, p. 17), est un mélange de plusieurs drogues 'méxlecinales 
réduites en consistance d’opiate, qu'on divise en morceaux longuets 
de la grosseur d’une amande, lesquels on envelope dans du pain à 
chanter mouillé, et qu’on fait avaler sans mâcher pour en éviter le 



- 234 - 


Je viendray voir après que] en sera l’eiïet. » 

Moy je pense desjà que m’en voilà défait, 

Quand je voy qu’il s’assied; puis à perte d’iialeine (1) 

11 cite Mathiole (2), üribase (3), .4vicenne (4), 

Le Conciliateur (ü), Paracelse (6), Cardan (7), 

Du Laurens (8), Fracastor (9), Faliope (10), Riolan (11), 
Arnaut de Ville-Neufve (12), Albert (13), Erasistrate (14), 
Théophraste (13), Seniiert (16), Galien, Hippocrate, 

Et pour le faire court, il cite tant d’Autheurs, 

Vieux, modernes, nouveaüx, Bacheliers et Docteurs, 
Des gens le moins connus, des gens le plus en vogue. 
Que je creus qu’il vouloit en faire un catalogue, 

(1) Variante : 

Quand de cet importun je pense estre défait, 

,rapperçoy qu’il s’assied, et qu’à perte d’haleine. 

(2) Mattiou iPietro-Andrea), médecin et botaniste italien (loOO- 
11)77), est surtout connu par ses Commentaires de Dioscoride. qui, 
publics en italien en 1544, furent traduits en latin, en français, en 
allemand, en tchèque, etc. 

(3) OuiBASE, médecin grec de la seconde moitié du IV' siècle. Ses 
oeuvres ont été publiées par Bussemaker et Daremberg (Paris, 1851- 
1876.6 vol. in-8«). 

(4) Avicenne, médecin arabe du X' siècle. 

(5) PrETno d’Abano ou d’Apono, médecin italien, né en 1253, 
mort en 1316. 11 est l’auteur de plusieurs ouvrages, entre autres du 
Concüiator differentiarum. Philosophorum et præcipue Aledico- 
rum ; d’où lui est venu le surnom de concüiatexvr. 

(6) Paracelse, médecin et alchimiste, vivait dans la première 
moitié du XVI' siècle. 

(7) C.vnnANO (Gerolamo), médecin et philosophe italien, né à 
Pavie en 1.501, mort à Rome on 1576. 

8) Du Laurens (André), anatomiste français, fut médecin de la 
reine Marie de Médicis et premier médecin de Henri IV. Il mourut 
en 1609. 

(9' Fracastor, célèbre syphiligraphe italien, vivait dans la 
première moitié du XVI' siècle. 

(101 F.ALLOPto (Gabriele), médecin italien (■1523-1562), bien connu 
comme anatomiste. 

(11) Riolan .Tean), anatomiste français (1577-1657). 

(12) Arnaud de Villeneuve, fameux médecin, né en 1240, mort en 
1.311. 

■ 13) Albert le Grand, illustre savant du Xllf' siècle. 

(14) Erasistrate, médecin grec, vécut à la cour de Séleucus Nica- 
nor, roi de Syrie. 

dS) Théophraste, philosophe grec, fut l’élève de Platon et 
d’Aristote. 

(16) Sennert (Daniel), médecin allemand, né en 1572, mort de la 
peste en 1637, à Wittemberg. 



— 235 - 


En suite son discours passe aux disparitez 
Des Docteurs de Paris et d’autres Facultez : 

Mais il blâme sur tout les Docteurs de Chyniie, 

Qui médisent si fort de la Phlébotomie ; 

Et c’est pour ce sujet qu’il traite d’écolier 
L’homme le plus sçavant, s’il vient de Montpélier. 

11 dit qu’ils sont bourreaux de la nature humaine, 

S’ils ne font pas ouvrir à tous momens la veine, 
Qu’ainsi, quoy qu’on ait dit, eu usoit Galien, 

Et qu’en ïérapeutique il réussissoit bien, 

Appliquant à tous maux cette double recepte : 

La fréquente saignée, ou la longue diette. 

Alors il entreprit un discours long et vain. 

Pour prêcher l’abstinence, et défendre le vin : 

Jamais n’ont tant parlé Zénon (1), ni Cléobule (2), 
Contre la gloutonnle, et contre la crapule; 

Et ne furent au choix des morceaux dans les plats 
Malades ni friands jamais plus délicats (3). 

Toute chose à son sens au corps est mal-faisante : 

Le Vin brûle le sang, la Bière est trop fumante ; 

Le Cidre émeut le ventre. Il blâme tous les fruits. 

Soit d’Esté, soit d’Autornne, autant crus, comme cuits. 
Le fromage est trop lourd, trop crue est la salade ; 
L’épice est corrosive, et le poisson trop fade ; 

La perdrix est aduste, et trop sec le tabac (4). 

Tel mets, propre au poulmon, nuiroit à l’estomac ; 

Tel confortant le cœur, débilite la rate; 

Tel est doux aux boyaux, qui blesse la gargate (3) ; 

Et ne pouvant en faire un assez juste choix, 

Poser les qualitez, la mesure et le poids. 

Il fait tant de leçons du régime de vivre, 

;1) ZÉNON, illustre philosophe grec, fondateur du stoïcisme. 

(2) Cléobule, philosophe de l’antiquité, placé par Suidas et Plu¬ 
tarque au nombre des sept sages de la Grèce. 

(3) Variante : 

Et plus de qualitez n’observèrent jamais 
Malades ni friands dans le choix de leurs mets. 

(4) Variante : 

Le Cidre émeut le ventre ; il ne respecte pas. 

En blasmant tous les fruits, ni melons ni muscats ; 

Le fromage est trop lourd, trop cruë est la salade ; 

La perdrix est aduste, et le poisson trop fade ; 

L’épice est corrosive, et trop sec le tabac. 

(5) Gargate, gosier, gorge. 



- 236 - 


Qu’un sot si scrupuleux que de vouloir tout suivre. 

A faute de trouver un manger qui fust sain, 

A la table du Hoy pourroit mourir de faim. 

En récompense aussi force mets il tolère (1), 

Lors que pour Cuisinier, on prend l’Apothicaire ; 

Car on s’en peut soûler, sans qu'on en mange trop, 
Sçavoir; Décoctions, et Ptisane et Sirop (2), 

Sirop de pied do Chat (3), de Rose et de pas d’Asne (4), 
Tamarins et Séné, Hheubarhe, Casse et Manne, 
Confection llamec (3), Jalap et d’autres mets 
Que pour les grands festins on n’apprcsta jamais. 
C’estoit, ce semble, assez pour en faire parade. 

Et loing de me guérir, il me rendolt malade (6); 

Car je remarquois bien, par tant de sols discours. 
Qu’il vendoit sa visite, et non pas son secours. 

Pour eslre mieux payé, tout exprès il l’allonge. 

Et dans d’autres propos aussi vains il se plonge : 

11 me parle de Roy, de Duc, de Potentat, 

Tantost des bruits de Cour, puis d’affaires d’Estat, 

Ou de sièges formez, ou de grandes défaites; 

Mais il ne cite point le texte des Cazettes, 

Car il n’ose les croire, à cause que l’Autheur 
D’une autre Faculté s’est fait passer Docteur (7), 
Tenant mesme en cecy suspecte sa doctrine 
Comme s’il s’aglssoit d’un point de Médecine. 

Après, suivant l’humeur ordinaire aux vieillards, 

Il parle du vieux temps, des Ligueurs, des Guisars (8), 

(1) Variante : 

En réc )-.npense aussi toute chose il tolère. 

(2) Variante : 

Comme Décoctions, et Ptisane et Sirop. 

(3) Pied-de-chat, Gnaphalium dioicum L. 

(4) Pas-d’ànc, Tussilago farfara L. 

(5) Confection kainec, électuaire purgatif dont la formule a été 
donnée par Mésué. 

(6) Variante : 

Au lieu de me guérir, il me rendoit malade. 

(7) Allusion à Théophraste Rcnaudot, mort il Paris le 2.3 octobre 
1633. Docteur en médecine de la Faculté de Montpellier et médecin 
du roi, il créa, à Paris, la Gazette, dont le premier numéro parut 
le 30 mai 1031. Après lui, ce journal fut continué par ses descen¬ 
dants. 

(8) Les mots ligue^lrs et guinarde sont synonymes ; car la Ligue 
fut formée par les catholiques sous l’inspiration des Guises et 
dirigée d’abord contre « les huguenots », puis contre . Henri 111, et 
après lui contre Henri IV. 




- “237 - 


Des troubles de Paris, des vieilles Barricades (1), 

Des nojîces du teu Boy (2), Carrousel, Ambassades, 
Du feu du Pont au change (3) ou bien du grand Uy ver (4). 

« Encor, dit-il, alors tout alloit d’un autre air; 

Parmy les Huguenots et tes guerres civiles, 

On vivoit plus heureux qu’aujourd’huy dans les villes (ü) 
Chacun estoit chez soy comme eu un Paradis; 

On faisoit plus d’un sou qu’on ne feroit de dix. 
Exempts de ces chertez qu’à présent on void suivre, 
De ces taxes d’aisez (6) et droits de sou pour livre (7).» 
Quand il est sur ce point au bout de son rdlet, 

Mesme qu’il a parlé de servante et valet, 

Des peines d’un mary, des soucis d’un ménage. 

Des caquets de Bourgeois, des bruits du voisinage. 
Pour revenir au point dont il estoit sorti ; 

U Vostre teu, ce me semble, est, dit-il, amorti (8). » 

11 retaste mon poux, mon front et mon échine. 

Me fait monstrer ma langue et veut voir mou urine; 

(1) Les vieilles barricades sont celles du it mai 1588. 11 y en eut 
de nouvelles le 27 août 1648. 

(2) Allusion au mariage de Louis Xlll, <iui épousa Anne d’.4.u- 
Iriche, le 25 novembre Kilo, à Bordeau.v. 

(3) Le Pont-au-Change fut incendié dans la nuit du 23 au 24 
octobre 1621. 

(4) Le grand hiver auquel Euretière fait allusion est celui de 
1615-1616. « Le froid fut si vif que Louis XHI, revenant de Bordeaux, 
où son mariage avait été célébré, et se rendant à Paris avec sa 
nouvelle épouse, vit périr en chernin une grande partie de son 
escorte ». (Dulaure. Histoire physique, civile et morale de Paris, 
2' édition, t. VI, p. 32, noie 2, Paris, 1824). 

(5) Variante : 

On avoit meilleur temps qu'aujourd’huy dans les villes. 

,6/ Taxes des aisés, taxes appliquées aux gens à leur aise, ayant 
quelque fortune. Cf. Dictionnaire des arrêts par Pierre-Jacques 
Brillon. Nouvelle édition, t. I, p. 122, col. I, Paris, 1727. 

(7) Dans son Dictionnaire twMumcf (La Haye et Botlerdam, 
1690), Fcretièhe appelle ces droits subvention : « Subvention, s. 1. 
Terme de Finances. C’est un droit du vingtième denier, ou du sol 
pour livre, qu’on établit sur les marchandises pour subvenir aux 
affaires de l’Eslat ». 

(8) Variante : 

On faisoit plus d’un sou qu’on ne feroit de dix ; 

Car ces taxes d’aisez, et droicts de sou pour livre, 

Font que tout est si cher qu’on ne sçauroit plus vivre. 

Lors revenant au point dont il estoit sorty ; 

« Vostre feu, ce me semble, est, dit-il, amorty. » 



— 238 — 


Et quand il a long-temps regardé mon bassin : 

« Ces accidents, dit-il, sont d’un homme malsain, 
.lelesens, dis-je, assez. — Or il vous faudra prendre 
Souvent de la Ptisane, avec du Scolopendre (1), 

Et de plus de deux mois n’avoir autre boisson (2) 

Pour ester de vos reins la trop grande cuisson. 
Prenez Hypericon (3), Agaric (4), Poligone (3): 

C’est tout ce qu’aux fiévreux Dioscoride ordonne. 

Par tels médicaments j’en ay guéry cent fois. » 

Et lors il prend sujet de narrer ses exploits, 

Combien il a guéry de nodus'(I3) et d’ulcères: 

'l’el en avoit dans l’aine et tel aux urétères; 

'l'el avoit le calcul, tel un bras gangrené; 

Tel le corps entrepris, tel presque empoisonné ; 

Tel au muscle Sphincter avoit une fistule ; 

Tel avoit un Abcez au haut du ventricule (7), 

Jamais Opérateurs, ni jamais Charlatans, 

Des cures qu’ils ont fait n’ont parlé plus longtemps. 
Lors qu’au bout du Pont-Neuf leurs fleurs de Hhétorique 
Estourdlssent bourgeois, et courtaux de boutique. 
Encor n’avoit-il pas touché le principal. 

Qu’il me lait retomber de la lièvre en chaud-mal (8). 
Afin de l’interrompre, exprès je luy propose 

(1) Scolopendre, qui est masculin dans le Médecin pédant, est 
féminin dans le IHctionnaire vniversel de FunEriÈBE : n C’est, dit-il, 
une herbe médicinale que le vulgaire appelle langue de cerf ». 

(2) Variante : 

Et pendant tous (.sic) ce mois n’avoir autre boisson. 

(3) Hypericurn perforalum L., millepertuis. 

(4) Agaric blanc. Polypore du mélèze, Polyporus ofjicinalis 
Fr. Thibault Lespleigney, apothicaire à Tours, a chanté T « Agaric » 
dans son Proinptuaire des médecines simples en rillime joieuse, 
publié pour la première fois en 1538 (Nouvelle édition par Paul 
Dorveaux. Paris, 1899, p. 7). 

(bl Polygonuin aviculare L., renouée, traînasse, centinode. 

(6) Pour Furetièhe {Dictionnaire universel), un nodus « est une 
tumeur dure qui vient sur les os du corps humain, et qui procède 
souvent de quoique mal Vénérien... Les Médecins l’appellent aussi 
exostose. » 

(7) n Ventricule, c'est la même chose que Vestomach. » (Fore- 
TiËRE, IHcl. universel). 

(8) Variante : 

Cent fois je tâche en vain d’arrester ce torrent. 

Et sentant que mon mal alloit en empirant, 

Afin de l’interrompre... . 




— 239 - 


Que de mon niai de ratte, il m’explique la cause (1),- 
Pourquoy mon estomach est parfois oppressé, 

Et si je n’aurois pas le poulmon oftencé. 

Mais ce qui luy démange est l’endroit que je gratte (2). 
Non content de parler de poulmons et de ratte, 

Il remonte plus haut, et décrit en chemin 
La disposition de tout le corps humain ; 

Parle à tort et travers de Vaisseaux et d’Organes, 

De Cartilages, d’Os, de Muscles et Membranes, 
Vertèbres, Glandes, Nerls, Fibres et Filaments, 

Définit Apophise, Artères, Ligaments, 

Ce que c’est Mésentère, Hipogastre, Alvéole, 

Balanus (3), Clitoris, Systole et Diastole, 

Que lait le Péricarde, où finit le Sternon, 

Que servent Pancréas, Méninge, Epiploon (4), 

Epiglotte, Larinx, Prostates, Pannicules, 

Les Tuniques de l’œuil, du poulmon les Valvules. 

Et je pense, ma foy, qu’il n’eust finy jamais. 

Sans qu’à force d’argent, voulant avoir la paix. 
J’ordonne à mon valet qu’il fouille en ma pochette. 
Quand il void l’écu prest, il songe à la retraite. 

Me dit que pour ce coup mon mal ne sera rien. 

Me répond de ma vie et que tout yra bien. 

Qu’avec l’ayde de Dieu, dans huit jours il espère 
De me mettre sur pied, si je le laisse faire. 

Puis en Latin obscur sur le Grec usurpé. 

Il griffonne à la haste un ample Récipé, 

Que ni maître Escrivain ni Docteur n’eust pù lire. 

« Adieu jusqu’à demain, dit-il, cessant d’écrire. 

Ne perdez point courage, et prenez du repos. » 

Alors il met la main au derrière du dos. 

D’mie telle posture aiant compris l’adresse, 

(1) Variante : 

Que de mes maux de ratte il m’explique la cause. 

(2( Variante : 

Mais ce que je demande est le point qui le flatte. 

(3) Jialanus,- gland. Le gland « est le bout de la verge couverte 
par lé prépuce ». (Fubetièiib, Dictionnaire universel). 

(4) Variante : 

De Cartilages, Os, Nerfs, Fibres et Membranes, 

Définit Apophise, Hipogastre, Sternon, 

Ce que font Pancréas, Méninge, Epiploon, 

Epiglotte, Larinx, Pro.stales, Pannicules. 


Bail. Soc. fr. hist. méd., IX, 1910. 



— 240 — 


Je fais signe au valet qu’il y mette la pièce. 

11 la prend, il sourit, et serrant bien le poin: 

« Que faites-vous? dit-il. 11 n’étoit pas besoin. » 

Si tosl qu’il eut son conte, il ne m’étourdit guère; 
11 gagna viste au pied, sans regarder derrière; 

Et comme si le Ciel eust eu de moy pitié. 

Soudain je me sentis allégé de moitié. 


UNE FONTAINE QUI GUÉRIT ; 

SES PROPRIÉTÉS ET SA CHRISTIANISATION : 
NOTRE-DAME DE BEAUTERTRE (INDRE-ET-LOIRE) 
par le D' Marcel BAUDOUIN 

.Secrétaire général de la Société préhistorique de France. 

a. Début du culte. — A Beau-Tertre, qui fut autrefois 
« un tertre » importani, caché dans une forêt et qui 
dépend de la commune de Mouzay, (I. et-L.), existe une 
Fontaine, de renommée fort antique d’après la tradition, 
vénéré, sans aucun doute bien avant le christianisme ! 

Jadis, on venait y boire, ax'ant l’automne, afin, disent 
les vieilles chroniques « de ne pas avoir de fièvre dans 
l’année » ! 

On remarquera « avant l’automne » ; car cela corres- 
])ond très bien avec la spécialité hygiénique, plutôt que 
thérapeutique, de ladite fontaine ! En effet, il est proba¬ 
ble que c'est des /ièrres pabistres qu'il s’agit ici, étant 
donné le pays ; et tout le monde sait que c’est avant 
l’automne, au début de septembre, que commençaient 
autrefois à apparaître'les accès graves, paludéens, en 
raison de l’époque du développement des Moustiques, 
porteurs de l’Hématozoaire (1). Rien d’étonnant dès lors 
à ce ([u’on ait choisi cette époque pour ce « voyage », 
c’est-à-dire pour boire de l’eau pure, de façon à éviter 
l’infection. 

(1) J’ai souvent constaté le lait dans le Marais de Mont (Vendée), 
qui, autrefois (1880-1885), était encore très infesté. 



— 241 _ 


b. Christianisation. — Depuis, cette fontaine fut 
christianisée, c’est-à-dire utilisée par la Religion catho¬ 
lique, à la suite d’une découverte qu’on dit avoir eu 
lieu vers Van mil (1) ; Celle de l’existence de la tête d’une 
bonne Dame, sculptée dans une grosse branche d’un Noi¬ 
setier (poussé au-dessus de la fontaine), et découverte 
de nuit par un pâtre ou un grand bœuf\ On y reconnut 
«la Vierge» et cria au miracle, bien entendu. 

Aussitôt on construisit, à cet endroit, une Chapelle, 
sans doute destinée à La Vierge ; d’où le nom de Notre- 
Dame. Et la statue fut aussi propice que la source... 

On y organisa un vœu, un voyage, c’est-à-dire un 
pèlerinage, qu’on plaça, bien entendu, avant Vautomne, 
c’est-à-dire le 8 septembre (2). 

En 1777, le pèlerinage fut supprimé ; mais il fut réta¬ 
bli en 1848, puis en 1873-6, enfin en 1904 (car il n’eut 
pas lieu en 1903). 

Depuis cette époque, chaque année, a écrit notre 
ami J. Rougé(de Ligueil, I.-et-L.), à qui nous emprun¬ 
tons tous ces détails (3), « douze paroisses prennent 
rang dans la procession qui se déroule sur l’ancien Val¬ 
lon de Beautertre. » 

Entre temps, la chapelle était devenue v. prieur ale n. 
Depuis la Révolution, \& prieuré (maison) et la chapelle 
ont changé d’aspect. Un autel nouveau a été construit (4). 
Mais on n’y voit plus la Madone, découverte jadis 
par le pâtre ou le brave bœuf, allant se désaltérer à la 
fontaine ! Depuis 1790, cette statuette, Notre-Dame de 
Beautertre, est placée dans une Chapelle de l’église 

(1) Date très spéciale, à noter (La fin du Monde annoncée...). 

(2) Beaucoup de pèlerinages de Fontaines ont lieu à cette date 
désormais. Cela est en rapport avec ce fait que les Fontaines ont 
souvent été Christianisées par la Vierge (Apparitions ; Lourdes, 
N.-D. de la Salette, etc.). 

(3) Beautertre. — Revue Marne, Tours, 1908,1" nov., p. 66, 2 üg. 

(4) Lors de la peste de 1631-1637, les Lochols firent vœu de se 
rendre en procession tous les ans à l’église de Beautertre, s’ils 
échappaient à l’épidémie, il y a une coutume analogue à Noirmou- 
tier (Vendée). 



Sàint-Ours, k Loches, ancienne Collégiale (1). Mais la 
légende ajoute que la Madone ne se plaît pas à Loches, 
et qu’une fois, jadis, des anges vinrent la chercher, et 
la reportèrent près de sa fontaine ! C’est là'qu’un jour 
le prieur la vit sourire... Depuis qu’elle est à Loches, 
elle est immobile ! 

c. /ir-Lo/o.—Mais, depuis qu’elle est a Loches, la Ma¬ 
done (2) est toujours l’objet d'un culte. On dépose, dans 
sa chapelle particulière, des c.v-voto en cire. On les y sus¬ 
pend, par des ficelles, à une plaque de marbre noir, spé¬ 
ciale. Mais elle ne guérit plus seulement, comme la 
fontaine, des fièvres ! Elle est désormais consacrée à la 
(juèrison de plusieurs maladies, puisqu’on y dépose, sui 
vaut l’affection dont on est atteint, des statuettes entières, 
en «ire (maladies générales: lièvres, bien entendu, etc.); 
des jambes et des bras (affections des .ïambes, des Bras, 
etc.), dont j’ai le plaisir de vous présenter quelques 
spécimens. 

Dans toute la Touraine, fleurit encore, d’ailleurs, ce 
culte de Vex-voto en cire. D’après mon ami, M. Jacques 
Bougé (3), à la Chapelle de « La Bonne Dame», près 
Ligueil, dédiée k Notre-Dame des Anges, il y a des figuri¬ 
nes, de couleur chair, uu lieu de couleur blanche, comme 
la plupart de, celles de Loches. On trouve ces mêmes 
figurines à Sainte-Mélaine, de Preuilly ; à la basilique 
Saint-Martin, à Tours (crypte) ; à Sainte-Face, de Tours, 
etc., etc. 

' Vous remarquerez que ce sont des ex-voto repré- 

(1) C’est l’œuvre des chanoines de la Collégiale de Loches, qui 
s’en emparèrent, pour détourner, à leur avantage, les Miracles de 
la Statue, et l’apportèrent dans leur Eglise (J. Rougé). 

(2) Communication écrite 

|3) La Vierge' de Beautertre « ne présente plus qu’une simple 
tête sculptée, peut-être dans une branche de coudrier, son primitif 
soutien. Elle n’a ni corps, ni jambes, ni bras. » C’est une sorte'de 
buste. 

ft On la'revêt cependant d’un habillement, soit ordinaire, soit 
éxtraordinaire-», suivant les jours de la semaine, les fêtes ou les 
dimanches. — On luifait toujours présent de beaux habits (J. Rougé). 



— 243 - 


sentant des membres normaux, dessujets non difformes, à 
l’encontre de la plupart des ex-voto anciens (grecs, 
syriens, romains, gallo-romains, hispano-romains, etc. ), 
et de certains ex-voto actuels d’Espagne et d’Italie. 

Cette modification de coutume est due aux change¬ 
ments, survenus dans la fabrication de ces ex-voto. Il 
est, d’ailleurs, pour les fabricants, plus simple de pro¬ 
céder ainsi ; c’est surtout plus économique, depuis 
qu’on emploie la cire ! 

A Loches, c’est le sacristain qui les vend ; et on les 
lui fournit sur commande. Quand il y a trop d’ex-voto, 
il les reprend et on fait fondre à nouveau la cire, qui 
ainsi sert perpétuellement, ou à peu près..,. 

* ' * 

Rkflexions. — Comme on le voit, l’histoire de cette 
source sacrée est fort intéressante, grâce aux modifi¬ 
cations qu’a Imposées au culte pdien primitif le christia¬ 
nisme, dans le cours des siècles. Et il est curieux de 
voir comment la Christianisation s’est faite et com¬ 
ment les vertus de la Statue sont devenues bien plus 
efficaces et plus nombreuses que celles de la Fontaine 
antique ! 

Celle-ci, jadis, ne guérissait que les fièvres palu¬ 
déennes (1), pour une raison que j’ai signalée déjà (2). 
« Dans tous les pays à marécages, où l’eau est, par défi¬ 
nition, mauvaise et infectée, le peuple a toujours 
recherché une fontaine spéciale, à eau pure, pour parer 
aux mauvais eflets de la précédente (3)»; l’usage de 
cette dernière, rendant la santé de par la seule hygiène, 
la source ne pouvait être que sacrée ! 

(1) D’après J. Rougé, on a dit aussi qu’elle guérissait les maux 
de dents (affections on rapports, comme les fièvres, avec l’alimen¬ 
tation]^ 

(2) Marcel B.\uuouin, Les Fontaines qui guérissent. Gazette médi¬ 
cale de Paris, 1903, n" .'i, p 437; 1904, n" 1, p. 1 et 197; 190b, t. V, 
n- 12, 26 mar.s, p. 93-9S. 

■ (.3'. En Marais-de-Mont (Vendée), à N.-D.-de-Rieü, pays très maré¬ 
cageux et fiévreux, une fontaine, LaGlajeole, a une réputation 
excellente pour la santé. 



Mais le Christianisme a cru devoir aller bien plus 
loin ! Pour en justifier l’emploi, il lui a fallu faire inter¬ 
venir le miracle, base de la Religion nouvelle. D’où 
l’apparition subite de la Statue de la Vierge, idée sug¬ 
gérée sans doute par ce fait qu’autrefois des Fées étaient 
censées habiter ces parages et protégeaient la Fontaine. 

Et il a fallu que « Notre-Dame de Beautertre » guérît 
dès lors, non plus seulement les fièvres, mais toutes les 

maladies. Les nouveaux Dieux doivent toujours être 

plus puissants (1), pour détrôner les anciens ! 

On peut rapprocher ce fait de nombre d’autres, tout 
à fait analogues, qui s’observent en Bretagne et en Ven¬ 
dée. .l’en ai cité plusieurs, qui en semblent la répitition. 

Je me borne à rappeler les Fontaines de Vendée et 
d’indre-et Loire, qui guérissent les fiévreux et qui sont 
spéciales à ces infections. 

A. — Vendée-. 1“Saint-C}fr-en-Talmondais (Fonfainc 
d'Anson) ; 

2° Nieul-le-Dolent (Fontaine des Garnes) (2) ; 

3" Noirmoutier (L’Aquenette), etc. (3). 

B. — Indre-et-Loire : 1° Chaumussay (F. Saint-Marc); 

2" La Celle-Saint-Avant (F. Saint-Marc d’Aulnaye) ; 

3® La Ferrière-sous-Beaulieu (F. de Ste-Monégonde) ; 

4® Ligueil (Bonne Dame). 

Il serait facile de citer aussi des cas où la « Dame 
blanche >> intervient d’abord ; puis où celle-ci se trans¬ 
forme en « Apparition de la Vierge ». 

Je n’insiste pas, ces faits étant bien connus désor¬ 
mais des Folkloristes. 

(1) (I En 1906, (lit J. Rougé, de nombreux pèlerins du Lochois, et 
surtout du N.-E. des plateaux de St-Maur, et beaucoup de gens, 
vinrent lit, pour se distraire, comme dans les pardons bretons. « Il 
en fut qui, insouciants gardiens de la foi celtique, sc lavèrent k 
l’eau de la fontaine (comme à Lourdes), s’en aspergèrent le visage 
et, pour les malades impotents, remplirent des bouteilles.. » 

C’est toujours la même cérémonie ! 

2) Noter que tous ces noms sont relliques (Anson, Garues). 

(3)' Aquenette est une dénomination d’origine romaine (Aquæ 
nitidæ), mais qui a dû remplacer un nom ancien. 




-- 245 — 


Ce qui est intéressant à souligner, c’est le phéno¬ 
mène qui semble être à la base de cette tradition, en 
Médecine préhistorique. 

En l’espèce, et pour ce qui concerne les Fièvres sur¬ 
tout, on serait presque autorisé, en elïet, à n’y voir 
qu’une véritable notion hygiénique : le choix d’une 
eau, plus pure que les eaux de boisson ordinaires. Ce 
ne serait, dès lors, que par extension que, plus tard, les 
fontaines auraient guéri toutes les autres maladies ! 

Certainement, en ces cas, la « Tradition » a joué un 
rôle différent que dans le « Culte des Pierresn. Mais on 
ne peut pourtant pas affirmer que le culte des eaux ait 
eu cette seule origine. Et j’incline même à penser qu’un 
autre facteur, sur lequel je reviendrai plus tard, est 
aussi intervenu, et a joué également un rôle très im¬ 
portant. Mais il n’apparaît pas ici ; ce n’est donc pas 
l’heure de soulever cette question, à propos de Beau- 
tertre. 


LE DISCOURS DE RÉCEPTION 
D’UN BACHELIER EN MÉDECINE MONTPELLIÉRAIN, 
AU DÉBUT DU QUINZIÈME SIÈCLE 

per le D-^ Ernest WICKERSHEIMER 

Henri Lamine, de Lübeck, comme bien d’autres 
•Allemands, était venu étudier la médecine è Mont¬ 
pellier dans les premières années du quinzième siècle. 

11 ne se contenta pas du grade de bachelier, qu’on 
obtenait après avoir lu dans l’école d’un des régents 
un livre de théorie et un livre de pratique (1), et poussa 

(1) P. Pansier, Documents pour servir à l'histoire de la Faculté 
de médecine de Montpellier au Moyen-Age. Montpellier, 1905, in-8*, 
15 pp. Extrait dn Montpellier médical, XXII. 



— 246 — 


ses éludes médicales jusqu’à la licence (1). Puis il revint 
dans sa ville natale et il y acquit vraisemblablement 
quelque fortune, car il lui arriva de prêter des sommes 
assez considérables (2). 

La bibliothèque de la ville libre et lianséalique de 
Lübeck (3) conserve encore aujourd’hui quelques-uns 
des livres de médecine, ouvrages d’Arnaud de Ville- 
neuve, de Bernard Gordon, de Gérald de Solo, de Jean 
Jacques (Johannes Jacobi) et de Jean de tournemire, 
que Henri Lamme avait copiés à Montpellier « per 
manus et non per pedes », comme il lui plaît de nous 
en faire pari, à plusieurs reprises. 

L’un de ces manuscrits (ms. med. 4°. fd, feuillets 331 
verso à 333 recto), contient un discours prononcé par 
un étudiant de Montpellier, à l’occasion de sa réception 
au baccalauréat eji médecine. Cette harangue n’est ni 
"signée ni datée, mais il y a tout lieu de penser que 
c’est à Henri Lamme qu’elle doit être attribuée. Deux 
maîtres de la Faculté de médecine y sont cités : Nico- 
laus Coluen, le même personnage, peut-être, que ce 
Nicolaus Colba dont parle Valescus de Taranta (4), et 

U) Bibliothèque de Lübeck : nis. med. fol S, feuillet 97 verso : 
« Gras in principio octave bore Hinricus Lamine, magister in 
artibus et in medicina lieenciatus, (aciet collacionem de epydimia 
seu pestiloncia, et hoc quoad regimen curativum et preservativum, 
pro con.servacione speciei humane et individu! ejusdem valilvr [y] 
in ecclesia Sancti Johannis in arena. » 

f2) Bibliothèque de Lübeck : ms. med. fi'. 10, feuillet 238 recto ; 
« Dominica proxima ante Nativitatera Christi, dedi magistro Hin- 
rico Lamme quatuor marcas cum dimidia, ex parte domini prloris 
Razeburg, scilicet domini Schalker, et protester ([uod vult sibi 
satisfacere de residuo sollario, quanto cicius poterit, sub fide bona 
et honore, et ego, dominus Marquardus Luchelue, protestor manu 
mea propria. I) 

Ms. med. : fol. /, fol. 5, 4°. 10. Le ms. med. fol. 1, com¬ 
mencé par Ilenricus Lamme, a été terminé en 1411 par Theodo- 
ricus de Vredelant Les feuillets 112 recto et 216 verso du ms. med. 
fol. S portent le nom de Custert ou Ku.stert, ((ui semble être un 
surnom do Ilenricus Lamme. 

(4) Cliirurgia, c. 37, d’après P. Pansikr, les maîtres de la 
Faculté de médecine de Montpellier au Moyen-.ige. Utrecht, lti04- 
1905, in 8', C8pp. lExtrait de Janus, archives inlernaùonales pour 
l’histoire de la médecine et la géographie médicale, IX, livr. 9-12; 
X. livr. 1-3). 



- 247 - 


Bernardus Wolmeri, dont le nom semble indiquer une 
origine germanique. 

Voici cet échantillon de la littérature académique du 
Moyen âge, où, en dépit de l’invocation aux bienheu¬ 
reux Luc, Génie et Damien, les saints patrons des 
médecins, en dépit de quelques citations d’Hippocrate, 
de Galien et d'Avicenne, la philosophie scolastique 
,tient plus de place que la médecine : 

In noininc Doniini, amen. 

Celum tripliciter inlluit : molu, lumine et influencia. 

Reverendi doniini mei et inagistri precarissinii, ista aucto- 
rilas prefata halietur a philosopho 1" Methcororu/iu, et potest 
adaptari ad incuin proposituni, quoad tria que a quolibet in 
bac venerabili facultate, de novo incipiente, sunt necessario 
lacienda : primuni est divini noniinis invocacio, secunduni 
est medicinalis sciemiic recoinnicndacio, sed lercium est 
graciarum reddcndarum accio. Primo, dico quod in prcas- 
sumpta proposicione tangitur divini nominis invocacio, ,in 
hoc quod prerniltitur cch/m in/îui/, ; secundo, tangitur medi 
cinalis sciencic recoinmendacio, in lioc quod dicilur lumine-, 
sed tercium concluditur in hoc quod scquilur et iniluencia. 

1. Dico ergo primo, quod in proposicione prefata tangitur 
divini nominis invocacio, in hoc quod dicitur influit celum 
molu, quia, sicud per motuin celi applicalur, mine sol. nunc 
alius planeta, et sic de aliis, ut palet 1° Metheororum, racione 
cujus applicacionis et nobilitatis ipsius motus, producuntur 
qualitates influenciales in hoc mundo inferiori, ut patet 
ibidem, ita eciam per divini nominis invocacionem, in eujus- 
libet priucipiantis corde, Spiritus sancti gracia movetur et 
in ipso influitur. 

Quod autem divinum nomen a quolibet principiante sit 
invocaudus, probatur sic : Primo, autoritate Boecii in 1" de 
Consolacionc phylosophie, ubi dicit supra omnem ereaturam 
esse Creatorem, non loco, quia nullo loco clauditur, sed 
polencia, quia omnia ab ipso habent esse et disponi, ipse vero 
a nullo. Probatur sic ille merito a quolibet principiante est 
invocandus, cui nihil est impossibilc, et omnia potest, sed 
Deus sublimis etgloriosus est hujusmodi, ergo merito invo¬ 
candus. Major patet ex terminis, sed minor probatur autori¬ 
tate philosophi 8' Physicorum, ubi dicit quod Deus est infinité 
vigoris, et per consequens omnia potest. Eciam probatur auto- 



- 248 - 


ritate ejusdein, prohemio Metaplujnce,, ubi dicit quod Deus 
dicitur esse causa omnium rerum, et 12" Meclmnice, ubi dicit 
i|uod ab hoc (|uidem ente dépendent celum et tota terra. Kciam 
probatur autoritate ejusdein Boeeii in 4°, ubi dicit [ur] condi- 
tor Deus, quia omnia condidit ; rex, quia cuncta régit; 
doniinus, quia universa ejus obediunt imperio; fonsetorigo, 
<|uia principium est omnium; lex, quia normam manendi 
singulis statuit; sapiens arbitei', quia, (|uod justum est, uni- 
ouique. reddit. Item probatur raciono ille merito, a quolibet 
principiante est invocaiidus, in quo est summum bonum et 
perfecta securitas, sed sic est de ipso Deo, ergo sequitur pro- 
positum. Consequencia est nota, sed major patet exterminis, 
sed minor probatur autoritate Fiiigencii, in libro de perfec- 
lione mundi, sicdiceiitis : Nullibi queras securilatem et sum¬ 
mum bonum, nisi in ipso Deo, non in terra (1), nec in acre (2), 
nec in mari (d), uec in inferno ut dicit ibidem ; récitât. 

l’atet igitur Dei auxilium in quolibet principio fore invo- 
candurn. Igitur invoco eum una cum Spalmista, sic dicenle 
spalmo24“: Vias tuas. Domine, demonstra mihi, et semitas 
tuas edoce me. 

Primo, ergo, invoco Deum Patrein, qui dal verbum inutis 
et loquelam, quatinus os meuni aporiat, ut directe valeat ea 
que bona sunt enarrare, et per sui potenciam ineslimabilem, 
detinilii féliciter principiare. Secundo, invoco Dei Filium, ut 
per sui sapienciam infinitam inibi det felicius modiare. 
Tercio, invoco Spiritum paraclitum et benignum, ut mei 
scienciam augmentet et cor nieum illuminct, ut possim feli- 
cissime terminare. Frgo, ad presens opus Dei auxilium sistit 
invocandum, et boc quantum ad primum. Silencium (4). 

II. Secundo dicebam quod in preassumpta proposicioiie 
tangebatur medicinalis sciencie recommendacio, in boc quod 
dicitur lumen. Nam sicud celum per lumen suum attingit ista 
inferiora, illuminando ea aut generando in hominibus calores 
et spiritus, et cum omne lumen de natura sua sit calefac- 
tivum, ut patet 1" Metheororum, ita eciam per medicinam in 
hominibus generanturcalorcsetspiritus, sicud eciam non vide- 

(t) Mots ellacés : « Quia ibi sunt homines malignantes. » 

(2) Mots edacés ; « Quia ibi sunt dyaboli animas insidiantes. n 

(3) Mots effacés : « Quia tn. » 

( 4 ) Après le premier paragraphe du discours, un silence. De 
même après le second : « Fac pausam propter bedellum. i) 




- 249 - 


mus, nisi inedecine lumine, ita eciam muiti non possunt 
vivere, nisi cuin auxilio inedicine. Hec autem venerabilis 
scieneia potest ex tribus breviter recoinmendari : primo, ex 
sui factoris potestate ; secundo, ex sui substaneie nobilitate; 
tercio ex sui finis utilitate. 

Dico primo quod potest commendari ex sui lactorum 
potestate, qui priinus et principalis est Deus gloriosus et 
sublimis, ut attestatur, scriptatur sacra Eccksiastica, 33* 
capitule, ita ; Deus altissimusde terra creavit medicinam, et 
vir prudens non abhorrebit. 

Secundo potest recoinmendari ex sui subjccti nobilitate, 
(|uia subjectum ejus est corpus humanum, ut dicit Galenus 
1» Amphorismnrum commenta primo, et potest satis iiaberi 
per dilïinicionem inedicine, datam ab Avicenna, 1° Canone, 
fen 1". doctrina t“, c'apitulo 1“, sic inquieiite : Medicina est 
scieneia, qua liumani corporis disposiciones congnoscuntur 
experte, qua sanatur, ut habita saiiitas conservetur, et 
ainniissa recuporetur. Homo eiiim, est dignissima creatura 
creaturarum, et ideo incedit, capite elevato versus suuin 
Creatorem, ut dicit Galenus, 3" de juvamento membrorum. 

Tercio potest commendari ex sui finis utilitate. Nam finis 
bujus sciencie est conservare sanitatem habitain et ammis- 
sam recuperare, ut patet dillinicione jam allegata, et quod 
bec scieneia sit appetenda, patet et probatur tali racione ; 
ilia scieneia nierito est appetenda, per quam acquiritur 
gloria et ainicoruin copia delectabilis, sed medicina est hujus- 
modi, ergo merito est appetenda. Major est nota. Minor proba¬ 
tur autorltate Ypocratis in 1” PronosHcorum, canone 1°, ubi 
dicit ad litteram : Omiiis qui inedicine artis studio, slvc 
gloriam slve delectâbilein amicorum copiam consequi desi- 
derat, a Deo prudentum regulis racionem suam niuniat. 
Nam de ea possuin dlcere bec, vitam cupiens, qui mortein 
revocat, cum quis balbuciens lingwam rectificat, si non sit 
audiens,facitquodaudiat,in teiiebrisbabitans,luce preradiat.et 
lucem tribuens, cecurn illuminât, et ita disponit quod claudus 
ambulat, facitque sterilem ut fetum pariat. Acquirit insuper 
amicorum sibi copias, et super omnia multas divicias, atquc 
per secula celi delicias. Quia igitur banc percepi, tam aucto- 
ribilem racionem sui factorum, tam nobilem racionem sui 
subjecti, tam utilem racionem sui finis, idcirco in ea volui 
meum intellectum aliqualiter reforciari, eligens mihi pro 
lectura librum Pronosticorum, totis viribus, concedente 
Domino, exponendum. Faepausam propler bcdeüum. 



- 250 - 


III. Tercio diccbam quod in predicta proposiaione tange- 
Ijatur. graciaruin roddendaruiii accio, iii Iiot; quod dicebatur 
inllucncia, iiui coniparatiir killuencie celesti. nam sicud 
inlelligeiida in diversis parübus inultiplicat inlluencias in 
isti.s iiifenoi'ibii.s, pei- lotum universuni conferondo multa 
bénéficia, et plus inlluitin una parle quain in alla, quia uiia 
pars ccli est nature calefaclive, alia frigedifactive, alla liumi- 
defactive, ut patcl i‘ Metheovorum. Sic eciam a niultis multa 
recepi benelicia, ab aliquibus plus, ab aliis minus, idoo illis 
sccundum exigenciam boneticii preaccepti, quantum est 
possibilc, justum est tribuore, relacilitari cnim oportet 5' 
Ethicomm, et Catbo benelicii accepli meinor cslo, unde 
Seiioca in epislola ad Lucilium dicit sic : Qui a multis reccpit 
beiielicium, propriam vendidit libertalem. Révéra. Rovoren- 
dissimi magistri doininique milii multum venerandl, cum 
■ ego a multis recepi I)enelicium, ideo possuin dicere me iiiliil 
babcre proprium, quoniam mcam omnino vciididi libertalem. 
Istud autem beiielicium in gcnerali est triplex quod recepi : 
prinnmi est bcnelicium essendi et laie procedil a prima causa, 
scilicel a Deo in secula benedicto; secundum est beiielicium 
intelligendi, et taie procedit a doctore seu magistro; et est 
aliud beiielicium signaiidi, et istud est benélicium quod 
quilibet recepit, cum ab ali(|uo seu ab aliquibus bonorabitur 
in remorcrc [.^'1 signum. 

Secundum autem istud triplex beiielicium grates seu gracie 
per ordineiii reddi dclieant. Propter primum gracias reddo 
Deo benedicto, cxceiso, glorioso, a quo esse et vivere recepi, 
et cetera bona fortune, una cum Aviceniia, 3" Canone, len 
22", Iractala 1", capitulo 2" de generacione einbrionh, sic 
diceiile : Sit ergo Deus exaltatus, qui est rex verax, lauda- 
bilis et benediclus, et omnibus fautoribus melior. Deinde 
regracior Virgini gloriose Marie ejusque genilrici. Deinde 
regracior bcatis Nicolao et Katherine, palronis clericorum. 
Duce, Cosmo et Damyaiio, palronis medicorum, tolique curie 
supernorum. 

Deinde ad inferiora descendens, regracior buic aime Uiii- 
versitali medicorum Monlispessiilannoruin. qui me dignata 
est inter sedes baccaiariorum collocarc. Deinde regracior 
magne scieiicic et auctorilalis, providencic ncciion discre- 
cionis viro, domino et magistro ineo, Nicolao Coluen, in arti- 
bus et.in inedicina hujus aime üniversilatis magistro. domino 
et magistro meo specialissimo, sub cujusalarum umbra, gra- 




— 251 — 


dura accipio baccalariatus, qui iiiilii iiiulla boiia iecit, et 
adhuc spero in luturuin faciet. Doininus auteiii sibi rétribuai, 
quia ininima possuiii. Deinde regracior excclleiilissimo viro, 
domino et magistro meo, Bernardo Wolmeri, in artibus et in 
medicina magistro, hic sic gracia exislenti et me mullipliciler 
honoranti. Deinde regracior reverendis dominis mois bacca- 
lariis et magislris meis, necnon studcntibus omnibus, qui me 
in lioc aclu, licet debili, non dedignati sunt lionorare, oflerens 
me et moa ad eorum bcneplacita et mandata. 


FORMULES DE PRIÈRES A DIRE EN CAS DE MALADIE, 
recueillies par un soldat de la République, 
par le D> Ernest WICKERSHEIMER. 

La Bibliothèque de la Ville de Paris possède {Nou¬ 
velles acquisitions, ms. 110) un petit cahier recouvert de 
vélin, où l’on trouve à la fois les souvenirs d’un soldat 
de la République et des recettes de médecine popu¬ 
laire. L’auteur de ces notes a gardé l’anonymat. A part 
sa vie militaire, tout ce qu’il est permis de supposer 
sur sa personnalité, c’est, si l’on s’en rapporte à des 
comptes qui noircissent quelques-uns des feuillets du 
cahier, qu’il mourut vers 1850, à Meaux, sa ville natale, 
après y avoir longtemps exercé la paisible profession 
dé marchand de laines. 

Nous n’avons pas à nous attarder sur ses campagnes. 
Incorporé à l’armée du Nord en pluviôse de l’an 1“ de 
la République, il pénètre dans les Pays-Bas, qu’il tra¬ 
verse jusqu’à Groningue. 

Médiocre admirateur des populations avec lesquelles 
les hasards de la guerre le mettent en contact, il fait 
précéder son récit d’une « Chanson nouvelles contre les 
Holandais », et le sème d’anecdotes qui s’accordent 
mal avec ce que l’on sait de la fameuse propreté hollan¬ 
daise : «J'aye logés dans une maison ou les vache, les 
coçhpn et les poule buvoit, mangoit, couchoit. dans la 
maisson. Cependant nous y avons encore bien vécu, et 



— 2S2 — 


nous avons couchez au pieds de la table dans la maison, 
avec un peu de paille. Les vâches mangoit notre lit 
tout la nuit ; nous n’en pouvions pas venir à bout. » 

Puis c’est le retour en France : «Nous passammes 
dans des grandes pleines de bruyerres, où nous ne pou¬ 
vions pas marcher, reporte à l’eau. La terre mouvoit 
sous nos pieds comme du liège. » 

Après la guerre étrangère, la guerre civile, et le 
futur marchand de laines clôt son journal, en noua 
narrant l’insurrection de Vendémiaire (an IV). 

Je n’ai pas cru devoir reproduire ici in extenso les 
notes médicales que le vieux soldat a écrites à la suite 
de son épopée, soit qu’il les ait copiées d'après un 
réeeptaire imprimé ou manuscrit, soit qu’il les ait 
recueillies de la bouche édentée de quelque savant de 
village ou de quelque matrone bien avisée : recettes 
contre les brûlures, contre les morsures de Serpents et 
de bêtes enragées, contre l’hydropisie, le chancre ou 
cancer, les douleurs de dents de cause chaude ou 
froide, leshémorroïdes, le charbon ou bubon, la colique, 
et aussi contre l’enllure des Chevaux, des Vaches et des 
Moutons. Je me bornerai à publiér un chapitre de ce 
recueil, celui sans doute auquel le propriétaire du petit 
cahier recouvert de vélin attachait le plus de prix, car 
le merveilleux attire invinciblement l’Homme. C’est 
une collection do prières dont on essayera l’efficacité 
contre les maladies, lorsque les moyens naturels auront 
échoué. 

Ces formules superstitieuses, à l’origine desquelles 
on trouve presque toujours une légende hagiogra¬ 
phique, sont fort anciennes. J’en ai reconnu plusieurs 
pour les avoir rencontrées déjà, sous une forme à peine 
dilïérente, dans des manuscrits du X11I“ et du X1V“ 
siècle (1) : 

Laissez dire et fait le bien. Quiconque me méprisera, plus 
tard s’en répantira. 

(1) A part la ponctuation, j’ai respecté l’orthographe du manus¬ 
crit original. 



— 253 — 


Le médecin des pauvres. 

Clii'islus rognât. Cliristus imperat. Christus vincit. 

.Jésus Christ règne. Jésus Christ commande. Jésus Clirisl 
est vinqueur. 

En Dieu la confiance. 

1. Prière pour le mal de dents. 

Saint Apoline assise sur la pierre de marbre, Notre Seigneur 
passant par la, luy dit : « Apoline (1), que fait tu la? — Je 
suis icy pour mon chef, pour mon sang et pour mon mal de 
dents. — Apoline rétourne toy ; cy c’est une goutte de sang, 
elle tombéra, et cy c’est un vers, il mourera. » 

Cinq Pater et cinq Ave Maria en l’honneur et a l'intention 
des cinq plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et faites le 
signe de la croix sur la joue avec le doit en face du mal que 
l’on rossent, disant : « Dieu t’a guéri par sa puissance. » 

2. Prière pour arêter le sang de telle coupure que ce soit, et 
de toute sorte de plaies. 

Dieu est né la nuit de Noël, à minuit. Dieu est mort. Dieu 
est ressuscité. Dieu à commandé que le sang s’arrête, que la 
plaie se ferme, que la douleur se passe, et que çà n’entre ni 
en matière, ni en senteur, ni en chair pourie, comme ont fait 
les cinq plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ. Natus est 
Christus, mortuus est et résurrexit Christus. On répète trois 
fois ces mots latins, et a chaque fois, on souille en forme 
de croix sur la plaie, en nommant le nom de la personne, 
disant : « Dieu t’a guéri. Ainsi soit-il. » On commancéra 
ensuite la neuvaine à jeun, a l’intention des cinq plaies de 
Notre Seigneur Jésus-Christ. 

3. Oraison pour les rumatismes et autres douleurs. 

Madame Sainte Aune qui enfanta la Vierge Marie ; la Vierge 

Marie qui enfanta Jésus-Christ. Dieu te guérisse et te benisse, 
pauvre créature, N., de rénouure, blessure, rompure, entraves 
et de toutes sortes d’infirmités quelconques, en l’honneur de 
Dieu et la Vierge Marie, messieurs saint Cosme et saint 
Damien. Amen. Dites trois Pater et trois Avé, pendant neuf 

(I) Les bourreaux de celte martyre chrétienne lui arrachèrent 
toutes les dents ; aussi fut-elle invoquée de bonne heure contre les 
douleurs de dents. On la représente d’habitude, tenant une pince 
dont les mors enserrent une énorme molaire. Je l'ai vue figurée 
ainsi sur un carreau de terre émaillée, provenant d’un poêle alle¬ 
mand du XVI' siècle, au musée Grassi, a Leipzig. 



jours, tous les matins, à jeun, en l’Iionneür dos angoisses 
qu’a souffert Notre Seigneur sur le Carvaire. 

4. Priere pour la teigne. 

Paul qui est assis sur la pierre de marbre. Notre Seigneur 
passant par ta, luy dit : « Paul que fait tu la? — .le suis icy 
pour guérir le mal de mon chef. — Paul leve toi, et vas trouvé 
Sainte Anne, qu’elle te donne telle huile quelconque ; tu t’en 
graisséra légérément à jeun une fois le jours, et pendant un 
an et un jours. Celuy qui le feras n’ora ni rogne, ni gâle, ni 
teigne, ni rage. » 11 faut répéter cette oraison pendant un an 
et un jour, sans i manqués, tous les matins a jeun et au bout 
de ce temps, vous serez radicalément guéri et exempt de tous 
ces meaux pour la vio. 

"). Oraison pour guérir et couper les fièvres. 

Qand Jésus (lorta sa croix, il luy survint un Juif nommée 
Marc Antoine qui luy dit : « Jésus, tu trembles. » Jésus- luy 
dit ; « Je ne tremble ni ne frisonne, et celuy qui dans son 
cœurces parolles pronomcéra, jamais lièvre ni frison n’aura. » 
Dieu commande aux llcvres tierces, lièvres quartes, fièvres 
purpurines, de ce rétirerdu corps de cette personne. Jésus, 
Maria, Jésus, 

il faut faire une neuvaine à jeun a l’intention de la per¬ 
sonne, en mémoire des souffrances qu’a enduré Notre 
Seigneur Jésus Christ sur ie Calvaire. 

(i. Oraison pour guérir promtément de la colique. 

Mettez la main droite sur la poitrine et dites : « Marie qui 
êtes Marie, ou colique passion, qui est entre mon foye et mon 
cœur, entre ma rate et mon poumon, arrête au nom du 
Pere, du Fils et du Saint-Esprit » ; et dites trois Pater et trois 
Avé. et nommez le nom de la personne, disant : « Dieu t’a 
guéri. Amen. » 

7. Oraison pour guérir toutes sortes de brûlures. 

Par trois fois differentes, vous soufïlérez dessus en forme 
de croix, et direz : « Feu de Dieu, perds ta chaleur, comme 
Judas perdit sa couleur, quand il trahit Notre Seigneur au 
jardin des olives »; et nommez le nom de la personne, disant : 
(( Dieu t’a guéri par sa puissance », sans oublié la neuvaine 
a l’intantion des cinq plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ. 
Ainsi soit-il. 

8. Oraison pour l’epine. 

« Pointe sur-pointes. Mon Dieu, guérissez cette pointe. 



- - 

(‘.omme saint, Côitie et saint Damien ont guéri les cinq plaies 
de Notre Seigneur Jésus-Christ au jardin des olives. Natus 
est Christus, mortuus est et résurrexit Christus. » 

Apres que vous aurez dit cette oraison, vous prenderez un 
linge d’homme blanc de lescive, que vous couperez large et 
long comme le doit, puis vous le metterez en croix sur 
l’épine, et ensuite vous i’envelopérez du même linge. Vous 
soufflerez trois fois sur l'épine, en disant l’oraison, et puis 
vous l’enveloppérez comme il est dit. Ensuite le souffrant 
fera une neuvaine a jeun, à l’intantion des souffrances qu’a 
endurées Notre Seigneur Jésus-Christ sur le Calvaire. 

9. Oraison a Saint Antoine de Padoue, pour retrouvé les 
pertes et autres besoins que nous avons chaque jours. 

(( Père et patron, saint Antoine de Pade, qui vous invoque, 
au besoin nous évadé, péril de mort et de calamités, remédié 
à mort subite et peste, en terre et mer, cesse foudre et tem¬ 
pête, pour retrouver toute chose perdue. Des bonnes causes 
sont par vous deffandues, et bien souvent au pauvres inocens, 
faites gagner procès tout contents. Jeunes et vieux qui a 
vous ont recours, a leurs besoins vous donnez tout secours. 
Priez pour nous, qu’en sortant de ce monde, dans le ciel, en 
joie, paix durable, toujours en repos délectable. Ainsi 
soit-il. » 

10. Priere pour disiper les mauvais esprits. 

Chaque matin à voter lever : o O Père tout puissant, ô 
Mère, la plus tendre des mères, ô exemple admirable, senti- 
mens et de la tendresse de toutes les meres ! O Pils, la fleur 
de tous les fils ! O ferme de toutes les fermes ! Ame, esprit, 
harmonie ! O nombre de toutes choses ! Conservé nous, pro- 
tégez-nous, conduisez-nous, et soyez-nous propices en tous 
temps et en tous lieux. » Puis vous direz par trois fois : 
« Mon Dieu, j’espère en vous le Fils, le Saint-Esprit est eu 
moy. Ainsi soit-il. » 

11 . Oraison precieuse et parfaicte guérison du charbon. 

« O Jésus, mon Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, je crois 
fermement que vous avez répandue votre sang pour nous, je 
crois dans l’eucharistie, avoir souffert pour nous, et répandu 
votre sang précieux de votre grâce. Ne m’oubliez pas dans 
votre sainte grâce pour la maladie dont j’implore notre saint 
patron, intercédez pour nous. Ainsi soit-il. » 

Au pieds de l’autel, il faut intercéder le patron de l’endroit 

Bull. Soc. fr. hist. inéd., IX, 1910. 16 . 




256 - 


ou est le malade. Ensuite vous prenderei du lierre le plus 
proche de terre, du savon (jui n’ait pas servi, vous balteroz 
le tout ensemble avec de la jeune crème ; vous appliquérez 
cela avec l’oraison, et l’on est promptement guéri. 

12. L’oraison suivante à été trouvé sur le sépulcre de 
Notre Dame, en la vallée de Josapliat. Elle a tant de vertus, 
de propriétés, que celuy qui la lira ou la fera lire une fois le 
jour, ou qui le portera sur soi en bonne intention et dévotion, 
ne peut périr ni par le feu, ni par l’eau, n’y en bataille, aura 
honneur et victoire sur ces ennemis ; on ne peut lui faire 
dommage, ni gêne, et a tant d’avantage que si une personne 
était tombée en péché mortel. Dieu luy donnéra la grâce de 
s’en réléver avant sa mort, elle verra la Vierge Marie, et son 
aide de reconfort. 

Oraison précieuse pour nous préservé des nuées, en la répé¬ 
tant trois lois comme ayant trois propriétés différentes. 

(( O glorieuse Vierge Marie, mere de Dieu, dame des anges, 
benigne et pure espérence, et réconfort de toute bonne créa¬ 
ture. Plaise a vous, dame et mères des anges, nous garder le 
corps et l’ame. Nous prions votre précieux fils qu’il nous 
veuille garder de tout péril et danger de l’ennémi, d’enfer et 
de tentation, par les mérites de son amère passion, fasse 
cesser mortalité, guerre, et conserve les fruits de la terre, alin 
que nous puission vivre en concorde. O mere de Dieu, pleine 
de miséricorde, ayez pitié des pauvres pécheur, et nous gardez 
de l’infernal tourment, et nous ménez au royaume céleste, 
où nous nous trouverions tous devant Dieu, le Pere impor¬ 
tant, à qui nous demandons a genoux pardon, et qui luy 
plaise nous pardonner comme a la Magdeleine, au bon larron, 
lorsqu’il luy demanda pardon sur l'arbre de la croix. » 

Une femme en travaille d’enfant sur laquel ou mettra ladite 
oraison, sera d'abord délivrée. 

13. Oraison pour le mal des yeux. 

Bienheureux saint Jean, passant par ici. Trois vierges 
dans son chemin. Il leur dit : « Que faites-vous ici? — Nous 
guérissons de la maille. — Guérissez, vierges, guérissez 
l’œil ou les yeux de N. » Faisant le signe de la croix et souf¬ 
flant dans l’œil, on dit : « Maille ou grief, ou que ce soit, 
ongle, graine ou arraigneel Dieu te commande de n’avoir 
pas plus de puissance sur cet œil, que les Juifs, le jour de 
Pâques, sur le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ. » Puis 




— 257 — 


on fait encore un signe de croix, en soulHaiU dans les yeux 
de la personne, disant : « Dieu t’a guéri », sans oublier la 
neuvaine à l’intention de la bienheureuse sainte Claire. 

14. Prières pour guérir les tranchés des cheveaux. 

« Cheval noir ou gris, (car il faut distinguer la couleur du 
poil de la bête), appartenant à N.; si tu as les avives, de 
quelque couleur qu’elles soient, ou tranchées rouges, ou de 
trente six sortes d’autre maux, en casi qu’elles y soient. 
Dieu te guérisse, et le bienheureux saint Eloi. Au nom du 
Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.» Et vous direz 
cinq Pater et cinq Àvé Maria, pour remercier Dieu de sa 
grâce. 

Ces oraisons sont suivies d’une Lettre miraculeuse 
trouvé en un lieu nommé Arrois, écrite en lettres d'or par la 
main de Notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ. Je ne 
la publie point, car, tout en ayant servi de talisman, 
elle ne semble pas avoir eu d’attributions médicales. 



Séance du 6 Juillet iOiO. 

Présidence de M. Le Pileüh, Vice-Président. 

En raison de la proximité des vacances et de la Fête 
Nationale, la séance, qui devait se tenir régulièrement 
le 13 juillet, a été avancée de huit jours. 

— M. le Président dit que, dès le 10 juin, la France 
médicale (page 215) a publié le procès-verbal de la séance 
du 8. Cette publication hâtive a été laite parM. le Secré¬ 
taire général, à l’insu de la Société. Celle-ci doit rester 
maîtresse ab.solue de ses procès-verbaux et ne peut 
admettre que qui que ce soit ait la faculté de les publier 
avant elle et sans son assentiment. 

Le cas lui semble être d’autant plus grave que la 
France médicale fait connaître la protestation de 
M. Leclair, relative aux récentes modilications du 
Bulletin, mais oublie de la faire suivre des explications 
qui ont été données à ce propos par M. Le Pileur et qui 
ont reçu l’approbation des membres présents. Cette 
omission regrettable change d’une façon totale la phy¬ 
sionomie de la séance et laisse planer sur la Société un 
blâme que celle-ci ne peut admettre. 

En conséquence, et pour que chacun soit à môme de 
connaître les très sérieuses raisons qui ont amené le 
Conseil à changer d’imprimeur et à rompre tout lien 
avec la France médicale, M. le Président propose à la 
Société d'entendre la lecture du rapport de M. le Profes¬ 
seur R. Blanchard, communiqué au Conseil dans sa 
séance du 4 mai 1910 et adopté par lui à runanimité, 
puis d’en autoriser la publication intégrale dans le 
Bulletin. 

La Société adopte à Tunanimité la proposition for¬ 
mulée par M. le Président. 

— M.le Df Garsonnin, d’Orléans, présenté à la précé¬ 
dente séance, est élu membre de la Société. 

M. le Df Maison, du Vésinet (Seine-et-Oise), est pré¬ 
senté par MM. Le Pileur et Blanchard. 



M. le Dr PicHEviN, 38, rue de Berlin, à Paris, est pré¬ 
senté par MM. Blanchard et Le Pileur. 

En raison des vacances, MM. Maison et Pichevin sont 
élus membres de la Société. 

— M. Blanchard présente le Bulletin de juin et solli¬ 
cite les observations de ses collègues ; il présente en 
outre, à titre de spécimen, le tiré à part des notes de 
MM. Semelaigne et Wickersheimer parues dans le 
fascicule de mai. 

Les améliorations considérables dont le Bulletin a 
bénéficié depuis le changement d’imprimeur sont très 
hautement appréciées par les membres présents et 
M. Blanchard est vivement remercié de ces améliora¬ 
tions, qui sont son œuvre. La bonne typographie et 
l’aspect général des tirés à part sont également approu¬ 
vés; toutefois, on émet l’avis que ceux-ci soient livrés 
non rognés par l’imprimeur. 


RAPPORT 

SUR LA RÉFORME DES PUBLICATIONS 
au nom d’une Commission composée de 
HH. LE PILEUR, NEVEU, NICAISE, PRIEUR 
et R. BLANCHARD, rapporteur. 

L’Assemblée générale du 9 février a nommé une 
Commission, à l’effet d’étudier la réforme éventuelle 
des publications de la Société, ainsi que les diverses 
questions relatives au Bulletin. Cette Commission s’est 
réunie trois fois; j’ai l’honneur de vous faire connaître 
le résultat de ses délibérations. 

Les publications de la Société ont été longtemps 
soumises à des retards aussi prolongés qu’inexplica¬ 
bles. «Ces retards .se comprenaient d’autant moins que 
les travaux présentés à la Société avaient été composés 
en temps utile, puisqu’ils avaient été ingérés dans la 
France médicale, dont ils venaient successivement rem- 



plir les colonnes. Mais une fois faite cette publication, 
à laquelle la Société ne trouvait aucun intérêt, et qui 
même lui portait un préjudice évident, nos travaux 
restaient indéfiniment sur le marbre, sans qu’on vît 
jamais paraître le Bulletin. 

Au début de l'année 1909, le retard était de dix-huit 
mois. Aussi un certain nombre de membres de la 
Société se montrèrent-ils vivement émus et demandè¬ 
rent-ils une réforme de notre publication. M. le Secré¬ 
taire général fut invité à publier au plus tôt les fasci¬ 
cules en retard et M. le Nicaise, secrétaire adjoint, 
fut chargé de la publication du Bulletin de l’année 1909. 
Grâce à ce dédoublement de la besogne, l’ordre fut 
promptement rétabli et depuis lors le Bulletin continue 
à paraître avec une régularité que nous n’avions encore 
jamais connue. 

Cependant, de multiples imperfections matérielles 
du Bulletin, dont il n’avait pas encore été possible 
d’obtenir la disparition, malgré des réclamations 
réitérées, et, d’autre part, le fait que nos travaux 
continuaient à paraître dans la France médicale, du 
moins très fréquemment, avant que d’être publiés dans 
notre Bulletin, laissaient subsister une sorte de malaise 
qu’il importait de faire cesser au plus tôt, dans l’in¬ 
térêt général. Plusieurs de nos collègues assuraient 
que la Société était assez riche pour assumer la 
dépense intégrale de ses publications et souhaitaient 
que celles-ci fussent désormais totalement séparées de 
la France médicale. 

■Votre Commission a eu à envisager cette grave 
question. Elle a tout d’abord constaté avec tristesse 
que la marche irrégulière des publications a eu comme 
conséquence un certain nombre de démissions, ainsi 
d’ailleurs qu’il n’était que trop facile de le prévoir. 
Néanmoins, la Société, en ne tenant compte que de son 
état actuel, peut compter sur des recettes s’élevant à 
1.7S2 francs par an, savoir : 



- 261 — 


135 membres à 12 fr.. 1 620 Ir. 

Droits d’entrée, à raisoQ de6 par an. . . 60 

Vente du Bulletin, moyenne annuelle . . 60 

Intérêts des titres de rente. 12 


1.732 fr. 


Avec 1.752 fr. de recettes annuelles, la Société peut- 
elle reprendre son indépendance à l’égard de la France 
médiccàe et faire face, à elle seule, aux diverses dépenses 
de son administration et de ses publications? Tel est 
le problème que nous avons dû envisager. 

Les imprimeurs actuels de la Société, MM. Blais et 
Roy, de Poitiers, ont été invités à fournir à la Commis- 
■sion un devis comprenant, pour chaque feuille d’im¬ 
pression, un prix global forfaitaire, suivant que la 
composition serait à la charge de la Société ou resterait 
à celle de la France médicale : dans le premier cas, 
c’était l’indépendance complète; dans le second, c’était 
le maintien de l’état actuel. 

MM. Blais et Roy ont adressé à M. le Secrétaire 
général un devis dont celui-ci m’a remis la copie; je le 
transcris ci-après (colonne 1). D’autre part, la Commis¬ 
sion, ayant estimé que le papier actuel, de qualité trop 
médiocre, devait être remplacé par un papier de 
qualité supérieure, l’imprimeur a envoyé deux spéci¬ 
mens, dont l’un a été retenu par la Commission; son 
adoption définitive entraînerait une dépense supplé¬ 
mentaire de 0 fr. 60 par feuille, d’où un nouveau devis 
qui figure à la colonne II. Enfin, à la suite d’explica¬ 
tions complémentaires échangées avec eux, MM. 
Blais et Roy ont été finalement conduits à relever 
leur prix de feuille à forfait dé 34 fr. 70 à 37 fr., d’où 
deux nouveaux devis, selon qu’on conserve le papier 
actuel (colonne III) ou qu’on adopte le papier nouveau 
(colonne IV); 





Compo 



C. — Frais supplémentaires, dans l’un et l’autre cas. 


1“ Couverture (composition, papier, tirage à 

300 exemplaires).,12 » 

2" Etiquettes et inscription des adresses pour ' 

155 exemplaires. 4 60 

3" Chemises et enchemisage pour 155 exem¬ 
plaires . 1 55 


18 fr. 15 

























D. — Prix global du Bullelin à forfait, d’après ces devis. 






111 

IV 

1 

11 


fr. c. 

fr. c. 

fr. r,.' 

fr. O. 

Pour 25 feuilles . . 
Pour 10 feuilles. 

925 

930 

347 .50 

362 50 

couverture, etc . 

181 50 

181 50 

181 50 

181 50 

Corrections. . . . 

0 

0 

indé¬ 

terminé 

indé¬ 

terminé 

Totaux. . . 

1106 50 

1111 50 

529 

544 


D’après les renseignements donnés par M. le Tréso¬ 
rier, les dépenses accessoires de la Société, en outre de 
ses publications, se répartissent ainsi : 


ses publications, se répartissent ainsi : 

Poste .. 01 

Idrés à part donnés aux auteurs. . . 200 

Etrennes, frais divers. 100 

361 Ir. 


En tenant compte d’une augmentation des frais de 
poste, par suite de l’adoption d’un papier plus lourd et 
du tirage d’un plus grand nombre de feuilles, les 
dépenses annuelles de la Société en dehors des frais 
d’impi’ession se monteraient donc à 400 fr. au plus. 
On en peut déduire, d’après les données ci-dessus, le 
total des dépenses et le reliquat annuel, suivant les 
différentes combinaisons que nous venons d’envisager : 










































Quelque combinaison qu’elle adopte, la Société peut 
donc faire face à ses engaftenieiits. Le reliquat minimal 
de 240 Ir. oO permettrait l’impression éventuelle de 
6 feuilles (90 pages) supplémentaires, ce qui, dans 
l’état actuel de la Société, nous présente une élasticité 
sulïisante, au cas où nos publications pre7idraient plus 
d’importance. Or, le nombre des pages va se trouver 
réduit dans une proportion appréciable, si l’on appli¬ 
que enfin, des mesures que je réclame depuis longtemps 
et que M. le Secrétaire général a introduites partielle¬ 
ment, sur ma demande, dans le numéro de février 
1910, mais que, par un singulier retour aux pratiques 
anciennes, il a déjà abandonnées dans le numéro de 
mars 1910 : je veux parler de la réduction des procès- 
verbaux et de la suppression des pages blanches. A un 
autre point de vue, l’idéal d'une Société savante n'est 
pas de thésauriser, mais de dépenser ses revenus pour 
ses publications. Enfin, divers symptômes nous per¬ 
mettent d’affirmer que le nombre des membres aug¬ 
mentera et que quelques démissionnaires reviendront 
à nous, le jour où la Société se sera rendue indépen¬ 
dante de la France médicale. 

Telles sont, dans leurs moindres détails, les diverses 
faces de la situation, si l’on continue à imprimer le 
Bulletin chez MM. Blais et Roy, à Poitiers. Les condi¬ 
tions de cette imprimerie sont assurément favorables, 
mais peut-on trouver ailleurs des conditions équiva¬ 
lentes ou plus avantageuses? L’Imprimerie Centrale 
du Nord, à Lille, m’est depuis longtemps connue, en 
raison de son bon marché et de la bonne exécution de 
ses travaux; pour tout dire, c’est elle qui imprime mes 
Archives de Parasitologie, dont il ne convient pas que je 
fasse l’éloge ; je me borne à rappeler que j’y publie des 
travaux en cinq langues différentes et à déclarer que 
je n’ai eu qu'à me louer des bons services de cette 
maison. Je me suis donc adressé à elle et j’en ai obtenu 
un forfait de iO fr. ta feuille, y compris la couverture, 
l'enchemi.sage et la pose des adresses. 



- 265 - 


D’après ce tarif, 25 feuilles d’impression nous revien¬ 
draient exactement à 1.000 fr., prix notablement 
inférieur à ceux de MM. Blais et Roy. En y ajoutant 
400 fr. de dépenses accessoires, il nous resterait donc 
chaque année 352 fr., permettant l’impression de huit 
feuilles supplémentaires. 

Quant au papier proposé, en voici le spécimen. Vous 
pouvez constater qu’il est de meilleure qualité que 
celui que nous offre la maison Blais et Roy. 

Vous connaissez maintenant toutes les données du 
problème. Pour moi, la solution s’impose. Aussi est-ce 
avec confiance que je vous propose, au nom de la 
Commission, les résolutions suivantes : 

1» A partir de ce jour, le Bulletin sera totalement 
indépendant de la France médicale. 

2" 11 s’imprimera à Lille, à VImprimerie Centrale du 
Nord, conformément au devis ci-dessus indiqué. 

3» Jusqu’à nouvelle décision du Conseil, le chiffre du 
tirage restera fixé à 300 exemplaires. 

4“ La Société ne publiera que des travaux inédits ; 
aucun article publié préalablement ne pourra trouver 
place dans son Bulletin. 

5“ 11 sera institué une Commission de publication, 
qui connaîtra de foutes les questions relatives au Bul¬ 
letin. Cette Commission comprendra le Président, le 
Secrétaire général, le Trésorier et deux membres 
choisis parmi les membres du Conseil. Elle se réunira 
toutes les fois qu’elle sera convoquée par le Président 
ou que la demande en sera faite au Président par deux 
membres au moins. 

* * 

Mon rapport devrait s’arrêter ici, mais il me semble 
nécessaire de solliciter encore l’avis du Conseil sur 
quelques autres questions. 

Bibliothèque. — La Société, n’ayant pas de local qui 
lui soit particulier, ne dispose d’aucun endroit pour 
conserver sa bibliothèque. Celle-ci est déposée provi¬ 
soirement au Laboratoire de ParasitoJogie, où je lui ai 



consacré une armoire spéciale. Chacun des membres 
de la Société peut venir la consulter, tous les jours de 
la semaine, de 2 heures à o heures. Or, voilà plus de 
deux ans qu’aucun des ouvrages ofïerts à la Société n’a 
été déposé à la bibliothèque. J’ai fait plusieurs fois 
allusion en séance, et d'ailleurs sans succès, à cette 
situation anormale. J’invite donc le Conseil à voter les 
résolutions suivantes : 

1“ M. le Secrétaire général est invité à déposer à la 
bibliothèque tous les ouvrages et documents apparte¬ 
nant à la Société, qu’il pourrait avoir encore entre les 
mains, et ce dans un délai d’un mois. 

2“ Désormais, tous les ouvrages offerts seront dépo¬ 
sés directement à la bibliothèque par les soins du 
Bibliothécaire ou, en son absence, par l’un des Secré¬ 
taires. 

Bulletin. — 1“ M. le Secrétaire général et M. le Tré¬ 
sorier sont invités, chacun en ce qui le concerne, à 
faire connaître à la Société par un rapport écrit : le 
chiffre du tii’age des différents fascicules et volumes 
depuis l’origine de la Société ; combien de fascicules 
ou volumes ont été livrés annuellement aux membres 
delà Société; combien ont été vendus; combien sont 
sortis par voie d’échange et avec qui l’échange a été 
fait ; combien il en reste en magasin et où ils sont en 
dépôt. 

2“ Les fascicules 9 et 10 du tome VIII (1909) ont été 
tirés seulement à 200 exemplaires chacun. Il en est de 
même pour le fascicule l®"^ du tome IX (1910). La 
responsabilité de cette erreur très regrettable incombe 
à M. le Secrétaire général. Le Conseil l'invite à la 
réparer dans le plus bref délai, sans que les finances 
de la Société en pâtissent au-delà du chiffre qu’elles 
auraient eu à supporter, si le tirage avait été fait régu¬ 
lièrement à 300 exemplaires. Il sera donné au Conseil 
une justification écrite de ce tirage complémentaire. 

3" En vue des modifications que le changement 
d imprimeur doit apporter au Bulletin elm raison des 




— 267 - 


améliorations générales, depuis longtemps réclamées, 
que celui-ci doit supporter en tout état de cause, la 
Commission de publication sui'veillera la fabrication 
du nouveau Dulletm pendant l’année courante. Elle 
pourra déléguer ses fonctions à une sous-commission 
comprenant le Secrétaire général, l'un des Secrétaires 
et l’un des Membres élus. 

4“ En principe, le Bulletin paraît tous les mois. Il va 
sans dire que sa l'égularité doit être absolue, tant qu’il 
y a des manuscrits à publier. Mais il est tout aussi 
évident qu’il y a lieu de réunir deux ou plusieurs mois 
en un seul fascicule, quand l’ordre du jour des séances 
fait défaut. Dans le cas où un fascicule vient à être 
supprimé, le procès-verbal de la séance sans ordre du 
jour doit néanmoins figurer en tête du fascicule sui¬ 
vant, qui doit porter deux numéros et deux dates, par 
exemple les numéros 3-4 et la date mars-avril 1910. 

5“ J'attire enfin, de la façon la plus expresse, l’atten¬ 
tion de mes collègues sur la nécessité absolue de veil¬ 
ler à la correction typographique et de laisser aux 
auteurs le soin de corriger eux-mêmes leurs épreuves. 
Celte dernière obligation est trop souvent éludée. 11 en 
résulte de nombreuses incorrections, qu’une Société 
sérieuse ne peut tolérer et qui sont pour elle une humi¬ 
liation. 11 est indispensable, notamment, que le Secré¬ 
taire chargé du Bulletin et que l'imprimeur lui-même 
comprennent la valeur des lettres pointées et en fassent 
usage d’une façon scrupuleuse, toutes les lois que cela 
est nécessaire. On évitera de la sorte les très regretta¬ 
bles erreurs dont le Bulletin de mars 1910 donne le 
triste spectacle (pages 137 etl39), eu faisautdeux fautes 
grossières dans le seul nom d'un auteur. 

Finances. — Il nous paraît utile de publier dans le 
Bulletin le rapport annuel du Trésorier sur sa gestion, 
ainsi que celui de la Commission de contrôle. 

De même, il est désirable que l’article 26 des statuts, 
prévoyant la mdiation de tout membre qui sera resté 
trois ans sans payer sa cotisation, soit appliqué rigou'^ 



reusement, toute diligence ayant été faite pour recou¬ 
vrer les créances en retard. 

Et maintenant, j’exprime en toute sincérité la con¬ 
viction que les mesures que j’ai l’honneur de proposer 
au Conseil, au nom de la Commission, auront la plus 
heureuse inlluence sur le développement de la Société. 
Demeurons-lui fidèlement attachés et recrutons-lui de 
nouveaux adhérents ! 

— Les diverses conclusions de ce rapport, mises aux 
voix, ont été adoptées à l’unanimité. 

En conséquence, il a été institué une Commission de 
publication comprenant le Président, le Secrétaire 
général, le Trésorier et deux membres du Conseil, 
MM. R. Blanchard et Er. Wickersheimer. En outre, 
M. Blanchard a été chargé, avec M. le Secrétaire géné¬ 
ral et avec M. Nicaise, l’un des Secrétaires, de veiller, 
jusqu’à la fin de l'année, à l’impression du Bulletin. 

D’autre part, M. le Secrétaire général a pris l'enga¬ 
gement de faire imprimer, dans les conditions énon¬ 
cées par le rapport, les cent fascicules manquants des 
fascicules 9 et 10 du tome VIII (1909), ainsi que du 
fascicule 1““' du tome IX (1910). 

M. R. Blanchard. — Puisque la Société a exprimé 
tout à l’heure le désir très légitime de connaître parle 
détail les raisons qui ont conduit le Conseil à changer 
d'imprimeur et à modifier les conditions de publication 
du Bulletin, je crois répondre à ses intentions en lui 
faisant savoir ce qu’il est advenu des résolutions énon¬ 
cées plus haut, qui furent votées à l’unanimité après 
la lecture de mon rapport, le 4 mai dernier. 

Le Conseil m’ayant confié, en même temps qu’à 
M. le Secrétaire général et à l’un des Secrétaires, le 
soin de m’occuper du Bulletin, je me suis bientôt trouvé 
en présence d’une difficulté que je n’ai pas cru devoir 
trancher de ma propre autorité, attendu qu’elle tou¬ 
chait à nos finances. Le Conseil a voté précédemment 
que tout auteur pourrait, sur sa demande, recevoir 



gratuitement 23 tirés à part de son travail, mais il n'a 
pas été spécifié comment seraient faits ces tirés à part. 
Avec ou sans couvertui’e? Avec couverture imprimée 
ou avec passe-partout? Avec nouvelle mise en pages et 
nouvelle pagination, ou en conservant la même mise 
en pages et la môme pagination que dans le Bulletin? 
Enfin, les frais d’envoi des tirés à part, de l’imprimerie 
chez l’auteur, seraient-ils à la charge de ce dernier ou 
à celle de la Société? 

11 était nécessaire de convoquer le Conseil pour lui 
soumettre ces questions diverses. La réunion eut lieu 
le 15 juin. Soit dit en passant, car cela intéresse tous 
les membres de la Société, il fut décidé que les tirés à 
part conserveraient la mise en pages et la pagination 
du Bulletin, qu'ils auraient une couverture imprimée 
et que l’auteur les recevrait gratuitement, jusqu’à 
concurrence de 25 exemplaires, la Société prenant à 
sa charge, mais seulement dans ces limites, les frais 
d’expédition. 

Ces résolutions prises, l’un des membres s’informa 
de quelle manière avaient'été exécutées les décisions 
arrêtées par le Conseil dans sa séance du 4 mai dernier. 
Il demanda, notamment, si M. le Secrétaire général 
avait envoyé à la bibliothèque les livres et documents- 
divers que, depuis plus de deux ans, il négligeait d’y 
déposer; il demanda en outre si les 100 exemplaires 
manquants des fascicules 9 et 10 du tome Vlll et du 
1®' fascicule du tome IX avaient été imprimés, dans les 
conditions indiquées dans mon rapport et confirmées 
par le vote du Conseil. 

Sur le premier point, j’ai dû répondre qu’auèun 
ouvrage n’avait encore été déposé à la bibliothèque, 
malgré la décision formelle du Conseil à cet égard. 
M. le Secrétaire général se déclara alors tout prêt à 
donner satisfaction au Conseil et il convint avec moi 
que l’apport des ouvrages à la bibliothèque aurait lieu 
le samedi 18 juin, à 2 heures de l’après-midi. Dois-je 
ajouter que, le samedi 18 juin, vers midi, j’ai reçu de 



M. le Secrétaire général le télégramme que je mets 
sous les yeux de la Société. En voici le texte ; 

« Mon cher Président, un empêchement me survient 
d’aller cet après-midi, à 2 heures, porter les livres à 
votre laboratoire. Nous remettrons cela à la semaine 
prochaine. — Albert Prieur. » 

Nous voici au 6 juillet, et je n’ai plus entendu parler 
de rien. 

Sur le second point, M. le Secrétaire général a 
reconnu que rien n’avait encore été fait, mais, a-t-il 
ajouté, « cela se fera ». 

De même, il n’a été fait aucun relevé du nombre des 
volumes ou fascicules en réserve et la Société ignore 
même où ils sont en dépôt, exception laite pour ceux 
qui se trouvent dans les dépendances du Laboratoire 
de parasitologie de la Faculté de médecine. 

En somme, M. le Secrétaire général n’a tenu aucun 
compte des décisions du Conseil, en tant que leur exé¬ 
cution le concernait. 

Telle est la situation. La Société sait maintenant les 
difficultés contre lesquelles le Conseil a pris la résolu¬ 
tion d’entrer en lutte. Elle a bien voulu tout à l'heure 
exprimer sa satisfaction des modifications apportées 
au liulletin : à présent qu’elle n'ignore plus rien des 
raisons qui ont dicté les décisions du Conseil, elle doit 
donner à celui-ci son entière approbation et l’encoura¬ 
ger à persévérer dans son attitude actuelle, qui assu¬ 
rera le relèvement et le renouveau de notre Compagnie. 

M. LE PhÉsiDENT. — Quelqu’un a-t-ll des observations 
à présenter ou des questions à poser relativement aux 
explications qui viennent d’être données ? Personnelle 
demandant la parole, je mets aux voix l’approbation 
des actes du Conseil. 

Les actes du Conseil sont approuvés par l’unanimité 
des membres présents. 



Séance du Octobre 1910. 

Présidence de M. Dorveaux, Vice-Pi'ésident. 

M. le D*'Maurice Rollet, 17, boulevard Rochechouart, 
à Paris, est présenté comme membre nouveau par 
MM. R. Blanchard et Dorveaux. 

M. Alphonse Brunot, directeur de Medicina, 16, rue 
de Boulainvilliers, à Paris, est présenté par MM. Le 
Pileur et R. Blanchard. 

— A propos de la récente communication de 
M. Dorveaux sur Furetière, M. F. Beaudouin, d’Alençon, 
adresse en communication une belle estampe représen¬ 
tant ce célèbre personnage. L’estampe est gravée par 
G. Edelinck, d’après une peinture de De Seve. Elle a 
pour légende : 

Ant. Furetière Abbé de Clialiuoy Pr. de Chuines L’vndes 
quarante \ de l’Academie Françoise mort le 14<’ May 168S 
âgé de 68 ans. 

— M. R. Blanchard. — A la suite de la séance du 
6 juillet dernier, il restaità élucider diverses questions 
relatives au Bulletin. D’Ems, où j'ai passé la plus grande 
partie du mois de juillet, j’ai correspondu avec nos 
anciens imprimeurs, MM. Blais et Roy, de Poitiers, et 
j'ai plaisir à constater qu’ils m’ont donné avec le plus 
grand empressement les renseignements que je leur 
demandais. On trouvera ces renseignements ci-dessous ; 
ils font une lumière complète sur les points encore 
obscurs. 11 eût été très facile à M. le Secrétaire général 
de les obtenir lui-même et de les communiquer à la 
Société, s’il avait jugé à propos de tenir compte des 
justes réclamations de celle-ci. 

A la date du 28 juillet, en m’adressant l’inventaire 
des fascicules du Bulletin restant alors dans leurs maga¬ 
sins, Mm. Blais et Roy me demandent où ils doivent 
expédier ces fascicules, afin de s’en décharger défini¬ 
tivement. Us ajoutent : « Nous n’avons jamais reçu 


Bull. Soc. fr. hist. rnéd., IX, 1910. 



— 272 — 


aucune commande de réimpression pour les fascicules 
tirés à 200 exemplaires sur bon à tirer régulier. » 

Je dois dire que cette dernière phrase ne vise plus 
actuellement que les fascicules 9 et 10 du tome VIII 
(1909). En effet, le fascicule l"dü tome IX (1910) a été 
l’objet d’un tirage complémentaire de 100exemplaires, 
à la suite des réclamations du Conseil ; la distribution 
du caractère n’était pas encore opérée, quand M. le 
Secrétaire général s’émut enfin de ces réclamations. Il 
n'en était malheureusement plus de môme pour les 
fascicules 9 et 10 du tome VIII (1909), qui devront 
être recomposés intégralement. 

Le 29 juillet, j’écrivais à MM. Blais et Roy : « Je vous 
remercie bien vivement de la diligence que vous avez 
mise à me répondre et à prendre les dispositions queje 
vous demandais. Vous avez certainement compris les 
très sérieux motifs qui ont obligé le Conseil à se sépa¬ 
rer de la France médicale et à changer d’imprimeur. Je 
tiens à vous dire que votre maison, si honorablement 
connue, n’a jamais été en cause. » 

J’avais prié tout d’abord MM. Blais et Roy de garder 
chez eux, jusqu’à ce que le Conseil ait décidé du lieu 
où il convenait de les mettre en dépôt, les fascicules du 
Bulletin qu’ils détenaient encore. Mais devant leur désir 
formel de s’en dessaisir, à moins de compter à la Société 
des frais de magasinage assez élevés, je leur demandai 
de les expédier au Laboratoire de Parasitologie de la 
Faculté de médecine. Ce qui fut fait dans les jours qui 
suivirent. Depuis lors, tous les volumes et fascicules 
restant des années précédentes sont donc rassemblés 
dans les greniers de mon laboratoire. J’en ai fait le 
relevé et je vous le présente sous forme de tableau : 
dans la colonne Paris sont indiqués les volumes ou fasci¬ 
cules qui étaient déjà d’ancienne date à mon labora¬ 
toire, dans la colonne Poitiers ceux qui m’ont été 
envoyés récemment par MM. Blais et Roy ; dans la der¬ 
nière colonne, je donne le chiffre total des volumes 
complets que, d’après les chiffres inscrits dans les 



— 273 — 


deux colonnes précédentes, il est possible de consti¬ 
tuer pour chaque année. 

Relevé général des volumes et fascicules du Bulletin 
actuellement en magasin. 


Tomes 


Paris 

Poitiers 

Volumes 

complets 


complet, 

39 



I 

fascicule 1 

90 


109 

1902 

2-3 

- 4 

99 

70 


.11 

1903 

complet 

37 



fascicule 1 
- 2-3 

93 

41 


37 

111 

1904 

fascicule 1 

52 

34 


- 2-3 

- 4 


73 

80 

75 

IV 

1905 

fascicule 1 


97 


- 2-3 

— 4 


100 

100 

97 


fascicule 1 


108 


V 

190G 

- 2-3 

- 4 


108 

94 

94 

VI 

1907 

fascicule 1 


93 


— 2-3 

— 4 


90 

130 

90 

VII 

1908 

complet 


129 

129 


fascicule 1-3 


112 



— 6 


124 


Vin 



113 

34 

1909 

- 8 


133 



- 9 


37 



- 10 


34 



Une fois que sera complété le tirage des fascicule^ 9 
et lO du tome VIII, il existera 112 exemplaires complets 
de ce volume, et non 34. Le tirage complémentaire eh 
question coûtera 46 fr. pour le fascicule 9 et 96 fr. pour 
le fascicule 10, au total 142 fr., d’après les renseigne¬ 
ments fournis par MM. Blais et Roy. Jusqu’à ce jour, 
1^ octobre, M. le Secrétaire général n'en a pas encore 











— 274 — 


fait la commande, bien qu’il s'y soitengagé à différentes 
reprises. 

En examinant le tableau ci-dessus, on est frappé 
des irrégularités qu’il présente, quant au nombre des 
fascicules et des volumes. La cause de ces irrégularités 
m’échappe totalement. Gela résulte-t-il de ce que, 
anciennement déjà, le chiffre du tirage avait été réduit 
pour certains fascicules, comme nous l’avons vu faire 
pour les deux derniers numéros du tome VIII ’? Je ne 
sais et je n’ai pas cherché à le savoir. Je crois que la 
Société doit passer condamnation sur ces années 
anciennes : elle a déjà assez de mal à se dégager du 
bourbier où elle patauge actuellement, sans songer à 
compliquer les choses. 

M. LE Président. — Je suis certain d’exprimer l’avis 
unanime en remerciant M. le Professeur Blanchard 
des nouvelles marques de dévouement qu’il vient de 
donner à la Société. Grâce à lui, voilà tirées au clair 
plusieurs questions importantes, qui nous préoccu¬ 
paient à juste titre. 11 importe maintenant de régler 
au plus tôt la question de la réimpression des fasci¬ 
cules 9 et 10 du tome VIII et d’entrer en possession des 
ouvrages offerts à la Société depuis plus de deux ans. 
M. Blanchard peut-il nous donner à ce propos des expli¬ 
cations nouvelles ? 

M. R. Blanchard. — Les choses en sont toujours au 
même état. M. le Secrétaire général n’a envoyé aucun 
ouvrage à la bibliothèque; de môme, il n’a donné à 
nos anciens imprimeurs, MM. Blais et Roy, aucune 
instruction relativement à la réimpression des fasci¬ 
cules 9 et 10 du tome VIII (1). 

M. Marcel Baudouin. — Quelles mesures la Société 
compte-t-elle prendre pour contraindre M. le Secré¬ 
taire général à tenir ses engagements et à réparer les 
erreurs dues à sa négligence? Malgré des demandes 
réitérées, je n’ai pu obtenir la restitution de clichés que 

(1) Il en est encore de même au moment de la correction des 
épreuves (2 novembre). 



- 275 - 


je lui avais conliés pour une de mes publications et 
qui, d’ailleurs, m’avaient été prêtés par une grande 
maison d’édition. 

M. R. Blanchard. — Le Conseil devra bientôt discu¬ 
ter ces questions. Quelque délicates qu’elles soient, j’ai 
la conviction qu’il les examinera avec une scrupuleuse 
attention, avec le seul souci de contribuer au relève¬ 
ment et à la prospérité de la Société. 

Quantaux clichés demeurés à Poitiers, à l’imprimerie 
Blais et Roy, après leur tirage dans le Bulletin, ou 
envoyés à Poitiers en prévision d’une prochaine impres¬ 
sion, je les ai fait envoyer à Lille, chez notre nouvel 
imprimeur. Ils sont au nombre de 22. J’en demanderai 
une épreuve, qui sera soumise à nos collègues, à la pro¬ 
chaine séance : chacun pourra réclamer les clichés qui 
lui appartiennent. 

— M. Lemaire. — Au nom de M. le H. Coulon, de 
Cambrai, je présente à la Société un ouvrage sur La 
communauté den cliirurçjiens-barlnerit de Cambrai, 1366- 
1795. Cet ouvrage fait suite à plusieurs autres non 
moins intéressants pour l’histoire de la médecine, 
publiés par le même auteur dans le courant de ces 
quinze dernières années. Les éléments de ces travaux 
remarquables se trouvent à la bibliothèque commu¬ 
nale de Cambrai, dans de nombreux manuscrits que 
notre confrère a compulsés et analysés assidûment, 
avec le sens critique le plus subtil. 

Sans aucun doute, un grand nombre de villes fran¬ 
çaises possèdent de semblables trésors. Ils n’ont encore 
été explorés qu’à peine; on y trouvera matière à des 
travaux très nombreux. 

M. R.Blancharu. —Je partage entièrement l’opinion 
deM. Lemaire sur l’importance des archives et des 
manuscrits, comme sources de l’histoire de la méde¬ 
cine. J’ai exprimé ce môme avis, voilà quatre ans, dans 
la préface d'un livredu Df Hervot, de Saint-Malo (1). 

(1) La médecine et les médecins à Saint-Malo. Rennes, 

grand in-8' de248p.,UKK), avec préfacedu ProfesscurR. Blanchard ; 
cf, p. 11. 



— 276 - 


— M. WiCKERSHEiMiîR. — Au coui s de la séance du 
mois de mai dernier, M. Le Pileur nous a raconté la 
légende de la mort et du médecin ; il a montré que cette 
légende est aussi vivante dans les plaines de la Beauce 
que sur les bords du Rhin. 

Dans une étude publiée il y a quelques années (1), 
August Andrae a rassemblé quelques variations de ce 
Ihèmedansla littérature contemporaine. 11 en a ren¬ 
contré en Basse-Bretagne, en Souabe eten Transylvanie. 
En 1901, Eberliard Kônig a tiré de cette légende un 
drame mystico-philosophique, qui fut représenté à 
Hanovre, et Wilhelm Kienzl composa sur le môme 
sujet Hcilmarder iSarr, un opéra qui fut joué en 1902 à 
l'Opéra de Berlin. 

— M. Ruelle dit que Jules Nicole a publié récem¬ 
ment, dans le tome IV de VArchw für Papyrusforschuny, 
avec commentaires de J. Ilberg, un fragment de chapi¬ 
tre sur l'oculistique grecque, tiré probablement des 
CVwrMrÿtcfl d’Héliodore, conservés par Oribase. Ce cha¬ 
pitre donne la description d’une opération employée 
comme dérivatif et consistant en un véritable scalp. 

— M. le U*' Crussaire adresse à la Société un exem¬ 
plaire de sa thèse de doctorat. 

M. L. Nass. — La thèse du D' Crussaire m’est déjà 
connue et, puisque l’occasion s'en présente, je dois 
faire observer que le sujet dont elle traite a été déjà 
développé avec toute l’ampleur désirable dans le très 
remarquable travail de notre confrère, le D' P.-S. Le 
Maguet, dont la thèse, intitulée : Le Monde médical pari¬ 
sien sous le Grand Roi (2), a eu le rare honneur d’être 
récompensé par l’Académie Française {Grand Prix 
Montyon de 1.000 fr.) et par l'Académie de Médecine 
[Prix Saintour, 500 fr.). 

Les thèses des D™ Le Maguet et Crussaire traitent 

(1) A. Anbrae, Das Weiterleben aller Fablios, Lais, Legenden 
und anderer allen Slofle. Homanische Forschungen, hrsg. von 
Karl Vollmôller, .\VI, p. 321 353, 1904. 

(2) Paris, Maloinc, in-S» de 860 p., 1899. 



— 277 — 

identiquement du même sujet. De plus, le D'Le Maguet 
a publié le Portefeuille, inédit de Voilant, où M. Crussaire 
a puisé sa documentation. Aussi ai-je constaté avec un 
réel regret que le travail du D' Le Maguet n’était pas 
cité par M. Crussaire; il m’excusera de lui signaler ici 
ce fâcheux oubli. 

M. Marcel Baudouin. — Ce qui vient d’être dit par 
M. Nass sur les oublis bibliographiques ne m'étonne 
nullement ! Je constate que ces oublis sont trop fré¬ 
quents depuis cinq ans déjà. Il est facile d’en soup¬ 
çonner la cause : la simple ignorance et surtout la 
volonté, raisonnée, de ne plus s’occuper de ceux qui 
vous ont précédé dans la carrière! Nous nous retrou¬ 
vons donc, en 1910, exactement dans la situation où 
nous étions en 1890, lors de la Révolution chirurgicale 
due à l’asepsie! Les jeunes chirurgiens d'alors, parlant 
pour la province, ne purent sortir de la lacune biblio¬ 
graphique patente qui existait alors qu’en créant un 
Centre bibliographique parisien ; et la décentralisation 
chirurgicale ne put se faire, de 1892 à 1905, que grâce à 
cette institution scientifique, centralisatrice] Depuis 
1905, les chirurgiens de 1890, étant devenus à leur 
tour des maîtres, semblent se désintéresser du pro¬ 
blème bibliographique... Et la jeune génération chirur¬ 
gicale, en suivant les errements de ces quinze derniè¬ 
res années, ne me paraît plus être autant qu’il convien¬ 
drait au couraùt de la science... On vient de s’en 
apercevoir, d’une façon flagrante, au dernier Congrès 
français de chirurgie {i). 

La Société française d’Histoire de la Médecine ferait 
oeuvre utile en s’occupant du Problème bibliographique 
médical, d’une façon pratique. 


(1) Semaine médicale, n* 41, 12 octobre 1910, p. 483. * 




- 278 - 


UN PORTRAIT D’ANTONIO GERMISONE, MÉDECIN 
PADOUAN DU QUINZIÈME SIÈCLE 
par le D' Ernest WICKERSHEIMER 

Antonio Gennisone se place, par ses Consilia, au pre¬ 
mier rang des ouvriers de la pré-renaissance médicale. 
Né à Padoue, il professa à Pavie, puis, à partir de 1413, 
dans sa ville natale, où il mourut en 1441 (1). 

Il existe, à ma connaissance, un seul portrait de ce 
personnage, et il est encore inédit. Il sert de frontis¬ 
pice au manuscrit latin n° 207 de la Bibliothèque royale 
de Munich (fig. 1). 

11 a été de mode, du XV1“ siècle au XVllh*, de décorer 
les livres de l’effigie de leur auteur, et Hippocrate, 
Galien et Avicenne, pour ne citer que des médecins, 
ont été, de la sorte, honorés de portraits posthumes, où 
ils eussent eu, sans doute, quelque peine à se recon¬ 
naître eux-mémes. Je ne pense pas que la miniature 
que voici soit une de ces images de fantaisie; nous 
sommes en présence ici d’un véritable portrait de 
Germisone, peint peut-être d'après nature, presque 
certainement par un peintre qui connaissait bien les 
traits de son modèle. 

Alors même que l’on ne saurait rien de l’histoire du 
manuscrit où se trouve cette image, un simple coup 
d'œil ferait reconnaître, malgré la gaucherie de l’exé¬ 
cution, qu’il n’y a rien de conventionnel dans la figure 
de ce vieillard aux cheveux blancs, aux traits alourdis, 
en somme assez vulgaire, malgré sou majestueux cos¬ 
tume de professeur, son épitoge et son bonnet grenats, 

(I) Rappelons toutefois que le colophon d’une édition incunable 
des Recoüe.cta de urinù, imprimée sans date et sans adresse d’im¬ 
primeur ou de libraire, lui a.ssigne Vérone pour patrie : « Et hic 
est linis recollectarum de urinis famosissim! in orbe principis, 
artium et medicine doctoris ac optimi Avic. interpretis et monarce, 
domini magistri Antonii Cermisoni de Verona, cujus anima requies- 
cat in pace. Qui scripsit soium usque ad canonem de ypostasi, super 
quo non scripsit, pia morte preventus. » 



- 279 ^ 


ses fourrures blanches et sa robe ;d’un gris violacé. 
Seul, le paysage urbain, sur lequel se détache la sil¬ 
houette de Germisone, semble quelque peu fantaisiste ; 
ses hauts pignons et ses clochers pointus font penser à 
Nuremberg plutôt qu’à Padoue. 

Cette miniature, je l’ai dit, sert de frontispice au 
manuscrit latin n» 207 de la Bibliothèque royale de 
Munich, recueil d’ouvrages médicaux qui s’ouvre par 
desCortsi/iad’Autonio Germisone, dont le texte est fort 
différent de celui des autres manuscrits connus et de 
celui des éditions. Ce sont bien des Gonsi/ia, c’est-à-dire 
des consultations, mais ce n’est pas une copie de l’ou¬ 
vrage du médecin padouan, longtemps classique sous 
ce nom ; ce sont des notes rédigées par un étudiant qui 
avait assisté aux leçons de Germisone à l’Université de 
Padoue et à qui l'on peut, selon toute vraisemblance, 
attribuer le portrait de son maître. 

Hermann Schedel (1), né à Nurembergen 1410, avait 
commencé .ses études à l’Université de Leipzig. La 
Faculté des arts de cette Université lui avait conféré les 
grades de bachelier, puis de maître, lorsqu’en 1439 il 
vint à Padoue poury étudier la médecine.' 

De retour en Allemagne, il devint le médecin de 
Frédéric II, électeur de Brandebourg, mais Berlin ne 
lui plut guère. Les hivers y étaient très froids, le vin 
rare et la bière mauvaise, et bientôt il quitta le Bran¬ 
debourg « per taedium terrae frigidae et potus », et 
accepta les fonctions de médecin du chapitred'Eichstatt, 
en Franconie, où il écrivit un Tractatmde peste ad epis- 
copum Eistetunsem et des Consilia de peste pro episcopo 
Eisletlensi. 

L’évêque d’Eischstâtt, Johann von Aich, était un 
humaniste; il comlliuniqua ses goûts à son médecin, 

(l) Staubeii ilticliurd). Die Scliedelsche üibliotek. Ein Beitrag zür 
liesçhichte der Ausbreilung der ilalienisctaen Renaissance, der 
deutsclien Humanismus nnd der medizinischen Lileratur. Studien 
wtd Darstellungen aus déni Gebiele der Gcschichte, hrsg. von Otlo 
Uartig, Freiburg i. Br., VI, Hefl 2-3, 1908. 



280 - 


et dès lors Hermann Schedel fit de sa vie deux parts, 
consacrant l’une à la médecine, l'autre aux humanités. 
Il vécut quelque temps en qualité d’arehiâtre à la 
petite cour de Landshut, puis devint physicien de la 
ville d’Augsbourg, moyennant un traitement annuel 
de cent florins. En 1472, il fut nommé professeur à TUni- 
versité d’Ingolstadt, qui venait d’être fondée, mais il 
n’y resta pas une année entière et revint à Nurem¬ 
berg, sa ville natale. Il y mourut le 4 décembre 1485 
et fut enterré dans l’église de Saint-Sébald. 

Au cours de sa longue carrière, Hermann Schedel 
avait réuni beaucoup de livres ; il en légua la plu.s 
grande partie à son cousin Hartmann Schedel, huma¬ 
niste et médecin Comme lui. Les livres de Hartmann 
furent acquis, pour la plupart, en 1552 par Albert V, 
duc de Bavière, et c’est ainsi qu’ils constituent aujour¬ 
d’hui un élément important de l'ancien fonds de la 
Bibliothèque royale de Munich. 

Parmi les manuscrits du fonds Schedel delà Biblio¬ 
thèque royale, figure le manuscrit latin n“ 207, où se 
trouve le portrait d’Antonlo Cermisone. Hermann 
Schedel a laissé son ex-libris manuscrit {Iste liber est 
magixtri Heimanni Schedel de Nuremberga) dans ce volu¬ 
me, qui est tout entier de sa main, sauf les feuillets 
163-180, écrits en 1441 par un certain .lacobus Scoulip 
d’Elbing, et sauf le feuillet 3, qui, en même temps que 
l’incipit des Consilia de Cermisone, contient l’histoire 
du manuscrit. 

Ce feuillet 3 est de la main de Hartmann ; le feuillet 
dont il tient la place, écrit par son cousin, était fort 
endommagé lorsqu’il lui parvint par voie d’héritage 
« ex ordinacione sui testamenti », et c’est là la raison 
pour laquelle il ne crut pas devoir le conserver : 
«... meliori ornatu ac décoré cum prologo ac premis- 
sisornare decrevi ». 

Quant au portrait de Cermisone que Hermann avait 
sans doute peint lui-même, comme il avait écrit le texte 
du manuscrit, il était, lui aussi, dans un piteux état. 






CW5T0ÎHESvrWNCtPfVM.*=!^ 


i iNTONlV5•CE^^115)ON\^• 
mEDiCOIW- AlONARÇp^S 



Hartmann dut le retoucher le long de son bord droit 
qui était déchiré, le colla sur le verso du feuillet 2 afin 
de le placer eu regard du prologue, encadra le carré de 
7 cm. de côté qui le renferme, d’un fdet rouge vif, et 
écrivit au-dessous le nom du personnage représenté. 

L’incipit des notes prises par Hermann Schedel au 
cours de Germisone contient sur la vie du maître, sur 
son caràctèré enjoué, sur la bienveillance qu’il mon- 
f^rait à ses élèves, sur les proverbes dont il émaillait ses 
discours, quelques détails pris sur le vif par l’étudiant 
nurembergeois, qui le connut au déclin de sa vie, qui 
peut-être s’assità son cbevet d’agonisant le 25 août 1441 
et accompagna son cercueil à l’église Saint-Anfoine de 
Padoue. Cet incipit m’a paru suffisamment intéressant 
pour pouvoir être publié ; 

Consiliain preclara medicina excelientissirm. — Antonins 
(’.ermisonus, medicorum monarcha, sua tempestate accura- 
tissime perscripsit adplerasqueegredines[OTc]mediois inprac- 
tica adnioduiu ulilia. Qui expertissimus Patavinus inedicus, 
suninia gloria ac honore preluit lectureordinarie in mediciiiis 
Padue et hec remedia et exhorlacionem suo preclarissinio 
ingenio collecta suis auditoribus pro commodo egrotanciuni 
benivole largitus est. 

Exhortacio bona doniini Antonii Cermisoni, artium et 
inedicine professoris, medicorum monarche, in suos scolares: 

« Volens esse bonum medicus sit primo bonus philosophus 
et observet bos très cauones : 

1 non multiplicet numerum entium sine necessitate. 
Ratio quia peccatum est fieri per plura quod potest fieri per 
pauciora. 

taciat rationem adherere seiisatis. Ratio quia medicus 
est arlifex sensitivus. 

3“^ deducat eflectum cogiiitum in causam cognitam, quan¬ 
tum possibile est per humanam racionem. Patet hoc de 
magnete in attractione terri et de reubarbaro, agaricp et aliis 
medicinis a proprietate operantibus. y 

Hortabatur et quandoque scolares dum lectioni operam 
darent ut proprios libros haberent, in quibus memoriam 
super verba lextus eo facilius applicarent ; contra eos qui hoc 
negligenter agerent sepius verbis acribus invexit, argumen- 



tacionem lalem faciens : « Ego Antonius Cermisoui sum 
subtilissimus doctorum qui est in Iota Itaiia. Probo sic. Ego 
predico eastellanis qui sunt maxicii doinini ut patet pro 
secunda parte primam partem probavit, quia predico hiis 
qui edificant castra in aere, notando eos qui sine libris 
lectiones suas audiere maximos vero dominos dooere indi¬ 
gent subtilissimo viro, etc. » 

Condolendo aliquando subjunxit : « Ve vobis et animabus 
vestris ac infirmoruin vestrorum. Vos estis campus Alcliede- 
mach emptus in sepulturam vestrorum infirmoruin. » 

Adveniente hora lectionis sue et cum scolas intraret com- 
muniter in bec verba prorupit : (lEamus bec, est bora nostra 
et potestas tenebrarum. Vos scitis omnia », et quedam alia 
locundo sepissime boc utebatur proverbio. 

Fuit boino bylaris et locundus, plurimum plenus laceciis 
et jocis apprime diligens Aleinannos, plurima de ipsis sepe 
narrando, precipue de partibus Rbeni, et cujus ameuitate ac 
si propriis oculis conspexciset. 

Diem suum clausit extremum Padue, anno legis gratie 
1441, die 25» augusti. Sepultus apud Sanctum Antonium 
Padue, fratrem minorem. 

Viri quoque studiosissimi artis medecine prescripto tem- 
ore suas lectiones fréquentantes obnixe sua scripta obser- 
varuiit. Inter quos non inlimo ingenio ac solercia excellit 
solertissimus arcium et medicine doctor Hermannus Scbedel 
patruus meus, qui prescripta et sequencia consilia partira ex 
ore suo, partira post suum obitum, diligentissime collegit. Et 
ista consilia per manum suam scripta, ex ordiaacione sui 
testamenti aput me Hartmaimuin Scbedel doctorem patruurn 
suum et liberos sue famille permanere disposuit. Quamobrera 
meliori ornatu ac décoré cum prologo ac premissis ornare 
decrevi, ut sua accurata diligencia ceteris nocior et ad salu- 
tem anime sue memoria uberior fieri possil. 



LE CULTE D’ESCULAPE EN SICILE 
par le D' Raymond NEVEU 

Lors de notre récent passage en Sicile, dans cette 
tèrre chérie des anciens, où les peuples les plus divers 
se sont coudoyés sans se confondre, nous pensions 
retrouver au milieu de tant de ruines grandioses plu¬ 
sieurs temples et de nombreuses statues du Dieu de la 
médecine. 

En réalité, les documents sont rares et nous n’y 
avons pas trouvé ce que nous croyions. On pourrait 
même se demander si vraiment il y a eu là-bas un 
culte d’Asclepios. Cette question ne laisse pas de doute 
cependant. Comme partout dans le monde antique, 
où la vie était prospère et riche, où les peuples venaient 
en foule des points les plus extrêmes du littoral médi¬ 
terranéen, Esculape et sa compagne Hygieont été fêtés 
et honorés. 

Les ruines du temple d’Agrigente, les statues de 
Syracuse, pour ne citer que celles bien conservées, 
attestent suffisamment la grandeur de ce culte. 

Malheureusement, sur cette terre bouleversée sans 
cesse, balayée par des secousses terribles, les tem¬ 
ples n’ont pas pu subsister. En des chaos indescripti¬ 
bles, que nous comprenons mieux maintenant après 
avoir vu Messine, ils dorment entassés, gardant jalou¬ 
sement leurs trésors, et les recherches récentes sont 
laborieuses et pénibles. 

Chaque jour, cependant, elles amènent au soleil des 
richesses nouvelles qui s’en vont grossir les musées 
déjà riches, quoique jeunes, comme celui de Syracuse, 
par exemple. 

Agrigente est la seule ville morte où l’on retrouve 
des traces du culte d’Esculape. Un peu au sud du tom¬ 
beau de Théron, dans la Casa San Gregorio, on a mis à 
jour quelques restes du temple dédié à Asclépios. Ces 
restes sont fort modestes d’ailleurs et se composent de 



— 285 — 



Fig. 1. — Esoulape. 




- 286 —■ 

l’ante sud-ouest et de deux morceaux de colonnes can- 

délées. 

Au dire de George Yver, qui s’est occupé des monu- 
riients de cette ville, il paraît que c’est dans ce temple 
qu’était vénérée la fameuse statue due au sculpteur. 
Myron. 

Malheureusement, cette statue u'apasété retrouvée, 
peut-être le sera-t-elle un jour ! 

Les deux seules pièces vraiment intéressantes se 
trouvent au musée de Syracuse, au milieu de richesses 
extraordinaires. 

Voici d’abord la statue d’Esculape, d’époque grecque 
selon les uns, d’époque romaine, s’il faut en croire 
Diehl (lig. 1). 

Le dieu, quoique fort bien conservé, n’impressionne 
pas comme il convient ; il est petit, assez gros; il sem¬ 
ble qu’on n’aie pas eu assez de marbre pour le repré¬ 
senter, et sa dignité en souffre. 

Debout, drapé dans sa toge qu’il retient en des plis i 
superbes sur la hanche gauche, le bras droit tient le 
fameux bâton sur lequel s'enroule le serpent sacré. 

C’est, du reste, une des poses les plus fréquentes, 
comme nous l’avons déjà signalé. La tête est grave, 
bien droite, encadrée d’une chevelure abondante et 
d’un collier de barbe finement soignée. Et cependant 
cette tête malgré toute sa pureté, nous semble légère -1 
ment disproportionnée; l’attache de la nuque est elle- 
niême un peu forte. Il y a quelque chose dans l'en- * 
semble qui choque l’œil. 

11 n’en est pas de même de la superbe statue d’Hygie, 
dont la tête manque malheureusement (fig. 2). 

De l’époque grecque, bien certaiiiemenl, elle est tout 
en marbre et très pure. Debout, la déesse relève sa 
robe de son bras gauche. Le bras droit, d’une finesse de 
ligues remarquable, tient le serpent enroulé; la main le 
maintient conti’e son corps, et la tête de l’animal sacj-é 
repose doucement contre la poitrine divine. 

L'ensemble est harmonieux, bien proportionné ; la 



- 28i - 



Kig. î. — Hygie. 


Bull. Soc. tr. hùt. méd., IX, 1910. 







déesse est grande et forte, sans être grosse ; elle a la 
grâce qu’il lui faut. C’est une des plus belles statues 
d’Hygie que nous ayons vue. 

En vain nous avons feuilleté le Corpus et nous n'avons 
pas trouvé d'inscriptions au nom du Dieu de la méde¬ 
cine comme pour la Sardaigne. Etcequ'ilyadîétonnant 
c’estqueni à Catane; ni àTrapani,chère à Virgile, ni à 
Ségeste, où les ruines ne manquent pas, on n'ait pas 
découvert de temple d’Esculape. A Ségeste, il y a un 
temple assez bien conservé, qui est une merveille dé 
dorique et dont on ignore l'attribution. On a songé à 
Aphrodite, àArtémise môme, s'il faut en croireCicéron; 
on a songé aussi à l'un des fleuves de la région, niais 
on a dû éliminer l’idée d'un temple à Asclépios. C’est 
regrettable, car nous aurions aujourd’hui un beau 
document à vous montrer. 

A Taormine, dans ce décor merveilleux que les 
artistes ont chanté, nous nous attendions à trouver un 
temple du Dieu de la médecine. Seul, le théâtre grec, 
fortement remanié par les Romains, dresse ses ruines 
imposantes. 

Nous avons cependant du mal à croire qu'on ne 
trouvera pas un jour la preuve indiscutable du culte 
d’Asclepios à Taormine. 

Le site est trop beau, le panorama trop impression¬ 
nant, pour que les Grecsj qui étaient d’étonnants 
psychologues et de merveilleux metteurs en scène, 
n’aient pas songé à y bâtir un temple où les maladés 
et les infirmes seraient montés demander la guérison 
de leurs maux. 

Sans nul doute, ici mieux que partout ailleursj mieux 
qu'à Carthage et qu’à.Epidaure, les désespérés de la vipi 
impressinnnéappifi’iaitenseïbeautédu-paysagetauraien!l; 
retrouvé la, foiidans l’àvenir et ie.courage=dé vivrei 

Marcel Bauuouin. — On ne peut que vivement 
féliditer les collègues qui vont à l’étranger recherohé» 
les pièces archéologiques relatives au culte d’Esculape. 



Mais il ne faudrait pas se borner à l’étude des inscrip¬ 
tions (domaine de l’histoire et de l’épigraphie) et des 
œuvres d’art (archéologie artistique). Il faudrait savoir 
qu’il existe en France même, aussi bien qu’à l’étranger, 
des données fort importantes sur les origines de la méde¬ 
cine, voire même sur le culte d’Esculape, qui ne res¬ 
sortent pas des sciences précédentes, mais qui sont 
du domaine : 1“ de la préhistoire ; 2® du folklore ou tra¬ 
ditions populaires (médicales). 

J’ai démontré, pour l’iiistoire même de la médecine, 
l’importance de ces sources, trop mal utilisées encore, 
en publiant des articles sur les origines de la trépana¬ 
tion (i), de la circoncision (2), delà déformation artifi¬ 
cielle du crâne (3), opérations qui remontent à l’époque 
de la pierre polie, et sur l’existence des lésions patho-. 
logiques fort curieuses et inconnues encore à la même 
époque, c’est-à-dire à un moment où l’on est encore 
dans le domaine de la préhistoire. 

Récemment, j’ai retrouvé en France et en Vendée 
même (4) des données du culte d’Esculape, remontant, 
sans doute à l’époque gauloise ou gallo-romaine tout 
au moins. 

Les vestiges de ce culte abondent, d'ailleurs, pour 
les périodes romaine et grecque pures, en France (ex- 
voto trouvés dans l’Oise, actuellement au Musée de 
Senlis; trouvailles d’Alésia, etc.), sous la forme de 
belles pièces archéologiques. 

Mais il faut aller plus loin et les rechercher dans les 
traditions populaires et les légendes elles-mêmes. Le 
folklore est une science, tout comme l’histoire, et aussi 
un précieux collaborateur, pour la recherche de la 
vérité. Froissart'n’a-t-il pas pris la légende pour l’his¬ 
toire (affaire des Quatre fils Aymon), comme Ïite-Live 

(1) Archives provinciales de Chirurgie, <908, p. 362-376. 

(2) Ibidem, 1910, n® 2, p. 100-114, 4 figures. 

(3) C. R. Académie des sciences, 14 juin 1909. 

(4) Le culte d’Esculape en Vendée. Gazelle médicale de Paris, 
1904, p. 367. 



en ce qui concerne les origines de Rome? Ces ancêtres 
ne pouvaient d’ailleurs faire autrement, la critique 
historique et préhistorique n'étant pas encore inventée. 

Il faut donc, allant du connu vers l’inconnu, remon¬ 
ter aux origines de la civilisation pour tracer nos origi¬ 
nes médicales sous forme de culte-, il faut franchement 
s’élancer dans l’escalier, très long et très contourné, 
qui descend vers les entrailles de la terre ; il faut nous 
résoudre à chercher dans les pierres, non encore tail¬ 
lées, des mégalithes cultuels de nos pays, et dans les 
profondeurs de l’âme populaire, les secrets médicaux 
sur les débuts de notre art, secrets qui nous échap¬ 
peront longtemps encore, si l’on ne veut pas suivre sui¬ 
te terrain des fouilles les deux préhistoriens scientifi¬ 
ques de l’Ecole moderne. 


LES SOINS MÉDICAUX DONNÉS 
AUX MALADES PAUVRES DE MARGOING (NORD) 
AVANT LA RÉVOLUTION 
par Emile DELOBEL 

Deux pièces seulement peuvent nous éclairer sur le 
système suivi à Marcoiug avant la Révolution pour les 
soins à donner aux malades pauvres et pour le paie¬ 
ment des honoraires des médecins et chirurgiens. 

La première est un certificat, en date du 23 juillet 
1747, signé Lemaire, dont voici un extrait : 

« Je soussiné moÿ Pierre-Joseph Lemaire, chérugien 
Juré résident à Marcoing, certifie avoir soigné la 
nommé Sésille Godou, âgé au environ de soixante trois 
ans à cause d’une douleur poignant dans le cotté droit, 
luy gênant là respiration et lui cause des douleurs 
très aigùes, principalement dans la toux accompagné 
de fièvre qui caractérisse pleurésye, .. là malade est 



— 291 — 


réduit à un état très pitoyable, étant sur la paille sans 
draps ny couvert et n’ayant au surplus aucun aliment 
pour pouvoir résister à une maladie sy grande... 
suppliant MM. les gens de loÿ d’y avoir égard côme 
étant digne de compassion, soit sur les revenus du 
bien commun, soit sur les biens des pauvres. Je con¬ 
sens comme suivie... 

« En foi de quoi... » 

La seconde pièce est un mémoire dont extrait suit : 

« Etat de Pierre-Joseph Lemaire, maitre chérusien 
Juré des pertes qu’il a souffertes depuis huit années 
environ, pour le traitement des pauvres du lieu, premiè¬ 
rement pour être présenté à Messieurs les gens de loÿ.» 

L’état porte ensuite les noms de 25 pauvres, de 3 
familles pauvres dont plusieurs membres avaient été 
malades et enfin d’orphelins pauvres, avec en regard, 
la somme due par chaque pauvre ou famille de pauvres. 
Il s’élève à 133 florins 15 patars. L’article minimum est 
de 13 patars (1) ; il est unique. L’article maximum est 
de 15 florins(2); il est également unique. Deux articles 
montent à 10 florins chacun. Tous les autres sont inter 
médiaires et vont de 2 à et y compris 9 florins. 

Cet état, daté du 13 janvier 1769 et signé Lemaire, 
est suivi de l’ordonnance dont la teneur suit : 

« Il est ordonné à Jean Philippe du frénois collec¬ 
teur de Marcoing de payer à Pierre-Joseph Lemaire 
chérusien de la commünauté dudit lieu la somme de 
cinquante florins pour avoir pensé toutes les pauvres 
malades de la ditte communautée suivant le mémoire 
icy au dos. 

« Fait à Marcoing le seize janvier mil sept cent soixante 
neuf... 

(Signé) Délabré maÿeur, Jean-Jérôme lieutenant 
maÿeur, Nicolas Queulain, Boduin Mallet, Pierre 
Harfaun, Pierre Bauvais (Echevins). » 

(1) Le patar valait i sou 3 deniers ou 0 fr. 06173. 

(8) Le florin, monnaie de Flandre, valait 1 livre tournois IS aous 
ou 1 franc 8346679; il se subdivisait en 90 patars. 



— 292 — 


De l’examen de ces deux pièces, nous pouvons induire 
el même conclure qu’il n’existait pas à Marcoing, au 
dix-huitième siècle, comme il y existe aujourd’hui, de 
listes d’indigents admis à recevoir gratuitement des 
soins médicaux en cas de maladie ; mais qu’au furet 
à mesure des nécessités nos gens de loi faisaient don¬ 
ner les soins médicaux aux malades pauvres ; que de 
plus, lorsque des soins médicaux donnés à des malades 
qui u’avaientpas, soitdemandé, soit obtenu la gratuité, 
restaient injpayés, la Communauté supportait, sur la 
production d’un mémoire, une partie de la perte éprou¬ 
vée parle médecin. 

M. J. Lemaire. — La page que je viens de lire est 
extraite du manuscrit de M. Delobel sur l’histoire de 
Marcoing. Je remercie l’auteur d’avoir bien voulu me 
permettre de vous en donner la primeur. Je regrette 
seulement que M. Delobel ne nous ait pas donné en leur 
détail les pièces dont il parle. Ainsi eût été rendue plus 
facile l’appréciation des honoraires médicaux à cette 
époque et dans cette région ; mais pour 15 patars, c’est- 
à-dire pour un peu plus que 0 fr. 90, les visites ne 
devaient pas être très nombreuses et les soins bien 
considérables. 

J’ai déjà eu l’occasion de parler, en mars 1909, de 
ce Pierre-Joseph Lemaire dont il est question ici, puis¬ 
que, fils d’un chirurgien (d’un chirurgien-barbier très 
vraisemblablement), il est l’arrière-grand-père de mon 
arrière-grand-père. 

J’ai continué mes recherches encore inachevées sur 
les Lemaire. Je ne veux pas avoir l’air d’attacher à 
cés explorations familiales une importance qu’elles ne 
méritent pas. Nous en reparlerons peut-être quelque 
jour; mais pourcompléter ma note précédente, laissez- 
moi vous dire qu’aujourd’hul j’ai trouvé 13 Lemaire 
exerçant notre profession et faisant partie de la même 
famille. Un 14"">se dit également d’abord garçon chi¬ 
rurgien en 1784, puis chirurgien en 1786, mais sa filiàr 




tion n’est pas encore bien déterminée. Nous avons 
l’impression qu’il fait partie de la famille, mais nous 
n’avons pas encore l’acte de l’état civil qui permette 
de l’affirmer d’une façon absolue. Les titres de ces 
Lemaire sont d’ailleurs très divers : maître chirurgien 
de son art, chirurgien juré delà campagne, chirurgien 
juré de la communauté, officier de sauté. 

Je suis arrêté à l’année 1661 ; je crains qu’il ne me 
soit pas possible de remonter plus haut. 


OUVRAGES OFFERTS 

Tous les ouvrages envoyés à la bibliothèque sont inscrits 
sous celte rubrique. 

F. Beaudouin, Riolan et Harvey. Normandie médicale, 
in-8“de 4 p., 1" octobre 1910. 

André Crussaire, Un médecin _au XVIT siècle, le docteur 
Voilant, une malade imaginaire. Madame de Sablé. Paris, 
Vigot et Lille, Dufrénoy, 1910, in-8” de 152 p. 



Séance du 9 Novembre 1910. 

Présidence de M. Le Pileur, Vice-Président. 

MM. Brunot et Rollet, présentés à la précédente 
séance, sont élus membres de la Société. 

— M. le Niel, médecin-major des troupes colo¬ 
niales, 288, rue Saint-Jacques, à Paris, est présenté 
par MM. Pansier et \Vickersheimer. 

M. le Roger Pépin, 2, rue de Vienne, à Paris, est 
présenté par MM. Landouzy et Wickersheimer. 

— M. L. Nass présente une gravure ayant pour titre : 
Description des anciens bains romains. 



Séance du U Décembre 1910. 


Présidence de M. le D' Le Pileür, Vice-PrésidenL 

M. le D' Güépin adresse par lettre sa démission de 
membre de la Société. 

MM. Niia et Roger Pépin, présentés à la iiréoédente 
séance, sont élus membres de la Société. 

M. le D'' Rouquette, correspondant du Ministère de 
l’Instruction publique, à Nice, est présenté par MM. R. 
Blanchard et P. Delaunay. 

— M. R. Blanchard communique le rapport, de notre 
collègue M. Tiberius von Gyôry, Privat-Docent à l'Uni- 
versité de Budapest, sur l'Unification de la teiminologie 
médicale du point de vue de l’kistorien de la médecine. Ce 
rapport a été rédigé par M. von Gyôry, à la demande de 
la Société allemande d’histoire de la médecine, qui en a 
approuvé les termes dans sa réunion de Kônigsberg, 
au mois de septembre dernier, et a décidé de le sou¬ 
mettre à la Société française d’histoire de la médecine. 
L’auteur prend texte d’une proposition émise par 
M. Raoul Blondel au Congrès de l’Association interna¬ 
tionale de la Presse médicale, tenu à Budapest en 1909, 
pour dire que» les historiens de la médecine de tous 
les pays, mais en première ligue la Société allemande 
pour iHistoire de la Médecine et des Sciences naturelles et, 
à sa demande, la Société française d’Histoire de la Méde¬ 
cine, doivent faire des démarches énergiques pour empê¬ 
cher l’unilication de la terminologie médicale au moyen 
de la suppression systématique des noms historiques. » 

M. le !)'■ Raoul Blondel, convoqué expressément pour 
cette question, assiste à la séance, et la Société entend 
ses éclaircissements à ce sujet. 

Il explique que la question de l’unilication de la ter¬ 
minologie médicale a été mise, par l’Association inter¬ 
nationale de la Presse méd icale, à l’ordre du jour de 
son IH« Congrès, à Budapest, en août 1909. Elle ne put. 


Bull. Soc. fr. Iiisl. méd., IX, 1910. 



faute de temps, être discutée à ce moment, et M. Blondel 
proposa de la reporter à l’oi’dre du jour du Congrès de 
Londres en 1913, eu laissant au Bureau le soin de dési¬ 
gner une Commission internationale chargée de pré¬ 
parer le rapport introductif, ce qui fut adopté : 
M. ïiberius von Gyory, de Budapest, fit alors l’obser¬ 
vation qu’il serait indispensablede respecter la méthode 
historique dans cette réforme et d’adjoindre à la Com¬ 
mission une personnalité compétente dans l’histoire 
de la Médecine, M. le professeur Blanchard par exem¬ 
ple. M. Blondel avait accepté pleinement les observa¬ 
tions quand, un an après, M. Tiberius von Gyory pré¬ 
senta au Congrès de Konigsberg une vive protestation 
contre la proposition de M. Blondel, en attribuant à 
celui-ci le projet de faire disparaître de la terminologie 
médicale tous les noms d'auteurs. Depuis, M. von 
Gyory a invité la Société française de l’Uisloire de la 
Médecine et la Société italienne à s’unir à la Société 
allemande pour faire échec au projet de l'Association 
internationale de la Presse médicale. 

M. Blondel, après avoir relaté ces faits, ajoute qu’il 
regretterait de voii- la Société française, maintenant 
renseignée, suivre M. von Gyory et la Société allemande 
dans la voie de cette polémique. 

La nécessité d'une entente internationale sur la ter¬ 
minologie médicale, — celle de l’avenir, d’abord en 
formulant des règles précises pour la construction 
régulière des néologismes, — aussi celle du passé, 
en cherchant à réduire les dénominations faisant dou¬ 
ble emploi d’un pays à un autre, ou au moins en en 
diminuant le nombre, chaque nation semblant aujour¬ 
d’hui mettre un point d’honneur à adopter un terme 
qui lui soit propre ou le nom d’un auteur national, 
ceci à l’heure où des unifications internationales, dans 
tous les domaines, sont réclamées partout où elles 
sont possibles, où l’on parle môme de créer une langue 
internationale. Les médecins, pourraient du moins 
commencer, par s’entendre sur leur vocabulaire : 



- 297 — 


certaines questions de priorité, toujours pendantes, 
seraient tranchées définitivement, pièces en mains. 
L'Association internationale de la Presse médicale est 
complètement dans son rôle en prenant l'initiative de 
cette mesure. 

M. Blondel termine en disant qu'il espère que la 
Société voudra bien se faire représenter dans la Com¬ 
mission en préparation. 

M. R. BLANGHAhn. — La question de la nomenclature 
médicale a été traitée en 1907 à l’Académie de médecine. 
A la suite de ce débat, M. Fernet a déposé un rapport 
très substantiel au nom d’une commission dont Je fai¬ 
sais partie. 

M. Le Président. — Je propose de remettre le soin 
de préparer un rapport sur la nomenclature médicale à 
une Commission composée de MM. R. Blanchard, 
Pichevin et Wickersheimer, à laquelle voudra bien se 
joindre, à titre consultatif, M. R. Blondel, qui n’est pas 
membre de la Société. (Adopté.) 

— M. Le Président. — L'Universilé de Toulouse fait 
appel à la générosité de la Société en faveur de la 
Bibliothèque des Facultés de médecine et des sciences, 
récemment incendiée. 

Sur la proposition de M. R. Blanchard, la Société 
décide à l’unanimité de répondre à cet appel en 
envoyant à Toulouse la collection complète du liulletin 
de la Société. 

— M. Pichevin. — Au cours de la séance d’octobre, 
M. Marcel Baudouin a parlé des oublis.bibliog:raphi- 
ques, parfois systématiques. A ce propos, je désirerais 
.savoir si l'on doit indiquer un auteur, lorsque celui-ci 
n’a fait qu’une citation tronquée ou inexacte d’un 
manuscrit ou d’une pièce d’archives, et lorsqu’on n’a 
pu parvenir à'ia source qu'après de longues recherches 
personnelles ou à l’aide d’indications bibliographi¬ 
ques fournies par un autre auteur. 

M. Le Pileur. — En pareil cas, il suffit de citer le 
manuscritou la pièce d’archivjes, et on n’est pas tenu 



— 298 - 


de ciler un auteur qui n'a donné que des indications 
incomplètes ou inexactes. 

— L’ordre du jour appelle le dépouillement du scru¬ 
tin pour le renouvellement du Bureau et d’un tiers du 
Conseil. MM. Neveu et Nicaise sont nommés scruta¬ 
teurs. Le résultat du vole est le suivant : 

Président : M. Le Pileur. 

Vice-présidents : MM. P. Dorveaux et Jeanselme, 

Secrétaire général ; M. WiCKERSiiEtiiER. 

Secrétaires : MM. Hahn et Rollet. 

Trésorier : M. Neveu. 

Archiviste-bibliothécaire : M. Beluze. 

Membres du Conseil : MM. Courïaue, Nicaise et Ram- 
BAun. En outre, M. (iENEVRiER est élu, dans le second 
tiers, eu remplacement de M. Wickersheimer, élu 
secrétaire général. 


BREVET DE CHIRURGIEN MILITAIRE 
OCTROYÉ PAR LOUIS XIV 
et publié par le D' Paul DORVEAUX 

M. Pierre Rambaud, l’auteur bien connu de l’bistoire 
de la Pharmacie en Poitou, a eu l’amabilité de m’adresser 
la copie d’un brevet de chirurgien militaire, octroyé 
par Louis XIV à Isaac Pizet pour le régiment d’infan¬ 
terie de Cbàlelaillon. L’original de ce brevet, sur par¬ 
chemin, se trouve aux Archives de la Vienne ; il est 
ainsi conçu : 

BREVET DE CHIRURGIEN 

AU RÉGIMENT D’INFANTERIE DE GHASTELAILLON 
POUR LE NOMMÉ PIZET. 

Aujourdhuy huictieme de décembre 1695, Le Roy 
estant à Versailles, désirant pourvoir à la charge de 
Chirurgien à la suilte du régira* d’inP*® de Chastel- 
aillon et estant bien informé de la capacité exp“ au 



— 299 — 


faict de la Chirurgie, vigilance et bonne conduitle du 
nommé Isaac Pizel et de sa fidelité et aiïection à son 
service, Sa MA‘é luy a donné et octroyé lad. charge de 
Chirurgien, Pour doresnavant en faire les fonctions et 
en jouir aux honneurs, auctoritez, prérogatives, droits 
et appoinctements qui y appartiennent, tels et sem¬ 
blables, dont jouissent ceux qui sont pourveus dè 
pareilles charges. M’ayant sa Ma*'^ pour tesmoignage 
de sa volonté commandé de luy en expédier le présent 
brevet, quelle a signé de sa main et faict signer par 
moy son cône'' secr‘’« d’estat et de ses commandemens 
et finances. 

(Signé) : Louis, Tillie. 


LA DIMINUTION DE LA NATALITÉ AUX ETATS-UNIS 
ET SES CAUSES 

pan le Professeur R. BLANCHARD 

Ancion Pi'àsideiit de hi Société. 

Les Etafs-Unis sont actuellement le théâtre d’un 
phénomène social qui a vivement excité la sagacité 
des médecins, des économistes, des sociologues: je 
veux parler de la diminution progressive de la natalité. 
Dans tout le territoire, mais spécialement dans les 
grandes villes de l’est, le nombre des naissances va 
sans cesse en s’abaissant, relativement à celui des 
décès, tou tau moins dans certaines classes de la société. 

Ce phénomène s’est manifesté tout d’abord à New- 
York; il y sévit plus que jamais. On cite, dans la 
cinquième Avenue, en face du Parc central, un bloc 
de huit maisons qui, pendautla .saison, est habité par 
cinquante et une personnes, dont aucune n’a moins de 
14 ans; Iq uqinbre pwiportionnel des enfants-est donc 
inférieur à 1 pour üO. Un autre bloc, compris éulre vlaf 
88® rue, l’avenue Lexington et l'avenue du Parc, est 



- 300 — 


habile pai-84() personnes, dont 320au-dessousde l2ans; 
les enfants y sont donc dans la proportion de 39 pour 100. 

Le premier exemple se rapporte au quartier des 
milliardaires ou des Quatre-cents ; le second à un quar¬ 
tier populeux. Dans d’autres villes, à Brooklyn liotain- 
meiit, on pourrait faire des constatations analogues. 
C’est donc dans les familles riches que s'observe le 
défaut de natalité : les familles allemandes, Scandi¬ 
naves, polonaises, iidandaises etilaliennes,récemment 
immigrées, sont fécondes et ont de nombreux enfants, 
alors que les familles établies en Amérique depuis 
plusieurs générations sontcommefrappéesdestérilité. 
Au train dont marchent les choses, on peut prévoir 
une extinction plus ou moins proc.haine des descen¬ 
dants des Quakers, des Puritains et autres colons de la 
première heure. 

Les raisons sociales delà stérilité américaine ont été 
recherchées par P. de Bousiers (1) : 

« Kappelons-iious, écrit-il, comment la femme américaine 
est, élevée ; l)caucoup d’indépendance d’aUure.s, aucunes habi¬ 
tudes de sujétion, une expérience assez avancée de la vie... 
Maintenant, représentons-nous cette femme dans une grande 
ville où l’on s’entasse, comme à New-York, matinstallée par 
conséquent, souvent sans domestiques, en tout cas sans 
domestiques sûrs, absolument seule par consé(iuent pendant 
douze heures par jour; sonl-ce là des conditions favorables à 
l’éducation d’une famille nombreuse ? »... ' 

Elle (I reculera devant la perspective d’une demi-douzaine 
d’enfants à peigner, à laver, à soigner ; jeune lille, elle n’avait 
à socciqierque d’elle-même, et la transformation lui parait 
trop brusque. » 

En résumé, la stérilité volontaire se circonscrit dans les 
villes de l’est et sévit principalement sur la classe riche. 
C’est « un phénomène de corruption morale favorisé par la 
vie urbaine, par une éducation plus extérieure que domes- 

(1) P. DE Rousiebs, La vie américaine. Paris, Firmin-Dldol et C', 
2 Vol. in-i8, s. d. — Cf. Il* L'éducation et la société ; p. 47-{)2, 
Familles )ip»?6re«ses et familles stériles, et p. 70. 



— 301 - 


üque, et développé par des circonstances particulières d’ins¬ 
tallation. » 

Voilà pour les gens riclies. Quant à ceux de la classe 
moyenne, aux employés, par exemple, P. de Rousiers 
signale aussi leur stérilité volontaire. Il l’explique par 
ce fait, qu’un nombre considérable de ménages de cette 
catégorie sociale vit dans des boarding bouses, c’est-à- 
dire dans des pensions de famille. 

« La stérilité volontaire, ajoute P. de bousiers, sévit ici de 
la façon la plus marquée... Où les mettre d’abord, ces pauvres 
enfants ? La place manque, les voisins se plaignent du bruit et 
beaucoup de propriétaires de boarding houses proscrivent les 
enfants avec une sévérité dont la petite tyrannie du concierge 
parisien ne donne qu’une faible idée. Puis, comment les faire 
vivre? L’ordinaire du boarding ne convient pas à des enfants; 
la lille de service décorée du nom de cuisinière, qui le pré¬ 
pare, n’a aucune envie de se donner de la peine pour une 
catégorie particulière d’hôtes. En résumé, le cadre du boarding 
n’est pas fait pour eux, mais pour des célibataires. » 

Telles sont, sans doute, les raisons sociales appa¬ 
rentes de la stérilité des femmes américaines, mais 
elles ne nous donnent pas l’explication scientifique du 
phénomène. Celui-ci a été diversement interprété. On 
l'a attribué à l’austérité des mœurs, à la pruderie et à 
la vertu des femmes, à la frigidité des hommes, qui 
ne vivent que pour leurs entreprises commerciales ou 
industrielles, à l’abstinence, à une cohabitation incom¬ 
plète et rendue imparfaite et inefficace par quelque 
moyen, par exemple parce que l’homme fait usage de 
préservatifs. 

Passons sur les premiers de ces prétextes. S’ils sont 
généralement mis en avant par les Américains et 
acceptés sans discussion par les Européens, ceux-ci 
font preuve, dans la circonstance, tout à la fois de 
courtoisie et d’ignorance. Les Américains, comme les 
Anglais, sont très habiles à dissimuler les manifesta¬ 
tions publiques de leur instinct sexuel, mais, chez eux 



— 302 — 

(■(imme cliez les autres peuples, cet instinct exerce sa 
tyi'annie et exige qu’on lui paie tribut. Nulle part 
ailleui's le flirt n'est aussi llorissant qu’aux Etats-Unis ; 
c'est dans la .société américaine qu’est éclose la demi- 
vierge, cette ti'oublante et décevante créature qui a 
fait son apparition voilà quelque vingt-cinq ans etdont 
Marcel Prévost a tracé un portrait saisissanl. La vie 
d'hôtel ou de bateau, |)endant mon voyageen Améri(|ue, 
m’a pei-mis de surprendre des l'ails auxquels je ne puis 
que faire allusion et qui ont fixé mes idées sur ce point, 
.l'ajoute cei)endant que je ne parle pas uniquement de 
l’expéi'ience des autres, mais qu'il n’a tenu qu’à moi, 
en plus d’une circoii.stance, d’étre le héros d'aventures 
que je n’avais nullement provoquées. 

L’éternel féminin est partout lemôme; c’est le mieux 
qu’on puisse couclui'e. .le serais pourtant désolé si l’on 
pouvaitcroire que jegénéralise mon opinion très moti¬ 
vée et que je n’ai pas eu l’honneur d’éU'e présenté, aux 
Etats-Unis, à des femmes d’une haute moralité, dignes 
de tous les respects et de toutes les déférences. Les 
femmes de cette catégorie sont nombreuses: elles 
leprésenteut là-bas les femmes de notre admirable 
bourgeoisie française, si injustement décriéesà l’étran¬ 
ger, mais possédant une honorabilité à toute épreuve 
et une somme incomparable de vertus domestiques. 

.le ne dirai qu’un mot des derniers prétextes allégués 
plus haut. D’une enquête que j'ai faite en Amérique, 
auprès de nombreux pharmaciens, et à Paris, chez cer¬ 
tains commerçants d'un ordre particulier, il résulte 
(lue les Etats-Unis font une grande consommation de 
préservatifs et (|ueceux de fabrication française y sont 
très appréciés. .Mais là encore n’est pas la cause prin¬ 
cipale de la diminution de la natalité. Celte cause est 
double et concerne uniquement la femme. 

Dès 18.00, Storer professeur d’obstétrique à Harvard 
College, dénonçait, dans un discours universitaire, la 
fréquence des avortements volontaires. L’émotion fut 
considérable à Cambridge, à Boston et dans toute la 





— 3Ü3 — 


Nouvelle-Angleterre. Les collègues de Storerlui deman¬ 
dèrent de supprimer le passage où il faisait une si dou¬ 
loureuse ré,vélation ; la publication leur en paraissait 
imprudente. Tl céda et c’est seulement dix-sept ans 
plus tard qu’il publia le texte intégral de son discours. 

Peu de temps après, en 18b7, son propre fils, mon 
ami le H. R. Storer, de Newporl, R. 1., alors un 
éminent gynécologue de Boston, traita de la même 
question, d’après ses nombreuses observations, devant 
la Suffblk district medical Society. Puis, le 14 décembre 
1808 , il lut à Boston, devant VAmerican Academy of arts 
and sciences, un mémoire encore plus alïirmatif ; les 
avortements volontaires devenaient une calamité 
])ublique ; ils étaient la cause, jusque-là insoupçonnée, 
d’une foule d’accidents utérins ou pelviens, dont tous 
les gynécologues connaissaient la fréquence, mais dont 
la cause leur échappait. 

Ce ne fut qu’un cri de surprise et d’indignation dans 
tout Boston. On ne chej'cha pas à nier les faits très 
précis que le 1)‘' R. R. Storer avait révélés, mais on lui 
fil comprendre que l’exposé public d’une si troublante 
situation ne ferait qu’augmenter le mal. Il fut blâmé 
sévèrement « d’avoir osé, même au sein d’une Société 
savante, montrer cette tache au bon renom de la Nou¬ 
velle-Angleterre et fut prié d’ajourner sa publication. » 
11 s’inclina, lui aussi, devant le verdict inconsidéré de 
ses collègues et resta un peu plus de huit ans sans 
publier son travail. 

Depuis lors, la situation u’a fait qu’empirer ; l’avor¬ 
tement se pratique sur une très vaste échelle, non seu¬ 
lement dans les Etats de l’est, mais à travers tout le 
pays et jusque dans les Etats de l’extrême ouest. Dans 
une nouvelle publication ( 1 ), le H. R- Storer revient 
encore sur la question ; il montre les progrès du mal 

(1) H. R. Storer, Criminai abortion ; ils prevalence, ils préven¬ 
tion, and iis relation to. tbe medical examiner, /ttfanfic medical 
weeklij, 2 oct. 1897. Tiré a part, in-18 de .'i4 p. 



- 304 - 


el publie d’intéressantes statistiques établissant, à 
divers points de vue, une comparaison entre les Etats 
de la Nouvelle-Angleterre(l) et différents pays d’Europe. 
De ces statistiques se dégagent les conclusions suivantes: 

1® Pour 1.000 habitants, la proportion des mariages 
est plus élevée dans la Nouvelle-Angleterre que dans 
les pays d'Europe, et pourtant la proportion des nai.s- 
sances y est beaucoup moindre ; 

2“ L’excès des naissances sur les décès est très nota¬ 
ble en Europe (la France non comprise); il est très 
faible dans la Nouvelle-Angleterre; 

3® La proportion des naissances illégitimes pour 
1.000 naissances est notable en Europe et très notable 
dans certains pays (Autriche, Bavière, Saxe) ; elle est 
beaucoup plus faible dans la Nouvelle-Angleterre. 

Cette dei-nière conclusion est tout à l’honneur des 
jeunes lilles américaines, dont elle proclame l’impec¬ 
cable vertu, les mœurs austères; elle montre aussi la 
haute valeur morale du self control, comme on dit là- 
bas. Maisalors, que penserdes demi-vierges auxquelles 
J'ai fait allusion plus haut ? Que penser aussi du flirt 
et de ses dangers? Celles-là sont la conséquence de 
celui-ci el nul n’oserait prétendre que le flirt ne soit 
pas intense dans les classes supérieui'cs et moyennes 
de la Société américaine. Je répète que j’en ai vu assez 
pour savoir à quoi m'en tenir. 

Ce qu’il faut en penser, le voici, d'après les rensei- 
gnemeJits fournis par l’enquèle que j’ai poursuivie 
assidûment, pendant tout mon voyage, auprès des 
nombreux médecins avec lesquels j’ai été en relations 
el auprès des pharmaciens que j'ai visités dans le but 
que je dirai plus loin. 

11 ressort de celle enquéle que. dans la classe moyenne 

(Il Connecticut, Maine, Massachusetts, New-Uampshire, Khode 
I.sland et Vermont. -r- Le D' H. R. .Storeh s’en tient à ces seuls 
Etats, mais il dit expressément ne pas douter que des faits tout 
pareils ne se présentent aussi dans d’autres Etats de l’ünion. C’est, 
en effet, ce qui arrive. 




— 30o — 


des grandes villes, la jeune lille a souvent l’occasion 
de se soumettre à des manœuvres abortives; cela se 



pratique couramment. Chacun con¬ 
naît l’adresse de cabinets médicaux 
qui exploitent cette pratique, dont le 
prix est généralement fixé à 30 dol¬ 
lars; les oflicines ont, d'autre part, 
un gros débit de potions et de prépa¬ 
rations spéciales provoquantla fausse- 
couche. 

La loi est désarmée envers de tels 
abus, en raison du principe de la 
liberté individuelle, qui permetâ cha¬ 
cun de disposer de sa personne com¬ 
me bon lui semble. D’après une 
croyance populaire, le fœtus nedevient 
autonome et ne s'individualise que 
vers le troisième ou quatrième mois 
de la grossesse ; jusque-là, il ne serait 
qu’un organe appartenant au corps 
maternel. Or, la femme, comme il 
vient d’être dit, a la libre disposition 
de son corps. 

Si les grossesses clandestines sont 
loin d’être rares, ce n’est pourtant 
pas faute de recourir à des moyens 
anticonceptionnels. Je crois bien que, 
nulle part au monde, la femme ne 
fait un usage aussi général de préser¬ 
vatifs. J’en ai vu de tous genres, de 
toute matière et j’ajoutei'ai presque 
de toute dimension. Ce sujet com¬ 
mande la plus grande réserve; je 
ne veux pas m’y arrêter, pour des 
raisons faciles à comprendre. Mais je: 


crois devoir signaler tout au moins un instrument 


spécial, qui me semble être le principal agent du mal¬ 
thusianisme américaia. 




- 306 — 


Je savais déjà qu’aux Etats-Unis il jouait un grand 
rôle ; aussi me suis-je préoccupé de faire à cet égard 
des constatations. A Québec, on ne savait rien ou plu- 
lôt on n’a rien voulu me dire. A Montréal, le premier 
pharmacien auquel je me suis adressé n'a fait aucune 
difficulté de me montrer l'objet en question et de me 
dire sa vente courante ; il en avait d’ailleurs toute une 
provision; c’est là que j’ai acheté le spécimen que 
représente la ligure ci-contre. Môme résultat à Toronto, 
puis aux Etats-Unis, dans la grande majorité des villes 
que j’ai visitées. J’ai donc acquis la certitude que ce 
petit instrument était partout connu, partout répandu, 
partout utilisé communément. 

11 consiste simplement en un champignon rigide (a), 
dont la tige s’enfonce dans l’orifice utérin et dont le 
cbapeah vient coillev plus ou moins exactement le 
museau de tanche. Deux petits trous percés près du 
bord servent à passer un (il qu’il est facile de retrouver 
dans le vagin et grâce auquel on peut retirer l’instru¬ 
ment. Celui-ci est mis en place par le moyen d’une 
pince à glissière {b c) : l'une des tiges s’enfonce dans 
un petit trou percé au sommet du champignon, tandis 
([ue l’autre mord celui-ci par la périphériedu chapeau. 
Le champignon étant mis en place, on tire en arrière 
la glissière h, les deux liges lâchent prise et l’on enlève 
la pince. 

Ce préservatif se fait ordinairement en maillechort 
ou en cuivre nickelé, parfois aussi en éhonite. A Los 
.\ngeles. Cal., il est de bon ton de le porter en argent 
et l’on m’a désigné un orfèvre qui, sur commande, le 
fabrique en or; il ne chôme guère, paraît-il, tant sa 
clientèle est nombreuse. 

Cet objet peut être toléré pendant des journées 
entières. Les premières fois, la femme est obligée de 
recourir aux bons oflices d’une autre personne, mais 
elle arrive promptement à le mettre elle-même en 
place. Ainsi protégée, elle peut allrouler. tous. les ris¬ 
ques et saisir au vol l’occasion fugace. 



r- 307 - 


Je crois, eu elïet, que l’usage d’un tel inslrunienl pro¬ 
cure une certaine protection contre la grossesse, mais 
cette protection n’est nullement absolue, spécialement 
chez les femmes dont le col est distendu et ramolli par 
des grossesses antérieures. D’autre part, le contact pro¬ 
longé du métal avec la muqueuse du col amène des 
accidents inllammatoires et des ulcérations. La mélrite, 
et spécialement la métrite du col, est commune aux 
Etats-Unis; elle s’observe même chez les jeunes filles; 
elle est due pour une part aux manœuvres abortives, 
lesquelles sont souvent suivies d’accidents beaucoup 
plus graves, et pour une autre part au port prolongé 
du préservatif en champignon. 

A vrai dire, ce pi'éservalif n’est pas spécial à l'Amé¬ 
rique du nord ; il n’est pas inconnu en France, où on 
lui donne le nom de marguerite. J’ai voulu savoir dans 
quelle mesure il était répandu chez nous ; les mar¬ 
chands auxquels je me suis adressé ont été unaninies 
à déclarer que les « grandes et honnestes dames » de 
leur clientèle appartenaient à peu près exclusivement 
à la haute galanterie et à la colonie étrangère. 

M. Li; PiLEUR montre un instrument analogue à ceux 
que vient de décrire M. Blanchard. C’est une espèce 
de petit pessaire en caoutchouc destiné à recouvrir le 
col ultérin. Son introduction est très facile, mais il 
n’en est pas toujours de même de son extraction, car 
il a été appelé un jour pour retirer un de ces instru¬ 
ments dont la propriétaire ne pouvait se débarrasser. 

Ce moyen étant employé presqu’uniquenient dans 
un butanti-conceptionnel, il est impossible à un méde¬ 
cin de le recommander et cependant, dans certains 
cas, rares il est vrai, il pourrait rendre service. 



UN CERTIFICAT DE MALADIE RÉDIGÉ PAR UN 
NOTAIRE, SUR LES INDICATIONS D’UN MÉDECIN 
DE PUYLAURENS (PRÈS CASTRES - TARN), 
M. ANTOINE DE FANJOUX, DOCTEUR EN MÉDE¬ 
CINE, EN 1564. 

par le Charles VIDAL 

Pour pouvoir être considérés comme authentiques 
))ar]a loi, la plupart de nos certificats médicaux doivent 
être visés par l’autorité compétente. C’est la formalité 
de la légalisation de la signature. Eh matière civile, le 
Maire ou le Président du Tribunal ; en matière admi¬ 
nistrative, le Préfet (ou le Sous-Préfet) ; en matière 
militaire, l’Intendant ; en matière criminelle, le Com¬ 
missaire de police ont la charge de légaliser la signa¬ 
ture du médecin. C’est là une mesure d’ordre général 
qui ne peut qu’être approuvée. 

Nos pères, à Castres tout au moins, étaient du même 
avis et tenaient à ce que ces sortes de pièces eussent 
toutes les garanties possibles d’authenticité. Dans ce 
but, ils en confiaient la rédaction à uq notaire. 

C’est ce que nous prouve un certificat médicaldressé 
par un notaire sur les conclusions d’un médecin. Le 
notaire même ne s’en tint pas aux déclarations de 
notre vieux confrère. Il crut devoir interroger des 
témoins. 

J’ai exhumé ce certificat du Recueil d’actes notarih 
et de documents divers pour servir à l’histoire du pays 
Castrais pendant les XVet XVII<' siècles, de Louis 
Barbaza, pages 97 et 98. Je me fais un agréable devoir 
de le présenter à la Société française d’Histoire de la 
Médecine dans l’espoir qu’il intéressera mes collègues de 
ladite Société. 

Voici le texte de ce certificat par devant notaire : 

Exonge (sic) de noble Jacques Capriol, seigneur de 
Castaing. 



- 309. - 


L’àn de grâce mil ciuq cent, soixante quatre et le 23!' 
jour du mois de novembre, très chrétien, prince Charles 
par la grâce de Dieu roi de France régnant, au château 
de Cuq de Lantrégois, diocèse de Castres et sénéchaussée 
de Carcassone. Personnellement establi noble François 
Capriol, seigneur dudit lieu de Cuq, en conspect 
et présence de M. Antoine Aspe, consul dudit lieu de 
Cuq, par le roi et la reine de Navarre, vicomtes de 
Lautrec, mis, et en défaut du juge et lieutenant. Par¬ 
lant et dressant ses paroles à moi notaire royal soubs- 
escript, a dit avoir son lils noble Jacques Capriol 
seigneur de Castaing, égrotant et fort malade depuis 
trois semaines en ça. Et que soit ainsi, a requis que de 
”ce par moi fut fait sommaire apprinse. Et illec a esté 
eu personne égrège personne M. Antoine de Fanjaux, 
docteur.enmédecine,de la ville de Puylaurenshabjtant. 
Lequel, moyennant serment, a dit et afiirmé avoir 
visité ledit noble Jacques Capriol ; que l’a trouvé 
malade, tenant lict, touché de une maladie de destina¬ 
tion en catharre. Laquelle lui a engendré une inllam- 
tion de la membrane appelée pluris, au côté di’oit ; 
avec ce, le foie fort opillé et restomach indigéré ; et la 
teste qui n’est pas encores assez purgée ni corroborée 
des rhumes ; qui lui cause lièvre. Et n’est besoin qu’il 
sorte de sa chambre d’un longtemps, attendu que s’il 
fait autrement il serait en danger de mort. Et ainsi l’a 
aflirmé être vrai. 

Amans Vidal, illec estant, de l’âge de quarante ans 
ou environ, moyennant serment a dit que ledit noble 
Jacques Capriol, son maître, tomba malade, trois 
.semaines présentement *ôtre passées, après que furent 
revenus de Tholose, à ce que avait couché dans un lict 
que les linceuls n’étaient pas bien sèches ; et despuis a 
tenu lict et chambre, ayant grand reume et fièvre ; que 
est fort débile. Et se double que si ne fusse le bon 
service que l’on lui a fait, il fut été en danger de 
mourir. Et ce dict estre vrai.. Et de ce dessus ledit 
Capriol, père dudict Jacques,.a demandé acte.et attes- 



— 310 - 


tatoire par moi notaire lui estre retenu et despéclié, 
pour lui servir et profiter en temps et lieu comme de 
raison... 

Gassquil. 


LA MÉDECINE INDIGÈNE EN KABYLIE 
par le D' Raymond NEVEU 

Lors de plusieurs voyages en Kabylie et grâce à la 
lamille Lamothe, de Bougie, qui connaît à fond l’esprit 
indigène, nous avons recueilli de nombreux documents 
sur la médecine kabyle, qui vous intéresseront peut- 
être, par la naïveté du traitement et par son imprévu. 

Tout d’abord, il convient de dire qu'il n’y a pas en 
Kabylie de médecin à proprement parler. Le marabout 
est surtout le grand maître, et c’est à lui qu’on a recours 
le plus souvent. Par des prières, par des sacrifices 
mêmes, tout comme au bon vieux temps, il éloigne 
le mauvais esprit qui s’abat sur le malade. 

Certains marabouts ont une vogue extraordinaire, et 
nous avons vu des indigènes venir à pied de très loin, 
par delà les montagnes du Jurjura, implorer la guéri¬ 
son comme jadis les Grecs allaientà Épidauredemander 
aux prêtres la fin de leurs maux. 

Mais, à côté des marabouts, il y a dans les villages 
des gens qui soignent et en qui on a grande confiance : 
Ce sont « les aindaoui », vieillards pour la plupart, qui 
conservent pieusement les traditions de leurs aïeux 
et distribuent avec componction les recettes les plus 
étranges. 

Quelquefois, ainsi que le fait très justement remar¬ 
quer Uanoteau dans son livre: de la Kabylie, ce sont des 
indigènes instruits qui ont voyagé — qui ont été eu 
contact avec les roumis et ont servi dans les hôpitaux ; 
ils ont recueilli ainsi de vagues notions de thérapeu¬ 
tique qui leur donnent une certaine renommée. 

Quoi qu’il en soit, le traitement est presque toujours 



- 311 — 


le même et, vraiment parfois il donne de réels résultats. 

’l'i-ois grandes maladies ravagent la Kabylie comme 
tous les pays d’Islam : les lièvres, la tuberculose et la 
syphilis. 

Les Fièvres 

La lièvre, « la lhaoula », comme ils disent, a été 
nettement divisée par eux en fièvre quotidienne, fièvre 
tierce et fièvre quarte. C’est leur terreur. 

Contre celte maladie, l’indigène a des remèdes assez 
peu efficaces ; aussi s’en vient-il de très loin chercher 
la quinine chère à Maillot, dont on fait un abus irrai¬ 
sonnable dans toute l’Afrique du Nord. Le Kabyle, qui 
^habite loin des grands centres, perché sur les cimes, 
a recours avant tout aux amulettes et aux conjurations. 
Parmi ces amulettes, il en est une qui a un certain 
succès, paraît-il : c’est un os de juif porté au cou. 
Nous ne vous en garantissons pas l’authenticité; c’est 
Maistre qui le raconte dans son petit ouvrage intitulé : 
Mœurs de la Kabylie (Montpellier, 1900.) 

Le docteur Vincent, dans son exposé clinique des 
maladies des Kabyles traités à l’hôpital de Dellys, écri¬ 
vait eu 1862 : 

« Je tiens de M. le capitaine Devaux que depuis un 
temps immémorial, les Kabyles font usage contre la 
fièvre, avec quelque succès, de la décoction de pêcher 
et d’une composition arsenicale qui a pour base 
l’orpiment. » 

Cela ne s’emploie guère aujourd’hui, et des auteurs 
autorisés comme le général Hanoteau et Letourneux 
prétendent non sans juste l'aison que les Arabes sont 
trop peu inventifs pour avoir eu l’idée d’employer une 
substance aussi dangereuse. Actuellement, le remède le 
plus employé, c’est la centaurée ou (( kélilouM;onenfait 
une infusion avec des fleurs de laurier-rose. 

Pourquoi ces Heurs de laurier-rose? N’est-ce point 
parce que les indigènes ont remarqué que cet.arbre 
croit surtout dans les régions dévastées par la fièvre? 
N’ont-ils pas voulu ainsi établir une corrélation et 

BuU. Soc. ir. hist. méd., IX, 1910. 20 



- 312 - 


traiter le mal par le mal ? Il y a évidemment là un 
point fort intéressant que je livre à votre appréciation. 

Contre les céphalalgies et contre l’hypertrophie de la 
rate, de cette belle rate palustre qu’on rencontre sur les 
bords de la Soumamm, on emploie les ventouses 
scarifiées. 

Contre les complications rebelles Hanoteau cite un 
traitement que nous n’avons pu vérifier, mais qui est 
cependant trop curieux pour le passer sous silence (1); 
« On applique sur la région splénique ce que les méde¬ 
cins kabyles appellent le feu froid (times asemmadh), 
c’est-à-dire un caustique énergique. On emploie pour 
cela les feuilles fraîches de l’azenzou (Clematis flam- 
mula). Ces feuilles sont pilées et réduites en une pâte, 
avec laquelle on remplit des cupules de glands. Ces 
cupules sont ensuite renversées et appliquées sur la 
peau pour mettre leur contenu en contact avec elle. Ce 
topique détermine, par une application dont la durée 
varie avec l’effet que l'on veut obtenir, la rougeur, 
l’inflammation ou l’ulcération plus ou moins profonde 
du tégument. » 

Contre l’ascite, les Kabyles emploient avec succès la 
tisane de sauge additionnée de nitrate de potasse ou 
a sel de poudre ». 

Tuberculose 

La tuberculose est peut-être la maladie qui tue le 
plus de Kabyles. 

On a peine à s'imaginer que sous un ciel idéalement 
beau, dans une atmosphère aussi pure, au milieu des 
hautes montagnes qui ne sont contaminées par aucune 
usine, il y ait tant de victimes de ce terrible fléau. 
Sobre comineil l'est, ne connaissant pas les assommoirs 
infects où l'on pérore politique en buvantune absinthe, 
le Kabyle ne devrait pas mourir tuberculeux. 

Que sera-ce plus tard lorsque, notrecivilisationaidant, 
il s’alcoolisera, lui aussi ! 

Malheureusement, s'il est sobre et s’il vit au grand 

(1) La Kabylie, par Hanoteau et Letourneux, p. 425. 



313 - 


air, il rentre chaque soir dans une petite pièce toute 
basse qui ne l'ait qu’un avec l’étable et où tout le monde 
vit pôle-môle dans une promiscuité déplorable. Le 
tuberculeux n'étant pas soigné tout de suite, il conta¬ 
mine tous les autres. 

Contre cette maladie, la thérapeutique indigène ne 
peut pas grand’cbose. 

On emploie surtout les boissons sudorifiques et les 
bains de sable chaud. A défaut de sable chaud, les 
Kabyles de la région de Bougie emploient volontiers 
les fumigations. Dans une marmite, on lait bouillir 
des plantes aromatiques : myrte, lentisques, thym, 
romarin, menthe sauvage. Lorsque l’eau est en ébulli¬ 
tion, on fait asseoir le malade sur sa couche et l'on 
place le récipient entre ses jambes. Puis on recouvre 
le lit d’un tapis afin que la vapeur ne puisse s’échap¬ 
per; on laisse le patient dans cette étuve aussi long¬ 
temps qu’il peut supporter cette haute température. 
On enlève rapidement la marmite et l’on recouche le 
malade, qui transpire abondamment. Lorsqu’on juge 
qu’il a suffisamment transpiré, on lui fait des frictions 
sèches, et on le change de linge. Si la transpiration 
continue, on recommence les frictions. 

Après ce traitement, le malade ressent, paraît-il, un 
mieux sensible, et sa respiration est meilleure. 

Syphilis 

La maladie la plus répandue en pays musulman est 
évidemment la syphilis. Des collègues plus compé¬ 
tents et plus autorisés, comme M. le Docteur Le Pileur, 
vous en diront sans doute la cause ; il ne nous appar¬ 
tient pas de traiter cette question. Nous désirons 
simplement vous citer quelques formules de la naïve 
thérapeutique indigène. 

Le Kabyleemploiele mercure hardiment, sans crainte. 
Sur tous les marchés, on trouvait jadis des pilules de 
biiodure ou de protoiodure, dites « pilules de Paris ». 



— 314 — 


Depuis que les pharmacies se sont ouvertes un peu 
partout, ce commerce tend à disparaître. 

Le mercure métallique est employé en fumigation. 
Voilà, d’après Hanoteau, la formule exacte employée 
dans certaines régions du Jurjura (1) : 

<( On prépare de la manière suivante des trochisques 
dont la combustion doit produire le dégagement des 
vapeurs mercurielles; avec cent grammes de poudre 
de henné et une quantité suffisante de salive obtenue 
par la mastication d’écorce de racine de noyer, on 
forme une pâte à laquelle on ajoute les substances 
suivantes, qui ont été pulvérisées à part: 

Encens (djaoul, asebrar) l «te chaque 
, • ; 1 J \ t substance, 

Sel ammoniac (nechader) ^ g grammes. 

On éteint dans cette mixture par trituration trente 
grammes de mercure. La masse est ensuite divisée en 
vingt trochisques, qui pèsent de huit à dix grammes et 
que l’on fait sécher à l’ombre. Un de ces trochisques 
suffit pour une fumigation. L’opération se pratique 
de la manière suivante : le malade s'accroupit sur le 
sol ; il est enveloppé de son burnous, dont le capuchon 
est rabattu sur la tête, serré autour de son cou pour 
éviter la pénétration des vapeurs mercurielles dans 
les voies aériennes. Sous le burnous on introduit une 
tuile sur laquelle on a placé des charbons ardents; 
sur ces charbons, enfin, on projette un trochisque. 

La durée du traitement par ces fumigations est fixée 
à quarante jours, pendant lesquels le malade doit 
suivre un régimé spécial. 

Les légumes frais lui sont sévèrement interdits ; on 
ne lui permet que la galette, les fruits secs, tels que 
raisins, figues, dattes, noix ; parmi les viandes, que 
le mouton rôti sans sel ; il ne doit prendre pour boisson 
que la décoction de l'achâba (salsepareille), additionnée 
de safran et de cannelle. . 


(t) Page 460 op. citai. 



— 315 ~ 


D'une façon systéina tique, l’indigène qu'il soit malade 
ou non, prend tous les ans au printemps un dépuratif. 

Ses arrière-parents faisaient ainsi ; il a jugé bon de 
ne point déroger aux habitudes ancestrales. 

Chacun sait d’ailleurs que l’Islam est par excellence 
le pays de la tradition. Toutefois, il y a dans le choix 
des dépuratifs une véritable question de mode. 

Tantôt, la tisane de salsepareille pi'oduit les meil¬ 
leurs elîets ; tantôt, rien ne vaut la cure sans sel. 
Permettez-inoi de vous faire remarquer en passant que 
les Kabyles n’ont pas attendu les découvertes moder¬ 
nes pour appliquer le régime déchloruré, il y a de 
longs siècles qu’ils l'emploient. Cette année, la racine 
de tbapsia a été en vogue dans toutes les familles. 

La région de Bougie est riche en plantes médicinales, 
et partout on rencontre le tbapsia, que les indigènes 
appellent « hou nafa » ou « derrias ». 

La préparation du remède est simple, mais les elîets 
immédiats sont horribles. 

On fait bouillir la racine dans une marmite ; dès que 
l'ébullition commence (1), on pose sur cette marmite 
un récipient à trous contenant du couscous, à travers 
lequel on fait passer la vapeur qui s’échappe de la 
marmite; l'opération se renouvelle trois fois. Le 
couscous est servi comme d'ordinaire avec le manger. 
Le lendemain, toutes les personnes qui en ont 
mangé sont méconnaissables tant elles sont enflées; la 
bouche est déformée, les yeux ont disparu. Une 
fièvre brûlante dévore les malades volontaires et lès 
cloué au lit ; quelques jours après, la température 
tombe, l’appétit revient ; il semble que Top a plus de 
vigueur : les douleurs et les angoisses qui ont suivi 
l’aiïreux traitement font apprécier les douceurs de la 
santé. Les indigènes sont persuadés quTls combat¬ 
tent aiusi la débilité, d’une façon énergique; 


(1) Quelquefois, on fait cuire des ostifs dans ce bouillon bizâirre. 



— 316 — 


La Scarlatine et la Rougeole 

Les eufaols kabyles sont assez réfractaires aux épi¬ 
démies. Les médecins indigènes confondent sous un 
même liom, « Tabouzouggarth )),la rougeole et la scar¬ 
latine. Ils savent que ce sont des maladies contagieuses, 
et ils les traitent toutes deux de la même façon. 

Dès que les premiers symptômes apparaissent» 
l’enfant est couché, immobilisé même; on amoncelle 
alors sur lui couvertures et tapis; puis, d’heure en 
heure, on lui faitboij'e un bol de bouillon de poule très 
chaud. Le malade entre en transpiration, son corps 
secouvre de rougeurs; en quelques heures, l’éruption 
est complète; quatre ou cinq jours après, la fièvre a 
disparu, aucune complication n’est à craindre. 

Les Ophtalmies 

L’ophtalmie est une plaie de l’Algérie; elle est due 
surtout à la promiscuité navrante dont nous parlions 
tout à l’heure. Depuisquelques années, cependant, les 
principes d’hygiène pénètrent peu à peu dans la masse; 
le nombre des ophtalmies diminue. C’est surtout à 
l’école qu’on donne aux enfants les habitudes de 
propreté et les notions d’hygiène. 

La base fondamentale du traitement indigène est le 
sulfate de cuivre. Ce médicamentest employé soit seul, 
soit en mixture savante et très compliquée. 

Nous ne pouvons résister au plaisir de vous trans¬ 
crire une ordonnance d’un thérapeute indigène 
célèbre, Aomarnait Moussa, de la tribu des Ait Iraten. 

Prenez parties égales de : 

Chnadjer el fetàh (chlorhydrate d’ammoniaque). 

'fazoult (sulfure de plomb). 

Toutia (sulfate de cuivre). 

Zafran (safran). 

Jfelfel aberkan (poivre noir). 

Ferbioun (gomme résine d’euphorbe). 

Pulvérisez ces substances et ajoutez : 

Keban (goudron). 



— 317 -- 


Aman tilselt(eau d’oignon). 

Aman tiskert, (eau d’aii). 

Zil (huile d’olives). 

Khal (vinaigre). 

Mettez de chaque substance une quantité suffisante 
pouT laire une pâte de consistance d’électuaire. 

Une quantité de ce collyre, égale au volume d’un pois, 
est introduite tous les soirs entre les paupières ; le 
matin, le malade se lave avec de l’eau savonneuse ou de 
l’eau salée. Cette application est répétée tous les jours 
jusqu’à guérison. 

Parfois, ils emploient des ablutions d’eau alunée, 
. dans laquelle a été délayé un peu de miel. 

Comme complément à celte thérapeutique oculaire, 
permettez-nous de vous citer une petite anecdote 
absolument authentique qu’un de nos amis, chef de 
gare sur la ligne de Beni-Mançour, nous a raconté 
dernièrement : 

Peu de jours après son installation, il vit arriver 
deux Kabyles qui, d’un air suppliant, lui demandèrent 
un peu d’eau « di tiligraphe »; noti'e ami ne compre¬ 
nant pas, les indigènes retournèrent dans leur gourbi 
et revinrent le lendemain : « Je t’en supplie, dirent-ils, 
donne nous un peu d’eau di tiligraphe, de l’eau di dipi- 
clic... c’est pour un de nos enfants qui a très mal aux 
yeux ». 

Notre ami comprit enfin qu’il s’agissait de l’eau des 
piles du télégraphe. Depuis, tous les Kabyles d'alen¬ 
tour viennent à la gare chercher un peu d’eau chlo¬ 
rurée polir soigner les ophtalmies de leur famille. 
Ceci se comprend : c'est une façon de prescrire le zinc 
sous forme de chlorure. 

Le traitehient est naïf, assez curieux ; il valait la 
peine d’être relaté. 

Contre les taies de la cornée, l’indigène ne peut pas 
grand’chose. En vaiù, il épuise la gamme des médi¬ 
caments, il alterne le collyre à l'aloès avec le collyre au 
sulfate de cuivre, et, comme il n’obtient aucun résul- 




- 318 - 


tat, il se console en disant que c’est « une étoile que 
Dieu a laissé tomber dans son œil ». 


A côté des grandes maladies que nous venons d'énu¬ 
mérer, la médecine indigène s’occupe souvent avec 
succès d’aiïections de second ordre comme la calvitie, 
l’insolation ou l’impétigo. 

L’1mi>éïigo 

Malgré le manque de propreté dans certains milieux 
arabes, les enfants ont l'arement la ligure abîmée par 
l’impétigo; peut-être que l’onguent bizarre employé 
immédiatement est efficaceV Sur la partie malade, on 
applique du noir de marmite; la matière grasse 
contenue dans l’enduit empêche peut-être le mal de se 
propager et le charbon doit servir d’antiseptique. Ce 
qu’il y a de certain, c’est que le résultat n’est pas négli¬ 
geable. 

L’1nsol.\t[on 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l'insola¬ 
tion est as.sez rare chez l’indigène. Parfois, cependant, 
il arrive qu’après de longues rêveries au soleil, il souffre 
de violents maux de tête accompagnés de lièvre. 

Le traitement est alors fort simple : on fait absorber 
au malade des boissons rafraîchissantes en abondance, 
afin qu’il urine beaucoup. Puis on lui applique sur la 
tête une sorte de calotte contenant un mélange de 
citron, de raisin verl et de vinaigre. 

Ce mélange est renouvelé jusqu’à diminution de 
température. 

TjA Calvitie 

La chevelure est le plus bel ornement de la femme 
kabyle, aussi les cheveux sont-ils l’objet de soins 
constants. 

Pour en éviter la chute, on les lave souvent et on 
applique sur la^ tête, tous les trois mois environ, un 
emplâtre de feuilles de henné réduites en poudre.; , 



— 319 — 


Cette plante, outre ses qualités astringentes, donne 
aux cheveux une jolie teinte fauve, chatoyante au soleil. 

Lorsqu’une jeune fille a les cheveux peu fournis, la 
mère emploie tous les procédés connus pour lui 
fortifier le cuir chevelu. 

En plus des lavages et des applications de henné, 
elle fait des frictions avec une sorte de mixture facile 
à préparer. 

On se procure un gros lézard gris ; on le fait bouillir 
dans de l’huile jusqu’à ce qu’il soit fondu ;on obtient 
ainsi une matière gélatineuse, d’apparence verdâtre et 
d'une odeur nauséabonde. On frotte la tête de l’enfant 

une fois par semaine avec cette pommade bizarre. 

Vingt-quatre heures après, on se lave les cheveux avec 
de l’eau et du savon mou. 

Grâce à l’entretien continuel de la tête, les Kabyles 
ont rarement des pellicules : celui qui a le bonheur 
d’en être beaucoup affligé est, paraît-il, destiné à 
beaucoup voyager. 

Les indigènes ne découvrent jamais leur tête, même 
la nuit pour dormir; ils l’enveloppent entièrement 
dans leur burnous, de crainte que <> le boumquot de la. 
nuit ne vienne manger lettrs cheveux ». 

Il est à supposer qu’un marabout, connaissant la 
naïveté de ses corréligionnaires et leur faible pour la 
chevelure, aura trouvé cette fable pour les obliger à se 
préserver des ophtalmies. 

M. PiGHEvtN. — L’ammoniaque a été employé à la fin 
du dix-huitième siècle par Peyrilhe (1) pour guérir la 
vérole. Cet auteur, tout en croyant aux excellents effets 
du mercure dans la cure de la syphilis, préconise « l’al¬ 
cali volatil, celui qu’on retire du sel ammoniacal, par 
l’intermède des alkalis fixes, selon le procédé du 
Codex». Il cite, d’après Sanchez, la méthode du traite- 

(1) Remède nouveau contre les maladies vénériennes tiré du 
règne végétal ou Essai sur la vertu anti-vénérienne des alcaliS: 
voMiles, par M. 15ern. Pbïhilue, 4 Montpellier, nm. 



— 320 — 


ment des Persans et des Polonais pour guérir la syphi¬ 
lis. Les vérolés se mettent nus dans les latrines jus¬ 
qu’au cou, avec un chapeau sur la tête. Ils y restent 
pendant 21 jours sans discontinuer. La guérison sur 
vient après cette saison d’eau... de latrines. 


UNE ÉDITION CONTEMPORAINE DU MÉDECIN DES 
PAUVRES, RECUEIL DE FORMULES DE PRIÈRES 
A DIRE EN CAS DE MALADIE, 

par le P' Ernest WICKERSHEIMER 

.l’ai publié ici-inème, il y a quelques mois, d’après 
un manuscrit de la Bibliothèque de la Ville de Paris, 
quatorze formules de prières à dire en cas de maladie, 
qu'avait recueillies un soldat de l’époque révolution¬ 
naire (1). 

Notre collègue M. O. Guelliot, chirurgien des hôpi¬ 
taux de Reims, m’a communiqué à ce propos le petit 
livre que je vous présente aujourd’hui et qui nous 
montre qu’il y a encore au XX® siècle de bonnes gens 
pour répéter les formules dont je vous ai entretenus 
naguère. 

Ce livre, qui ne comprend en tout que huit pages, sort 
des presses de l’imprimerie Frédérick-Boquillon, ft 
Vouziers. Sa couverture rose, en tête de laquelle on lit 
ce titre LE MÉDECIN | DES PAUVRES, est ornée d’une 
vignette : un enfant vêtu à l’antique, levant les yeux 
au ciel, où lui apparaît une croix, entourée d'une 
espèce d’auréole ; un ange guide ses pas. A gauche de 
la vignette et disposés verticalement, les mots: laissez 
DIRE ; à droite : et faites le bien. Au dessous : 

Christus régnât, Christus impérat | Ghristus vincit | 

(-1) Ernest Wickersheimer. Formules de prières à dire en cas de 
maladie, recueillies par un soldat de la République. Bulletin de 
la Société française d'histoire de la.médecine, IX (IBWj.'p. 



— 321 — 


Jésus-Christ règne, Jésus-Christ commande | Jésus- 
Christ est vainqueur | en dieu la confiance. | — | Vou- 
ziers. — lmp. Frédérick-lloquillon. 

Sur la face postérieure de la couverture est imprimé 
un Cantique spirituel sur les devoirs du Chrétien, qui 
n’olïre rien d’intéressant au point de vue médical. 

Le texte est, à quelques variantes près, semblable à 
celui du manuscrit de la Bibliothèque de la Ville de 
Paris. Toutefois on 5 »^ trouve deux prières qui n'existent 
pas dans le maniLscrit : 

OnAisoN POUR GUÉRIR l’entorsiî. — Vous dites trois lois et 
te, su per an ter su per an te te, puis laites le signe de la 
croix trois lois sur l’entorse et à la fin de chaque oraison 
vous ferez de même pour un faux écart à un cheval. 

Oraison pour le chancre. — Chancre des chancres, 
qu’elle soit rouge ou noire, blanche, je te conjure d’apaiser 
ta chaleur, comme Juda apaisa sa fureur contre N.-S. en 
faisant la neuvaine à jeun en disant M. C. Dieu l'a. guéri par 
sa puissance. 

Si l’imprimé du XX® siècle est presque identique au 
manuscrit du XVIIP siècle, c’est parce qu’il n’est 
qu’une édition contemporaine d’un ouvrage fortancien. 

Cet ouvrage a été étudié par Charles Nisard (1), qui a 
prétendu qu’il n’était qu’ « un très-mince extrait d’un 
livre célèbre : La Médecine et la Chirurgie des pauvres, 
par Dom Nicolas-Alexandre, Paris, 1714, in-12, souvent 
réimprimé. » Il n’en est rien : La Médecine et la Chirur¬ 
gie des pauvres, de dom Nicolas-Alexandre, manuel de 
thérapeutique domestique, ni meilleur ni pire que bien 
d'autres, ne renferme pas de prières. D ailleurs, comme 
je l’ai déjà fait observer ( 2 ), ces formules supersti- 

(f) Charles Xisaru. Histoire des livres populaires... 2' édition, 
li,p. 76-83. — Le Médecin des pauvres est aussi cité dans Gaston 
Pasquibr : Les ennemis de la profession médicale. Thèse de 
Paris, 1909-1910, p. 123-127. 

(2) Loc. cit., p. 252. 



— 322 — 


lieuses, à l’origine desquelles on trouve le plus souvent 
une légende hagiographique, sont très vieilles. Il en 
est qu’on rencontre, sous une forme à peine différente, 
dans des manuscrits du XIII“ et du XIV“ si-ècles. 


OUVRAGES OFFERTS 

Tous les ouvrages envoyés à la bibliothèque sont inscrils 
sous cette rubrique 

Belbèze. Le chirurgien Thomas Goulard de Saint-Nicolas-de- 
la-Grave el ses descendants. Montauban, 1903, grand iu-8", 
26 p. Extrait du liulletin archéologique de Tarn-et-Garonne. 

ïiberius von Gyôby. L’unification de la lerminoloÿie médi¬ 
cale du point de vue de l’historien de la médecine. [Amsterdam], 
de la presse du Janus.... [1910], in-8", 5 p. 

J. JuLLiEN. Essai de pathologie rurale. La syphilis en Viva- 
rais. Largentière (Ardèche), Mazelet Plancher, s. d., in-8”, 7 p. 

L'homme préhistorique, revue mensuelle. Paris, n" du 1" 
novembre 1910. (Don de M. Félix Régnault). 

Le médecin de campagne. Largentière (Ardèche), n" du 1" 
août et du 1" octobre 1910. (Don de M. J. Jullien). 



TABLE DU TOME NEUVIÈME 


Baudouin, Marcel., — Um fontaine qui gnéril ; ,s-e.s propriétés 
et sa christianisation : Notre-Dame de Deautertre [Indre- 

et-Loire) .. 24 

h). — La joubarbe totem et la joubarbe en médecine popu¬ 
laire ... 44 

Id. — Origine et signification thérapeutique des clés de 
saints dans le traitement de la rage: le fer totem ... 32 

lu, — Quelle était la grande dent de Geoffroy-la Grand’Dent '! 

(1 pi.).!. ito 

Blanchard, Raphaiil. — Fac-similé d’une lettre de Xronchin 

(1 pl.). 66 

lu. — Note sur une collection d’ex-libris médicaux . 148 

h). — Un nouveau nègre pie (2 6g ). 212 

lu. — La diminution de la natalité aux Etats-Unis et ses 

causes .. 299 

lu. — Présentation du Corpus inscriptionum . 150 

ID. — Rapport sur la réforme des publications au, nom d’une, 
Commission composée de MM. Le Pileur, Neveu, Nicaise, 

Prieur et R. Blanchard, rapporteur . 239 

Dklobel, Emile. — Les soins médicaux donnés aux malades 
pauvres de Marcoing [Nord) avant la Révolution .... 290 

Dorveaux, Paul. — Brevet de chirurgien militaire octroyé 

par Louis XIV . 298 

lu. — Une satire de Furetière contre les médecins . 225 

Legrand, Noé. — Un faux portrait de Fagon, médecin de 
Louis XIV, par J. Jouvenet, au Musée du Louvre. Son 

identification (1 pl.). 69 

lu. — Image inédite de deux portraits de Doyens de l’an¬ 
cienne Faculté, François Duport et Michel Marescot, 
médecin d’Henri IV, portraits aujourd’hui perdus ou 

détruits . 27 

Le Pileur, L. — Gorre et grand’gorre . 217 

lu. — Note sur un couteau à circoncision du centre de 

l’Afrique (1 üg.). 64 

Moulé, Léon. — Sainl-Eloi guérisseur et la légende du pied 

coupé . 103 

Næoeli-Akerblom. — L’intimidation des Saints . 159 

Id. — La joubarbe totem et médicament . 157 

Id. — Napoléon et Jenner . 166 






















— 324 — 

Pages 

Nbveü, Raymond. — Le culte d’Jîsculape en Sicile (2 lig.) . 284 

1d. — La médecine indigène en Kabytie . 310 

Pansier, P. — La réorgansation de la Faculté de médecine 

d'Avignon en 4605 . . 200 

Procès-verbaux des séances. 2i, Gii, l.'ii), 101,191,213,238,271,295 
Rambaud, Pierre. — L’ainbutance du bataillon de Châtelle- 

rauU en 4795 .. 103 

Reber, B. — Une lettre inédite de Pierre Bayen, suivie de 

quelques observations . 

Régnault, Félix. — Une collection d'instruments grecs. . 

lu. — Divinités pathologiques (3 fig. et 3 pi.). 109 

SÉMELAiGNE, René. — Une consultation d'Esqwirol . 192 

lu. — Observations sur l'hospice des insensés de Bicêtre, par 
le cil. Pinel, médecin des infirmeries de celte maison 

nationale . 177 

Vidal, Charles. — Un certificat de maladie rédigé par un 
notaire sur les indications d'un médecin de Puylaurens 
[près Castres — Tarn), M. Antoine de Fanjoux, docteur en 

médecine, en 456i . 308 

WicKERsHEiMEii, Emost. — A propos de la chopine de Saint- 

Denis . 197 

lu. — Le discours de réception d'un bachelier en médecine 

monlpelliérain au début du quinzième siècle . 245 

lu. — Une édition contemporaine du, Médecin des pauvres, 
recueil de formules de prières h dire en cas de maladies. 320 

Id. — Formules de prières à dire en cas de maladie, recueil¬ 
lies par un soldat de la République . 251 

iD. — Un portrait d'Antonio Cermisone, médecin padouan 
du quinzième siècle (1 üg.). 278 


Lille. — lmp. Centrale du Nord, 12, rue Lepelletier. 


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